XX
panégyriste. Les historiens savent tant dechoses, qu'ils sauront sans doute alors que j'ai eu peu à me plaindre des hommes . même des hommes puissants-, que si je n’ai rien été, c'est comme d’autres sont quelque chose, je veux dire en me donnant de la peine pour cela; ils n'auront donc pas à me ranger au nombre des gens désappointés et chagrins. Us sauront peut-être aussi que j’ai joui de la réputation d'observateur assez attentif, assez exact, assez pénétrant, et qu'enfin je m'en suis toujours plutôt pris à la faiblesse des hommes qu'à leur mauvais vouloir du mal que j'ai pu voir faire dans mon temps. Des matériaux recueillis dans cet esprit manquent trop souvent pour que les historiens à venir ne tirent pas bon parti de ceux que je laisserai. La France un jour pourra m'en savoir gré. Qui sait si ce n'est pas à cet ouvrage de ma vieillesse que mon nom devra de me survivre? Il serait plaisant que la postérité dit : Le judicieux, le grave Béranger I Pourquoi pas?
Mais voici bien des pages à la suite les unes des autres, sans trop de logique, ni surtout de nécessité. Se douterait-on, à la longueur de cette préface, que j'ai toujours redouté d'entretenir le public de moi, autrement qu'en chansons? Je crains bien d’avoir abusé étrangement du privilège que donne l’instant des adieux; il me reste pourtant encore une dette de cœur à acquitter.
Au risque d'avoir l'air de solliciter pour mes nouvelles chansons l’indulgence des journaux , mise par moi si souveut à l'épreuve, je dois témoigner ma reconnaissance à leurs rédacteurs , pour l'appui qu’ils m’ont prêté dans mes petites guerres avec le pouvoir. Ceux de mon opinion ont plus d'une fois bravé les ciseaux de la censure et les ongles de la main de justice pour venir à mon seeourB dans les moments périlleux. >ul doute que sans eux on ne m'eût fait payer plus chèrement la témérité de mes attaques. Je ne suis point de ceux qui oublient les obligations qu'ils ont à la presse périodique.
Je me fais un deVoir d’ajouter que même les journaux de l'opinion la plus opposée à la mienne, tout en repoussant l'hostilité de mes principes, m’ont paru presque toujours garder la mesure qu'un homme convaincu a droit d’attendre de ses adversaires, surtout quand il ne s'en prend qu’à ceux qui sont en position de se venger.
J'attribue cette bienveillance si générale à l'empire qu’exerce en France le genre auquel je me suis exclusivement livré. Cela seul suftirait pour m’ôter toute envie d’accoler jamais aucun autre titre à celui de chansonnier, qui m’a rendu cher à mes concitoyens.
Jiji y jf yati ù-jr.
CHANSONS