‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 5)Chapitre 280 sur 323 · LA FILLE DU PEUPLE · texte numérisé non relu

LA FILLE DU PEUPLE

Air d'Anstifps.

Fille du peuple, au chantre populaire,

De ton printemps lu prodigues les fleurs.

Dès ton berceau tu lui dois ce salaire;

Ses premiers chants calmaient tes premiers pleurs. Va, ne crains pas que baronne ou marquise Veuille à me plaire user ses beaux atours.

Ma muse et moi nous portons pour devise Je suis du peuple ainsi que mes amours.

Quand, jeune encor, j’errais sans renommée,.

D'anciens châteaux s’offraient-ils à mes jeux ; Point n’invoquais, à la porte fermée,

Pour m'introduire, un nain mystérieux.

Je me disais : Tendresse et poésie

Ont fui ces murs, chers aux vieux troubadours.

Fondons ailleurs mon droit de bourgeoisie ;

Je suis du peuple ainsi que mes amours.

Fi des salons où l'ennui qui se berce BAille entouré d'un luxe éblouissant !

Feu d'artifice éteint par une averse.

Quand vient la joie, elle y meurt en naissant. En souliers fins, chapeau frais, robe blanche, Tu veux aux champs courir tous les huit jours : Viens ; tu me rends les plaisirs du dimanche.

Je suis du peuple ainsi que mes arhours.

Quelle beauté, simple dame ou princesse,

A plus que toi de décence et d'attraits ;

Possède un cœur plus riche de jeunesse,

Des yeux plus doux et de plus nobles traits?

Le peuple enfin s'est fait une mémoire :

J'ai pour ses droits lutté contre deux Cours ;

Il te devait au chantre de sa gloire.

Je suis du peuple ainsi que mes amours.

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