‹ Œuvres complètes de P. L. CourierChapitre 14 sur 199 · AU RKOACTEUR DU CENSEUR · texte numérisé non relu

AU RKOACTEUR DU CENSEUR

nous reviendrait naturellement si nous étions audessous? telle chose jamais n'arrive, Jamais n'est arrivée. Tout s'écoule, s'en va toujours de nous à lui : doue il y a une pente; donc nous sommes en haut , M. ikeazes en bas , conséquence bien claire; et la cour est un trou, non un sommet, comme il parait aux yeux du stupide vulgaire.

Ne sait-on pas d'ailleurs que c'est un lieu fangeux, où la vertu respire un air empoisonné , comme dit le poète, et aussi ne demeure guère. Ce qui s'y passe est connu ; on y dispute des prix de différentes sortes et valeurs dont le total s'élève chaque année à plus de huit cents millions. Voilà de quoi exciter l'émulation sans doute; et l'objet de ces prix anciennement fondés, depuis peu renouvelés, accrus, multipliés par Napoléon le Grand, c'est de favoriser et de récompenser avec une royale munincenee toute espèce de vice , tout genre de corruption. Il y en a pour le mensonge et toutes scs subdivisions, comme flatterie, fourberie, calomnie, imimsture , hypocrisie , et le reste. Il y en a pour la bassesse iH'aucoup et de fort considérables, non moins pour la sottise, l'ineptie, l'ignorance ; d'autres pour l'adultiTc et la prostitution, les plus enviés de tous, dont un seul fait souvent la grandeur d'une famille. .Mais pour ceux-là , ce sont les femmes qui concourent ; on couronne les maris; du reste, point de faveur, de préférence injuste ; la palme est au plus vil , l'honneur au plus rampant, sans distinction de naissance; ainsi le veut la Charte, et le roi l'a jurée. C'est un droit garanti par la constitution, acheté de tout le sang delà révolution; le vilain peut prétendre a vivre et s'enrichir comme le gentilhomme sans industrie, talents, mœurs ni probité, dont la noblesse enrage, et sur cela réclame ses antiques privilèges.

Tout le monde cependant use du droit acquis, comme si on craignait de n'en pas jouir longtemps. Chacun se lance; non : à lu cour, ou se glisse, on s'insinue, un se pousse. Il n'est fils de bonne mère qui n'abandonne tout pour être présenté, faire sa révérence avec l'espoir fondé, si elle est agréée , d'emporter pied ou aile, comme undit,dubudget,etd'avolrpartaux grâces. Les grâces à la cour pleuvent soir et matin ; et une fuis admis, il faudrait être bien brouillé avec le sort, avoir bien peu de souplesse, ou une femme bien sotte , pour ne rien attraper, lorsqu'on est alerte , à l'épreuve des dégoOts , et (|u'on ne se rebute pas. Sans humeur, sans honneur; c'est le mot, la devise : Quiconque ne sait pas digérer un affront...

Alerte, il le faut être. Blendes gens croient

la cour un pays de fainéants , où , dès qu'on a mi.s le pied, la fortune vous cherche, lesbiens viennent en dormant ; erreur. Les courtisans, il est vrai , ne font rien; nulle œuvre, nulle besogne qui paraisse. Toutefois, les forçats ont moins de peine, et le comte de Sainte-Hélène dit que les galères , au prix , sont un lieu de repos. Le laboureur, l'artisan , qui chaque soir prend somme , et répare la nuit les fatigues du jour, voilà de vrais pares.seux. Ix! courtisan jamais ne dort, et l'on acaleulé mathématiquement que la moitié des soins perdus dans les antichambres, la moitié des travaux, des efforts, de la constance, nécessaires pour seulement parler à un sot en place, sufllrait, employn! à des objets utiles, pour décupler en France les produits de l'industrie, et porter tous les arts a un point de perfection dont on n'a nulle idée.

Mais la patience surtout, la patience aux gens de cour, est ce qu'est aux lidèles la charité , tient lieu de tout autre mérite, monseigneur, j’allendrai, dit l'abbé de Bernis au ministre qui lui criait: Vous n'aurczricn , et le chassait, le|K>ussait dehors par les épaules. J 'en sais qui sur et la eussent pris leur parti, cherché queU|ue moyen de .se [>as.scr de monseigneur, de vivre par euxmêmes , comme le cocher de fiacre : La cour me hleime, je in 'ch...,- c'est-à-dire : je travaillerai. Ignoble mot, langage de roturier né pour toujours l'être. Le gentilhomme de Louis.Wl , noble de race, dit j’attendrai. Le gentilhomme de Bonaparte, noble par grâce, dit j’attendrons. Et tous deux se prennent la main, s'embrassent, amis de cour!

Veretx, 10 mar& i 8 ?o.

Moxsieir,

C'est l'imprimerie qui met le monde à mal. C'est la lettre moulée qui fait qu'on assassine depuis la création ; et Caln lisait les journaux dans le paradis terrestre. Il n'en faut point douter; les ministres le disent; les ministres ne mentent pas, à bi tribune surtout.

Que maudit soit l'auteur de cette damnable invention , et avec lui ceux qui en ont perpétué l'usage , ou qui jamais apprirent aux hommes à SC communiquer leurs pensées! pour telles gens l’enfer n’a point de chaudières assez bouillantes. Mais remarquez , Monsieur, le progrès toujours erois.sant de perversité. Dans l’état de nature célébré par Jean-Jaeques avec tant de raison, l'Iiomme, exempt de tout vice et de la corruption

i.ETi’ni;s

des temps où nous vivons, ne parlait |X)int , mais eriait, murmurait ou ttrojsnait, selon ses affect ions du moment. Il y avait plaisir alors à gouverner. Point de pamphlets, point de journaux, point de pétitions pour la Cliarte, point de réclamations sur l'impôt. Heureux âge qui dura trop peu !

Bientôt des philosophes, suscités par Satan |M)ur le renversement d'un si bel ordre de choses, avec certains mouvements de la langue et des lèvres, articulèrent des sons, prononcèrent des syllabes. Où étals-tu Séguier? Si on eût réprimé dès le commencement ces coupables excès de l'esprit anarehique, et mis au secret le premier qui s'avisa de dire ba be bi bo bu, le monde était sauvé ; l'autel sur le trône , on le trône sur l'autel , avec le tabernacle, affermis pour jamais, en aucun temps il n'y eût eu de révolutions. la^ pensions, les traitements, augmenteraient chaque année. La religion, les mœurs... Ah I que tout irait bien 1 Nymphes de l'Opéra, vous auriez part encore à la mense abbatiale et au revenu des pauvres. Mais fait-on jamais rien à temps î Faute de mesures préventives, il arriva que les hommes parlèrent , et tout aussitôt commencèrent â médire de l'autorité, qui ne le trouva pas bon, se prétendit outragée, avilie; fit des lois contre les abus de la parole; la liberté de la parole fut suspendue pourtrols milleans, et, en vertu de cette ordonnance, tout esclave qui ouvrait la bouche pour crier sous les coups ou demander du pain , était eruciné, empalé, étranglé, au grand contentement de tous les honnêtes gens. I.es choses n'allaient point naal ainsi, et le gouvernement était considéré.

Mais, quand un Phénicien (ce fut, je m'imagine, quelque manufacturier, sans titre, sans naissance) eut enseigné aux hommes à peindre la parole, et fixer par des traits cette voix fugitive, alors commencèrent les inquiétudes vagues de ceux qui se lassaient de travailler pour autrui, et en môme temps le dévouement monarchique de ceux qui voulaient à toutes forces qu'on travaillât pour eux. Les premiers mots tracés furent liberté, loi, droit, équité, raison ; et des lors on vit bien que cetart ingénieux tendait directement à rogner les pensions et les appointements. T)c celte époque datent les soucis des gens en place , des courtisans.

Ce fut bien pis, quand l’homme de Mayence ( aussi peu noble , Je le crois, que celui de Sidon) a son tour eut imaginé de serrer entre deux ais la feuille qu’un autre fit de chiffons réduits en pâte; tant ledémon est habile à tirer parti de tout

|X)urlaperledcsâmes! L'.AIIcmand, par tel moyen, multipliant ees traits de figures tracées qu'avait inventées le Phénicien, multiplia d'autant les mots que fait la pensée. O terrible influence de cetle race qui ne sert ni Dieu , ni le roi , adonnée aux sciences mondaines, aux viles professions mécaniques! engeance pernicieuse, que ne ferait-elle pas si on la laissait faire, abandonnée sans frein à ce fatal esprit de connaître , d’inventer et de perfectionner I Un ouvrier, un misérable Ignoré dans son atelier, de quelques guenilles fait une colle, et de cette colle, du papier qu'un autre rêve de gaufrer avec un peu de noir; et voilà le monde. bouleversé, les vieilles monarchies ébraiiléus, les eanonicats en péril. Diabolique industrie! rage de travailler, au lieu de chômer lessaints et de faire pénitence ! il n'y a de bons que les moines, comme dit M. de Coussergue, la noblesse présentée , et messieurs les laquais. Tout le reste est perverti , tout le reste raisonne , ou bientôt rabsonnera. Les petits enfants savcntquc deux cl deux font quatre. O tempora ! 6 mores! O M. Clauzel de Coussergue , ô Marcassus de Marcellusl

Tant il y a qu'il n'y a plus qu'un moyen de gouverner, surtout depuis qu'un autre émissaire de l'enfer a trouvé cette autre invention de distribuer chaque matin à vingt ou trente mille abonnés une feuille où se lit tout ce que le monde dit et pense, et les projets des gouvernants et les craintes des gouvernés. Si cet abus continuait, que pourrait entreprendre la cour, qui ne fut contrôle d'avance, e.xaminc, jugé, critiqué, apprécié? Le public se mêlerait de tout, voudrait fourrer dans tout son petit intérêt , compterait avec la trésorerie, surveillerait la haute police, et se moquerait de la diplomatie. La nation enfin ferait marcher le gouvernement, comme un cocher qu'on paye , et qui doit nous mener, non où il veut, ni comme il veut, mais où nous prétendons aller, et par le chemin qui nous convient ; chose horrible à penser, contraire au droit divin et aux capitulaires.

Mais comme si c'était peu de toutes ces machinations contre les lionnes mœurs, la grande propriété et les privilèges des hantes classes , voici bien autre chose. On mande de Berlin que le docteur Kirkausen, fameux mathématicien, a depuis i>cu imaginé de nouveaux caractères , une nouvelle presse maniable, légère, mobile, portative, à mettre dans la poche, exp^itive surtout, et dont l’usage est tel, qu'on écrit comme on parle, aussi vite, aisément : c'est une lachitijpie. On peut, dans un salon, sans que personne s’en doute.

Imprimer tout ce qui se dit, et, sur le lieu même,

AU HKÜACl'liLU DU CENSEUR.

tirer a mille exemplaires luute la conversation, à mesure que les acteurs parlent. La plume, de cette façon , ne servira presque plus, va devenir inutile. Une femme, dans son ménage, au lieu d'écrire le compte de son linge à laver, ou le Journal de sa dépense , l’imprimera , dit-on , pour avoir plus tdt fait. Je vous laisse à penser. Monsieur, quel déluge va nous inonder, et ce que pourra la censure contre un pareil débordement. Maison ajoute, et c'est le pispour quiconquepetisc bien ou touche un traitement , que la combinaison de ces nouveaux caractères est si simple, si ciaire, si facile à concevoir, que l'homme le plus grossier apprend en une leçon A lire et à écrire. Le docteur en a fuit publiquement l'expérience avec un succès effrayant , et un paysan qui, la veille, savait à peine compter ses doigts , après une instruction de huit à dix minutes, a compose et distribué aux assistants un petit discours, fort bien tourné, en bon allemand, commençant par ces mots : Despotes ho nomos; c'est-à-dire , comme on me l’a traduit, la loi doit gouverner. Où en sommes-nous , grand Dieu I qu'allons-nous devenir ! Heureusement l'autorité avertie a pris des mesures pour la sûreté de l'État : les ordres sont donnés; toute la police de l'.Ullemagne est à la poursuite du docteur, avec un prix de cent mille florins à qui le livrera mort ou vif, et l'on attend à chaque moment la nouvelle de son arrestation. La chose n'est pas de peu d'importance ; une pareille invention, dans le siecle ou nous sommes, venant à se répandre, c'en serait fait de toutes les bases de l'ordre social ; il n’y aurait plus rien de caché pour le public. .Adieu les ressorts de la politique : intrigues, complots, notes secrètes; plus d'hypocrisie qui ne fût bientôt démasquée , d'imposture qui ne fût démcutic. Comment gouverner après cela?

lÆTTRE XI.

Vt^rrU, 10 avril IK2<*.

Je trouve comme vous, .Monsieur, que nos orateurs ont fait merveille pour la liberté de la presse. Rien ne se peut imaginer de plus fort ni de mieux pensé que ce qu’ils ont dit à ce sujet, et leur éloquence me ravit, en même temps que sur bien des choses j'admire leur peu de finesse. L'un , aux ministres qui se plaignent de la licence des écrits, répond que la famille royale ne fut jamais si respectée, qu'on n'imprime rien contre le roi. En bonne foi, il faut être un peu de son di^rtement pour croire qu'il s'agit du roi , lors-

qu'on crie vengez le roi. Ainsi ce lionboninie , au théâtre, voyant représenter le Tarlt^fe, disait : Pourquoi donc les dévots haïssent-ils tant cette pièce? il n'y a rien contre la religion. L’autre, non moins naïf, s'étonne, trouve que partout tout est tranquille, et demande de quoi on s’inqu iète . Celu ilà, certes, n’a point de place, et ne va pas cher les ministres; car il y verrait que le monde ( le monde, comme vous savez, ce sont les gens à places ), bien loin d'être tranquille, est au contraire fort troublé par l'appréhension du plus grand de tous les désastres, la diminution du budget, dont le monde en effet est menacé , si le gouvernement n'y apporte remède. C'est à éloigner ce fléau que tendent ses soins paternels, bénis de Dieu jusqu'à ce jour, (inr, depuis cinq ou six cents ans, le budget, si ce n'est à quelques époques de Ix>uis .X 1 1 et de Henri IV, a continuellement augmenté, en raison composée, disent les géomètres, de l’avidité des gens de cour et de la patience des peuples.

Mais de tous ceux qui ont parlé dans cette occasion, le plus amusant, c’est M. Benjamin Constant , qui va dire aux ministres : (juoi I point de journaux libres ! point de papiers pnbl les ( ceux que vous censurez sont à vous seuls ) ! Comment saurez-vous ce qui se passe ? Vos agents vous tromperont , se moqueront de vous , vous feront faire mille sottises, comme ils faisaient avant que la presse fût libre. Témoin l'affaire de Lyon. Car, qu'était-ce, en deux roots? On vous mande qu'il y a là une conspiration. Eh bien I qu’on coupe les têtes, répondîtes-vous d’abord, bonnement. L'ordre part ; et puis , par réflexion , vous envoyez quelqu’un savoir on peu ce que c’est. Le moindre journal libre vous l’eût appris à temps, bien mieux qu'un maréchal et a bien moins de frais. Que sûtesvous par le rapport de votre envoyé ? peu de chose. A la fin, on imprime, tout devient public, et il se trouve qu'il n’y a point eu de conspiration. Cependant les têtes étaient coupées. Voilà un fùrieu x (tas de clerc , une bévue qui coûte cher, et que la liberté des journaux vous eût certainement épargnée. De pareilles àneries font grand tort, et voilà ce que c'est que d'enchaîner la presse.

lii-dessus, dit-on, le ministère eut peine à sc tenir de rire; et M. Pasquier, le lendemain, s'égaya aux dépens de l'honorable membre, non sans cause. Car on pouvait dire à M. Benjamin Constant ; Oui, les têtes sont à bas, mais monseigneur est duc ; il n'en faut plus qu’autant , le voilà prince de plein droit. Les bévues des ministres coûtent cher, il est vrai , mais non pas aux ministres. Mieux vaut tuer un marquis, disent les

LElTlUiS

iDÀledns , que guérir ecnt vilains : cela vaut mieux pour le médecin ; pour les ministres non ; mieux vaut tuer les vilains, et, seluu leurs conséquences, les fautes changent de nom. Contenter le public, s'en faire estimer, est fort bien ; il n'y a nul mal assurément , et LaflUte a raison de se conduire comme il fait, parce qu'il a besoin, lui, de l'estime, de la eoniianec publique, étant homme de négoce, roturier, non pas duc. Mais le point pour un ministre , c'est de rester ministre ; et pour cela , il faut savoir, non ce qui s'est fuit à Lyon, mais ccqui s'est dit au iever, dont ne parlent pas les journaux. La presse étant libre, il n'y a point de conspiration, dites-vous, messieurs de gauche. Vraiment, on le sait bien. Mais, sans conspiration, comment sauver rktat, le trône, la monarchie î et que deviendraient les agents de sûreté, de surveillance? Comme le scandale est nécessaire pour la plus grande gloire de Dieu, aussi sont les conspirations pour le maintien de la haute police. Les faire naitre, les étouffer, charger la mine, l'éventer, c'est le grand art du ministère; c'est le fort et le fin de la scicuec des hommes d'État; c'est la politique transcendante chez nous, perfectionnée depuis peu par d'excellents hommes en ce genre, que l'.\nglais jaloux veut imiter et contrefait, mais grossiérenu-nt. IN'y ayant ni complots, ni machinations, ni ramifications , que voulez-vous qu'un ministre fasse de son génie et de son zèle pour la dynastie ? Quelle intrigue peut-on entamer avec espoir de In mener à bien , si tout est affiché le même jour? Quelle trame saurait-on mettre sur le métier ? Les journaux apprennent aux ministres cc que le public dit , chose fort indifférente ; ils apprennent au public ce que ies ministres font, chose fort intéressante, ou ce qu'ils veulent faire , encore meilleur il savoir. Il n'y a nulle parité; le profit est tout d'une part. Outre que les ministres, des qu'on sait ce qu'ils veulent faire, aussitôt ne le veulent ou ne le peuvent plus faire. Politique connue, politique perdue; affaires d'Ktat , secrets d'État , secrétaires d'État I Le secret, en un mol, est

l'éme de la politique, et la publicité n'est bonne que pour le public.

Voilà une partie de ce qu'on eût pu ré|)ondre aux orateurs de gauche, admirables d'ailleurs dans tout cc qu'ils ont dit pour la défense de nos droits, et forts sur la logique autant qu'impertur- Imblcs sur la dialectique. I.eurs discours seront des monuments de l'art dedisculer, d'éclaircir la question; réfuter les sophismes, analyser, approfondir. Courage, mes amis, courage, les mi-

nistres se moquent de nous; mais nous raisonnons bien mieux qu'eux. Ils nous mettent en prison , et nous y consentons ; mais nous les mettons dans leur tort, et ils y consentent aussi. Que cette poignée de protégés du général Foy nous lie , nous dépouille, nous égorge; il sera toujours vrai que nous les avons menés de la belle manière ; nous leur avons bien dit leur fait , sagement toutefois, prudemment , décemment. I-a décence est de rigueur dans un gouvernement constitutionnel.

Mais cc qui m'étonne de ces harangues si belles dans /e Mnniletir, si bien déduites, si frnp|Kintcs par le rai.sonuement, qu'il ne semble pas qu’on puisse répliquer un mot ; cc qui me surprend, c’est de voir le peu d’effet qu'elles produisent sur les auditeurs. Nos Cicérons, avec toute leur éloquence, ii'out guère persuadé que ceux qui, avant de les entendre, étaient de leur avis. Je sjiis la raison (|u’ouen donne : vcntren'a (Miiiit d'oreilles, et il u’esl pire sourd... Vous dirai-je ma peiiséx'? Ce sont d’habiles gens , sages et bien disants , orateurs, en un mot; mais ils ne savent p.is faire usage de l’aiwslrophe, une des plus puissantes maebines de la rhétorique, ou n’ont (ws voidu s'en servir dans le cours de ces discussions, par civilité, je m'imagine, par ce même principe de décence, preuve de la iKuinc éducation qu'ils ont reçue de leurs parents; car l'aiioslrophe n'est pas polie; j’en demeure d'accord avec .M. de Corday. Mais aussi trouvez-moi une tournure plus vive , plus animé-c, plus forte, plus propre à remuer une ns.sembbà>, à frap[>er le ministère, à étonner la droite, à émouvoir le ventre? L'iqaistropbe, Monsieur, l’apostrophe, c't^st la mitraille de l'eloquenee. \’ous l'avez vu, cpiaiid Foy, artilleur <le

son métier .Sans l’apo.stropbe , je vous défie

d’ébi anicrunemajorité, lorsque son parti est bien pris. E.s.s;iycz un peu d'employer, avec des gens (pii ont dinc chez ,M. Pasiiuier, le sy llogisme et l'enthyméme. Je vous donne toutes les ligures de Quintilicn , tous les tropes de Dumar.sais et tout le sublime de Longin; allez attaquer avec cela un M. Poy féréde Cerre. Poussez à Mareassus, isms- .sez à Marccllus la métaphore, l'antitlu-se, l'bypotypose, la catachrcsc; polissez votre style et choisissez vos termes; à la force du .sens unis.sez l'harmonie infuse dans vus périodes, pour charmer roreillcd’un préfet, ou porter le cœur d’un ministre à prendre pitié de son l>ays,

Voas sfTcz étonné, qiian<) tous sorez an lioiit,

De ne leur a>oir rien [persuadé du tout.

Pas un seul ne vous (■coûtera ; vous verrez la droite bâiller, le ministère se moucher, le ventre aller

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