‹ Œuvres complètes de P. L. CourierChapitre 79 sur 199 · FRAGMENTS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS

tcnus.de marcher ou l'on nous mènera, et vous alors connaîtrez ce qui vous en doit avenir. Les éphores, pour toute réponse, aOlrmcrent avec serment qu'ils pensaient que déjà leurs gens dussent être à Oresteion, allant contre les étrangers. Étrangers était le nom qu'ils donnaient aux barbares. Ne sachant rien , les ambassadeurs demandaient que voulait dire, et lors apprirent le fait comme il était allé. Remplis d'étonnement, ils se mettent en chemin aussitôt; vont après, et avec eux partirent encore cinq mille hoplites , gens choisis des entours de {.acédémune. Ainsi marchaient ceux-là vers l'Isthmc en grande héte.

XI. Cependant les Argiens, dès qu’ils eurent nouvelle du départ de ces gens avec Pausanias, aussitôt dépêchent en .\ttique un héraut, le meilleur coureur qu'ils purent trouver, ayant auparavant promis à Mardonius qu'ils arrêteraient le Spartiate et l'empêcheraient de sortir. Arrivé qu'il fut à Athènes, ce héraut dit ; Les Argiens m'envoient pour te faire savoir, Mardonius, que la jeunesse de Lacédémone est en marche, et que les Argiens n'ont pu l'empêcher de sortir. Avise là-dessus pour te mieux. Cela dit, il s'en retourna.

XII. Mardonius perdit toute envie de demeurer dons t’Attique, torsqu'il eut entendu cela. Auparavant il séjournait, attendant de voir le parti que prendraient tes Athéniens , et ne faisait mal ni dommage aux terres de i'Attique, dans l'espoir qu'ils SC résoudraient enfin de traiter avec lui ; tuais , voyant qu'il ne gagnait rien , et ayant su toute l'affaire, avant que les troupes de Pausanias pussent être arrivées à l’isthme, il s'en alla ; voici (lourquoi : I’Attique n'étoitpas un pays de cavalerie. Venant à perdre la bataille, nul moyen pour lui de se retirer, à moins que re ne fût par des gorges où peu d'hommes pouvaient l’arrêter; il pensait, reculant vers Thèbes, combattre sous une ville amie et dans un pays cbcvauehable.

XIII. Mardonius donc se retirait ; chemin fais.ant, il eut avis par scs coureurs qu'une autre troupe venait à Mégurc de mille I.acédéinoniens. Ce qu'ayant appris , ii songea s'il ne devait point commencer par prendre ccux-la , et, rebroussant clicmin , fit marcher sur Mégare. Sa cavalerie en avant courut la Mégaride entière, et ce fut là tout le plus loin où arriva l'armée persane, vers le soleil couchant d'Europe.

XIV. Après cela, nouvelle vint à Mardonius que les Grecs s'assemblaient à l'Isthme : il revint donc à Deceléc; car Ica Béotarques avaient mandé ies voisins des .\sopicns pour lui servir de guide ,

D’HÉRODÜTE.

lesquels le menèrent à Sphendalée d'abord , puis à Tanagre. Ayant cette nuit-là gîte à Tanagre, et pris son chemin le jour d'après du côté de Seules , il était en terre thebaine ; et encore que ceux de Thèbes tinssent le parti des Mèdes , il ne laissa pas néanmoins de gâter la campagne , non par courroux qu’il eût contre eux, mais pour la grande nécessité en laquelle il se trouvait de fortifier son camp, et sc préparer un lieu sûr en casque la bataille lui succédât contraire à ce qu'il espérait. Ce camp, qui commençait d'Érythrn, continuait au long de Hysies, et s'étendait suivant ie bord du fleuve Asopus sur le territoire de Platée, non que le rempart toutefois fut de cette longueur, mais chaque front pouvait avoir quelque dix stades environ. Étant les barbares embesognés après cet ouvrage, Attagénies, homme de Thèbes, fils de Phrynon, ayant préparé un banquet, y invite, en qualité d'hôtes, Mardonius et cinquante autres des principaux Perses , lesquels invités s'y rendirent. Le repas se faisait à Thèbes.

XV. Ce que J’en vais dire, je le tiens de Thersandre, Oreboménien '. Thersandre me dit avoir été invité par Attagénies à ce repas, lui et cinquante liommes de Thèbes; qu’ils n’eurent point de lits à part , mais sur chaque lit y avait un Thébain avec un Persan ; qu’après le repas, comme on buvait, le Persan , couché près de lui, parlant grec, lui demanda quel était son pays, auquel il répondit qu'il était d’Orchomène, et l'autre alors se prit à dire : Étant avec loi à même table et môme libation , je te veux laisser en mémoire U ne marque de mes sentiments, allii que, prévenu d’avance, tu puisses aviser ce qui t'est le plus expédient. Vois-tu tous ces Perses à table, et ces troupes que nous avons laissées là au bord du fleuve? eh bieni de tant d'hommes dans i>eu tu en verras peu de vivants. Tenant ce discours , le Perse pleurait sans mesure. Sur quoi lui étonne répond : Serait-ce point bien fait de dire ceci à Mardonius et aux grands qui sont avec lui? L’autre, à ces mots, repart : ISotre hôte, ce qui doit avenir de par Dieu , homme ne le peut détourner; car aux avis les plus fidèles et plus croyables nul ne croit. Nous sommes bon nombre entre les Perses qui voyons les choses au vrai , et suivons entraînés par la nécessité ; si est-ce affreuse peine à l'hummed'avoir grand sens et nul pouvoir. Voilà ce que j'ouisdo Thersandre, Orchoménicn, et ceci encore que dans le temps il fit à plusieurs ce récit avant la bataille de Platée.

I ' Uu lies premlrrb et dr* plu» BppxrrnU d'OrcItomme.

PlüUCLÈS.

ai.)

XVI. Mardonius étant campé dans la Beotie , ceux des Grecs de ces contrées qui tenaient son parti , lui donnèrent leurs troupes, et le suivirent contre Athènes, hormis les Phocéens, qui seuls ne le suivirent pas. Grands partisans des Mèdes pourtant, mais par force, non volonté. Quelques jours après l’arrivée de l'armée à Thèbes , vinrent mille hoplites phocéens; Uarraocyde les conduisait, illustre entre ses citoyens. Eux étant arrivés à Thèhes, Mardonius leur commanda de se tenir à part dans la plaine, ce qu'ils ilrcnt; et aussitôt vint toute la cavalerie. Ensuite un hruit se répandit dans l'armée grecque des Medes , que la cavalerie allait darder ces Phocéens, et parmi eux aussi ce même bruit courut. Ce fut alors que leur chef Harmocyde les harangua , disant ainsi :

O Phocéens , car vous voyez qu'on va nous livrer à la mort, calomniés , comme je crois, par les Thessa liens, à cette heure ii nous faut foire preuve de courage ; car il vaut mieux périr en défendant sa vie jusqu'à l’extrémité que nous laisser ainsi lâchement massacrer. Qu'ils sachent , quelques- |

uns du moins, qu'ils ne sont que barbares assassinant des Grecs en traîtres et perlides,

XVII. Voilà comme il les exhortait. I.a cavalerie les entourant , chargea sur eux comme pour les tuer, l’arc tendu comme pour tirer, même poÿiibte aucuns tirèrent. Eux font face de tout côté, se ramassant et serrant les uns contre les autres; et la cavalerie tounia bride, revint en arrière. Je ne saurais bonnement dire si ces gens voulaient en effet tuer les Phocéens à la prière des Thessnliens, et, les voyant prêts à se défendre, crainte de coups , retournèrent en arrière suivant l'ordre de Mardonius; ou s'il avait dessein d'éprouver leur courage. Mais la cavalerie étant retournée en arrière, Mardonius, par un héraut qu’il envoya, leurdlt ces mots : Ne craignez point, ô Phocéens; vous vous êtes montrés gens de ecrur, et non tels que l’on m’avait dit. Faites bravement cette guerre, vous ne nous vaincrez en bienfaits ni moi ni le roi. Voilà ce qui avint du fait des Phocéens.

Le reste manque.

PÉRICLÈS

Page 1