ADRESSEES A PALI.-LÜLIS COURIER
roi , la morale , subversif de l’ordre social ; et le bon Wackelleld, traduit devant scs juges naturels qui tous dépendaient des ministres, avec un avocat également naturel qui dépendait des juges, son procès instruit dans la forme, s’entendit condamner à trois ans de prison. Il n’y fut pas ce temps; au bout de quelques mois, malade, ses amis, comme il était peu riche , avaient souscrit entre eux pour que sa femme et ses enfants passent loger près de la prison ; mais l’autorité s’y opposant, au nom de l’ordre social, il mourut sans secours, sans consolation, moins à plaindre que ceux qui le persécutaient; car il avait pour lui l’approbation publique, l’assurance d’avoir bien dit et bien fait. Mais ils vécurent eux, dévorés de soucis, de rage ambitieuse, ou se coupèrent le cou, las de mentir, de tromper, d’augmenter le budget, et de faire curée des entrailles du peuple à de lèches courtisans.
Ainsi périt Wackelleld pour une seule parole. Rien n’est si dangereux que de parler à ceux qui sont forts et veulent de l’argent. C’est la bourse à la main qu’il faut répondre. Eh bien ! eonnaissant ces exemples , que n’en profltiez-vous 7 De semblables leçons devaient vous rendre sage, même avant celle que vous avez eue en votre personne ; voilà ce qu’on me dit ; pourquoi écrire eniin 7 et qui diantre vous pousse à vous faire imprimer 7 Ne sauriez- vous vous taire , et , comme dit Boileau, imiter de Conrard le silence prudent 7 Ce Conrard, bel esprit, par principe de conduite, parlait peu et n’ecrivait point; il réussit dans le monde et fut de l’Académie. Car alors aussi on faisait académiciens ceux qui n’écrivaient point, sans toutefois mettre en prison ceux qui écrivaient. Vous, Paul-Louis, vous deviez être nonseulement prudent, mais muet, afin, sinon de parvenir à l’Academie, de vivre en paix , do moins. Il fallait vous tenir coi , tailler votre vigne, non votre plume ; vous faire petit, ne bouger, de peur d’étre le moins du monde aperçu , entendu. On vous guettait , vous le voyez ; un ne vous pardonnera pas. Pourquoi cela, monsieur l’anonyme, s’il vous plaît 7 On a bien pardonné à M. Pardessus. Mais écoutez encore, avant que je réponde, écoutez ce récit, qui ne vous tiendra guère.
Un écrivain célébré en .Angleterre, auteur d’un des meilleurs ouvrages que l’on ait jamais fait, l’auteur de Robinsou , Daniel de Foe , publia un écrit tendant A insinuer que les dépenses de la cour étaient considérables. Anssitét les ministres le livrent à leurs juges. On le mit en prison ; il écrivit encore, on le mit au carcan. Ses amis le
blâmaient ; mais il leur répondit ; li ne dépend pas de moi de parler ou de me taire; et lorsque l’esprit souille , il faut lui obéir. C’était 1e Uiugage du temps. On tirait tout de l’Écriture , comme à présent de Jean-Jacques. On parlait la Bible, aujourd’hui on parle Rousseau. Un abbé met en pièces Émile , pour prêcher aux indifférents en matière de religion.
Quant à moi , ce n’est pas l’esprit , c’est la sottise qui me fait al 1er en prison. J’ai cru bonnement à la Charte; j’at donné dans la Charte en plein, je le confesse, à ma très-grande honte, et pourtant de plus lins y ont été pris comme moi. De ma vie, sans la Charte, je n’eusse imaginé de parler au public de ce qui l’intéresse. Robespierre, Barras et le grand Napoléon , depuis plus de vingt ans, m’avalent appris à me taire, Bonaparte surtout; ce héros ne trompait pas. Il ne nous baillait pas le lièvre par l’oreille : jamais ne nous leurra de la liberté de la presse ni d’aucune liberté. Un peu turc dans sa manière, il mettait au bagne ce bon peuple , mais sans l’abuser le moins du monde, et ne nous cacha point sa royale pensée, qui fut toujours d’avoir en propre nos corps et nos biens seulement. Des Ames , il en faisait peu de cas : ce n’est que depuis lui qu’on a compté les âmes. Voulant parler tout seul, il imposa silence à nous premièrement , puis à l’Europe entière, et le monde se tut : personne ne souffla, homme ne s'en plaignit; ayant cela de commode , qu’avec lui on savait du moins a quoi s’en Unir. J’aime cette façon, et j’ai Uté de l’autre. La Charte vint, on me dit : Parlez, vous êtes libre, écrivez , Imprimez ; la liberté de la presse et toutes libertés vous sont garanties. Que craignez-vous 7 Si les puissants se fâchent , vous avez le jury et la publicité, le droit de pétition ; vos députés à vous, élus, nommés par vous. Ils ne souffriraient pas que l’on vous fasse tort. Pariez un peu pour voir; ditesaious quelque chose. Moi pauvre, qui ne connaissais pas le gouvernement provocateur, pensant que c’était tout de bon, j’ouvre la bouche et dis ; Je voudrais, s’il vous plaisait, ne pas payer Chambord. Sur ce mot , on me prend , on me met en prison. Sorti , je ne pus croire, tant j'étais de mon pays, qu’il n’y eût à cela quelque malentendu. Ils m’auront mal compris, me disais-je, assurément. Un peu de sens commun ( chose rare I ) eût suffi pour me tirer d’erreur : mais imbu de ma Charte et de mes garanties , persuadé qu’on m’écouterait sans mauvaise humeur, cette fois je hasarde une autre requête. Si c’était, dis-je, tenant mon chapeau à