RÉPONSE AUX LETTRES ANONYMES
depuis, en cas pareil, et Archimède jadis. Parmi tous ces gran^ noms , Je n’ose me placer ; mais pourtant J'ai aussi quelque chose à flnir, et l'on va me Juger, et Je vois bien des Seize. Tout beau , soyons modeste.
Dans la vôtre. Monsieur, qui m’écrivez de
Paris, vous me dites voici vos termes ; Je
suis de vos amis. Monsieur, et comme tel Je vous dois un avis. On va vous remettre en prison j c'est une chose résolue, et Je le sais de bonne part, non pas pour votre pétition des villageois qui veulent danser, écrit innocent et liénin, où personne n’a rien vu qui pùt ofTenser le parti régnant. C’est le prétexte tout au plus , l’occasion qu’on cherchait pour vous persécuter, mais non le vrai motif. On vous en veut , parce que vous ôtes Orléaniste, ami particulier du duc d’Orléans. Vous l’avez loué dans quelques brochures, vous ôtes du parti d'Orléans. Voilà ce qui se dit de vous, et que bien des gens croient, non pas moi. Je Juge de vous tout autrement. Vous n’ôtes point Orléaniste, ami et partisan du duc : vous n’aimez aucun prince, vous ôtes républicain.
Ce sont vos propres mots. Suis-Je donc républicain? J’ai lu de bons auteurs et réfléchi longtemiM sur le meilleur gouvernement. J’y pense môme encore à m» heures de loisir : mais J’avance peu dans cette recherche, et loin d'avoir acquis par de telles études l’opinion décidée que vous me supposez , Je trouve , s’il faut l'avouer, que plus Je médite , et moins Je sais à quoi m’en tenir ; d’où vient que dans la conversation , et bien des gens m'eu font un reproche , aisément Je me range , sans nulle complaisance , à l’avis de ceux qui me parlent , pourvu qu’ils aient un avis , et non de simples intérêts snr ces grandes questions débattues de nos Jours avec tant de chaleur. Je conteste fort peu ; J’aime la liberté par instinct, par nature. Je serais républicain avec vous en causant, car vous l’étes. Je le vois bien, et vous m’étaleriez toutes les bonnes raisons qui se peuvent donner en faveur de ce gouvernement. Vous n’auriez point de peine a me gagner ; mais bientôt, rencontrant quelqu’un qui médirait et montrerait par vives raisons qu’il peut y avoir liberté dans la monarchie, s'il n’allait même Jusqu’à prétendre, car c’est l'opinion de plusieurs , et elle se peut soutenir, qu'il n’y a de liberté que dans la monarchie, alors Je passerais de ce côté, abandonnant la république, tant Je suis maniable, docile, doutant de mes propres idées, en tout aisé à convertir, pour peu qu’on me veuille préciier, non forcer.
Et voilà le tort qu’ont avec moi les gouvernants et leurs agents. Us ne causent Jamais, ne répondent à rien. Je leur dis qu’il ne faut juis nous faire payer Chambord, et le prouve de mon mieux, assez clairement, ce me semble. Étant d'avis contraire , s'ils daignaient s’expliquer, s’ils entraient en propos , on verrait leurs raisons , et le moindre discours, fondé sur quelque apparence de bon sens, m’amènerait aisément à croire que Je me trompe; qu’acheter Chambord est pour nous la meilleure affaire, et que nous avons de l’argent de reste. On m’a persuadé des choses plus étranges; mais ils ne répondent mot, et me mettent en prison. Quel argument, Je vous prie? Est-ce làraisonner? Dès lors plus de doute. J’ai dit la vérité ; J’abonde dans mon sens et n’en veux pas démordre. Ma remarque subsiste. Me voilà convaincu, et le public avec moi, qu’ils ne savent que dire, qu’ils n’ont pas môme pour eux de mauvaises raisons; que ne voulant s'amender ni s’avouer dans l'erreur, c’est le vrai qui les fâche, et Je triomphe en prison.
Une autre fois Je les avertis que de Jeunes curés dans nos campagnes , par un zèle indiscret , compromettent la religion, en éloignent le peuple au lieu de l’y ramener. Que font mes gouvernants là-dessus? Vous croyez qu’ils vont examiner si Je dis vrai , afin d’y apporter remède. J’en use de la sorte et vous aussi , Je pense , quand on vous donne quelque avis. Mais des ministres, fl I ce serait s’abaisser. Ce serait ce qu’à la cour on nomme recevoir la loi des sujets. Sans rien examiner, on me remet en prison , et Je triomphe encore comme 'Wackeflcid à Newgate; il y mourut ; voici l’histoire :
C’était un homme de bien , fameux par son savoir. Les ministres voulant augmenter le budget, vantaient l’économie et la gloire que ce serait à la nation anglaise à payer plus d’impôts cpi'aucune de l'Europe. Les impôts , selon eux , ne pouvaient être trop forts. Que l'on ôte à chacun la moitié de son bien , le rapport des fortunes entre elles restant le même, personne n’est appauvri. Si, disaient-ils, une maison s’enfoncait d’un étage ou deux, en gardant son niveau, elle en serait plus solide. .Ainsi la réduction de toutes les fortunes au profit du trésor consolide l’État, et cette réduction est une chose en soi absolument Indifférente. Oui, bien pour vous, dit ■Wackefleld dans un écrit célèbre alors, pour vous qui habitez le haut de la maison ; mais nous , dans les étages bas , nous sommes enterrés , monseigneur. Ce mot parut séditieux , offensant le
jOOgle