‹ Œuvres complètes de P. L. CourierChapitre 86 sur 199 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

De la Vèroulque , prés Langeais , 18 oclolire IMII.

Monsieur, je suis parti de Paris si précipitamment , que je n'ni eu le temps de voir personne. Je crains que vous et monsieur Gaillard n'ayez besoin des livres que vuus avez bien voulu me prêter : je prends des mesures pour qu’ils vous soient remis.

Mon séjour dans ce pays pouvant être beaucoup plus longque je ne le voudrais, je vous demondeen grdcc de me donner quelquefois de vos nouvelles et de celles de votre Pausonias ; j'ai écrit au clarissime , dont j'ai lu la dissertation avec grand plaisir ; j'en aurais au moins autant si vous m'envoyiez la vôtre sur la traduction de Gall ; je suis bien fdché de n’avoir pu vous prêter ma main pour le grec.

Je vous écris sur un tonneau , entouré de tant de bruit et si obsédé de mes bacchantes ( c’est ainsi que j'appelle mes vendangeuses un peu crottées ) qu'il faut que je vous quitte malgré moi ; j'aurai l'honneur, une autre fois, de vous écrire moins succinetement , si je reçois de vos nouvelles , comme je l’espère.

[Tandis que Courier partageait ainsi son temps entre ses études et le soin de ses récoltes, le ministre de la guerre , qui n'oubliait pas le eapitaine d'artillerie, l’envoya joindre sa compagnieà Strasbourg.

Il arriva dans cette ville à la fin de novembre de la même année 1801. On pourra juger parla lettre suivante du genre de vie qu'il y mena. ]

INÉDITES

A M. CLAVIER

A CARIS.

Monsieur, j'ai vu AI. Ester, qui est à la tête de l'impriinerie Bi|)ontine ; il se chargera volontiers de Pausanios , qu’il a déjà dû imprimer avec des notes de M. Hcyne; mais il voudrait joindre nu texte un commentaire perpétuel , ainsi qu’il l'appelle. D'ailleurs , ayant déjà beaucoup de travaux entrepris , comme je crois vous l'avoir écrit, il ne peut encore penser à cclui-'là que pour l'avenir, et c’est la réponse qu’il m'a prié de vous faire au sujet de l'Érosianus de M . de la Rochette, qui aura , m’a-t-il dit , tout le temps de préparer scs notes ; je crois même qu’il balance à joindre cet autcuraux romans déjà imprimés, ne sachant pas trop s'il en vaut la peine; et M. Sch weighœuser , auquel il s'en rapporte , ne parait pas faire grand cas d’Eroslen. Envoyez-moi ici votre échantillon de corrections sur Pausanias , si elles sont imprimées. Je ne lis point de journaux , et elles pourraient fort bien passer dans le Magasin encyclopédique sans que je m'en douta.ssc. J'en ni déjà vu quelques-unes , qui me rendent fort curieux de tout ce que vous ferez en ce genre.

II y a eu véritablement des paroles portées à M. Schwcighœuser pour un Démosthéne qu'on voudrait imprimer en Angleterre. Il s'en chargerait tout comme d’Athénée; mais rien n'est décidé; il pense, je crois, àStobée, que les Bipontins veulent donner. M. Jacobs fait aussi des propositions pour continuer ou recommencer l’édition interrompue , donnée , je crois , par un Danois. Ces deux champions à eux seuls peuvent tenir en haleine tout ce qu’il y a d'imprimeurs et de lecteurs pour le grec en Allemagne et en France.

A propos de l’Athénée , savez- vous que je me suis chargé , moi , d’en rendre compte dans le journal de AI. Afillin? Je travaille maintenant à cela. Par occasion , je donnerai des conjectures , explications ou corrections de certains passages qui n’ont été entendus ni de M. Schwcighæuser, ni même de Casaubon , tout Casaubon qu'il est. Pour parler plus exactement , je ne prétends pas pouvoir expliquer ce que Casaubon n’a point entendu , mais j'ai pu avoir des idées qui ne lui sont pas venues dans un travail aussi vaste et aussi admirable que le sien ; il y a de ces Idées dont je suis tenté d'être content; mais il faut voir le jugement que vous en porterez.

Je vous adresserai le cahier, si vous voulez vous charger de le remettre à Al. Afillin ; au reste.

ECRITES DE FRANCE ET DTI ALIE

Je ne sais trop comment cela se pratique , et si on lui adresse ces choses-ià directement. Vous me ferlez grand piaisir, Monsieur, de vous en informer et de me marquer ce que vous en savez. Par exempie, vous pourriez demander à M. Miiiin à quelle époque il faut que je lui envoie mon travail, et les bornes que j'y dois mettre. Mes notes sont fort concises et ne peuvent être autrement, étant faites sans livre, su due piedi, comme disent les Italiens ; mais je ne laisse pas d'en avoir un bon nombre , sur les trois premiers livres seuls, qui sont ceux dont Je parlerai.

Je me promets de jolies choses de votre inscription d'Oropus : J'ai grande foi à votre oracle pour ce genre de divination. A quoi tient-il que vous ne m'en envoyiez une copie? je la montrerais aux adeptes , s'il y en a en ce pays-ci , et elle pourrait aller plus loin, ou demeurer entre mes mains, selon que vous le jugeriez convenable.

Je suis tenté en vérité de vous féliciter de n'avoir point obtenu cette place que vous demandiez, et d'avoir malgré vous tout le temps de vous livrer à des études qui vous font honneur et plaisir. Croyez-moi, Monsieur, tout le monde peut être juge, administrateur, ou pis que cela \ mais peu de gens peuvent, comme vous, être chargés de dévoiler et de rétablir dans leur pureté primitive ces beaux modèles de l'antiquité. Voilà l'emploi qui vous convient, et, encore un coup, je me réjouis, pour vous et pour nous, que l'autre, quel qu'il pût être , vous ait échapi>é. SI pourtant vous en êtes fâché , il faudra bien que je le sois aussi.

Je n'espére pas pouvoir me rendre à Paris avant vendémiaire prodiain , à moins de certains événements possibles , mais peu probables , qui me feraient changer de garnison. Mais si je vis dans quatre mois , je serai certainement à Paris , où le grand plaisir que je me promets , c'est de causer avec vous. Monsieur, et de rendre mes devoirs à madame Clavier. Si je pouvais croire qu'elle pensât quelquefois à moi, je serais bien heureux ; car Il est doux de l'occuper, même de cent lieues. Je me prosterne aux pieds de madame de Vinche ; sûrement elle ne pense plus au voyage de Saint- Domingue; que ferait-elle de ses nègres, qui ont perdu l'habitude d'obéir aux jolies femmes? Et pouravoirdes esclaves, faut-il qu'elle aille si loin ? J'ai grande envie que madame Pipelet se souvienne un moment de moi ; pour cela il faut, s’il vous plaît, que vous preniez la peine de l'assurer de mon respect. C'est par vous seul que je puis avob* de ses nouvelles ; car notre ami Schweig-

r. L. rocfui:n.

hæuser, quelque sommation que je lui fasse. De m'en dit root dans tout ce qu'il écrit.

[ I-a paix dont on jouissait alors dans toute l’Europe permit à Courier d’obleiiir un congé de semestre, dont il profita pour se rendre à Paris; il y arriva le 10 septembre 1802.

On imprimait alors dans le Magasin encyclopédique ( cahier de fructidor, au X ) l'article dont il est fait mention dans la lettre qui précède, sur 1a nouvelle édition d’Athéiiée, dnnnée par Schweighæuser; il était suivi de 20 pages de notes sur le texte grec.

Il ne put alors passer que peu de jours à Paris; il se rendit à la Véronique, où des affaires d'intérêt réclamaient sa présence. )

A M. I.E GÉ.NÉRAL Dl'BOC,

A eARIS.

De la véronique, prés LanaeaU, 6 octobre laoa.

Mon général , en apprenant de quelle façon vous avez bien voulu recommander ma demande au général *’*, je voudrais bien être à Paris pour vous exprimer de vive voix toute ma reconnaissance. Mais puisque de maudites affaires, aussi fâcheuses qu'indispensables, me privent de ce plaisir, trouvez bon , mon général , que je vous témoigne ici combien je suis sensible à une marque d'intérêt si flatteuse et en même temps si honorable pour moi. La moitié seulement de cette bonté m’aurait attaché à vous pour la vie. Mais c'était une affaire faite , et chez moi l'inclination , permettez-moi de vous le dire , avait précédé le devoir et la reconnaissance.

[ Dans la solitude de la Véronique, Courier s’occupait de diverses compositions qu'il nous a laissées ; Tune d'elles est le récit du voyage entrepris par Mcnélas , pour aller à Troie redemander Hélène ; cet ouvrage n'a point été terminé.

Il retoucha à la même époque Y Éloge d'Hélène , qu’il avait ébauché eu 1798 ; il y ajouta une dédicace pour madame Pipelet , depuis princesse de Salm- Dik , et l'apporta à Paris au commencement de 1803, pour le faire imprimer , ce qui eut lieu à la fin de mars. )

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