‹ Œuvres complètes de P. L. CourierChapitre 176 sur 199 · A UNE MÈRE · texte numérisé non relu

A UNE MÈRE

de confier à quelqu’un les fils de l'autorité qu’il ne peut tenir lui-méme, il choisit non celui qu’il estime le plus, mais qu’il craint le moins , et agit en cela comme tout le monde; car on ne veut pas être éclipsé par le compagnon qu’on se donne ; et quelque mérite qu’on se suppose, on ne laisse pas de se défier toqjours du mérite des autres, et d’éloigner de sol ce qui peut donner lieu à de fâcheuses comparaisons : en quoi l’intérêt de l’ambition est d’accord avec celui de la vanité. Moreau sc sert de Ch... parce qu’il n’est bon à rien , et ne peut être rien sans lui.

C’étaient aussi des gens de rien que Louis XI employait, quoi qu’on en pût dire. Si Pompée eût su de tmnne heure apprécier César, il ne l’eût pas fait son gendre; César jugea mieux Antoine, et vit en lui l’homme qu’il cherchait pour jouer sous lui les seconds rûles; il n’eût pas confié l’Italie à Coelius ni à Curion, sachant trop bien de quelle façon Marins, après avoir supplanté son général, s’était repenti lui-même d’avoir élevé Sylla. Le grand Scipiou voulut servir sous les ordres de son frère, qui, peut-être, si le choix eût dépendu de lui , n’eût eu garde de se donner un pareil lieutenant.

Kn général, toutes les fois que, selon l’usage de.s armées romaines, c/r firum legit, personne ne s'as.socie un plus vaillant que soi , et c’est le cas dont il s’agit; car un homme ne saurait s’élever sur les tréteaux de l’ambition qu’à l’aide de quelque autre; mais personne n’y veut faire monter d’acteur qui joue mieux que lui ; d’où il arrive nécessairement que les meilleurs restent en bas, faute de quelqu’un qui leur tende la main.

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