LIVRE IX
rent dans l'Attique; mais voyant qu'on tardait, et entendant que lui qui marchait à grand'héte était en Béotie déjà , ils se résolurent de partir avec toutes leurs bagues et biens, et passèrent en Salamine. En même temps ils envoyèrent à Lacédémone pour d'une part se plaindre aux I.aeédémoniens de ce qu'ils laissaient le barbare entrer dans l'Attique au lieu de venir avec eux à sa rencontre en Béotie , et pour d'autre part leur rappeler tout ce qu'eux Athéniens avaient refusé du Perse voulant les attirer à soi j que si on ne les ‘ aidait en rien , ils pourvoiraient comment que ce fût à leur sûreté.
V I . Lacédémone était en fête, car ils célébraient en ce temps les Ilyaciutbies, et avaient A cœur de remplir les rites du dieu. D'ailleurs leur muraille dans ristbme s'achevait, et déjà on en était aux créneaux. Arrivés à Lacédémone, les députés d'.àthenes amenant avec eux d'autres ambassadeurs de Mégare et de Platée, parlèrent aux éphorcs en cette sorte : Les Athéniens nous ont envoyés pour vous dire qu'aujoud'hui le roi des Mèdes nous rend notre pays, et de plus il veut faire alliance avec nous de pair à pair sans dol ni fraude, et nous veut encore donner avec notre pays tel autre que nous choisirons. Mais nous qui portons révérence à Jupiter Hcllénicn, abhorrant de trahir laGrèce, nous ÿe traitons pointavec lui; nous l'avons refusé de tout, bien que trahis iiousmémes et mal voulus des Grecs. iS'ignorant pas combien vaut mieux être ami qu'ennemi du Perse, nous ne ferons pourtant avec lui nul accord de notre gré : ainsi est toute notre conduite envers les Grecs remplie de foi et loyauté. Vous qui alors eûtes tant de peur de nous voir alliés au Perse , depuis sachant nos sentiments , et que jamais par nous ne serait la Grèce traliic, voyant s’élever votre mur au travers de l’Isthme , delors vous n’avez plus tenu compte des Athéniens ; après avoir promis de marcher avec nous au devant du Perse en Béotie, vous nous avez trahis et laissez entrer le barbare jusque dans r,\ttii(ue. A présent donc les Athéniens sont courroucés envers vous qui n'avez pas fait votre devoir, et nous ont chargés de vous dire d'envoyer au plus tût avec nous une armée pour qu’on puisse recevoir le barbare dans l'.\ttiquc. Car ayant failli à le joindre en Béotie, maintenant c'est la plaine de Tliria qui convient pour livrer bataille dons notre pays.
VII. Les ephores, ce discours entendu, remirent au lendemain leur réponse, et du lendemain aujour d’apres, et dix jours durant continuèrent
à remettre d’un jour à l’autre , et cependant fortiflaient l'Isthme en très-grande sollicitude, eux et tous les Péioponésiens. L’ouvrage approchait de sa fin. La raison pourquoi au voyage que fit Alexandre ù Athènes ils appréhendèrent l'union des .Athéniens avec le Merle, et alors ne s’en souciaient plus, je n’en puis rien dire, sinon que l'Isthme étant muré ils pensaient n'avoir plus que faire des Athéniens; mais à la venue d’Alexandre le mur n'était pas encore fini. On y travaillait sans relâche, pour la crainte qu'on avait des Perses.
VIII. Finoblement de la réponse et du secoure qu’envoya Sparte, le fuit fut tel : la veille de la demierc audience, Chiléos, homme de Tegéc, le plus puissant des étrangers à Lacédémone, a;)prit d’un des éphores le discours et la demande des Athéniens ; ce qu’en tendant, Chiléos dit : Puisque ainsi est , hommes éphorcs , qu'ayant contre nous ceux d'Athènes alliés avec le barbare , de quelque mur que nous puissions clore le passage de l'Isthme, il restera toujours aux Perses assez de iKirtes pour entrer dans le Pcloponè.sc; éeoutez-lesdonc,qu'ils ne prennent quelque résolution au dommage et ruine de la Grèce.
LK. Voilà le conseil qu’il leur donnait; et eux , trouvant sa raison bonne, sans en dire un seul mot aux envoyés des villes, font partir nuitamment des Spartiates cinq mille, auxquels ayant réglé sept ilotes par homme, ils donnent le tout à conduire à Pausanias , fils de Cléombrote. Ce commandement eût regardé Plistnrque, fils de Léonidas; mais lui était encore enfant , l'autre son tuteur et cousin : car le père de Pausanias, Cléombrote , n’était plus en vie. Ayant ramené de l'Isthme l'armée qui construisait 1e mur, il vécut encore après cela quelque peu de tcin|>s , et mourut. Quand il ramena l'armee de l'Isthme, ce fût pour une telle raison : comme il sacrifiait au sujet de la guerre contre le Perse, le soleil au ciel s’obscurcit. Pausanias nomme, s'adjoint Euryanax,llls de Doriée,dc la même maison que lui.
X. Ainsi partirent les troupes de Sparte sous la conduite de Pausanias, et les ambassadeurs, aussitôt qu'il lit jour, ne sachant rien de ce déiiart, allèrent devant les éphorcs, ayant en pensée ce jour-là de retourner chacun chez soi , et devant les éphorcs dirent : Vous, Lacédémoniens, Ici passez le temps joyeusement à fêter les Hyaeinthics, trahissant la cause commune, las .Athéniens, mal contents de vous, faute de secours et d'alliés, s’en vont traiter comme ils pourront avec le Perse. Le traité fait, alliés du roi, nous serons