I . Couples de chiens ou de lévriers
Ronsard, — VI. 4
L'un surprend le putois au piège feit en œme, Et l'autre le tesson enfume en sa caverne; L'un fait une trainée, et pendus â un clou Enlevé pris de nuit le renard ou le lou ; L'un tue avec le trait tes bestes en leurs gistes, L'autre à la course suit les lièvres aux pieds-vistes ; D'un cheval Espagnol poudroyant tous les chams, L'un prend le cerf à force, et de longs cris trenchaits De trompes et de chiens, et sans défaut le itieine En haletant mourir auprès d'une fontaine.
Puis il pend en trofée à quelque arbre fourchu Au Dieu Pan forestier le front du cerf brahchu.
C'est un plaisir après d'en faire la curée.
Puis s'aller endormir près d'une onde azurée Dessus Pherbe mollette, ou prendre la fraischeur D'un antre tapissé de mousseuse espesseur, Et d'entr^ouïr de loin ou Menalque ou Tityre^
8ui gardans leurs brebis dans un val font redire îîe eclogue à leur veze, (*) et de voir à Tescaft Leurs aignelets cornus sauteler d'autre part.
Quel plaisir est-ce, 6 Dieux ! de manger es baccages Du formage et du lait et des fraizes sauvages, Ou secouer le fruit d'un pommeux arbrisseau.
Ou se désaltérer dans le prochain ruisseau î^
Hé, quel plaisir encor' quand la iluict est venue Retourner au logis, trouver sa femme nue Gisante dans le lict, qui se pasme de peur Que son jeune mary n'ait mis ailleurs son cœur, Puis au'ii revient si tard? et pense qu'il pourchasse Dans te bois quelque Nymphe? il luy jure qu'il citasse, Et qu'il aimeroit mieux la plus cruelle mort, Que d'en aimer une autre et de luy feire tort.
M[ais sur tous les plaisirs de la chasse amiafbie, Celle du chien couchant m'est la plus agréable, Pour estre solitaire, et me faire penser Je ne sçay quoy qui doit les siècles devancer.