‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 40 sur 216 · Livre premier · texte numérisé non relu

Livre premier

Boire de Teau du tertre au double front.] (*)

L'un en cecy, Tautre en cela te chante; Mais de chacun la chanson plus fre<{uente, Qui plus au cœur nous laisse d'aiguillon.

C'est qu'en voyant le Gaulois Apollon Tout mal en point errer par nostre France, - A qui la sotte et malice ignorance Au cœur enflé, qui suit le goire humain (a) Avoit ravy la Lyre de la main, En sa faveur tu ne t'es monstre chiche, Faisant ce Dieu en ton dommage; riche, Luy consacrant par un vœu solennel Ta lyre courbe, un présent éternel.

D'un art cousteux, afin qu'on la contemple Pour le présent de Belot en son temple.

D'or est l'archet, les chevilles encor Ont le bout d'or, le haut du coude est d'or, D'où descendant une lame d'yvoire Est engravée et vive d'une histoire, Ou de pourtraits, d'arguments fabuleux, Dont ceste Lyre a le ventre orgueilleux.

Les plus hauts Dieux en festin délectable Y sont assis ; au milieu de la table Est Apollon j qui accouple sa vois Au tremblotis de l'archet et des doigts.

En le voyant, vous diriez au'il accorde.

Frappant son luth, ceste vieille discorde

a, Var. :

Pleine de fard, d* envie et de desdain,

I . Ces quarante-huit vers n'ont été supprimés que dans les éditions posthumes; ils subsistent encore dans celle de 1584, sauf les six vers sur le Nil : Et le grand. Nil fist couler, etc., remplacés par ce distique :

Comme un grand Prince, ayant expérience De Mars conjoint avecque la science.

62 Les POEMES»

D'entre PaUas et le Roy de la mer,

Deux puissans Dkux, ()ui vouloient surnommer

De leur beau nom les naksantes Atirenes.

Tous deux au bord des Attiques anena Se presentoient parrains de la cité ; L'une en courroux et au front despité A la grand' targe, à la poitrine armée, Fit sortir hors de la terre germée Un olivier, qui la motte haussoit Du haut du cihef et se formant croissoh De peu à peu ; puis chargé de fueillage, De fleurs et fruits ombrageoit te rivage, Signe de paix ; Neptune plus ardent • Deux et trois coups frappant de son tridttn, Faisoit semblant ae faire issir de terre Un grand coursier instrument de la guenre, Aux larges crins dessus le col espars, Qui hennissant frappoit de toutes parts Bois, roc, vallée et montagne déserte Du flair venteux de sa narine ouverte (a)

Au naturel dans Pyvoîre attaché Vit un Marsye au corps tout escorché, .

Qui de son sang fait un fleuve en Phrygîe, Punition d'oser sa chalemie Plus que le luth d'Apollon estiiWer.

Vous It verriez lentement consommer Mort dans Tyvoire, et d'une face humâitte N'estre plus rien qu'une large fontaine.

En l'engraveure Apollon qui s'estoit Un peu courbé, luy-mesme se chantoit Comme les rocs bondissans par la voye Traçoient ses pas^ maçons des murs de Troye, Et comme au Wit de ses nerfe bien tendus

a, Var. :

D'un son aigu, toute la rive "verte Chaude -du vent de sa narine ouverte.

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