A ROME
Flortooe, !e 17 février Isos.
Monsieur, j’aurais bien voulu voua donner plus tât de mes nouvelles, et surtout avoir des vôtres; mais vous allez voir que depuis mon départ de Rome j’ai toujours couru , et que je cours encore, sans savoir où je vais. En vous quittant je vins ici, où je restai quinze jours enfermé avec .XénophondanscettebibliothèqucbâtieparMiehc!- Angc. Il y faisait grand froid, et je regrettai fort Naples. Du reste, je ne vis rien de Florence, pas même la galerie. J’allai ensuite à Milan. J’y passai huit jours tristement perdus à faire des visites et des révérences. De là on m’envoya à Vérone, mais en chemin je m’arrêtai quinze jours a Brescia, parce quej’y trouvai un de mes amis, officierdugénie, qui revenait de Constantinople’.
* Haso, cliefdc bataiDoadu griüc.
Lui éehapiié de Turquie, et moi de la Calabre, je vous laisse à penser que de coiiUs et quels entretiens ! Ce teinps-là se passa donc fort agréablement. Jenem’ennuyal [loint non plusâ Vérone, ou je fus un mois seul et libre. Je vis l’amphithéâtre , je vis le musée Maffei. On en a enlevé pour Paris les plus beaux morceaux. Vous crieriez à la harliaric ; moi je crois toujours que tout est bien. Enfin , je reçus ordre de me rendre ici avec un général d’artillerie '. Mais j’y suis venu avant lui , et je t’attends sans impatience , car co séjour-ei me plait fort. Je sollicite pourtant, comme je vous ai dit qucc’était mon dessein , un congé pour aller en France, chose qui se trouve plus difficile à obtenir quejen'avais cru. Jevoudrais, .Monsieur, avant de repasser les moûts, vous voir encore une fois , et je partirais content. Ce serait trop de dire que je l’espère ; mais je me flatte nu moins que cela n’est pas impossible.
Écrivez-moi, je vous prie, autant toutefois que vos yeux vous le permettront. Parlez-moi de votre santé. Vous savoir en bonne santé est la chose du monde que je désire le plus. Je vous ai laissé bien portant, mieux même qu’il y a dix ans. Je n’ai pas fait seul cette remarque , tout le monde l’a observé. Sauvez vos \ eux , et tout va bien. Je crois c|uc vous vous serez moqué de la rigueur de cet hiver. Mais moi, Napolitain, traiisiiorte tout à coup dans la Gaule cisalpine, je faisais pitié à voir. Permettez que je vous embrasse sans cérémonie.
A MADAME DIOMGI,
k ROUF.
norencc, le 2« f«> rirr Ww.
Madame, de Rome, en vousquittant, je vins ici, puisj'allaia Jlilan, de Milan ù Vérone, et de Vérone ici, où j’ai enfin trouvé le moment de vous écrire.
.Maintenant je ne saurais vous dire sur quel grand chemin je serai quand vous recevrez cette lettre; mais quelque jMirt que je sois, il se pas.se peu d'heures que je ne pense a vous, et conqilcz qu’à l'instant où vous lisez ceci, je me rappcdic toutes vos hontes. Vous jugez bien, .Madame, que dans ces continuelles courses, si j'ai eu le temps de lire, comme j’ai fait, avec grand plaisir votre ouvrage’, je n’ai pu songer ù le traduire. Ce n’est pas un travail à faire currente calamo;
' D’Arancfjr.
* Ouvrage de in.-idaiDe Uionigi »ur /*erj;>c< rjtr.
2^8 LEri'ULS
moins encore nurrente scriplore. Pour y apporter I tout le soin et l’attention nécessaires, il fant du rc|H>s, il faut ne penser à autre chose. Puis , vous traduire c'est un plaisir, et tous les plaisirs Je les veux goûter à mon aise. Je m'arrêterai bientôt à Pisc, à Livourne ou ailleurs, et dés que j’aurai pose le pied quelque part , j'entrerai en fonctions comme votre interprète , et ferai de mon mieux pour transmettre a nos Français vos charmantes leçons.
J'ai vu Lamberti à Milan. Nous causâmes fort de vous; il avait reçu vos lettres, et il voulait que je lui montrasse votre Perspective. Je l'aurais satisfait , sachant que c'était votre intention ; mais le cahier était dans ma malle, et ma malle était en chemin. Lamberti est bien û cette cour, nien logé , bien payé , bien vu de tout le monde ; il doit être heureux , et il le mérite.
Ne tardez point trop, je vous prie, à me donner de vos nouvelles ; et si vous êtes paresseuse, comme je le crois , ne vous déplaise , faites-moi écrire par quelqu'un de vos secrétaires. C’est de tous mademoiselle Henriette dont je lis le mieux l’écriture. Ses vers m’y ont accoutumé, car je les lis souvent, et je les montre aux gens que je veux étonner. J’cspcrc que ses mains ne souffrent plus, et vont reprendre cette plume dont tous les traits sont divins. Si elle a composé quelque chose de nouveau , employez , je vous prie , votre autorité pour que cela me soit envoyé.
Voudrez-vous bien , Madame, présenter mon respect à madame Caroline ? Il faudrait m'étouffer si j'oubliais jamais le bon traitement qu’elle inc fit à Ferentino ' , où j'allais quêtant de porte en porte un peu de pain pour ne (Mis mourir, comme elle m'apparut, et comme je fus deux heures chez clic, â table jusqu’au ventre, pendant que les excellences, altesses, majestés, enrageaient de faim avec Meot et quarante cuisiniers. Ce fut elle , après Dieu , qui me sauva dans cette extrême misère, per mon mi prese e disse, a qursta mensa saraiancormeco ■. Klle sait fort bien que tout cela ne peut sortir de ma mémoire. Permettez aussi que je me rappelle au souvenir de M. Ottavio, et de M. votre gendre. Écrivez-moi tous ensemble ou séparément. Rome est le pays du monde que j’aime le mieux , et dans Rome il n'y a point de maison qui me soit aussi chère que ta vôtre.
[ Après l'arrivéedu générald' Aranccy à Florence ,
* T' fcsTler iwifl, do marthatil dD Rome lur Naples.
* Pélrau-qiie.
INÊDHES,
I le sort de Courier fut fisc, et on l'envoya résider à Livourne, en qualité de commandant de l'artillerie. Il s'y rendit le 2 mars. )