MÉNÉLAS
et demandaient la gnerrc a grands cris. S'ils n'étaient pas soutenus ouvertement par les Atrides, ils étaient sûrs de leur plairej et l'influence secrète d'une maison si poissante était faiblement balancée par l'autorité des vieillards , qui de leur côté se faisaient un point capital de ne rien accorder à l’orgueil de cette famille. Ainsi l’obstination des uns et la témérité des autres allaient donner lieu à de grands désordres , quand Nestor se leva et dit ;
O mes amis , nous ne savons pas tpielle sera la fin de tout ceci; mais toujours les dieux Jaloux de la prospérité des mortels ont fait par la femme le malheur du monde. Il fut un temps où la terre fournissait tout d’elle-méme aux besoins de l'humanité; les hommes vivaient sans soins, et au terme de la vieillesse quittaient la vie sans douleur. Ils égalaient les dieux dans cet état de paix et de félicité ; mais une femme vint du ciel apportant au fils de Jnpet le vase qui contenait tous les maux; il le reçut, l'insensé! Son père l'avait averti ; mais en la regardant il ne se souvint plus de son père, et la perte du genre humain fut l'ouvrage d'un sourire. Depuis, combien de héros les femmes n'ont-clles pas fait péri r! que de guerres désastreuses n'ont-ellcs pas allumées! J’ai vu la jeune lole, en qui tout respirait l'innocence et les grâces, causer la raine de son pays et la mort du grand Hercule. Hélène est peut-être plus belle, certainement plus vantée; veuillent les dieux qu'elle ne fasse pas plus de mal encore. Ah ! si vous pouviez, Atrides, entendre un conseil salutaire !... Mais non, vous êtes jeunes, vous voulez vous venger, combattre et perdre tout plutôt qu'une femme. Déjà , parce que vous avez à vous plaindre d'un Troyen, vous allez attaquer Troie, et vous en prendre à tout un peuple de la folie d’un particulier; comme si Pâris était venu séduire une femme à Lacédémone de l’avis du sénat et des princes troy eus. Ah tjeunesse imprudente, que les dieux font ragner pour la perte des peuples, se peut-il que les passions vous aveuglent à ce point , et que nulle modération ne préside à vos conseils 1 Celui qui v ous offense n’est pas un vagabond, un homme obscur et inconnu; il a sa famille, son prince et les grands de sa nation, auxipiels la raison veut que vous demandiez justice avant d'en venir aux armes. Envoyez à Troie deshommes prudents, sous la protection des dieux immortels, offrir aux Troyens lapaix ou la guerre; qu'ils vous fassent rendre Hélène et toutes les riches.ses qu’elle a emportées , et d'autres encore que Pâris ou Priam y ajouteront de leurs propres
I biens en réparation de l'injure faite à Ménélas. A ces conditions , que tout soit oubiié ; car il n’y a pas d’offense que les présents ne réparent. Iæ meurtrier apaise par des dons le père et la famille dont il a versé le sang , et demeure dans sa ville ! au sein de scs dieux domestiques. Pardonnerait- I on moins l'enlèvement d’une femme que la mort d'un fîls ou d’un frère ? Mais si les Troyens vous refusent toute satisfaction, alors vous marcherez contre eux, vous aurez pour vous la justice et peut-être les dieux.
Ce conseil plut à tout le monde, et fut approuvé par Agamemnon : le lendemain il en fit part aux princes assemblés, qui furent du même avis ; mais quand ce vint à nommer ceux qu'on enverrait , personne ne voulut en être , car chacun pensait en soi-même que le voyage serait long , accompagné de beaucoup de peines et de peu de profit; qu'on ne connaissait pas les Troyens, et qu’on ne savait pas comment l’ambassade serait reçue.
Quelques-uns proposaient Ajax , parce que sa mère étant de Troie , il devait avoir dans le pays des alliés et des amis; d'autres Idoménéc, comme ayant à scs ordres des matelots et des vaisseaux qui fréquentaient les ports de toutes les nations, depuis que son aieul avait instruit ses peuples à parcourir les mers; d'ailleurs il était le plus âgé de tous. On parla même de Philoctète, soit pour faire dépit aux Atrides , soit qu’on imaginât que, s’étant opposé à la guerre , il se chargerait plutôt qu’un autre de négocier la" paix. .\ja.x dit qu’il accepterait si l'on ne trouvait pas quelqu'un qui fût plus propre quelui à cette commission ; mais qu’il n'avait pas appris à parler dans les assemblées, et qu’en général 11 était de peu d'utilité dans toutes les affaires qui se décidaient par des discours.
Idoménéc ne pouvait s’éloigner de Cnosse, parce qu’il craignait, disait-il , une irruption des Pélasgcs, avec lesquels il avait eu quelques différends; mais il offrit unvais.scau pour conduire les ambas.sadeui-s. Philoctète rêponditquc c’était à Ménélas d’aller chercher sa femme.
Ménélas alors se leva et dit : Aux dieux ne plaise qu’on aille sans moi redemander Hélène à Troie! mais je ne dois pas y aller seul. Je ne pourrais parler qu’en mon propre nom; et dans une affaire qui me regarde, on ne mecroiraitpos député par toute la Grèce. Il me faut donc un compagnon, et si vous me le laissez choisir, il ne m'en faut point d’autre qu’Ulyssc : il a un coeur intrépide, l’esprit prompt, la langue per-