LI:TTRES INEDITES
miltrc In dernière main à ma frndaction des deux livres de Xénopbon sur la cavalerie , je prends le parti , sauf votre meilleur avis, de la publier telle quelle est , avec le texte revu sur tous les manusrritsdcFranec et d'Italie, et des notes que je n'ai pas eu le temps de faire plus courtes : le tout paraîtra sous vos auspices, si vous en agréez l'bommage. Votre amitié me fait trop d'honneur pour que je résiste à l’envie de m'en parer aux yeux du public, et mon nom a besoin du vôtre pour obtenir quelque attention. Je me flatte. Monsieur, que vous verrez avec bonté un essai dont le premier objet fut de vous plaire, et que je n’eusse pas même conduit nu point où il est, sans les encouragements que vous m’avez donnés.
Mon dessein est de vous adresser le manuscrit , sous l’enveloppe de M. Dacier, secrétaire pcrpé>tiiel, etc. Je prendrai des mesures pour qu’il vous parvienne franc de port, à moins que vous ne m’indiiiuicz vous-raéme une autre voie.
A M. DE S.AINTE-CROiX',
A rASis.
Poillcl, le ai novembre 1807-
Je vous présente ici, Monsieur, un travail dont vous avez approuvé l’idé*c. Je souhaite qu il sc trouve dans l’exécution quelque chose qui vous satisfasse et qui vous paraisse mériter l’attention desgcnsinstruits.Entraduisant,pourvousroffrir, ce que Xénopbon a écrit sur la cavalerie, j’ai suivi d’abord lcdesseinquej’eustoujours de vous plaire, et j’ai cru faire en même temps une chose agréal)le à tous ceux qui s’occupent ou s’amusent de ces antiquités.
Vous n'aviez pas besoin sans doute qu’on vous traduisit .Xénopbon ; mais vous aviez besoin d’un texte plus correct que celui des livres imprimés, et c’est IA vraiment le présent que je vous ai destiné. J’ai vu et comparé inoi-mémcla plupart des manuscrits de France et d Italie, où ayant trouvé beaucoup de vieilles leçons inconnues aux premiers éditeurs de Xénopbon , j ai remis A leur place , dans le texte , celles qui s’y sont pu ajuster exactement, sans aueunecorrection moderne, laissant aux critiques l’cxaincn de toutes les autres, ou douteuses ou corrompues , que j ai placées au bas des pages ; et je pense ainsi vous donner ce texte aussi entier que nous saurions l'avoir aujourd’hui , c’est-A-dire fort mutilé , comme tous les tnonumenls anti<iucs, mais non refait, ni restauré,
■ Leitre qui M iriKive m <le la tradocUon dea deux li%r« dr Xènoplion aur la cavalerla.
ou retouché le moins du monde, tel en un mot que nous l’ont transmis les siècles passés.
Ma traduction toutefois pourra être utile à ceux même qui liront ces livres en grec; car il y a, dans de tels écrits, beaucoup de choses qu'un soldat peut expliquer aux savants. J’ai cherché à la rendre exacte. J’aurais voulu qu’on y trouvAt tout ce qui est dans Xénopbon , et non moins le sens de ses paroles que le sentiment , s’il faut ainsi dire. Ne pouvant atteindre ce but, qui serait au vrai la perfection d’un pareil travail, j’en ai approché du moins autant qu’il était en moi , et mémcplus heu reusemcntquejcnel’cusse imaginé, en quelques endroits, ou vous ne trouverez guère à dire qu'une certaine naïveté propre à cet auteur, charmante et d’un prix infini , mais difllcile à conserver dans quelque version que ce soit. Sur ce point, ceux qui l’ont voulu imiter en sa langue même, selon moi, y ont mal roussi. Je n’avais garde d'y prétendre ; mais imjiutant A lionne fortune tout ce que j’ai pu rencontrer dans notre français d'expressions qui représentaient assez bien le grec de mon auteur, partout où je me suis aperçu que le trait simple et gracieux du pinceau de Xénopbon ne se laissait point copier, j’y ai renoncé d'abord, et me suis borné à rendre de mon mieux, non sa phrase, mais sa pensée.
J’aurais fort grossi mes remarques , si sur chaque passage j'eusse voulu noter toutes les erreurs des critiques et des interprètes ; car il n'y a pas une ligne de ces deux traités qui ne se trouve quelque part mal écrite ou mal expliquée. Mais on instruit bien peu , ce me semble, le lecteur en lui apprenant qu'un homme s'est trompé. Ces fautes , que j'ai connues sans les marquer, m’ont obligé de donner en beaucoup d’endroits les preuves, autrement superflues, de mon interprétation. C'est ce qui a produit les notes sur le texte. Celles qui accompagnent la versinnsont le fruit de quelques observations que le hasard m’a mis A portée de foire. Vous trouverez dans tout cela peu de lecture , nulle érudition , mais vous n’en serez pas surpris, et vous n’attendez pas de moi de ces recherches qui demandent du temps et des livres.
Quant A l’utilité réelle de ces ouvrages de Xénophon , relativement A l’art dont ils traitent , je ne sais ce que vous en penserez. Bien des gens croient qu’aucun art ne s’apprend dans les livres ; et les livres , A dire vrai , n'instruisent guère que ceux qui savent déjA. Ceux-IA, lorsqu’il s’en trouve , pour qui l’art ne se borne pas A un exercice maehinal des pratiques en usage, peuvent
ECRITES DE FRANCE ET DTTALIE
aSi
tirer quelque fruit des observations recueillies en temps et lieux différents ; et les plus anciennes, parmi ces observations, sont toujours précieuses, soit qu elles contrarient ou conllrment les maximes reçues, étant, pour ainsi dire, le type des premières idées dégagées de beaucoup de préjugés. Voilà par où ces livres-ci doivent intéresser. Ce sont presque les premiers qu'on ait écrits sur cette matière. Des préceptes qu'ils contiennent, les uns subsistent aujourd'liui, d'autres sont contestés , d'autres sont oubliés , ou même condamnes I hez nous ; mais il n'en est point qu'on ne voie encore suivi quelque part, comme je l'ai marqué dans mes notes, et je m'assure que si on voulait comparer soigneusement à ce qui sc lit dans Xénophon , non-seulement nus usages actuels , mais les pratiques connues des peuples les plus adonnés aux exercices de la cavalerie , on y trouverait mille rapports dont je n'al pu m'aviser, et tous eurieux à olBcrver, ne fùt-ce que comme matière à réflexions.
A MAD.àME MORIANA DIONIGI ,
à ROUE.
Livourne, le IS septembre 1806.
Madame, pour m'empêcher de vous aller voir, il est venu exprès , je crois , un général inspecteur de l'artillerie. Ces inspecteurs sont des gens que l'on envoie examiner si nous faisons notre devoir. I.c leur est de nous ennuyer, et celui-ci s'en acquitte parfaitement à mou égard. Quand il ne serait pas de sa personne un insupportable mortel, ce que vous nommez en votre langue un foldataccio, sa visite, tombant an travers de mes phis agréables projets , ne pouvait que m'assommer. Les malédictions ne remédient à rien; mais. Madame, ces jours destinés à vous voir,
les passeravec l'animal le plus Madonna inia,
donnez-moi patience ! nous avons attendu deux mois son arrivée, et je ne sais combien encore nous attendrons son départ, douce espérance dont il nous flatte chaque jour. Je compte pourtant en être délivré cette semaine, et déjà mes pensées reprennent leur direction naturelle vers Rome. Mais avant de faire les démarches nécessaires pour pouvoir m'y rendre , il faut savoir si vous y êtes. N'est-ce pas dans cette saison que vous allez ordinairement à Ferentino 7 Venir de si loin et ne vous pas trouver, ce serait pis que l'inspecteur. Je pars malnteuant pour Florence ; maintenant, c'est-à-dire, aussitôt que l'animal pura les talons tournés. J'en serai de retour dans
quinze jours; faites , Madame , que Je trouve ici une lettre de vous qui m’apprenne où vous êtes , et je ferai en sorte , moi , qu’alors rien ne m'empêche de me rendre à Rome, si je suis assuré de vous y trouver.
Votre académie de Saint-Luc a donc enfin fait son devoir Je l’en félicite. Elle ne fera pas souvent de pareilles acquisitions. Mademoiselle Henriette, dans son Arcadie, avait quelque chose d'un peu paicn ; mais vous. Madame, sous la bannière de Saint-Luc, vous sanctifierez toute la famille par votre foi et par vos œuvres.
En vous écrivant ceci. Madame, d'une écriture qui n'a point de pareille au monde , j'ai le plaisir de penser que vous vous unirez tous pour tâcher de me lire, et qu'ainsi je vous oecuperai tous au moins pendant quelques minutes. Il me semble vous voir les uns après les autres aguzzar le ciglia' sur ce griffonnage, sans en pouvoir rien déchiffrer. Croyez-moi, laissez cela. Aussi bien qu’y trouveriez-vous? des assurances trèssincères de mes sentiments qui vous sont connus, et dont je me flatte que vous ne douterez jamais.
A M. LE GÉNÉRAL D’ARANCEY,
COMHAM)A?a' l’ARTILLSRIB EM TOSCANE.
LiTourne, le 13 septembre I 8 O 0 .
Mon général , il serait très à propos de concerter entre vous et le général Meunier le service des compagnies de gardes-côtes. Vous les croyez comprises dans mon commandement, et m’en rendez responsable , tandis que tous les jours ces troupes reçoivent des ordres dont je n'oi connaissance que par la voix publique. On déplace les détachements et les officiers sans que j'en sois instruit. En un mot, le général Meunier commande directement cette troupe, et ne la croit en aucune façon dépendante de l’artillerie. Le préfet s'en fait une espèce de gendarmerie. J’attends , corn me vous, avec impatience leur organisation déflnitive.
Mon service ici est peu de chose , et cependant fort pénible. Il me manque tout ce qui rend aux autres la besogne facile. Pour le matériel , je n'ai point de garde ; pour le personnel , trois compagnies sans officiers (entre nous) ni sous-offleiers; point d'écrivains ; on m'a ôté le seul qui sût faire quelque chose. I-e général Sorbier a bien
' ou. Madèmie «vail Kçu msilamc Dluoigi pamt aei mrmbm.
‘ Daotf*.
LETTRES INEDITES,
senU tout cela, et en est convenu, quelque peu disposé qu’il fût à me rendre justice. Il a paru fort aise de trouver prêt le travail que j’avais fait pour lui , et m’en aurait tenu compte si son grade et l’usage actuel ne dispensaient de tout procédé. J’aurais pris beaucoup moins de peine , et peut-être m'eùt-il ménagé davantage , si je l'eusse connu plus tôt. Je ne puis , ou pour mieux dire, il ne me convient pas de vous expliquer d'où vient l'animosité qu'il a contre moi; mais elle a paru d’une manière singulière , et je crois malgré lui. 11 me traitad’abord assez bien pourun homme de son caractère, et durant les deux premiers jours qu’il passa ici, il me fit l'honneur de s’eutretenir avec mol presque amicalement. Mais un soir, en présence de quelques officiers , j’eus le malheur de lui dire les propres mots que voici : Je crois, mon général, qu'un homme ne peut être à la fois canonnier et cavalier, non plus que cavalier et fantassin , et que par conséquent l’artillerie à cheval, les dragons , sont des armes bâtardes, des troupes organisées sous de faux principes. Ce discours le jeta dans un accès de frénésie alarmant. Mon sang-froid achevant de le mettre hors de lui , 11 me dit beaucoup de choses que son état excusait , et comme , lorsqu’on a tort avec ses subalternes , on se garde surtout de se dédire, Je crois bien qu’il vous aura répété une partie des Invectives qu’il m’adressa directement, et que son rapport au ministre s'en sera ressenti. Quant au ministre, les notes du général Sorbier me nuiront assurément, et j’en suis fort affligé; mais c’est un mal sans remède. Pour vous, mon général, qui n’étes pas ministre, votre jugement sur mon compte ne saurait dépendre des passions du général Sorbier. Après avoir obtenu en Calabre les éloges, la confiance, l'amitié de tous les généraux ( hors d’un seul que personne ne loue ] , vous savez de quelle manière j’ai été traité. Je ne m’en plains pas, et je crois ces dégoûts inévitables à quiconque est comme moi mauvais courtisan. Mais j’espère que ce défaut, dont je travaille à me corriger, me nuira peu auprès de vous, et je vous connais trop juste pour juger un officier autrement que sur sa conduite.
[ Sur l’invitation de M. Akerblad, Courier se rendit dans ce temps-là à Florence pour y visiter des manuscrits grecs, tl vit à ce sujet M. Chaban, commissaire du gouvernement français ; mais son service le rappela bientôt à I.ivourne, où il était déjà de retour le 20 septembre. ]