‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 41 sur 216 · Livre premier · texte numérisé non relu

Livre premier

Mille rochers de leur bon gré ièndus Suivoient du luth la corde ittm commune, Où dix à peine alloient apr^ Neptune, Un Dieu grossier de moeurs et de £siçons, L'autre le Roy des vers et des chansons ; (Miracle estrangel ) encore de puis r4iear« Le son conceu dans les pierres demeure, Qui va sonnant sous les coups du marteoa, Quand k maçon pour orner un chasteau, EH les taillant les frappe d^artifice, Honneur de iuy et de son édifice.

Cest Apollon de Dieu fait un pasteur, Aux bords d'Amphrvse allume tout son coeur Du jeune Admete, an! et pour iuy complaire Gardoit ses bœufs aux pieds-tors sans salaire, Entre-rompant ses beaux vers blandissans Dessous le cry des taureaux mugissans, [Qui çà qui là vagabonds d'avanture Poussent dehors ceste flamme si dttre Dont trop d'amour espoinçonne leur flanc, -

Suand le Printemps £iit tiédir nostre sang.

y les torrents ny les hautes montagnes, Taillis ronceux, sablonneuses campagnes, Rocs opposez n'empeschent point leur cours.

Tant furieux est l'aiguillon aamours !

Là reschauffez de flamme mutuelle Et bondissans dessus l'herbe nouvelle^ Sans se saouler, soit de nuit soit de |our.

Aiment Venus ; les rochers d'alentour Frappez du cry de ces boeufs qui mugissent De sons aisus au ciel en retentissent Contremuglans : le doux vent qui jouist D'un tel accord, gaillard s'en resjouist.J

Prés Apollon main à main y sont peintes Les corps tous nuds des trois Charités jointes Suivans Venus, et Venus par la main Conduit Amour, qui tire de son sein Des pommes d'or, et comme une sagette

64 Les Poèmes.

En se jouant aux Charités les jette A coup perdu ; puis au sein il se pend D'une des trois, et la baise en enuint.

Sur l'autre yvoire où les cordes s'attachent Et d'ordre égal dessus la Lyre marchent, Vit un Baccnus potelé, gros et gras, Viel-jouvenceau, qui tient entre ses bras, De l'abondance une corne qui semble S'enorgueillir de cent fruits tous ensemble, Fruits qui passoient les lèvres du vaisseau En gros trochets; ainsi qu'au renouveau Un beau guinier par gros trochets kït naistre Son fruit touffu, pour ensemble nous paistre, Et les oiseaux qui frians de son fruit, Autour de l'arbre affamez font un bruit.

Là mainte figue ornement de l'automne, Est peinte au vif, et tout ce que Pomonne De tous costez verse de larges mains Dessus les champs pour nourrir les humains.

Là le raisin de joyeuse rencontre.

Là le melon au ventre enflé s'y monstre.

Et le pepon par costes séparé Et la chastaigne au corps tout remparé D'un hérisson, le pavis et la pesche Au goust vineux qui l'estomac empesche. (a) Là fut le glan fils des chesnes ombreux, La meure teinte au sang des amoureux.

L'abricot froid, la poire pepineuse, Le coin barbu, la framboise areneuse.

Et la cerise au malade confort, Et le pavot qui les hommes endort,

tf. Var. :

Et la chastaigne au rempart espineux :

Là fut la pesche au goust demi-vineux, Et le pompon aux costes séparées.

Et les citrons ayans rohbes dorées.

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