CHEZ LA COMTESSE D’ALBANY
aehcvei-lc , c’est l’affaire de deux ou trois coups.
— Quoi? dit-il, n’y a-t-il donc point d’accommodement? et qui vous céderait pour ce siècle-ci la guerre et les sciences, ne quitteriez-vous pas à l’autre les arts, la politesse, le goût? — Bon, Vous voudriez, je crois, faire les choses égales. Non , point de quartier , ou vous siguerez que nous l’emportons en tout sur votre Louis XIV, et que quiconque a pu soutenir le contraire est extravagant, ridicule. -- Vous me croyez abattu, dit-il, vous me portez le poignard à la visière. Eh bien t plus d’accord, plus de paix ; je reprends tout ce que je voulais bien vous céder, et je vous soutiendrai mordicus, jusqu’à mon dernier syllogisme, que cc sièelc-là est en tout supérieur au vôtre autant que le cèdre à l’hysopc. — Dans les sciences? dis-je. — Dans les sciences, dans toutes les sciences, depuis l’astronomie jusqu’à la croix de par Dieu. — Et dans la guerre? — Oui. — Quelle folie ! — Me voilà prêt à vous le prouver à pied et à cheval.
" Vous croyez qu’il sc moque , me dit madame d’Albany ; mais il est homme à sc charger d’une pareille cause. — Pourquoi non? — Vous allez, lui dis-je, nous faire voir qu’on sait aujourd’hui moins de physique, de mathématiques. — Point du tout ; ce n’est pas là de quoi il s’agit. — Comment? — Non, il n’est pas question d’examiner si nos savants en savent plus que ceux-là , étant venus après eux. Car d’abord, instruits par eux , ilsontsu ccqucceux-là savaient; et depuis, Userait étrange qu’ils n’eussent pas appris quelque chose que ceux-là ignoraient. I-cs progrès qu’ont fait faire aux sciences les uns et les autres, voilà ce qu’il faudrait voir, et balancer les découvertes.
— Eh! mais, lui dis-je, ce serait pour n’en pas finir. — Non, reprit-il , les grandes découvertes sont en petit nombre. Les nôtres , celles de nos pères, tout cela serait bientôt compté; et mettant à part ce qu’ils nous ont laissé , à part ce que nous-mêmes avons amassé , on verrait à l’œil que tout notre fonds nous vient d’eux , et que depuis longtemps en cc genre nous acquérons peu ; puis le mérite, qui n’est pas petit, de nous avoir, eux, ouvert la route et aplani les obstacles. — Oh I ce qu’ils ont fait pour nous, nous le faisons pour d’autres. — Oui, mais c’est le premier pas qui coûte. — Us moissonnaient, dis-je ; nous glanons. Au reste, ajoutai-je, peut-être avez- vous raison en un sens , et je pense qu’il y aurait assez à dire pour et contre. — Vraiment, dit madame d’AIbany, la matière est belle, et ce serait affaire à vous deux d'éclaircir ce point, s’il ne vous man-
qnait.... — Quoi î dit Fabre. — Oh 1 rien, une misère ; de savoir de quoi vous parlez. — Quant à cela , dit-il , ce n’est pas une affaire. J’ai cru longtemps aussi qu’on n’était point docteur sans prendre ses degrés , et que pour parler des choses il les fallait connaître; mais je vois tous les jours tant de gens raisonner des arts sons en avoir la moindre idée , et en faire de gros livres , et en tenir école, que, ma foi, je ne veux plus être ignorant sur rien, et je vais tout à l’heure vous parler de la guerre en amateur éclairé. Car je me doute que c’est là où vous m’attendez. — Vous soutenez donc, lui dis-je, la gageure jusqu’au bout î — Hautement. — Allons , voyons comme vous vous en tirerez. — Oui, dit la comtesse, voyons, parlez-nous de batailles.
« Il fut un moment à réver debout contre le mur de la fenêtre, regardant vers Capri, et à quelques mots que nous lui dîmes il ne répondait rien ; puis revenant à nous : Il faut d’abord, dit-il, établir la question; — Quelle question ? lui disje; il n’y a point de question. Vous vous mettez en tête de soutenir qu’aujourd’hui nous sommes moins guerriers qu’on ne le fut sous I.ouis XIV ; appelez-vous cela.... — Oui, voilà ce que c’est, nous sommes moins guerriers; voilà ce que je veux démontrer. Or, qu’est-ce que guerriers?
— Guerriers, dis-je , ce sont les gens qui font la guerre. — Ainsi , dit-il, les plus guerriers seraient ceux qui font le plus la guerre? — Assurément.
— Non , reprit-il , ce n’est pas là la question ; ai-je raison de la vouloir déterminer exactement 7 Rien n’est si rare que de s’entendre et de savoir de quoi l’on dispute. Rappelez-vous donc qu’il s’agit de la gloire du siècle , qui consiste non à faire beaucoup la guerre, mais à la bien faire; hé? — Sans doute. — Car, qjouta-t-il, si vous me disiez, dans notre première discussion , qu’on peint pins à présent que do temps du Poussin , j’en demeurerais d’accord ; mais non pas si bien ; et que l’on écrit davantage , sans contredit; mais de quelle façon ? voilà le point. Or, il en va de même de la guerre à mon avis. — J’entends bien, dis-je ; vous prétendez qu’on la faisait alors mieux, avec plus de science et d’habileté qu’aqjourd’hui.
— Justement.
• Madame d’Albany riait, et elle lui dit : Après cela vous nous conterez vos campagnes , vos sièges, vos batailles; car, pourparlerdeceschoses-là, il faut bien que vous en ayez quelque expérience.
— Je ne erois pas , dit-il , quant à moi , cette nécessité. — Quoi I vous connaîtrez qui fait mieux ou plus mal la guerre, sans l’avoir jamais faite.
CONVERSATION
sans être du métier! — Fort bien. Ne puis-je Jii^er les acteurs à moins d’étre acteur moi-mérae ? et de la pièce, n'oserai-je en dire mon avis si je n’ai composé? Mais vous, Madame, je vous prie, fîtesvous jamais la cuisine? — Non, dit^elle, qu'il me souvienne. — Eh bien! àtable, l'autre jour, chez madame votre sœur, vous décluriitcs son cuisinier le meilleur de Naples et du royaume. N’ayant jamais pratiqué l'art, vous prononçâtes hardiment sur le mérite de l'artiste; et en effet ù l'œuvre on connaît l’ouvrier, sans qu'il faille être pour cela immatriculé dans la profession. Enfin un faisait mieux la "uerre en ce tcmps-là; et voici comme je le prouve. — Un moment, dis-je, repondezmoi. Pourquoi fait-on la guerre? — Pourquoi?
— Oui , quel est le but qu’on sc propose en faisant la guerre? N’est-ce pas de battre l'ennemi 7 — Sans doute. — Et de le dépouiller? — Fort bien.
• En quinze jours nous battons plus d'ennemis, et faisons plus de conquêtes qu'oii n'en eût su faire en cent ans alors. — Un moment, me dit-il , à mon tour. Quel est le but du jeu ? de gagner, si je ne me trompe? — Oui. — Eh bien! de deux joueurs jouant séparément contre différents adversaires, l'un gagne dix sous, l’autre dix louis; et le premier qui gagne dix sous a joué trois heures durant, le second trois minutes; en trois coups il a donné le mat, et gagné dix louis. Lequel joue le mieux? — C'est selon, dis-je. — Comment selon? y pensez-vous? Dix louis en trois minutes, et dix sous en trois heures? — Mais dis-je, si l'homme aux dix louis a eu affaire à une mazette? — Ah! voil.â ce que c’est! Dans vos guerres vous avez affaire à des mazettes qui vous laissent conquérir des royaumes en quinze jours; et en quinze ans alors â peine gagnait-on <]uelque place. Qu’est-ee à dire, sinon qu'alors on se battait, la partie se défendait? Alors étaient les grands joueurs, alors se faisaient les beaux coups. Si on perdait à Malplaquet , on prenait sa revanche à Oudenarde. I.’éehee de Ramillies se réparait à Denafn. C'était au plus habile. Aujourd'hui que voit-on , des marauds qui dépouillent quelque enfant de famille.
« Il dit autre chose encore.... Vos courses de Paris à Vienne.... On abandonne plutôt la capitale maintenant qu'alors on ne reculait un pas sur la frontière.... L’honneur en ce temps-lâ , aujourd’hui le butin.... Et puis il ajouta, dont je me •souviens bien ; Voulez-vous que je vous dise? On pille, on massacre aujourd'hui, on ravage beaucoup plus qn'aloi-s; mais certainement on sc bat moins.... Car la guerre , qui avait autrefois deux
iwrtics, l'attaque et la défense, n’en a plus qu une maintenant; et s’il y eut jamais un art de s’égorger, la moitié en est perdue. — Assurément, dit la comtesse, ce n'est pas faute qu’on l'exerce. Pour moi j'aurais cru tout le contraire; c'était l’art que j'imaginais le plus perfectionné de nos jours.
« Mais, Madame, dis-je, remarquez-vous qu'il doute même s’il y a un art de faire la guerre ? — Comment? — Demaudez-lui plutôt. Et le voyant sourire : — Mais, dit-elle, il y en a tant de livres. — Oh! il y a, dit-il, des livres de théologie, et même des livres de magic. Cependant je ne crois pas plus à l'une qu’à l’autre. — Et qu'est-ce donc que la tactique, la fortiHcation , la castramétation ? — Que je meure si j'en sais rien I Oh bien ! je le sais , moi , et je m’en vais vous le dire, dit madame d'Albany. La tactique, c'est l'art de ranger des soldats selon certaines règles, pour donner des batailles. En un mot, c’est l'art de se battre. — ■ Et sans cet art , dit-il , on ne se battrait point? Oh ! la bonne science 1 ajouta-t-il , et bien nécessaire I car comment ferions-nous, je vous prie, pour nous entre-tuer, si de grands hommes ne nous en montraient la méthode? — Tout ce qu’il vous plaira; mais elle existe enlin cette mclliode, cette science, vous ne le sauriez nier. — Écoutez, dit-il : je veux croire, puis([uc tout le monde l'assure, qu'il y a un art de la guerre; mais vous m’avouerez que c’est le seul qui ne demande point d'apprentissage. C'e.st le seul art qu’on sache sans l’avoir appris. Dans les autres, il faut de l’étude et du terni» : on commence par être écolier; mais dans celui-ci on est d'abord maître, et pour peu qu’on y apporte des dispositions, on fait son chef-d’œuvre en même temps que son coup d'es-sai. — Expliquez-nous ceci, dit madame d’AII>any; ear votre Idée est étrange , ou je ne vous comprends pas. — Eh quoi ! dit-il, moi, par exemple, quand j’ai voulu être peintre, je ne me suis pas mis a peindre tout d'un coup. Il me fallut d'abord apprendre le dessin; je dessinai d'après la bosse, je dessinai d’après nature. Mais, avant d'en veuir là , combien de temps croyez-vous que je demeurai à faire des yeux et des oreilles, des pieds, des mains, une demi-figure, puis une figure entière? Et venu là, nouveau travail; nouvelles études d’après le modelé vivant. Que d’application ! que de patience! que de difficultés ! et je n'avais pas encore commencé à peindre ! Enfin je peignis, fort mal d'abord, ensuite moins mal, puis un peu mieux. An bout de trente ans finalement , je suis peintre tel que j’ai pu l’être, et quand j’étudie-
CHEZ LA COm'ESSE Ü’ALBANY.
rais mon art encore trente années, je ne saurais Jamais autant qu'ii m’en resterait à apprendre. Or, voila ce que Je veux dire : dans ce grand art de commander les hommes à la guerre, la science ne vient pas comme cela peu à peu, mais tout à la fois. Liés qu'on s'y met, on sait d'abord tout ce qu'il y a à savoir. Un jeune prince à dix huit ans arrive de la cour en poste, donne une bataille , la gagne , et le voiU grand capitaine pour toute sa vie, et le plus grand capitaine du monde. — Qui donc? demanda la comtesse; qui a fait ce que vous dites là ? — Le grand Coude. — Oh ! celui-la c'était un génie. — Sans doute, dit-il; et Gaston de Foix ? L'histoire est pleine de pareils exemples. Mais ccschoscs-ln ne se voient point dans les autres arts. Un prince, quelque génie qu'il ait reçu du ciel , ne fait point tout botté , en descendant de cheval , le Stoiaf de Pergolèse , ou la sainte Famille de Raphaël.
• Voulez- vous, lui dis-je, qu'un prince soit peintre ou maître dechapelle? — !Son,dit il; Dieu me garde d'axoir cette pensée. Moliero l'a dit, je m'en souviens : La cmitume chez nous ne veut pus qu'un gentilhomme sache rien faire; à plus forte raison un prince. Mais ces gens, qui ne savent rien faire, savent faire la guerre, u'est-ce pas? — Assurément, et mieux que d’autres. — Oh ! pour mieux , c'est une autre affaire. J’ai vu
Des gens île tout inéliers, de loul |K>il, de tout Age,
comme, dit la Fontaine, endosser le harnois etsc trouver guerriers sans y avoir jamais pensé. J’ai vu des peintres , de mes camarades à moi , jeter la la palette et conduire des troupes à la guerre comme s’ils n’eussent fait antre chose de leur vie. Je doutequ’il y aitun maréclml qui ne se trouvAt embarrassé , si l'empereur lui commandait un tableau d’histoire. Je crois, lui dis-je, comme vous, que peu s’en acquitteraient bien , et vous seriez apparemment dans la même peine si on voulait vous obliger à commander un corps d’armée. — PeutnHre. — Quoi , vous en doutez ? — Mais c’est qu’en effet il y a une grande différence. — Et quelle? — Le maréchal est sûr de ne pouvoir faire un tableau. Il n’a pas besoin d’eS'ayer; mais moi , Je ne puis être sûr, avant d'en avoir fait l’épreuve, si Je ne commanderais pas bien. — Pourquoi , dis-je, sauriez-vous moins que lui ce que vous pouvez faire, ou lui mieux que vous de quoi 11 est incapable? — Ah I c’est qu’on n’a jamais vu un général peindre , au lieu qu’on a vu commander des peintres, et des gens d’autres professions, on même sans profes.sion , au -dessous
desquels je n'ai pas riiumilite de me placer, et je ne crois pas qu'on soit tenu d’être si modeste.
« Toutdc bon, ditmadamed'Albany, vous vous mettriez demain à la tête d’une armée? — Jou irais pas, dit-il, m'offrir; mais si on m'en priait...
— Vous vous y prêteriez? — Et comment m’y refuser? j'aurai beau dire que je suis peintre, pauvre diable, sachant dans mon métier peutêtre quelque chose, hors de là (pioi que ce soit, on me répondra que les princes qui ne savent rien du tout font ce qu’on exige de moi, et que ce que fait bien un prince , tout le monde le peut faire. Dire que je n'ai lu de ma vie une ligne de leur tactique, ni vu seulement la parade, mauvaise excuse que cela. Messieurs tels et tels, vivants ou morts depuis peu, sans en avoir plus de pratique, ni d’étude que vous , ont pris de ces commandements , et s en sont acquittés avec l’applaudissement universel : que répondrai-je?
« Mais enlin, repartit madame d’Albany, il y a des règles à la guerre, et ces règles-lè il les faut savoir. — Voulez-vous, Madame, que je vous dise là-dessus ma pensée? J’ai peur qu’il n’en soit de lu guerre comme du langage. Il y a des règles pour ivarler, et ces règles font un art qu'on appelle la grammaire. Or, on a remarqué que les maîtres dans cet art, et tous ceux qui s’étudient à parler régulièrement, parlent plus mal que les autres. — Justement, dit-elle, et les princes et les gens de cour, qui ne savent point ces règles, sont ceux qui parlent le mieux; et voilà comme ils font la guerre. — Sans savoir ce qu’ils font, reprit F'abre. — Comme M. Jourdain de la prose.
— Ce qu’on pourrait vous dire. Madame, c’est que, dans la vérité, le langage delà cour... — Quoi? allez-vous encore me disputer ceia, et avez- vous résolu de ne nous rien accorder? Expliquez-nous plutût pourquoi, s’il est si commun de voir des gens' faire la guerre sans l'avoir apprise, et si c’est une chose si aisée, pourquoi il y a si peu de grands capitaines. — Mais, Madame, de fait, y en a-t-il si peu ? Comptez dans chaque siècle les sculpteurs et les peintres; je dis les bons, ceux dont les ouvrages se peuvent regarder deux fois; comptez les poètes , vous en trouverez de loin en loin, a certaines époques rares et fortunées, quelques-uns, en quelque coin de l’Europe. Car, des quatre parts de la terre, trois sont stériles pour les arts , et le sol à cet égard le plus favorisi de la nature est dix slècies sans rien produire. Dix siècles se passent sans qu’on voie un peintre, un écrivain pnssabics. Mais de grands généraux , il y on a toujours en tous temps, en tous lieux.
CONVERSATION
— Mon Dieu ! dis-je, au contraire, il n’y en a jamais qu’un. Vous ne verrez nulle part dans l’histoire deux conquérants contemporains; et sous Alexandre il y avait plusieurs grands peintres, plusieurs sculpteurs, poètes, orateurs excellents; mais il n’y avait qu’un Alexandre. — Que ditesvous? Il y en avaitmille auxquels il ne manquait qu'une armée; et son secrétaire mime qui n’était point soldat , qui ne portait en campagne que la plume et l’éeritolre, se trouva grand capitaine sitôt que Dieu le voulut, et battit les Cassander, les l’olyspcrchon et tous les traîneurs de sabre. Allez, il y avait dans l’armée d’Alexandre cent officiers capables de la commander comme lui, et hors de l'armée mille individus ayant en eux, sans le savoir, tout ce qui fait les Alexandre. — Et croyez-vous, dis-je, qu’il n’y ait pas mille gens ignorés qui possèdent toutes les qualités propres à faire un grand peintre? — Sans doute il y en a, dit-il , mais beaucoup moins que de ceuxlà dont on ferait de grands généraux. — Et à quoi le voyez-vous? — Parbleu, cela est clair. La moitié des gens qui se battent sont vainqueurs et grands guerriers. De deux généraux opposés l’un battra l’autre, et sera grand ; c’est l’affaire d’une heure. Combien peu, de tant de gens qui s’appliquent aux arts , parviennent en toute leur vie à la médiocrité! I/étude donne les talents, le hasard les commandements ; mais vingt ans d’étude ne fon t pas toujours un bon peintre, chaque jour de bataille fait un grand général I — Sur ce picd-là, dit la comtesse , nous en devons avoir bon nombrc;que d’exagération I — Vraiment, reprit-il, j’ai tort; non-seulement la moitié, mais tous sont d’étoffe à faire des héros , et la fortune manque A plusieurs, le mérite à aucun. — J’entends; selon vous on s'élève toujours par la fortune, jamais par le mérite. — Franchement, dit-il, le méritca fort peu de part à tout cela. Un homme naît grand, ou un le fait grand, sans que le mérite s’en mêle. David n’est pas né peintre, et personne ne l’a fait peintre; il s’est fait lui-méme ce qu’il est : à cela il y peut avoir du mérite. En un mot, on est général sitôt qu’on a une armée; on a une armée dès qu’on est fils de Philippe, ou gendre de Pompée, ou ami de Sylla, et on gagne des batailles. Est-on peintre dès qu’on a une toile et des couleurs, et peut-on faire un tableau? N’y va-t-il que d’étre parent de David ou de Canova, pour tenir un rang dans les arts? — Mais aussi, dit-elle, est-ce tout d’avoir une armée? — Si ce n’est pas tout , c’est beaucoup; car apres cela il n’y a plus qu’une bataille a gagner.
et la fortune se charge encore de cette partie-là ; mais pour qu’un homme soit peintre, il y faut plus de fa^n ; cela ne se donne pas en dot ni ne se lègue par succession. Jamais le puiceau du Titien ne fut un héritage ; Raphaël ne dut rien au bon plaisir de Michcl-Ànge; il eût servi de peu à I.ysippe d’épouser la soeur de Scopasou la liilc de Praxitèle. Pour parvenir au comble de la gloire de son art, ni alliance, ni parenté, ni naissance, ni faveur ne le pouvaient dispenser d’un seul des degrés nécessaires de ce pénible apprentissage; et, pâlissant sur le modèle, encore eût-il perdu ses veilles comme tant d’autres, si le ciel ne l’eût doué d’une âme capable de sentir les beautés naturelles; car il faut tout cela : une exquise sensibilité et un travail opiniâtre, un enthousiasme de génie et une patience à l’épreuve des difficultés, une conception vive et prompte et une lente mexlitation , tout ce que peut joindre l’étude à une heureuse nature, assemblage plus rare que la fortune et les eommaudements; et voila pourquoi si peu d’hommes excellent dans les arts, tandis qu’il y a un grand général partout ou l’on se Imt. — C’est lu que vous en revenez toujours, dit la comtesse. — Et notez bleu, poursuivit-il, remarquez encore ceci, de grâce. Ce général n’a qu’un adversaire; eclui-lu, vaincu par adresse, par ruse, par force ou par hasard, lui livre le prix. Tous ses compagnons sont ses instruments, agissent par lui et pour lui , confondent leur gloire dans la sienne. Mais, pour un artiste, autant de camarades, autant de rivaux qu’il doit combattre tous ensemble et séparément , à armes égales , sans fraude , sans supercherie, et s’il sort vainqueur de cette lutte , il n’a encore rien fait; on lui oppose les anciens, toujours présents et vivants dans leurs ouvrages , pour lui disputer la palme avec tout Tavautage que donne une gloire établie. Car enfin , une bataille ne se rapproche point d’une bataille. Les victoires passées ne font nul tort à celles d’aujourd’hui; nu contraire, la dernière efface toujours toutes les autres : l’linrsalc fait oublier Arbelles, et nu jour de Ccrisoles on ne se souvient plus de Marignan. Mais , que Canova envoie une figure à Paris, elle y trouve i’.Apollon, le Laocoon, le Gladiateur. Sa besogne est mise à côté de ceilc d’Agathins , mort il y a deux mille ans ; et chacun peut, d’un coup d’œil, juger qui des deux a mieux fait. Non-seulement ses contemporains , mais tous les siècles passés lui disputent le triomphe. — En vérité , dit la comtesse , je ne sais I nss’ili’wyjoxc; mais il parte, sur la chose comme
CHEZ I,A CO>rrESSE D'ALBANY.
s’U avait raison. Qu’en i>ensez-vous? me dit-elle.
— Moi? Madame, je vois que le monde est bien sot d’honorer tous ces gens qui gagnent des bataiiies et soumettent des provinces , et de ne pas voir que la gloire, i'estime, i'admiration publique appartiennent de droit aux peintres et aux poètes. Voilà de beaux héros, vraiment, que ces César et ces Aiexandre, pour être ainsi célébrés et divinisés; parlez-moi d'un homme qui fait des tableaux de chevalet ou des rimes redoublées. Quel tort on vous fait là, messieurs I Cela crie vengeance I — Ne vous fâchez pas , me dit-il ; tout va mieux que vous ne pensez, et les artistes ni les poètes n'ont pas tant à se plaindre de l'injustice des hommes ; car, travaillant pour la gloire, ils en ont de reste , et sont mieux partagés à cet égard que les conquérants. — Comment 7 m'écriaijc, surpris d’une pareille assertion. — Oui, vous et bien d'autres, dit-il , vous prenez le bruit pour de la gloire. — Oh! nous savons faire cette distinction. — Mon Dieu,non,vousnela faites point. Vous croyez (quand je dis vous, c'est la plupart des gens) qu'un homme dont on parle beaucoup a beaucoup de gloire. — Selon, dis-je, eomme on en parle — Kt ce fut là, continua-t-il , la dispute de Boileau et du prince de Conti. Vous savez ce trait? — Non, je pense. — Boileau était dans le carrosse du prince de Conti, et on parlait de cela justement, de la gloire des lettres et des arts, que le prince rabais.sait fort, faisant cas seulement de celle qui s'acquiert par les armes. Chacun, comme vous croyez bien, fut de l'avis de Son Altesse. Boileau seul, peu courtisan , soutint et par vives raisons prétendit prouver que la gloire d'Homère égalait celle d'Alexandre. Làdessus un homme passant, le prince l'appelle, et lui demande : Mon ami , dites-moi qui était Alexandre ? — Un grand capitaine, .Monseigneur.
— Et Homère, qui était-il ? — Ma fui. Monseigneur, je ne sais. — On se moqua du pauvre Boileau. Vous voyez que le prince prenait pour de la gloire le bruit des conquêtes d’Alexandre, et triomphait de ce que cet homme en avait oui (|uelque chose , n'ayant de sa vie entendu le nom du poète. Mais, Monseigneur, demandez-lui qui est le bourreau de Paris, il vous le nommera sur-le-champ ; et qui est le premier prédicateur de la cour, il ne saura que vous répondre. Est-ce que le bourreau a plus de gloire , et préféreriezvous sa renommée à celle du révérend pcrc Bourdaloue? Voilà ce que put dire Boileau. Il avait trop de sens pour juger autrement de ces choseslà. H se connaissait en gloire . non pas seulement
en poésie, et il faisait, lui, peu de cas de celle d'Alexandre. Il le traitait de fou , d’enragé : vous rappelez-vous ces vers? Qui , traînant après soi les horreurs de la guerre, — oui, oui, de sa vaste folie.... — C’est cela, — remplit tonte la terre; mais
s'il parle de Racine: Eh qui, voyant un jour
comment est<e qu’il dit? ne bénira d'abord le siéclefortuné.... — Ah I il était poète. — D'accord.
— Vousétes orfèvre, monsieur Josse.i ' — Mais les âges suivants ont trop bien confirmé ce jugement de Boileau pour que l’on en puisse appeler; et sa prédiction s’accomplit chaque jour sur nos théâtres , où tout Paris applaudit les pièces de Racine. Chaque jour on bénit le siècle qui vit naître ces pompeuses merveilles. Le siècle qui vit les carnages d'ArbelIcs et d'issus, s'avisa-t-on jamais d’en bénir la mémoire ? Et regrette-t-on qu'Alexandre n’ait pas vécu plus longtemps pour donner d’autres batailles, comme on pleure que Racine ait refusé à la scène de nouveaux chefsd’œuvre après Athalie ? En un mot , qu’est-ee que la gloire ? — La gloire 7 dis-je ; pour en trouver la juste définition , il y faudrait penser un peu. — Uhl dit la comtesse, la voici toute trouvée, la définition; et elle prit un livre près d'elle, et tournant quelques feuillets : c’est du Montaigne, nous dit-elle ; et elle lut : La ÿ/oire est l'approbation que le monde fait des actions que nous mettons en évidence. El Fabre la-dessus : — Eh bien ! est-ce cela? Vous paralt-elie exacte cette définition ? Et comme je fis signe que je m’en contentais: — Voyons donc à présent, dit-il, qu’approuve davantage te monde, la guerre ou la poésie? — On approuve l’une et l'autre en son temps. — Mais , répliqua-t-il , en tout temps on approuve les vers , pourvu qu'ils soient bien faits , comme ceux de Raeine ou de Boileau ; qu'en dites- vous? — Sans doute. — Et les peintures comme celles de Raphaël , les statues telles que l’Apollon , ne sont-ce pas là des clioses qu'on approuve toujours? — Belle demande. — Et partout?
— J'en demeurai d'accord. — La guerre, poursuivit-il, bien faite, comme la faisaient Alexandre et César, l’approuve-t-on toujours? — Je ne
répondis pas d'abord Que vous en semble? —
Eh ! mais, lui dis-je, c’est selon. — Selon quoi? — Selon qu'elle est ou juste ou injuste, et encore scion l’intérêt que chacun y peut avoir. — Vous dites bien, me répondit-il; car, par exemple, ceux qu'elle ruine, et le nombre en est infini, ne l'approuvent nullement. Les orphelins, les veuves , les parents à qui elle arrache un fils en âge de payer les soins paternels; enfin les pères,
by GoOglc
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les mères, les femmes , les cnfunts, voilà comme vous voyez une bonne partie du monde , sans parler des marchands, laboureurs, artisans, qui n’approuvent point la ^pierre , quelque bien qu'on la fasse. Aussi , à dire vrai , les connaisseurs sont rares. Tandis qu'il y aura peut-être quelques tacticiens qui s'écrieront, à la lecture d'une relation : Oh la belle bataille! le beau siège ! tout le reste du genre humain , noyé dans les pleurs chargera d'exécration l'auteur de la bataille ou tlu siège. V’oilà l’approbation qu’on donne à la plus belle guerre.
« Avec tout cela , dis-je , il y a des guerres justes ; vous ne le nierez pas. — Quoi I dit-il, elles le sont toutes. Il n’y enapointqui ne soit juste d'un 4jôté et Injuste de l'autre. — Eh bien I la guerre juste on l’approuve. — Vous ne m'entendez pas, <jit-il. Nous parions de la gloire des guerriers. f^a gloire, en ce genre, c'est de tuer beaucoup, t^î'est cela qui fait le héros à tort ou à droit , il ,s’’inipoite; et celui qui perd la bataille n'est jaixiais qu un misérable, eùt-il toute la raison du fuondc. Le vainqueur seul est le grand homme, i-t le plus grand homme est celui qui tue davant oge : car ce ne serait rien d’avoir tué quinze ou vingt mille hommes, par exemple. .Avec cela on est à peine nommé dans l'bistoiie. Pour y faire c{uelque ligure, il faut massacrer par millions. Or, ces boucheries-là, quelque belles, quelque ntlmirables qu'elles soient , au dire de ceux qui s’y connaissent , le monde, pour user des termes de Montaigne, les approuve peu, généralement.
« Nous lui témoignâmes quelque doute que cela fut vrai. Car on admire , disions-nous, beaucoup plus les conquérants que les rois bienfaisants, et la comtesse ajouta qu'il n’y avait pointd’homme qui n aimât mieux être Alexandre que Titus. — Il se peut, et je le crois comme vous, répondit p'abre; peut-être aussi admire-t-on plus un fameux brigand , qu’un sage magistrat. Cependant on approuve le juge qui fait pendre le brigand. Enlin vous et moi , me dit-il , nous approuvons plus Raphaël d’avoir bien peint la Madone et l'enfant Jésus, que César d'avoir égorgé trois millions d hommes en sa vie j et le monde est, ce me semble, assez de notre avis. Il se fait tous lesjoursdes massacres qui valent bien ceux de César, mais le monde y prend peu de plaisir, et divinise des ouvrages bien au-dessous de ceux de Raphaël. Si les vœux de la terre y faisaient quelque chose, on verrait moins de Césars et plus de Raphaels. En doutezvous ? c’est qu’on approuve la besogne de ceux-ci , non de ceux-là ; et pour en venir aux exemples ,
(H)ntinua-t-il , .Alexandre, dont nous parlions, c'est le coryphée des destructeurs de l'espèce humaine; nui ne l'a surpassé dans cet art. Les guerres d’.AIexandre en son temps, pensez-vous qu’on les approuvât? — Tout le monde, non. — Comment, tout le monde ? Et de qui croyez-vous qu’elles fussent approuvées? Dis Perses qu’il exterminait? il n'y a pas d'apparence. Des Grecs qu'il massacrait à Théltes ? Des Macédoniens à qui sa gloire coûtait leur sang, leurs enfants et le produit le plus net de leurs héritages? Mais non; de ses compagnons peut-être , des chefs de son armée qui périssaient victimes de ses extravagances ou punis de les avoir blâmées? A celui qui lui conseillait de faire enlin la paix, vous savez ce qu’il répondit; Oui, si j’étais Parmenion, c'est-à-dire, si j'étais un liomme; mais je suis un héros, il me faut du carnage; tout autre passetemps est indigne de moi , et je veux m'y divertir tant que je trouverai des villes à saccager, des champs à ravager, des gens à égorger. Pensez, je vous prie, comme cette rage plut au général Parménion , qui eût bien voulu jouir un peu de sa nouvelle fortune à Pella , et comme il goûta le projet de s'en aller subjuguer l’Inde et la Libye. Ce que Boileau appelle folie dans Alexandre, alors on le nommait autrement , et personne , croyezmoi, n'approuvait ses fureurs, non pas même ceux qui en profltaient.
• Voyant qu’il s’arrêtait et nous regardait pour connatti-e ce que nous pensions : Il y peut avoir, dis-je, à cela quelque chose de vrai. — Or, dites moi , reprit-il , les poèmes de Racine , les tableaux du Poussin , ou du temps d'Alexandre les peintures d’Apelle, les sculptures de Lysippe, furent approuvées des Grecs, des Macédoniens, des Perses également. Étrangers, citoyens, alliés ou ennemis , tous d'un commun accord louèrent ces ouvrages et leurs auteurs. Si cela n'est écrit , il est probable au moins. Eh ? — Je n'en fais nul doute. — L’approbation du monde, ou la gloire, selon Montaigne , était donc pour ceux-ci et non pour Aieximdrc. Que vous eu semble? — Mais vraiment.... — Et eux , des millions de bras ne s'armèrent point pour les aider à se faire un nom. Point de gens à cheval , point de phalanges à leur commandement : seuls, sans bouleverser l'Europe et l'Asie, sans piques ni épées, ils ont forcé le monde à les admirer. Encore, ajouta-t-il, ceux-là dont la renommée coûte si cher au genre humain, que laissent-ils après eux? un bruit. Un souvenir mêlé avec celui de désastres fameux ; mais rien qui suit proprement d'eux ; nul monument ,
CHEZ I.V C.OMTESSE D'ALBANY.
nulle œuvre de leurinlelligcnec qui les représente aux hommes. Par les arts seuls qu'ils ignorent ils vivent d<ins la mémoire, et leur gloire, toujours indépendante du labeur d'autrui, périt, si quelqu'un ne prend soin de la conserver.
- — .\h! lui dis-je, celle de César se pa.sse trèsbien d'un [Mireil service , et personne, je crois, n'a mieux su se recommander soi-méme à la (wstérité. — Il est vrai , certes , et c'est là ce (|Ui le distingue du vulgaire des conquérants. Aussi, étaitil autre chose qu'un donneur de batailles. Mais vous m'avouerez que sa tactique ne brillerait guère maintenant sans sa rhétorique, et que celle-ci fait bien valoir l'autre. Car enfin qu'estee qu'une gloire dont aucun titre ne subsiste ? Qu'est-ce qu'un nom tout seul dans la postérité? Ceux-là vraiment ne meurent point dont la |iensée vit après eux. Alexandre fut grand guerrier; on le dit; je le veux croire; mais Homere est grand poète; je le vois, j'en juge moi-méme,et si je l'admire, c'ist avetr pleine co inaissanee, non sur la foi des traditions. Raphaël respire encore et parle dans ses tableaux, l.a Kontaine m'est mieux connu que si, lui vivant, je le voyais sans lire ce ipi'il a écrit. On peut dire même que ces homines-là gagnent à mourir, et que Kur àmc, qu'ils ont mise tout entière dans leurs ouvrace.s, y parait plus noble et plus pure , dégagée de ce (pi'ils tenaient de l'humanité. Mais vos guerriers, leurs équipages, leur suite, leurs tambours, leurs trompettes font tout leur être, et, perdant cela , qu'ils vivent ou meurent, les voilà néant.
■ Sur ce picd-là, dit la comtesse, Trissotin avait raison , qui n'numil pas voulu changer sa renommée contre tous tes honneurs (l'un général (f armée. — Trissotin , je ne sais , dit Fabre ; mais à votre avis. Madame, tous les honneurs que l'on rendait par ordre du roi à messieurs les mariThaux valaient-ils un peu seulement de celte gloire que Corneille ne devait qu’à tui-méme.^ Kt Molière, qui parle ainsi, aurait-il changé la sienne contre celle d'aucun général, quand c'eût été mémcTurenne ou Condé? aurait-il donné le lüisanthropepmr toutes leurs batailles? Sou ami
Boile.au, je crois,- ne le lui eût pas conseillé. Il savait trop bien, lui, qu'on ne fait pas de vers comme l’on prend des villes, et que tout ce que font les héros s'est fait de même avant eux , sc fera encore après, et se ferait sans eux. Quelqu'un aurait gagné la bataille de Rocroi, quand même monseigneur ne s’y fût p<as trouvé; mais le Misanthrope, qui l’eût fait sans Molière? Quand a-t-on fait rien de p.’œeil avant ni depuis ? Et je vous prie, duquel se passe-t-on mieux, de batailles ou de bonnes comédies?
• Comme la comtesse allait lui répondre, un domestique entra , et dit qu'on avait servi. — Ceci vient à propos pour vous, dit-elle à Fabre, car vous voilà , je pense, au bout de vos raisons. — Rien moins, sur mon honneur. Je ne vous en ai pas dit le quart, ni les meilleures. Tenez, Madame, de grâce, que répondriez-vous...? — iSon, non, je vous donne gagne, dit-elle, et je tombe d’accord de tout ce que vous voudrez, pourvu que nous nous mettions à table. .Nous nous y mimes, et la comtesse, pendant le diner, fit la guerre à Fabre sur sa façon d’argumenter, et son panégyrique des arts. A pro|xis des arts, nous I parl.lmes de madame Ilamilton, qui a longtemps I habité cette maison-ci , et puis de Nelson , a pro- I pos de madame Ilamilton. La comtesse l’a connu, j et dit qu’il ressemblait a C.anova. .Apres le dîner,
! elle et Fabre montèrent en voiture, et je rentrai chez moi ou j'écrivis ceci.*
A'ofe. Ceci était considéré par Courier commeocAevi. L’avant depuis longtemps en portefeuille , il le destina en 1821 à être inséré dans un journal périodique intitulé te Lycée, dont M. Viollet-Leduc, son ami , était rédacteur. Les bornes de ce recueil ne permirent pas de publier un morceau d’une telle étendue, et la conversation demeura inédite. F.lleest intitulée Cinquième conrersatiun , parce que, d'autres ayant préparé celle-là, Courier, engagé par la comtesse d'Albany, comptait les écrire toutes; mais à l’exception d’une conversation sur Alfieri, dont on n'a point retrouvé trace, quoiqu'elle soit connue de quelques amis de Courier, le projet s'arrêta là.