CONVERSATION
ENTRE MON CENSEUR ET MOI. — 15 JANVIER r&N.
{ Je prends U liberté de sabstitoer le nom de Collé «a moi qui se trouve dans tout le dialogue.)
Le censeur. — Voici, monsieur, mon approbation pour votre Théâtre de Société. Il contient des ouvrages charmants.
Collé. — Et mes chansons , monsieur, mes chansons comment les avez-vous traitées ?
Le censeur.— Vous me trouverez sévère. Mais je ne puis vous dissimuler que le choix ne m'en parait pas sagement fait.
Collé. — Connaîtriez -vous quelque bonne chanson que j'aurais omise ?
Le censeuh. — J’ai été au contraire forcé d'indiquer la suppression d’un grand nombre.
Collé, feuilieünt»n nuuiojcrii. Quoi! monsieur! vous exigez que je retranche...
( Ici le papier endommagé ne permet que de derlner le lire dea cUantoni supprimée* par le censeur.)
Le censeur. — Vous n’avez pas dû penser que cela passerait à la censure.
Collé. — Elles ont bien passé ailleurs.
Le censeur. — Raison de plus.
Collé. — Pardonnez ; je ne connaissais pas bien encore les raison» d'un censeur.
Le censeur. — Examinons avec sang-froid les deux genres de chai», sons qui m’ont contraint à la sévérité. D'abord , pourquoi , dans des vaudevilles , mêlez-vous toujours quelques traits de satire relatifs aux circonstances ?
Collé. — Que ne me demandez-vous plutdtpourquoi je fais des vaudevilles? La chanson est essentiellement du parti de l’opposition. D’ailleurs, en frondant quelques abus qui n’en seront pas moins éternels, en ridiculisant quelques personnages à qui l’on pourrait souhaiter de n’étre que ridicules, ai-je insulté jamais àce qui a droit au respect de tous ? Le respect pour le souverain paralt-il me coûter?
Le censeuh. — Mais les ministres, monsieur, les ministres I Si à Naples l’on peut sans danger offenser la Divinité, il n’y fait pas bon pour ceux qui parlent mal de saint Janvier.
Collé. — Je le conçois : à Naples saint Janvier passe pour faire des miracles.
Le cbnseuh. — Vous y seriez aussi incrédule qu’à Paris.
Collé. — Dites aussi clairvoyant.
Le cbnseub. — Tant pis pour vous, monsieur. Au fait, de quoi ae