‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 50 sur 216 · Livre premier · texte numérisé non relu

Livre premier

» Armte un peu, souffre que je te baise, Pour refrakhir ceste amoureuse oratse,

?ui m'ard le cœur ; et qu'en cent mille las on col aimé j'enlace de mes bras I » Mais où fuis-tu? tu n'as ny mast ny voile, Robbes, habits, ne chemise, ne toile Pour te vestir, ny vivres pour manger !

Attens au moins, vagabond estranger,

Sue je t'en donne, à fin que la famine ê te consomme errant sur la marine.

» Ainsi tu vois que bénin est mon cœur.

Le tien de fer acéré de rigueur.

Inexorable, impitoyable et rude,

gui pour le bien m'uses d'ingratitude, œur de lion, de tigre et de rocher, A oui l'on peut justement reprocher Qu estant iSsu du genre Sisyphide, Rien ne te plaist que fraude et qu'homicide! »

A tant se teut; mais Ulysse, tousjours Sans s'esmouvoir, dola par quatre jours Tillac, carène, et les fentes estoupe De lente poix ; il cheville la poupe.

Ferre la proue, et poussant plus avant Sa barque en mer, courbe la voile au vent Le jour cinquiesme, et laissa loin derrière Isle, Déesse, et larmes, et prière.

Ainsy, Baïf^ honneur des bons esprits^ Je chante au lict quand la fièvre m'a pris, [En attendant qu à la Fortune il plaise Ou me tuer ou me mettre à mon aise.

J'aime trop mieux soudainement mourir Que tant languir sans espoir de guarir.

Fasse de moy ce aue voudra Fortune, Soit que je tombe à la rive commune, Ou soit que l'air je respire en vigueur, J'aurai tousjours un £aîf dans le cœur; Ayant passé sous Daurat nos jeunesses Tous deux amis des neuf belles déesses

8o Les Poèmes.

Qui t'ont niante les lauriers sur le front, Qui vont aansant sur Parnasse et qur ont] Soucy de moy quand la fièvre me ronge (a) Me consolant (soit que je veille ou songe) Par poésie, et ne veux autre bien ; Car ayant tout sans elle je n'ay rien.

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