‹ uvres complètes de Paul VerlaineChapitre 42 sur 86 · MORALE · texte numérisé non relu

MORALE

C'est pourquoi mieux ne pas aimer du tout Si ce n'est que d'un amour purement sensuel, Nargue de la morale habituelle, L'amour sans plus c'est vraiment le bout.

POUR E

0 li femme éternellement

Bien-aimée !

0 ma femme» 6 sincèrement

Estimée,

0 ma femme, si gentiment

Mieux famée Que ce vieux moi si méchamment,

Bien-aimée,

Calomnié comme il le faut,

Par l'envie, 0 ma femme, dont le cœur vaut

Trop ma vie,

Je me repens, tu le sais bien,

A toute heure, A tout moment, de tout, de rien,

Et me leurra

De l'espoir de voir pardonnes

Les torts bêles De mon cœur, noirs lacs sillonnés

De tempêtes...

Mon cœur est tien, fichu cadeau,

Seule amie, Mais ton cœur si bon et si beau

Ne veut mie

Du mien. 0 si sincèrement

Estimée...

0 la femme éternellement

Bien-aimée I...

POUR E

J'aime ton sourire Qui m'accueille si Gentiment! Ainsi

Le soleil salue

L'humble fleur des champs

Echappée aux gens.

J'aime tes yeux d'ombre Et de clarté, beaux Gomme des tombeaux

D'enfants et de vierges Et j'aime les coins De ta bouche moins

Aimables que drôles Pour si bien baiser Moi, pour l'apaiser

VAÎUA

Et j'aime ton àme Qui ne m'aime pa3 Jusques an trépas.

Et que de logique Dans l'abstention De cette action,

Car j'aime ta vie Et la mienne aussi Mais pas tant ainsi.

POUR E

Quelle colère injuste et folle !

(Au fond la colère est injuste Et folle), mais combien frivole Cette rancune si robuste.

Car robuste, elle l'est, hélas I Jusqu'à me faire du chagrin Ta rancune, et je suis si las !

De l avoir paru ce marin

Que ballottent quatre yeux de femme!

Comme autant d'astres de désastre, Qu'enfin sans néanmoins d'infâmes Capitulations, à l'astre

Qu'est la bonté, qu'est la beauté De ton âme et de ton cœur si bons Et beaux comme la liberté 0 pardon, mais ô donc, réponds.

ia me fais un peu mal à la tôta, 0 jalouse, ainsi que le soupçon Je ne suis pas toujours à la fête, Quand tu me fais, jalouse, la leçon.

0 doctoresse en droit féminin, Epargne un peu ce moi, — ta conquête, Et fais-lui le don félin, canin, De ta compétence qui me guette

Ta compétence en le droit charmant Qu'ont les femmes, hélas î sur nos âmes D'hommes et môme sur nos vraiment Faibles corps d'hommes, ô vous, les femmes.

0 toi, ma femme, ô toi, laisse-moi T'aimêr beaucoup sans surtout trop croir*»

Que je ne t'aime que pour la gloire.

Non, je t'aime, va, pour cet émoi,

Pour ce cher émoi de notre chair Commune, comme un bien qu'on partage Alors que nous sommes au lit cher, A noire chair laissée en otage

De notre cœur, ô que mutuel, De notre âme, ô combien réciproque, De notre amour doux, si cruel, Que je le crois seul en notre époque.

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