‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 98 sur 216 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

Si bien que je vous trouve et pareil et entier Autant le dernier jour que je leis le premier;] Tant vaut des Chastillons la gentille nature, (*) Qui ne caresse pas chacun à "aventure, Puis dés le lendemain perd son affection ; Telle inconstance d'âme et telle passion Ne convient point à vous, à qui dame Sagesse A conjoinct les vertus avecques la noblesse.

A vous donc je me plains. Mécène tres-parfait, Du misérable tort gue Fortune me fait, De Fortune ennemie, inconstante et légère, Sourde, muette, aveugle, ingrate et mensongère, Sans foy, sans loy, sans lieu, vagante sans arrest, A qui le vice agrée et la vertu desplaist, Meschante, piperesse, abominable, infâme.

Et digne ( comme elle est) de Thabit d'une femme.

Quand ceste aveugle sotte a pris un homme à jeu, DésTe commencement elle s'en moque un peu.

S'en joue et s'en esbat ; puis comme variable. En riant le trahit et en tait une fable.

Un populaire conte, et l'assied au plus haut (Pour estre regardé) du tragiaue eschafaut.

Elle tant seulement volage n importune Les mariniers pendus aux vagues de Neptune,

I. Dans l'édition de 1^67, les quatre premiers vers de la pièce ont été modifiés ainsi :

Cest à vous, mon Odet, à qui je me veux plaindre, Et comme en un tableau ma fortune vous peindre, A vous qui avez soin de mon bien, tout ainsy Qu'un père tres-soigneux de son fils a soucy.

Les suivants ont été conservés jusqu'au dix-septième, où Ton voit cette variante :

Tant vaut d'un gentil cœur la prudente nature.

Dans l'édition de i $84 et dans les éditions posthumes les vers s à 16 ont été supprimés.

i;8 Les Poèmes.

Que la maudite soif d'amasser un trésor Aux naufrages expose à la suite de Par.

Ny ceux que Tinaigence obscurcit par les foules Des peuples incognus qui portent les ampoules Dans la main endurcie, et à coups d'aiguillons Contraignent les taureaux de fendre les sillons; Mais brave elle s'attaque aux plus hautes personnes. Elle renverse à bas les Roys porte-couronnes, Et des Princes plus hauts atterre les honneurs ; Elle rompt les crédits, elle abat les seigneurs. Quand en moins d'un clin d'oeil son visajge elle vire.

Vostre noble maison {*) en sçauroit bien que dire. Laquelle a résisté par la seule vertu.

Et plus s'est veu défaite, et plus a combattu. Et n'a voulu souffrir que Fortune eust la gloire D'avoir sur vostre race emporté la victoire.

Or ce monstre cruel, hideux et plein d'effroy. Seulement, Monseigneur, ne se moaue de moy ; Mais comme un grand Breton qui luitte d'artifice Contre un qui n'entend point l'art d'un tel exercice, (a) M'a pressé contre terre^ et m'a froissé le corps De ses bras ennemis qui doutent les plus forts ; Aucunefois le ventre, aucunefois la gorge Me serre, tout ainsi qu'en la fumeuse forge Des ouvriers de Vulcan, la tenaille dedans Sa maschoire de fer serre des eloux ardans; Et ne puis eschapper de sa griffe cruelle, Quoyque vostre oeau nom à mon secours j'appelle.

Depuis que le Destin (Destin mauvais et bon) A vous me présenta pour chanter vostre nom ;

Contre un nain impuissant de corps et d'exercice,

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