‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 52 sur 216 · Livre premier. 8i · texte numérisé non relu

Livre premier. 8i

Hercule un jour passant par Œbalie Menoit lole, amoureuse folie; Comme ils erroient en cheminant tous deux Par terres, bois, par boccages ombreux, Luy, hérissé dessous la' peau velue Du grand lion, empoignoit sa massue Ferme en ses doigts, grosse de doux d'airain. Elle portoit mille bouquets au sein, De bagues d'or ses mains estoient chargées.

Son col estoit de perles arrangées Riche et gaillard ; son chef estoit couvert D'un scophion (') entrelacé de verd; Sa robe estoit de pourpre Meonine, Perse (•) en couleur, cnancrée à la poitrine ; Ainsi qu'on voit au retour des beaux mois Se promener ou nos dames de Blois, Ou d'Orléans, ou de Tours, ou d'Amboise, Dessus la grève où Loire se dégoise Contre la rive; elles, sur le bord vert Vont deux-à-deux au tetin descouvert, Au collet lasche, et joignant la rivière Foulent l'esmail de 1 herbe printaniere, [Prennent le frais, fieres en leur beauté.

En cependant leur jeune nouveauté Croist à l'envy des herbes qui fleuronnent.

Leurs amoureux en les suivant s'estonnent De leur beau port, et tirent peu à peu Dessous Vesper la recherche d'un feu Qui les consomme, et toute la nuit pensent En ces beaux yeux qui guerriers les offensent Sans sommeiller, navrez trait dessus trait, Ayant sans cesse au cœur le doux portrait Que trop d'amour en peinture leur colle, Amsy qu'Hercule avoit au cœur loIe. ]

Faune qui est des femmes désireux,

t. Bonnet. 2. Vert de mer.

Ronsard, — VI. 6

82 Les Poèmes.

Vit ceste dame et en fut amoureux ;

II s'atluma des beautez de la belle ;

Ses yeux luysoient ainsi qu'une chandelle,

Son cœur ardoit de liâmes consommé.

Ainsi qu'un chaume en un champ allumé,

Qu'une bergère enflame d'aventure

Au temps crhyver pour tromper la froidure.

Or tellement ce Faune se ravit, Qu'en l'espiant par les bois la suivit Pour voir son giste, à fin c^ue par finesse Il peust jouir d'une telle Prmcesse.

Ja le soleil estoit tombé dans l'eau.

Et ja Vesper de son cheval moreau Porté au ciel en sa coche attelée, Tiroit la nuict à la robe estoilée, Au mesme temps que le bœuf tout lassé Traine au logis le contre renversé.

En-cependant le souper on appreste; L'un l'arc au poing court es forests en queste, Cherche la biche et le cerf à l'escart, L'autre de l'eau cherche d'une autre part*

Le cuisinier sous le fusil assemble Mainte filace et mainte fiieille ensemble.

Maint sec festu ; le caillou fait un bruit Dessous l'acier ; la flame oui se siiit Par le bas grosse, et par le haut menue, D'un pied tortu se perd dedans la nue; L'autre mainte herbe et fueille va couper.

Et fait des licts verdoyans pour souper.

Tandis Hercule avec sa chère peine Lavoit son front en l'eau d'une fontaine.

Plein de sueur et de poudre, qui fait L'homme en amours mal-gracieux fet laid.

Quand il fut beau et bien poli, sa dame, Sa dame, non, mais son sang et son ame, Qui tout Hercule en ses liens tenoit, Et d'elle seule au cœur se souvenoit, Luy dit : « Seigneur, nous autres damoiseiles

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