‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 42 sur 216 · Livre premier · texte numérisé non relu

Livre premier

Et la cormeille au dur noyau de pierre, La corme aussi qui le ventre resserre, Avec la fraise au teint vermeil et beau Semblable au bout d'un tetin damoiseau ; Et par sur tout de pampre une couronne Qui du vaisseau les lèvres environne.

Entre la guerre et la paix, est ce Dieu Ny l'un ny l'autre, et si tient le milieu De tous les deux, ensemble pour la lance, Ensemble propre à conduire une danse ; Bas à ses pieas un mont est élevé.

Où Mercure est en Tyvoire engravé.

Qui tient au poing sa baguette dorée, De deux serpens enlacez honorée ; Sa capeline est brave d'ailerons.

Ses patins ont deux ailes aux talons,

?ui vont portant ce courrier Atlantide Ritost que vent par le sec et l'humide, Ou soit qu'il tombe aux enfers odieux.

Ou soit qu'il monte au ciel, siège des Dieux.

Il va suivant d'un gentil artince Une tortue errant par le cytise.

Herbe odorante, et luy froissant les os Son dur rempart luy arrache du dos, Mange sa chair, et laisse sa coquille Pendre long temps au croc d'une cheville Pour la secner aux rayons du soleil.

Puis attachant, par un art nompareil.

D'un ordre égal, les tripes bien sechées Du haut en bas à la coaue attachées.

D'un animal marche- tara, ocieux.

Fit une Lyre au son délicieux.

Au ventre creux, aux accords délectables.

Le seul honneur des temples et des tables.

Et des bons Dieux le plaisir le plus promt.

Quand le nectar leur eschaufe le front.

Apollon vit auprès de ceste image.

Au cœur bouffi, a la poignante rage

Ronsard. — V. 5

66 Les Poèmes.

De voir ses bccufe aux gros jarrets courbez, Au large front, estre ainsi desrobez D'un art subtil : Mercure qui désire, Jeune larron, d Apollon flatter i^ire, En contre-escbange à ses bœufs, luy donna Son instrument, sur lequel il sonna Long temps après les enfains de la Terre Pied contre-mont accablez du tonnerre.

Peu leur servit les trois monts amassez, Vains monumens sur feurs corps renversez.

Exemple vray que ceux qui veulent prendre Guerre à leur iloy, autant doivent attendre De traits soulfrez aux bords Charanteans, Que les geans aux sablons Phlegreans.

Telle est ta Lyre à Phœbus appendue.

Qui bien dorée et de nerfs bien tendue, Pend à son temple ; à fin que nos François Eussent, Belot, le jouet de leurs doigts, Joignans d'accord sous un pouce qui tremble, L'hymne à ce Dieu, et le tien tout ensemble.

Ce que j'ay peu sus elle fredonner, Dévotement je ray voulu donner A l'amitié, le tesmoin de ce livre, Non aux faveurs, présent qui te doibt suivre Outre Pluton, si des Muses l'effort Force après nous les efforts de la Mort. (4)

(ÏS73-) a, var. :

Peut surmonter les siules et la Mort.

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