LE CHAT
A RfiMY BELLEAU, Poëte.
Dieo est par tout, par tout se mesle Dieu, Conuiiencement, la fin et le milieu De ce qui vit, et dont Tâme est enclose Par tout, et tient en vigueur toute chose.
Comme nostre âme infuse dans nos corps.
Ja dés long temps les membres seroient morts De ce grand tout, si ceste âme divise Ne se mesloit par toute la machine, Luy donnant vie, et force et mouvement; Car de tout estre elle est commencement.
Des elemens et de ceste âme infuse Nous sommes naiz; le corps mortel gui s'use Par trait de temps, des elemens est uit; De Dieu vient Tâme, et comme il est parfait* L'âme est parfaite, mtouchable, immortelle, Comme vivant d'une essence étemelle ; L'âme n'a donc commencement ny bout.
Car la partie ensuit tousjours le tout.
Par la vertu de ceste âme meslée Tourne le ciel à la voûte estoilée, La mer ondoyé, et la terre produit Par les saisons herbes, fueilles et fruit; Je dy la terre, heureuse part du monde, Mère bénigne, à gros tetms féconde, Au large sein. De là tous animaux.
Les emplumez, les escadrons des eaux;
68 Les Poèmes.
De là, Belleau, ceux qui ont pour repaire
Ou le rocher, ou le bois solitaire, • Vivent et sont ; et mesme les métaux,
Les diamans, rubis orientaux,
Perles, saphirs ont de là leur essence.
Et par telle âme ils ont force et puissance.
Qui plus qui moins selon qu'ils en sont pleins ;
Autant en est de nous pauvres humains.
Ne vois-tu pas que la saincte Judée
Sur toute terre est plus recommandée
Pour apparoistre en elle des esprits
Remplis de Dieu, de prophétie épris?
Les régions, 1 air et les corps y servent,
Qui Pâme saine en un corps sain conservent ;
Car d'autant plus que bien sain est le corps.
L'âme se monstre et reluist par dehors.
Or comme on voit qu'entre les hommes naissent.
Miracle grand I des prophètes qui laissent
Un tesmoignage à la postérité
Qu'ils ont vescu pleins de divinité ; Et comme on voit naistre icy des Sibylles Par les troupeaux des femmes inutiles ; Ainsi voit-on, prophètes de nos maux Et de nos biens, naistre des animaux.
Qui le futur par signes nous prédisent.
Et les mortels enseignent et ad visent.
Ainsi le veut ce grand Père de tous Qui de sa grâce a tousjours soin de nous, lia donné, en ceste terre large.
Par sa bonté, aux animaux la charge De tel souci pour ne douter de rien, Ayant chez nous oui nous dit mal et bien.
De là sortit l'escole de l'augure Marquant l'oiseau, qui par son vol figure De l'advenir le prompt événement.
Ravi dé Dieu ; et Dieu jamais ne ment.
En nos maisons ce bon Dieu nous envoyé Le coq, la poule, et le canard, et l'oye.