‹ uvres complètes de Paul VerlaineChapitre 57 sur 86 · II · texte numérisé non relu

II

Compagne savoureuse et bonne, A qui j'ai confié le soin Définitif de ma personne, Toi,mon dernier, mon seul témoin.

Lorsque je t'écrivais des vers Que des sots dits spirituels Trouvaient un peu bien sensuels Et d'autres simplement pervers.

J'eus soin de mettre en tête d eux Ces cris si vrais de mon amour, Quelques mots graves pour qu'un jour Se tût le mensonge hideux.

Oui, certes, le sang et la chair Furent mes complices joyeux Dans le délice radieux D'avoir trouvé le maitre cher,

LE LIVRE POSTIIUMR

Le beau guide en ce monde laid, Le conseil franc et l'ame forte Et cette verve qui m'emporte Chez la femme qu'il me fallait I

Ah ! conduis-moi, lors triomphant Puisque pour appui j'ai ton bras, A travers tous les embarras, Comme un vieillard, comme un enfant.

Puis, dis, lorsque j'aurai quitté La terre et ta présence, hélas !

Môle un peu ta prière au glas M'annonçant dans l'éternité.

Te rappelleras-tu mes colères injustes?

Non, mais plutôt l'élan vers tes vertus augustes De toute ma pensée à l'entier dévouement Qui n'avait de bonheur qu'en l'agenouillement Devant ta volonté pour moi douce et terrible Et toujours pour un bien, à la passer au crible, De l'accomplissement joyeux d'un ordre dur, Et toujours pour un bien et d'après un plan sûr, Emané de ton âme et sorti de ta bouche.

M'auras- tu pardonné mon front parfois farouche 'Et ma face effarée et mon geste perdu, 'Pensant combien frappé, de quels malheurs battu Abreuvé de quel fiel, par une providence iPleine d'oubli clément et d'exquise prudence, Je tombais dans tes bras divins qui m'ont sauvé ! Mais plutôt tu ressentiras ton cœur couvé Par le mien et tu reverras plutôt ma vie Dépendant de la tienne avec point d'autre envie Que ne pas te déplaire ou te désobéir En quoi que ce pût être, et ne jamais faillir

LE LIVRE POSTnUMB

A la devise confiée à ton pur zèle, Vivante dans ton sang. Tout pour Elle et par Elle I Et peut-être qu'alors quelques pleurs précieux, Glorieux témoignage, obscurciront tes yeux.

Et voici l'instant où tu meurs, Nuit suprême en ma nuit extrême, Deuil de deuils, malheur de malheurs, Il me semble mourir encor moi-même

Eh quoi ! l'expansion immense De cette immense intensité, Cette santé, cette gaité, Tout ce triomphe enseveli, démence !

Mensonge! le néant c'est bon pour moi, Pour cet être absurde et fragile.

C'est ce qu'il faut, mais quant à toi...

Nous ne sommes pas de la même argile.

Moi je suis la destruction Dans le silence et les ténèbres, Toi, monte avec l'assomption Des femmes que l'amour rendit célèbres.

LE LIVIIB POSTHUME

Car dans l'ombre où Ton s'en ira, Ta figure entre toutes celles Des belles que l'on adora Passe les amantes et les pucelles.

Et, dernier don à ton féal, Ma tombe sera renommée De ce chef divin et royale.

La gloire de t'avoir surtout aimée.

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