SORTIRAI POUR ÊTRE EN LIBERTÉ
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Il sortira pour être en liberté ! 11 était donc sédé par Tespionnage ! En liberté , de quoi ? Toir en secret le sieur de Beaumarchais , auel il avait imposé ce devoir pénible ! Devoir i disait regimber ce dernier ; parce que ce mier est un animal fier... ( £c même un peu utal , dit le comte de la Blache. ) De laquelle fierté , duquel regimbage , desels devoirs pénibles, duquel mystère, desquels pionnages, desquelles lettres anonymes et noires trigues domestiques , le lecteur va recevoir ;s preuves aussi claires que le jour ! Le 8 octobre 1769, c^est-a-dir,e , peu de temps )rès cette arrivée de Touraine sur laquelle les )U8signés ont tant argumenté ( page 40^^ c^" ini trois de mes lettres ostensibles ; j^eus occaoa d'écrire à M. Duverneylebillet suivant, en à envoyant, par une voie sûre , une atrocité Qonyme dont je venais d'être régalé. Je prie le
lecteur de donner toute son attention k mon billet d^envoi et k la réponse de M. Duveniey , de m main , sur le même papier» Tout cela est tellement lié k ce qui précède et à ce qui ya suirrei qu'on ne peut trop s'en pénétrer. C^cst mot qui parle.
i< Lisez la belle chienne de lettre anonyme n que je viens de recevoir* Voyez comme tous n y êtes traité, ainsi que moi; et dites encore » que mes devoirs sont de vous voir souvent , )) parce que je vous dois de la reconnaissance 1 » Réellement f ils croyent que nous rnaclûnoiis n quelque chose contre i/intéii/ct dk vothe scc« n c;K88ion I je ne veux plus vous voir avec ce M mystère* Ou recevez -moi comme tous vos }) amis , ou trouvez bon que je laisse-là mes » devoirs. Cela parait être de la main d'une n femme. On viendra encore vous tourner, vous » questionner : quel parti tiendrez-vous ? Celle" n ci est encore plus insolente que celle que vous » avez reçue vous-même.
n L'afBiire de Tacliat de la maison de Rivan rennes , etc. ( mats ne détournons pas le lecteur » de V objet que je traite en ce moment )•#.. >» J'espère que vous allez brûler TinfAme après n l'avoir lue. Je vous avoue qu'elle m'a ému la j) bile horriblement k lalecture. Et jedisais : c'est il CE CHiEff DE MYSTÈRE qu'on veut quc je mette ii
►) notre amitié^ qui m^attire ces horreurs ! mon » AMI , vous êtes la belle passion de mon âtne ; » mais moi j^ai l'air de n'être que votre passion » honteuse ! je ne veux plus de ces devoirs , si » je ne m'en acquitte publiquement, etc.. »
Eh ! que répond à cela M. Duverney , de sa main , sur le même papier ? Ecoutons.
(( Ce n'est pas une Femme, ni une personne » seule qui a fait la Piège pleine de malice dont » on a &it lecture. On a vraisemblablement eu » pour objet d'examiner quel en serait Telfet. Le » silence peut faire croire que l'on n'improuva » pas l'accusé , cependant on doit se taire ^ nés » rien dire ; mais se préparer à répondre , si l'oa » allait jusqu'à faire des questions, et s'en tenir )) en ce cas, au projet formé , que tout ce qui est » anonyme ne se lit point, et que l'on jette tou » au feu.
» Les devoirs ne doivent point être interrom- )) pus ; mais les rendre moins exacts et moins » souvent pour un temps.
» Ne conviendrait-il pas que Ton dît à N... et i) à N.... que Ton a reçu plusieurs Lettres ano- » NYMES , et que , conformément à l'usage ordi- » haire , on les a brûlées. D'autant mieux que 3) cette licence , peu honnête , est portée a un 3) point qui n'eut jamais d'exemple ; puisque
Mémoires. II • 1 7
» l'on se met sur le ton de n'éparcneu pek- » SONNE , etc. »
Telle est sa réponse.
Ce n^ est pas une femme ( dit-il ) ni une per^ sonne seule qui a fait la pièce , etc. ( Vous voyez bien, Lecteur, qu'il savait, ainsi que moi, à qui s'en prendre ! ) Ne conviendrait-il pas que Von dit cfue Pon^^ reçu plusieurs lettres anonymes ? ( 11 en avait donc reçu plusieurs , ainsi que moi ! C'était donc un usage établi , une voie ouverte contre nous ?) La licence en est portée à un point qui n^eut jamais d^ exemple , on n^ épargne personne. ( Elles étaient donc bien noires et bien atroces ces lettres ! ) Et puis l'on cherche toute la vie qourquoi tel homme est dénigré, déchiré! On a cherché qui fcsait, pendant mes procès, insérer tous ces articles abominables contre moi , dans les gazettes étrangères? Et c'est après dix ans de patience, que l'acharnement d'un perfide ennemi me force enfin de mettre au jour toutes ces horreurs ! Quelle âme. Messieurs, quelle
ame !
Et cette lettre a été jointe au procès dès le principe; et le comte de la Blache l'avait lue chez mon notaire avant le procès ; et l'on juge assez qu'elle n'avait fait qu'enflammer sa haine et SCS désirs de vengeance !
Allons , M. le comte de la Blache ! encore une
RÉPONSE INGÉNUE. 25g
petite inscription de faux contre cette lettrée Vous en avez tant à fair^^ qu^tine de plus ne doit pas vous arrêter en si beau chemin ! •
Enfin, c'est ici le lieu de rappeler ces trois lettres ostensibles de moi, citées par euxtivec fracas ( pages 40 et 40*
// a été troui^é dans les papiers de M. Du-vemey , trois lettres du sieur de BeaumarcJiais , des S février^ 2/^ juin et 11 octobre 176g. Les voici. Quatre pages de commentaires!
Si j'ai transporté cet objet tout au travers les ruses y c^est qu'il pourrait bien s'y en rencontrer une innocente , à nous avoir assuré que ces trois lettres sont tout ce qu'on a trouvé de moi , sous le scellé de M. Duverney ; lorsque, par une distraction , légère à la vérité , les socssiGxNés avaient,, sans y songer , laissé tomber de leur plume ces petits mots qui n'ont pu m'échapper (pag. 10 )• On troui^e enfin dans les pièces inventoriées y quelques autres lettres du sieur de Beaûmar^ chais , LES uisES sans date et trois autres datées des ^ février^ 2/^ juin ^ 11 octobre 176g.
Par quel hasard, ces unes sans date ne reviennenl-ellês plus du tout dans la Consultation, peur* dant qu'on fait un si grand fracas des trois qui sont datées?
Le comte de la Blache aurait- il donc trouva dans ces unes sans date , qu'il tient ensevelies ^
ù6o RÉPONSE INGÉNUE-
quelque phrase contraire à sou plan d'ignorance absolue sur nos liaisq|is particulières ? Pardon ^ Messieurs , s'il m'a donné lieu tie lui appliquer sévèrement , ce qu'un mauvais plaisant d'auteur a dii^ trop légèrement , des dames galantes I encore un coup , pardon si )'insiste ! Mais j'ai tQutes les peines du monde a penser , que si le comte de la Blache ne montre point une chose , cette chose n^eût pas , en effet , quelque petit besoin de demeurer cachée !
Cependant > comme cela ne me fait rien, et que je ne voudrais pas qu'une pareille réticence arrêtât le jugement du procès ; si ON sl ces unes sans date à Aix , et si ON les joint aux pièces , k la bonne heure. Si elles sont restées à Paris dans l'oubli avec certains premiers Mémoires ; nous nous en passerons. Tout ce qu'OJVlera là-dessus, sera bien lait ; j'aime à m'en rapporter quelquefois aux gens ; et pourvu qu'OiV ne nous retarde pas , je suis content. Reste a guérir maintenant les SOUSSIGNÉS de leurs inquiétudes pour moi, sur ces trois lettres datées de 17G9.
Au lieu de se perdre , comme ils ont fait , dan» des conjectures vagues et fatigantes, sur des morceaux isolés , dont la chaîne était rompue pour eux qui ne savaient rien de nos affaires ; que ne s'.idressaient-ils à moi ? Je les aurais tirés de peine avec plaisir. J'ai tant et si souvent offert
R ffP ON SE I N GÉN TTE. 261
des éclâircissemeats au comte de la Blache ! Né les aurait-il donc refusés , que pour se livrer plus à l'aise à ses noires interprétations , et se conserver , en feignant de ne rien savoir , Taffreux droit d'empoisonner tout ?
J'aurais montré, par exemple ^ aux soussi- XiNÉs , cet envoi secret d'une lettre anonyme , que je viens d'imprimer arec sa réponse, et je leur aurais dit : '
Examinez, Messieurs , que le 8 octobre 176g, je mandais à M. Duverney , en particulier : Dites encore qu^ il faut çu^tÊf^ vous voye souvent ^^ parce que je vous dois de la reconnaissance^ Réellement ils croyent que nous machinons quelque chose contre ^intérêt de "votre succès^ siori ! je ne veux plus "vous voir avec ce mys- TÈRE».».. Ou recevez'-moi comme tous vos amis j
ou trouvez bon que je laisse-la mes devoirs
Je ne veux plus de ces -devoirs, sifene m'en acquitte publiquement , etc. etc.
A quoi le vieillard, frappé de voir, dans la lettre anonyme , que le secret de nos entrevues «était découvert ; m'avait répondu : Les devoirs ne doii^ent pas être interrompus : mais les rendra M01N5 exacts, et moins souvent y pour un temps.
Deux jours après , Messieurs , un homme qui l'avait vu depuis peu mg fesant verbalement rfex
dans rintérieur de la maison, des intrigants alertes et dangereux ^ à qui rien n'était sacré pour détruire vos liaisons! Et, quoique mystérieuses, elles étaient donc encore dépistées par les espions-, qui , feignant de n'en rien savoir, n'en écrivaient pas moins des lettres anonymes , pour essayer de brouiller les deux amis !
Etonnez-vous , après de telles horreurs , que le vieillard , déchiré par les assauts de tant d'intérêts divers qui se croisaient en lui , ne voulût pas employer de notaire à la confection de notre acte? Etonnez-vous qu'on trouve dans Tun de mes billets du 14 février 1770, rapporté par eux-mêmes ( page 49 )> ^^^ paroles remarquables !
« Puisque mon bon ami craint d'employer son » notaire , a cause de ses malheureux entours ; » je vais commander lacté au mien , s'il l'ap- » prouve : il sera fait demain au soir , et on lui » portera tout de suite a signer. »
Etonnez-vous que la réponse a ce billet, de sa main, sur le même papier, soit: Il faut se "voir <ivant de rien ordonner ; le temps est trop court !
Nous nous vîmes en effet ; mais il n'accepta pas plus mon notaire que le sien. On croira , disait-il , que je fais un autre testament y et que c'est "VOUS qui me le suggérez. Je ne le puis. Et
l'acte chemina sous seings-privés , comme il le désirait y et tel qu'il subsiste aujourd'hui.
Triste destinée des vieillards livrés à leurs collatéraux ! Terrible ^ mais juste punition de celui qui^ trompant le vœu de la nature et de la société y s'éloigna du mariage et vieillit dans le célibat ! son âme s'attriste et se consterne à mesure qu'il sent l'asservissement augmenter , l'esclavage s'appesantir. En vain il voix son avide héritier éloigner ses amis , gagner ses valets , ses gens d affaires , et tout corrompre autour de lui ! Que lui servirait de s'en plaindre et de l'en punir par l'adoption d*nn autre ! 11 ne ferait que changer de tyran ! Il aperçoit dans tous , l'impaiience de sa destruction. Lui-même hélas ! l'infortuné , n'a pins la faculté d'aimer aucun de ceux qu'il se voit forcé d'enrichir ! Enfin , dégoûté de tout, il gémit, se tourmente, et meurt désespéré !
Amants du plaisir ! Amis de la liberté I Imprudents célibataires ! Que ces deux noms , la BUiche et Diwerney , vous restent dans l'esprit et vous servent de leçon ! C'est le plus terrible exemple a citer d'un pareil asservissement ! Mais voulez- vous échapper a ces horreurs? Devenez pères. Voulez-vous goûter encore dans la vieillesse l'inestimable bien d'aimer? Devenez pères: il le faut : La nature en fait une douc^ loi , doul
rexpérîence atteste la bonté. Pendant que tous les autres liens tendent à se relâcher ; celui de la paternité seul se resserre et se renforce en vieillissant. Devenez pères : il le faut. Cette vérité chère et sublime , on ne peut trop la répéter aux homnies ! et le douloureux ^souvenir de mon res- . pectable ami m'en rend le sentiment si vif en ce moment , que je n'ai pu me refuser de le verser sur mon papier.
Cependant tout ce que Je viens de dire est la réponse à cette question des Soussignés et du légataire (p. 59). Par quelle raison M . Duvemejr aurait-il craint son notaire ? dont je leur ai promis réclaircissement , page 201 de ce mémoire.
A mesure qu'on avance , le tableau se nettoyé. On voit que tout s'enchaîne : on y voit comment l'acte du premier avril , les lettres à l'appui, celles qui n'y ont pas^de rapport , leur mystère, celui de nos conduites, Tesclavage du testateur et les intrigues de l'héritier , ont une telle connexion , se prêtent une telle force , qu'elles ne sauraient plus être ébranlées par cette foule de noirceurs que je nomme , avec le plus de modération que je puis : Les ruses du comte de la Blache*
Elles s'étendaient à tout, ces ruses ! Dans ce même temps le légataire ayant, ou croyant avoir à redouter quelque chose du sieur Dupont , exécuteur testamentaire désigné dans le testament
a68 RÉPONSE INGÉNUE.
de son oncle , avait si bien fa^it son ihènve et tramé son intrigue, que la porte de M. Duvemey lui fut enfin fermée, et qu^on voulut forcer ce vieillard à nommer un autre exécuteur.
Cet oncle gémissait en secret avec moi , de ces persécutions qu'il n'avait plus la force de repousser !
Et toutes ces choses sont encore constatées dans mes lettres des ^5 et 26 octobre 1770 , à l'exécuteur testamentaire ; long-temps avant qu'il y eût un procès entre moi et l'héritier Du verney.
Dans ma lettre du 26 octobre , je mandais à cet exécuteur.
(c Je ne me suis pas d'abord adressé à vou«, » Monsieur, parce que la cruelle maladie qui )) m'a tenu au lit tout l'été , ne m'a permis de » recevoir aucuns détails sur les derniers moa ments de M. Duverney , et que j'avais de » fortes raisons de penser que , s'il avait fait un » testament nouveau, l'embarras de son exéco-
)) TION devait regarder UN AUTRE QUE V0D8.
» (Tétais bien initié , comme on "voit , dans les » secrets de la famille.) Sa mort précipitée, qui )) a dérangé tant de petits projets , laisse au moins » à la tête de ses affaires un homme, etc.... »
Signé y Caron de Beaumarchais.
Dans ma lettre du 26 octobre au même, on lit :
ÏIÉPONSÈ INGÉNUE. 26g
« Ah ! Monsieur , que de petites noirceurs î » que d'intrigues ! que de lettres anonymes ! que )) de peines on s'est données autour de ce pauvre » vieillard pour l'envelopper ! Sa politique n'al- » lait pas jusqu'à me dissimuler cette espèce d'es- » clavage. J'en ai , dans ses lettres des preuves » certaines. A l'égard des choses que M. de la » Blache dit tenir de son grand-oncle ; il ne faut » se fier à cela , qu'avec de bonnes restrictions » mentales. J'ai vu cet oncle, dans le temps n même où il n'osait pas vous recevoir , dans le » temps qu'il semblait le plus outré contre \tous , » gémir avec moi des soins qu'on prenait pour » lui noircir la tête , et éloigner son cœur de ce » qu'il avait le plus aimé , etc. etc. » ( Cet oncle ne me cachait donc pas plus ses chagrins que ses affaires ? )
Eh ! que répondit à cela l'exécuteur testamentaire , homme aussi prudent que sage et circonspect ? (Je ne veux rien cacher. )
Ce 26 octobre 1770*
« J^ai , Monsieur , assez de discrétion , et » j'aime assez la paix, pour garder pour moi w seul , la lettre que vous m'avez fait l'honneur » de m'écrire hier au soir. »
Je connais tout le mal qu'on a voulu me FAIRE... ( Eh ! comment ne Saurait- il pas connu;
370 R É r O N s E INGÉNUE.
puisqu'on a trouvé dan» les papiers du vieillard , un testament commencé , duquel il était exclu?)
« — Je connais tout le mal qu'on a voulu me w faire ; je n'en ai que peu ou point de ressenti- ); ment , et je fais en sorte de ne m'en pas occu- » per... Je voudrais pouvoir jouer dans votre af- » faire le personnage de conciliateur. Je m'y » prêterais peut-ôtre , si ]VI. Duvemey m'avait » fait la plus petite ouverture sur les affaires que » vous aviez avec lui : il a voulu que ce fût un » secret pour moi , etc....
}j J'ai pensé , même avant que vous ne le disw sicz, que s^il avait vécu trois mois de pins, on » n'aurait trouvé aucune trace des choses qu'il » faut aujourd'hui que vous mettiez au jour. lia » été surpris par la mort, pour nous donner » ravertissemciit , qu'il est des all'aircs qu'on ne » doit jamais remettre au lendemain. Je connais
» ASSEZ CELLKS gu'lL VOUS LAISSE A DÉMÊLER AVEC
» SON uékitikh, pour que je ne veuille pas y » jouer un rôle; je vous prie donc , Monsieur, » de ne pas me presser sur cela, etc. »
Siij;fw\ Dupont.
Et ces lettres aussi , je les joins au procès : car tout Tait concours de {)reuves en cette défense. Qu'il ose les attaquer ces preuves! Il me fera plaisir.
Voilk comment il avait l'art d'écarter du testateur tout ce qui lui fesait ombrage , et voilii
-^RÉPONSE ingénue; 271
comment le suivant de ruse en ruse , je parviens à démasquer , par degrés , ce légataire intéressé contre qui je plaide depuis huit ans.
L'on voit , par ces aveux d'un homme honnête , et qui jugeait froidement alors , dans quelles dispositions atroces était a mon égard , ce vindicatif héritier, et par quelle voie il entendait déjà satisfaire la haine invétérée qui lui fesaît dire ingénument quelquefois : D'epuis dioa ans je hais ce Beaumarchais ^ comme un amant aime sa maîtresse ! A quoi je n'ai pu m'empêcher d'î\ppliquer la réflexion suivante ( p. 64 de mon Mémoire au Conseil ).
« Quel hdrrible usage de la faculté de sentir ! » Et quelle âme ce doit être que celle qui peut' » haïr avec passion pendant dix ans ! Moi qui ne » saurais haïr dix heures , sans être oppressé, je » dis souvent : ah ! qu'il est malheureux ce comte » Falcoz ! ou bien , il faut qu'il ait une âme » étrangement robuste ! » Et tous ces nouveaux traits, comme on le voit, méritaient bien d'être placés dans un recueil intitulé : Les ruses du comte de la B lâche.
Enfin ^ voilà M. Duverneymort, à mon grand regret, et son légataire en possession, à son grand plaisir. Tout ce qui précéda cet instant fut l'effet de sa frayeur : tout ce qui l'a suivi est celui de sa vengeance et de son avarice.
Je sais bien qu'il déprécie , autant qu'il pèut^ la fortune de ce grand-oncle en en parlant ^ pour nous apitoyer , bonnes gens I sur son pauvre héritage ! Et cependant s'il est riche , s'il figure , tout ce qu'il a dans le monde , il le tient de la munificence de ce généreux parent : Oui^ de lui seul. » Qu'aviez-vous sans lui, de votre chef? — Ma noblesse. — Eh ! vous la traîneriez^ Monsieur, 6i son or ne l'avait pas richement rehaussée , et si tout son papier n'eût pas renforcé votre parchemin !
Mais ne vous a-t-il laissé de quoi soutenir noblement votre nom , que pour le dégrader après lui, par des vilenies, et pour souiller le «ien, que vous deviez vénérer?
Laissons cela ! Mon cœur s'indigne, et je sens que j'irais trop loin. Mais aussi , se voir appeler fripon , faussaire , etc. pendant dix ans par un tel homme ! Qui pourrait le soutenir !
Tous ceux qui ont du sang aux ongles, et qui voyent ce qu'il m'a fallu de patience, de force et de courage pour soutenir et repousser tous les maux qu'il m'a faits, sentiront bien que j'ai raison ! Mais laissons cela.
Je passerai sous silence tout ce qui tient au funeste instant de la mort de mon respectable ami. Je tairai comment le comte de la IMache s'est emparé de ses derniers moments, et comment
mes titres ont disparu du secrétaire ; parce que^ n^ayant point de preuves légales a donner de ce fait, ih faudrait toujours en revenir au problème que j'ai proposé , page 1 18 dé mon mémoire au conseil > où il faut le voir eii entier : c'est le gâter cpie de Textraire.
Je passerai sous silence les idductîôns que je pomrais tirer de tous les procès qu'il a faits ou soutenus contre tout ce qui tenait à M. Duverney. J'en aï cité de faibles échantillons ( pag, 47 de ce même mémoire îiu conseil ) , sur des portraits légué? à M. de B'rtmoî. Le seigneur ON les a niés ; parce que c'est la seule façon du seigneur ON, de convenir des choses. Et moi qui n'en veux pas reparler ici ; je le pourrais pourtant bien, parce que le fait est vrai , que la preuve , les dits et con-? tredits à ce sujet sont consignés aux papiers de l'inventaire Duverney ; maïs , comme , après l'inscription de faux où je veux le réduire enfin, nous aurons un autre petit procès danis le genre criminel ensemble , et qu'alors j'aurai plus d'un droit acquis de consulter les papiers Duverney, je ne manquerai pas d'eu extraire ce fait , aitisi que plusieurs autres que je réserve aussi pour ce temps-là.
Ses autres ruses k mon égard, sont si connues, qu'il suffira de les rappeler en bref et de citer les pages de mes mémoires où l'on peut s'en
Mémoires* //. 18
assurer et les voir établies dans le plus grand détail.
Nous plaidions aux requêtes de l^bôteL « Mon » adversaire sentant bien que le fond du pro- » ces ne présentait aucune ressource à son avi- » dite ^ employait celle de jeiei^ de la défaveur » sur ma personne , pour tâcher d^eu verser sur » ma cause. En conséquence , il allait chez tous )) les Maîtres des Requêtes^ nos commuas Juges^ » leur dire que j'étais un malhounêtc-hoinme* 11 » leur donnait en preuves que Mesdames , qui ;) m'avaient autrefois honoré de leurs bontés, }) ayant reconnu depuis que j'étais un sujet exé- » crablc^ m'avaient fait chasser de leur présence». Mais il faut lire toute cette abomination dans mon troisième mémoire sur le procès de Goëzman, depuis la page 265 jusqucs et compris la pag. 287* Il est impossible de l'extraire.
On y verra comment j'obtins de Mesdames une attestation de probité ; comment il essaya de la détruire par une infernale intrigue y et comment; sur ce fait , il me donnait à Paris pour faussaire ; afin de rapprocher ce prétendu Ùlux de celui dont il voulait qu'on suspectât Tacte du premier avril; et gagner son procès par cette ruse. Enfîn^ on y verra , comment l'indignation ranimant ma force épuisée par le travail et la douleur, je l'ai couvert du dernier opprobre à cet égard , en publiant Je<
tt É P O N s E INGÉNUE. 375
)f)reuves de son infamie. ( 5*. mém. Goëz. depuis la page 266 jusqu'à 287. )
Un autre incident , plus grave encore que Tattestation des princesses , arrivé pencbnt les mêmes plaidoiries des requêtes de Fhôtel , mériterait bien d'être placé dans ce recueil ingénu des ruses ! Mais comment le traiter ; comment le peindre? Il est si subtil, si délié, qu'il se perd sous la plume ^ et s'évapore à la diction I
Les grands traiLs sont aisés à rendre ; on lit le fait , un coup de pinceau large y suffit. Mais quel art il faudrait pour bien développer une de ces noirceurs filées > distilées , superfines , la quintessence de l'âme et le caramel des ruses ; de ces noirceurs enfin qui , naissant d'une foule de combinaisons , de préparations ignorées , frappent un coup d'autant plus fort au moment qu'elles éclatent , qu'on peut moins en saisir , en montrer , en prouver sur-le-champ l'odieux assemblage ! Essayons cependant d'ébaucher celle-ci qui m'aurait enlevé le gain de la cause et m'eût déshonoré tout d'une voix , si mon bonheur ne m'eût conduit ce jour-là même a Taudience. Voici
le fait.
L'avocat du comte de la Blache ( M\ Gaillard ) avait prié le mien de lui confier encore une fois Vacte du premier avril , et les lettres de M. Duverney. Celui-ci m'en parle, eu m'assurant qua
cela est sans risque , et m'engage de m'y prêter: après quelques refus , je n'y consens , qu'i la condition que ce sera moi-même qui les remettrai à M*. Caillaid. 11 les reçoit de ma main : les pièces restent cinq jours dans les mains ennemies; on les rend ^ mon avocat : mais peu de temps après, ce moulin à paroles de Caillard , plaidant avec la plus grande indécence, aux requêtes de l'hôtel^ contre moi présent, et soutirant tout; pendant que le comte de la Blache ricanaitdans un coin avec un petit solliciteur de procès , nommé Chatillon , qu'il a élevé depuis à la dignité de sofi compagnon d'armes à Aix ; j'entendis Cailiard strliculer ces mots.
c< Messieurs, une preuve décisive que les billets » du sieur de Beaumarchais ont été appliqués » après-coup sur d'anciennes lettres de M. Du- }) verney ; c'est Tobscrration que nous avons faite }) sur celui du 5 avril , auquel M.Duverney , dit- » on a répondu : voîlà notre compte signé. »
L'avocat se fait donner cette lettre, et la montrant k l'audience , dit à haute voix (et moi Beaumarchais , je prie le lecteur de lire ceci avec bien de l'attention. )
w Messieurs , la cour saura que M. Duverney, w en envoyant autrefois ce billet ,* avait écrit au » bas du papier, comme c'est assez l'usage, ces » mots : M. de Beaumarchais. Je remarquerai
KÉPONSE INGÉNUE. 277
M d'abord, qu'on n'écrirait pa» ces mots indicatifs >i de rhomme k qui Ton veut envoyer une lettre, » si ellç était une réponse écrite sur le même pa- » pier: ce qui prouve déjà que le billft n'est pas >j une i^éponse ; mais une première lettre.
» Or , le sieur de Beaumarchais , en abusant » depuis de ce billet , p>our y appliquer après- » coup une première lettre , ne s'est pas aperçu » de ces mofs écrits par M, Duverney , au bas » da papier : M. de Beaumarchais : voulant donc » cacheter le billet qu'il venait de forger après- » coup , pour lui donner au moins Tair d'avoir » été envoyé ; il a couvert imprudemment une w partie de ce mot, M. de Beaumarchais^ avec sa » cire à cacheter ; de sorte que , lorsqu'il a dé- » chiré le papier pour rouvrir ensuite sa lettre , )) la moitié du mot, Beaumurchais est restée » ensevelie sous le cachet.
» Or , vous Jugez bien , Messieurs, que , si le » sieur de Beaumarchais eût réellement écrit , » cacheté et envoyé sa lettre à M. Duverney , M avant que celui-ci y eût fait la prétendue ré- » ponse» voilà notre compte signé ; le mot Beau^ » marchais f écrit en répondant, par M. Dqver- » ney , au bas du papier , ne se trouverait pas à « moitié couvert, et emporté par un cachet, sup- M posé mis avant que ce mot fût écrit.
» Donc le cachet qui couvre l'écriture a été
» mis après coup , par le sieur de Beaumarchais, » Donc ce billet a été composé après coup , sur }) un ancien billet de M. Duverney ; donc celui » de M. Duverney n'en est pas la vraie réponse ; )) et par suite de conclusions: donc bes mots^ )) a)oiIà notre compte signet n'appartiennent pas à » l'acte du premier avril. Donc cet acte est frauda- » leux. Donc il doit être déclaré nul. Cela est- il » prouvé , Messieurs ? ))
A Tinstant il s'élève un murmure général, et l'argument paraît si fort, que tous les juges veu-* lent voir le mot, Beaumarchais ^ couvert et emporté par le cachet.
Etonné de ce que j'entends , je supplie à mon tour qu'on me fasse passer le billet ; ne pouvant concevoir quel était ce mot couvert par un cachet, dont on tirait une si tranchante induction contre moi.
Le Billet m'arrive enfin : je regarde le mot , Beaumarchais ; et je reconnais au coup-d'œil , que ce mot n'est pas de la main de M. Duverney. J'arrête a l'instant l'audience , en suppliant la cour , avant de passer outre , d^ordonner que ce mot, Beaumarchais^ soit bien examiné, parce que je soutiens qu'il n'est pas de l'écriture de M. Duverney , et qu'il y a de la supercherie. M* De Junquière , mon procureur , s'approche j regarde et s'écrie ;
« Messieurs ! quej)enser de nos adversaires, » qiii ne veulent pas voir la main de M. Duvemey » au bas de Tacte ou elle est , et qui , par une » double ignorance , ou plutôt une double ruse , M s'obstinent à lavoir ici où elle n'est pas? Le mot » Beaumarchais, Messieurs , est de ma main ; » c'est moi qui l'ai écrit. 11 y a quinze jours, pour » coter ce billet de mon client par son npm , n comme étant une pièce capitale, et j'en offre la » preuve. »
Ou passe aux opinions , et il est ordonné que , sans déplacer. M» de Junquière écrira sur le bureau plusieurs fois couramment , le mot Beaumarchais^ pour le confronter avec celui du billet. Juncjliière écrit ; le billet repasse à la confrontation, et tout le monde alors convient que le mot est bien de Junquière et non de M. Duverney ; et que Gaillard en impose , ou ne sait ce qu'il dit
— Oh! que pardonnez-moi , Messieurs, il le sait bien ! Et il le sait si bien , que je prends à mon tour son argument et je dis :
Puisque le mot Beaumarchais , qui n'est pas de M. Duverney, mais écrit depuis 1 5 jours par M. de Junquière , est néanmoins couvert par un cachet , et déchiré; j'en conclus bien plus justement que Caillardy que mes pièces ayant été con-* fiées amicalement depuis peu aux adversaires qui
a/îo R ii F () TV H i: I N (> É N U E.
1('M ont gârdffC!» i:uu\ joiir^^ il« ont aperçu ce$ inotH , /][/• J^' Hffauma reliais 9 an bas du papier ; et qucle» croyant ou feignant dc5h^ r:roirc de M* Du* ynnuiy , jlfiont cm la mauvaise foi de couvrir mon uorn de cire ^ et il^rn enlercr la moitié ^ pour toar» lier f en plai<lant , leur supercherie contr€ moi« Kt ce billet, Mc^.sieurs ^ qui leur iait ii grande p(!jnelicauh(*dc cch nioiâ de M. Duverney any/là notrf* cnvipU'. si^ntl ^ rcinar<:|uez qu'il» lui ont £fifC «ubir tonlcH «orlrs d'indif;ne« cprcuv(îft,ctinAme crlle du ffMidoni il \MMii*. encore reinprcinte etla rouNsisHure , ainsi que crautrcM marques d'encre plufidcsbonorantes encori! ^ etc
Alors, au lieu de juf;cr laifairck TaudiencCi on ordonna un délibcré qui me sauva*
M» Duiour étant nomnru; rapporteur de VvàîÂxxt, fit vc*nir de nouveau chez lui M* de Junquiére^ le lit écrire en sa préi^ence et couramment^ mon nom pbiftieurs fois , cord'ronta les écritures^ etic convainquit de nouveau de lV«quité de tues plaiti* tes et de la duplicité de mon adversaire»
(domine c:(ate anecdote! est aussi botme au Par^' lementd'Aix qu'elle le l'ut aux Kequ£tesdclliè« tiîl; je préviens nos jufçen que le papier jiortaot plusieurs t/>is mon noniilela main de iVl'« de JuD« quiêre , e$t joint ii la lettre en question dans les pièces du pror;ês , et j'avertis que cfrtte gaillarde espièglerie a été publiée alors dans deux mémoi*
ïmPONSE INGENUE. 281
res de moi, Tun signé Bidaut, et Fautre Falconet, qui sont aussi joints aux pièces de ce procès. Et ToiJà , Messieurs, ce que j'appelle encore du nom le plus doux qu'il m'est possible : les ruses du €iomte de la Blache.
Il était bien juste , après cela , qu'il perdit soa procès avec dépens : c'est aussi ce qui arriva. "Vous )ugez s'il devint furieux , s'il jurait, piéti- Tiait , injuriait , courait et bondissait comme un lièvre qui a du plomi) dans la cervelle ! On le voit d'icL Or comme nous étions dans un* temps de subversion, où l'honome accrédité se croyait peu dépendant des tribunaux qui le jugeaient, et que le comte de la l^cl^eavait la modestie de se classer dans ce rang supérieur ; sa colère et sa vanité confondant tout, lui firent faire une scène chez un des Maîtres des requêtes , après le jugement: il alla lui demander fièrement compte de son avis, et poussa l'assurance au point de dire au Magisti'at: il est bien étrange. Monsieur, que vous ayiez appuyé , peut-être formé , l'opinion devenue contraire à mes intérêts , aux Requêtes de riiôtel y ma chaise est à votre porte , et je m'en vais m'en plaindre hautement à Versailles : nous verrons ce qui en résultera.
Le Magistat qui croyait n'avmr à rendre compte à pcrsoime de son opinion au tribunal , un peu Surpris du ton leste de ceseigueur^ invita l'hommi}
accrédita; de na pas perdre un iriomenl pcitir ê'al- 1er venger k Versailles^ et lui ferma la porte au nez*
C^est ainsi que le ridicule et la vanité sont eompagnons inséparables : ainsi la sottise et Torfi;ueil se tiennent toujours par la njain* A la vérité , ce dernier trait ne devrait pas être employé parmi l/fs ruses , mais parmi les rafrfs du comte (iff la /Hache; mais comme il faudrait un in-folio pour les dernières, et que ce n'est pas ici mou objet, je conviens de mon tort, et je rentre un peu honteux dans le vrai plan de celte seconde partie inliuilée ; IffU ruses du comte de la JJlache*
Après que j'eus gaf^rté ce procès aux Requêtes de riiAtel , nous fumes portés par appel devant la commission k laquelle on donnait alors un autre nom.
i\!ndani un an 9 mon adversaire ne fit que traîner et reculrn* le jugement: mais enfui une altercation irèH-vivc, et i)caucoup trop publique entre un f;rand scip;ricur et moi , m'ayant fait imposer l<*s arr(>ts dans ma maison par le Ministre; et les Maréchaux de France?, cnlevantcesarn^ls, m'ayant fait tirer de chez moi , d'autorité , par un officier <lu tribunal , pour m'y conduire ; cette démarche rt Tcndiarras du jugement , élevèrent une espèce de conflit entre ces deux autorités.
Le Ministre prétendit le Tribunal pré-
tendit mon adversaire étant Duc et Pair ,
on prétendît et moi qui ne prétendais rien
que justice 7 au lieu de Tobtenir je devins, comme de raison , victime de ce conflit de hautes prétentions : et tant pour avoir quitté , malgré moi , mes arrêts , que pour m'apprendre à avoir eu raison avec un Duc ; pendant qu^on le conduisait lui dans une citadelle , au loin, évaporer sa bile ; le Minilstre , en vertu d'une lettre du Roi , surnommée de cachet , parce qu'elle est sans cachet , signée, Louis, et plus bas Phélipeaux, envoyée Sartines , présentée Buhot , acceptée Beaumar^ chais; je m'en souviens , comme si je la lisais encore ; le Ministre m'invita de passer huit jours dans un appartement assez frais , garni de bonnes jalousies, fermeture excellente, enfin d'une grande sûreté contre les voleurs , et point trop chargé d'ornements superflus, au milieu d'un château joliment situé dans Paris , au bord de la Seine , appelé jadis , Forum Episcopi.
Et cela parut si juste et si profitable au comte delà Blache, qu'il employa dans l'instant, je ne sais quel crédit sourd du troisième ordre, qu^il avait alors , a faire prolonger ces huit jours , de quelques huitaines , afin d^avoir le temps de m'accabler. Puis il se hâta , malgré mes cris , de faire juger le procès au Palais, pendant mon séjour au château. Il me donnait pour un homme perdu ,
qu'on ne rcYerraît plus, et qui, par-là môme, ne méritait aucun égard : sans négliger les autrei moyens à son usage : on juge bien qu'il eut peu de peine à le gagner à son tour , sur le rapport du noble cQosetUer Goèzm^n.
Alors , tant par lui-même^ que par cette espèce de limier de procédures , appelle ( hat£llon,qoi le suit partout, talonnant les huissiers et lesgourmandant pour les exciter au pillage , au moyen de ce qu'il nommait une poursuite combioéei il jouit du souverain bonbeur de mettre mesbienâ eu désordre, et de me faire pour 4 à 5oo liv* de frais par jour. Enfm , quand il craignit de m'avoir tant fait piller , que fîes intérêts en fussent COOH promis , il s'arrôta. L'on m'ouvrit la maison de tés^équeytx j'en sortis , me promettant bien, si jamais j'écrivais en ce procès , de ranger ce petit trait tout neuf, au nombre de ceux intitulés par moi , les ruses du contte de la Blache»
Ce mallicureux procès gagné aux Requêtes de rhôtcl , sur le rapport de M. Dufour : le voilkdonc perrlu au Palais, à celui du sieur Goêzraan!
On sait le reste : on sait comment le comte de. la Blache, outré de me voir palpiter encore^ lorsqu'il croyait m'a voir écrasé, se joignit au rapporteur Goëzman y- pour filer la noire in triguequi i devait, selon leur espoir , me donner le coup de mort ; ou ce que le peuple d'Aix appelle , en son
plaisant langage , mi donna lou Mouceou Man- ^t. On sait comment , entre autres ruses concertées, le co'Jite de la Blache écrivît de Paris une Lettre datée de Grenoble , où se plaignsuit beaucoup & son ami Goëzman de ce qu'il n^avaic pu me serrer la gorge , il me peignait en ces termes aussi nobles que justes.
// manquait peut-être à sa réputation , celle du calomniateur le plus atroce. La ^ôire ( c'està-dire , la réputation de M. Goëzman ) est trop au-dessus de pareilles atteintes pour en être 4ilarmée. C^est le serpent qui ronge la lime ^ ( M. Goëzman était la lime.) la justice qu^on vous doit sentira à purger ta société d^une espèce aussi n^eJÏimeuse (et Fespèce renîmeuse était moi). (y est dans les lois que les Beaumarchais doiç^ent trouver la punition de leur audace, etc.
Les Beaumarchais , comme on sait , ne trouvèrent de punition que dans le plus énorme abus de ces mêmes lois : mais la vanité de mon ennemi n'en triompha pas moins lâchement. Et moi plus fier qu'il n'était vain ! du fond de l'abîme où son mtrîgue m'avait plongé ; pendant qu'abusant de mon malheur , il me dépouillait de tout, pour un peu d^or que je ne lui devais pas ; la fierté m'en fesaît refuser des monceaux , qu'un généreux enthousiasme offrait de toute part à mon courage. J'avais perdu ma fortune et mon état de citoyen;
"^e fuyais la persécution loin de ma patrie ; mais j'étais calme et serein , et je n'aurais pas voulu changer mon sort contre celui de cet ennemi»
Non , la fierté n'est pas un défaut! ou c'est an moins le plus noble de tous. Pendant que la va" nité s'irrite ou rougit sottement de la contradiction qui la démasque; pendant que rorgueilai gourmé dans la fortune , est lâche , abattu dans le ^ malheur : râmefiérc est tranquille, et porte le sentiment de sa dignité jusqu'au sein de 1 humiliation même ; elle est (ière en ce qu'elle se rend in: g térieuremeut la justice qui lui est refusée par la autres. Otez à la fierté son dédain et quelque rudesse 9 elle prend le nom de grandeur d'âme | et la voilà au premier rang des vertus. ....
Eh ! Dieux ! où vais-je rn'égarer ! je suis à mille lieues du comte de la Blache^que j'ai laissé triomr ])hant et fesant claquer ses pouces de joie de me voir a la fin ruiné , blâmé , ex|)airié I
Mais quel fut son étonnement, lorsqu'il me vit rentrer en France, une requête en chaque main , et résolu comme ù la mort , de suivra la cassation de deux arrêts , dont l'un m'avait privé <Ie mou état, l'autre de ma fortune. ( Gràceà Dieu , au roi , à la justice ; ils ont été depuis cassés tous deux ! ) Mais alors le fatigué Falcoz eut encore le crcve-cœur de rentrer en lice avec l'iih faii^able Beaumarchais.
Je dis le fatigué Falcoz ; parce que la dernière de ses ruses avec Tami Goëzman ^ commençant à niai tourner, et s'étant vu lui-même un peu houspillé dans la f^rande mêlée du palais ; il n^y allait plus que d^une aile, et même en voulait si peu revoir, qu^après que je Teus en vain pressé pendant quinze mois de produire ses défenses au conseil, je me vis forcé d^invoquer l'autorité du chef de la justice pour Vy contraindre.
A la un donc , avec un gros soupir, il lui fallut songer à s'opposer de son mieux à la cassation que je sollicitais. Alors il fit demander à mon avocat, par le sien , si j'imprimerais encore ? Je répondis qu'ayant beaucoup d'autres choses en tête, et mon étal présent m'ayant ôté les trois quarts de mou fiel ; s'il voulait s'en tenir aux manuscrits , je ne lui imprimerais plus rien^»...
Imbécilie que j'étais ! je dormais sub umbrdfœdevis , sur la foi du traité : quand tout-à-coup , à la veille du jugement, mon loyal adversaire , et son clerc Chatillon , inondent le public d'un mémoire , où le mot fripon délayé dans 72 pages de bêtises ^ n'en allait pas moins à me diffamer sur le fond de l'afl'aire , quoiqu'il n'en fût pas question au conseil.
Sa ruse était qu'ayant parlé seul cette fois , il laisserait dans les esprits, en perdant sa cause, au moins cette impression , que si l'arrêt était trop
a«8 R 1^: P O N S K INGÉNU E.
vicieux [>oiirse soutenir au conseil^ racieduprc* inier aYril était pins vicieux imcorc , et que k coînte de laBlache avait pourtattt raison au fond
J'obtiens un court délai pour répondre , et J'écris jour et nuit avec une ardeur incroyable. Je n'avais |)Ius que trois jours k filer ^ lorsque je vois arrêter mon mémoire à l'impression , par k plus superfme intrigue de moi\ adversaire.
Lisez lii dessus ravcrlissenicnt et la consultation «c>rvant d'exorde à mon mémoire au conseil. Voyez tout ce qu'il m'en coûta, ce que je (is^avec quel excès de travaux , de courage et de fatigue^ je parvins, au dernier moment, k lever Tembargo secret mis sur mes presses. Comment enfin moo écrit parut, ma cause l'ut gagnée , et Tarrét peur le comte Falcozpar le sieur Goëzman , annulé^ cassé tout d'une voix; les parties renvoyées au Parlement de Provence. Alors le désolé général «'appuyant sur son aide-de-canip processif, lui dit avec douleur , comme un autre Lusignan : iowtieris-rnoif ChaUllon ! en attendant que noos'allions ensemble à Aix ! ( où ils sont tous les deux*)
Arrêtons-nous un peu. Je m'essouffle accourir; car sitôt que l'ennemi peut luser , il est si leste et si bien dans sou élément , qu'on perd haleine k suivre sa piste. Arrêtons-nous donc , et pour rafraîchir ma tête , écrivons posément mon yerî^ ordinaire, le {^loria de tous mes psaumes^ et
disons encore une fois avec vérité: tout ceci doit bien trouver place aux faits et gestes du seigneur ON , intitulés les ruses du comte de la Blache. "' Je ne sais quel despote avait fait une loi qui déclarait digne de mort toute fille qui, devant épouser le Prince, et ayant eu quelque inclination , ne Favouait pas publiquement : ( Henri huit, je crois. ) Si les tribunaux exigeaient que celui qui se rend accusateur d'un autre , sera tenu de déclarer si lui-même n'a jamais fait injure à personne : cette loi , qui n'était qu'une absurdité dans le despote anglais , donnant le droit d'examiner tout accusateur, et se rapprochant de cette belle sentence du sauveur sur la femme adultère, étoufferait en naissant bien des injustices. De la part du tyran, c'était tourmenter inutilement la pudeur qui se repent et demande à gémir en secret. Dans les tribunaux , cette austérité salutaire arrêterait bien des gens , qu'un plus noble frein ne saurait retenir. Et pour première application d'une loi si belle , je n'aurais pas aujourd'hui l'indigne procès que l'iniquité me suscite!
Revenons au comte de la Blache , dont cette digression ne m'a pas tant écarté que la dernière. Revenons à moi surtout ; et montrons qu'après bien du mouvement, du temps et deTor employé, après avoir perdu et recouvré mon état de citoyen, qu'il me fit arracher ; après avoir parcouru un
Mémoires. II. 19
cercle immenâe et de maux et de biens; roeToilà revenu en juin 1778, au point d'où je {>arti»en février 1772, quand j^eus gagné ma cause, »avec dépens , aux requêtes de rhdiel.
Bientôt wiraîiié dans d'autres pays par d'avfret cWenemenls , et forcé de perdre un peu de rué mon fidèle adversaire ; mais assuré qu'étarii Henvoyé devant un Parlement sans mélange, intégre ei rcuïposé d hommes éclairés, je n'avais rien à Tedcuter de la surprise ou de Tabus qu'on tenterait d'y faire de mon absence: je me livrais entièrement à mou ardeur pour des travaux hodd- ^•ahlos.et je tâchais démettre en œuvre utilement > les grands préceptes demoîi maître Duvemey: lorsqu'en 1775, j'apprendsquesonliérllier Falcoz, h. son to!ir barrasse de ma poursuite et , sentant, un pou tard, le discrédit dont il s'était couvert; dé plirs vaincu, disait-on, par les larmes d'une jeune épouse , avait enfin formé le dessein de s'accommoder avec moi.
Un de Ses amis avait cherché l'un des miens et l'avait chargé de me faire des propositions. — 11 vous trompe, leur dis-jeril me connnaît trop ■bien pour espérer que je me relâche sur un seul î des points d'une aft'aire où mon honneur est engagé : c'est la seule chose sur laquelle on ne transige point. De ma part, je le sais trop par coeur, pour en attendre aucune justice volontaire.
tLÉ PONSE ingénue. 29t
ÎD'aiUeurs, un accommodement est une moyenne entre les extrêmes , et je ne puis me relâcher sur rien. — Il vous tiendra pour homme d'honneur.
— C'est mon affaire de l'y contraindre.-^ Il reconnaît la vérité de l'acte. — Avec quel tirebourre, Messieurs, a t-ôn pu lui arracher ce grand mot là? — Il vous accorderont et ne veut que le secret. — Impossible ! On croirait que j'ai fait un traité avilissant. — Au moins jusqu^à la signature.-
— Il vous trompe , vous dis-je , et cette ruse est mise en avant pour masquer quelque dessein que je n'ai ni le temps , ni Tintérèt, ni la volonté d'éclairer. — Que vous importe ? est-on compromis pour écouter ? — Non , mais on est indigné d'avoir été dupé. — Vous ne pouvez pas l'être* ' — Certainement; car je n'en crois rien du tout, lilais puisque vous le voulez , voici mon dernier m ot.On mettra les propositions par écrit, je m'oî)lige au secret jusqu'à la signature, excepté pour un homme auguste à qui je ne dois rien cacher d'une affaire à laquelle il a pris tant d'intérêt. — Je vous entends. Je vais le proposer.
Le négociateur part et revient avec le projet de transaction et le consentement de le montrer, mais à Thomme auguste seul : et moi , disant toujours, il vous trompe , il vous trompe , je prends le projet et le porte à l'auguste examen. 11 est lu , lilébattu , discuté , puis enfin adopté. Pardon ,
Monseigneur , si j'ai fait perdre une heure à voti'C altesse à lire un plan qui n'aura pas d'exécution. — Pourquoi donc ? — L'on marche avec moi trop simplement pour que j'y croye. — 11 aura ce tort de plus , s'il vou« trompe ; et vous aurez l'honneur , vous, d'avoir pu vaincre un juste, un graud ressentiment.
Je rends Tacte., et j'exige qu'il soit rédigé par M* Mominet , mon notaire ; les conciliateurs le voyent; le notaire minute l'acte , et lorsqu'il est question de signer, j'apprends par eux , non sans un peu de cette gaîté qu'inspire un grand dédaiui que mon adversaire est parti pour Aix avec trois raille exemplaires d'un mémoire foudroyant, dont il va d'avance inonder ce nouveau théâtre de nos débats. — Et sur quel prétexte a t-îl rompu, Mes-' sieurs? — Sur le portrait de M. Duverney, qu'il ne veut pas avoir l'humiliation de vous donner, parce qu'on se moquerait de lui, dit-il, après que vou* avez imprimé dans votre Mémoire au Conseil.
« Il n'est plus , cet ami généreux ! cet homme » d'Etat, ce philosophe aimable, ce père de » la noblesse indigente, le bienfaiteur du comte » de la Blache et mon maître. J'avoue que le » plaisir d'avoir reconquis son portrait, mesuré )) sur sa longue privation , sera l'un des plus vifs )) que je puisse éprouver. Telle est l'inscription » que je veux mettre au bas. w
RÉT ON SE INGÉNUE. :2(j5
Portrait de M. Duvernev, promis long-temps par lui-même : exigé par écrit de son vii>ant / DFSPCTÉ par son légataire après sa mort; obtenu par sentence des Requêtes de VHétel ; rayé d& mes possessions par jugement d^un autre tri^ bunal ; rendu à m,on espoir par Arrêt du Conseil du Roif ef DÉFINITIVEMENT ADjVGÉpar Arrêt du Parlement d^AicCy a son disciple Beaumarchais.
— Eh ! c^esi ce qui Ta fait pariir? — Cetter nuit même pour la Provence. — Afin d^y arriverle premier : voilà le mot. Mais il n^a trompé que vous , Messieurs : que Dieu Fy mène en joie ! et. bon voyage au Seigneur.... En vérité , je ne sais plus quel nom'lui donner sur une pareille pantalonade ! Eh ! qu^il parte tranquille ! Ce sont là de ces avantages que je ne lui disputerai jamais ;> je vais m^occuper d'autres affaires.
En effet , je partis , après avoir fait mettre au Courier d'Avignon que je suppliais tous les honuétes gens de ne pas user de son dernier Mémoire en Provence, comme on avait fait des autres à Paris : afin qu'on pût juger en temps et lieu^ si j'y répondrais bien. Or , ce Mémoire était le grand Mémoire dont il vient de répandre hier matin 9 i5juin 1778, dansAix, une autre édition de trois mille exemplaires ; en se fesant recommander; par ses colporteurs, à la bienveil-
agi R JE P O N S E I N G É N U E.
lance de tous ceux qui aiment les lectures inintelligibles.
Ce voyage avait deux objets : Tun, que j'ignorais , était de me devancer à Aix , pour y écrémer tout le barreau : que dis*je ^ écrémer ? Tabsorber en entier^ s'il pouvait ; de façon qu'il ne m'y restât pas un seul avocat à consulter quand j'y paraîtrais. Il n'a pas réussi : l'autre objet dont j'avais souri d'avance , était de commencer le métier qu'on lui voit faite k la journée dans AiXf depuis qu'il y séjourne.
Fidèle à son principe , et sachant bien qu'il en faut toujours rèi^enir à la calomnie ; il se donne un tel mouvement dans les sociétés ; il s'est tant démené dans les carrefours , les rues et les ruelles; il a tant calomnié que d'honnêtes personnes , qui ^ ne me connaissant que par me$ écrits, ne m'en auraient peut-être pas moins estimé; troublées par Icîs affreux portraits qu'il fâij de moi chétif ! sont toujours prêtes k se signer ea me voyant passer, à me fuir comme un méchant, un ogre qui aurait mangé sa famille entière; car il ne me marchande pas , je vous assure !
Cela me rappelle de tros-aimablcs dames de la capitale, qui, bien endoctrinées par lui, poussaient la bonne foi du protégement , jus(|u'à dire, après avoir tout épuisé sur mon cooipte: Au surplus^ qu^est donc le sieur de Beaumar-
' RÉPONSE INGÉNUE. sgS
ehaisy pour prétendre ai^oir raison contre M • h comte de la M lâche , qui tient une bonne maison il Paris , est maréchal de camp , et uiénie bon gentilhomme? En vérité^ l^ori ne connaît pU^s rien à ce pays-ci !
— - Voire adversaire a r^isca , Monsieur : to^it ccU «e redit, $e répand, %/& propage, ei laisse k
la fia son empreiole — Au P^rlejneat? je
n'en crois rien : et si , dans un sujet grave, on osait dérober aux poètes uae image tant soit peu rebattue ; je comparerais ces vaincs rumeurs aux vagues mugissantes qui viennent se briser au pied du roc. — Ces vagues Font entamé, M. de Beaumarchais, et dans ce procès mémç i — No» pas le roc. Messieurs , mais des corps étraiîgers , dont un orage affreux l'avait couvert î Auuc temps , autre gens ! Maiç laissons les figui e^- Ce que je voulais dire , c'est que, m'ayant vu réclamer avec, succès la protection tutélaire de la nation , et m'en envelopper dans une injure q^ue le malheur des temps rendait commune à tous ; mon ennemi se flatte à son tour d'armer coiître moi tout le corps militaire et la noblesse eniiàre.
Mais , quelle différence de motifs ! et qu'a de comtnun le corps de la noblesse avec un procès du plus vil intérêt? Quel, entre ceux qui le protègent , oserait eu soutenir «u pareil ? Avec tous \(i% courages , il faut encore celui de la hôntC; pour
2g6 RÉ PONSE INGÉNUE.
en avoir le front ! Moi, je réponds a tous ces protecteurs trompés : Ne confondons rien , Messieurs. De même queBrutus , le bras ensanglante , dit au peuple romain : j'aimais le {^rand César, et j'ai tué l'usurpateur. De même la plume en main, j'honorerai tant qu'on voudra l'homme de nom , Fofficier-général , pourvu qu'on m'abandonne le
légataire universel Hé bien ! sans y penser,
n'ai-je pas été le comparer à Jules -César. De quoi se plaint-il? Enfin, toute celte conduite et ces intrigues sonrdes ; voilà ce que le comte de la Blache appelle bien suwre ses affaires; et ce que je nomme avec dédain , moi : Les Ruses dit comte de là Blache.
Mais celte Consultation de l'adversaire, que tout le monde essaye de lire pendant que j'y réponds, ne mériterait-elle pas aussi de trouver place en ce recueil ingénu des Piuses ; puisqu'elle même en est la plus ample collection? On n'y lit pas une citation de bonne foi î Rien qui n'y soit insidieux , dénaturé , tronqué , mutilé !
A l'occasion de mon voyage d'Espagne , en citant ces mots de M. Duverney , rapportés dans mon quatrième Mémoire : ( page 429 )• Allez ^
mon fils , saurez la vie à voire sœur... •
Voyez comment le citateur laisse à 1 écart cenx-^ ci qui les précèdent , et qui sont pourtant \t
RÉPONSE INGÉNUE. ^Qjj
seul fait dont il doive être question pour lui, A F instant de mon départ, je reçois la commission de négocier en Espagne une affaire très-inté-ressante au commerce de France ^ M. Du- 9emey , touché du motif de mon voyage , m'em-^ brasse et me dit : Allez, monjils , sauvez la vie à a)otre sœur....
Voyez aussi comment, après ces mots , sauvez lawe à votre sœur, ce citaieur fidèle substitue des points à une autre phrase intéressante , et qui peut seule fixer le vrai sens de celle-ci , à
laquelle il passe tout de suite Voilà pour
deuoo cent mille francs de billets au porteur y que je vous remets , pour augmenter votre consistance personnelle y et pourquoi met-il des points au lieu de I4 phrase ? Pour fliire croire que ces deux cent milles livres étaient destinés à sauver ma pauvre sœur; ce qui devient en effet stupide a proposer. Au lieu que mon Mémoire à moi porte ces moyjs,. à la place où Sont des points, dans celui du seigneur ON :
Quant à F affaire dont vous êtes chargé -, quelque intérêt que vous y preniez, souvenez-vous que je suis votre appui. Je Vai solennellement promis a la famille royale , et je ne manquerai jamais ci un engagement aussi sacré. Je ni^en rapporte à vos lumières. Voilà pour deux cent mille livres de billets , etc.* Ce qui explique
'j[)S ntVOSHR INGÉNUE,
tout iVim coup^ pourquoi iU*n billets ^ et non Aue l<;ure de crMiu Lck uu^ ne dépoient en Câj cr^tf* Ctire; Tautre^ on en me k meêurede $en \p€$oin$0 Mah je n'avai» pat» de bcnoinii personneU ; il me £illait seulement de quoi juntirier meê odrei au gouvernenieniefipagnol , »i Von exigeait lui di^pôt*
— Eh I quelle ^*tail cette grande affaire? — C'eut re (jue rnoutre ansez bien le préambule de Tarrét du (;otii<»eil dcH Inde» pour /:?/ ^w/tfnto générale dfi hs Nf^grtfs 9 etc., imprimé a Madrid en iqCrj.
Yo Fx Rr.r, cte. ( traduit aiuKi ), Moi ix
I\of , etc • /^'obligeant d'approviâionner [Kiur
di\ an», d'e»r:lave» noirj* difïérentr?» proviucei rie l'Amérique, etc# D'où il résulte qu'il a été ))ré»eutédeux autres [Mémoire» pluf avatiiageux; Tun au nom de J)(fn Pffdnj'À uffuslino (^anmde Jinaumarchais ^ Àppodrradn»,. chargé de» poiH voirs iWwM* cotupagnii; frafu;a!»e« I /autre , etc«etc#
Ce»t au^»i i:e que la lettre du Marqui» de Grimabli , miuf»tre d'I'^pague^ apprend knief lecteur».
M. de lieruimarchuh h Madrid.
Au pMr4j 9 le i5 m^v% 176S.
Mo«»IKi;il,
«r Quelle que »oit la réui»ite de» proponitioni n que you» ni'arez faite» |K>ur \! Yjî k%\^n%fM^l^t
» D^Vm COMFAOMK V% LA LoVlilAfXE; ellc» foSt
» infiniment d'honneur à vos talents , et ne sau- » raient qu'augmenter l'opinion que j'en ai )) conçue.
» J'ai été, Monsieur, fort aise de vous con- )• naître, et je le suis de pouvoir rendre témoi- » gnage de votre capacité.»... Je fierai charmé de » pouvoir vous rendre service en toute occasion : » en attendant, j'ai le plaisir de vous souhaiter w un bon voyage , et de vous prier de me M croire , etc.
» Signé f le marquis de Grima-ldi. »
Dès ce temps-là je n'étais donc pas ce petit homme , que le grand comte de la Blache voudrait bien qu'on méprisât toujours comme un polisson , comme un vrai Tirassoun ! Voilà donc l'opinion de M. Duverney justifiée par celle du ministre d'Espagne; le besoin de consistance, et les deux cent mille livres de billets , fondés , et la méprisable ruse du légataire universel mise dans tout son jour.
Autre ruse aussi misérable ! Voulant donner le fonds d'un contrat de soixante mille livres pour une donation déguisée de M. Duverney , le Soussigné cite ( page 5o ) ces termes de l'acte du premier avril. Comme f eocige que M. de Beau-marchais me rende la grosse du contrat de sioo mille livres ^viagères quHl a de moi ; quoiqu^il ne dût me le remettre que dans le cas où jefe-
3oo nÉPONSE INGÉNUE.
rais quelque chose pour lui (ce que je rHaipuJ.—^ Ici le citateur fidèle s'arrête court , comme s'il n'y avait rien de plus dans Tacte à cet égard, et vous dit : que signifierait cet exposé? sinon que c'est une donation déguisée , etc, etc. Mais cet honnête écrivain du comte de la Blache ne fait en ceci que copier la pitoyable ruse d'un autre honnête écrivain du comte de la Blache , que j'avais déjà couvert de confusion dans mon Mémoire au Conseil , où l'on voit cette phrase ( page 1 04 ). Lisez , je vous prie , la partie du texte encartée par mon loyal adi^ersaire , après ces mots : ce que je is'ai pu ; vous verrez dans \ Pacte ceux-ci que M. Duverney ajoute^ et j j'en reçois le fond ( de ce contrat ) , en quittance DE LA SOMME DE SOIXANTE MILLE LIVRES AUX TERMES DUDIT CONTRAT.
Donc^ aux termes dudit contrat , les soixante mille lii^res aidaient ë te fournies par moi. Donc cette rente était fondée sur un capital reconnu* Donc V article im^oqué pour prouver que c^ était une libéralité ^démontre évidemment le contraire* Donc mon indignation est toujours légitime*
A quoi j'ajoute aujourd'hui : donc mon indignation doit s'accroître encore, en voyant un ennemi sans pudeur , toujours reverser dans de nouveaux Mémoires , à mesure qu'il change de tribunal , tous les arguments déjà foudroyés, par
RÉPONSE INGÉNUE. 5oi
ties réponses, et proscrits par les arrêts qui le ;ondaronent. Et ce rhabillage est une des fortes aisons de la répugnance invincible qu'il a , dans :e Parlement, de joindre au procès tous ses anciens Mémoires. Mais je lui en ferai l'injonction )ien timbrée ; parce que c'est la manière la plus ;ûre de les obtenir.
Autre ruse encore plus misérable.
Pour donner un air de contradiction et de louche aux objets les plus clairs; il feint d'oublier [pag. 5o et 5i)que lorsque j'envoyai les deux doubles de Tacte a M. Duverney le 22 mars 1770, en lui demandant rendez-vous pour finir; il me répondit : à sept heures ce soîr^ et là-dessus voilà mon Soussigné qui déraisonne à perte de vue, avec ce bruissement fatigant que les Latins nommaient verbaetvoces^ et que nous traduisons en français par le mot énergique , amphigouri.
En examinant les choses , on sent que je ne manquai pas au rendez-vous de sept heures du soir; puisqu'il s'ngissait de finir : on sent encore, en voyant l'acte daté du premier avril , que quelque chose a mis obstacle à sa consommation le 22 mars , et que j'en ai rapporté les deux doubles ; puisque ma lettre du 5 avril prouve ensuite qu'ils sont retournés, avec les pièces, le 5o mars ou le premier avril , chez M. Duverney.
Dans cette lettre du 5 avril , inquiet d'avoir
5d2 réponse ingénu».
remis tous mes litres , et de ne pas recevoir m des doubles de Tacte signé Paris Duverney ; on voit que je lui demandais avec instance : Depuis trois jours..: Ces doubles... Fous les af^ez gardés tous deux ! ou en serais-je ? En vérité cela fait Jrémir! au nom de r amitié y renvojrez^m'en donc un, et faites de Vautre ce qu^il vous plaira, etc.; à quoi M. Duverney répondit en m^envoyant le double voilà notre compte signé.
Comment donc tout cela peui-il être contradictoire ? On n'en sait rien : aussi le subtil raisonneur s'est' il tellement empêtré dans sa propre ruse y qu'en lisant son reproche, on ne peut de*viner ce qu'il a voulu dire. Fiat lux!
En honneur ! quand on voit de si plates fin esseï, une mauvaise foi si lourde et si bête, 0/2 est tenté, comme dit mi de mes amis , de se presser d'çn rire , de peur d^étre obligé d'en pleurer. Tout ert de la même force et brille d'une si grande clarté dans cette consultation , que quand le Coiqte de la Blache ajouterait aux noms de Quatuor Ad" çocati subsignati , duodeclm millia signati du «eptième chapitre de YApocalypsos ^ elle n'en resterait ni moiuf; obscure, ni plus raisonnée, ni mieux écrite, ni plus honnête , ni plus probante* Donc, puisqu'on ne sait ce que cest, et qu'on n'en peut rien tirer ; le plus court est de la laisser \ 3a pour toujours. Ainsi soit-il.
RÉPONSE INGÉNUK ^oZ
" Ici finit le recueil des ruses employées contre moi par le Comte de la Blache en ce procès ; car je ne veux pas lui faire le tort de croire qu'il ait contribué à répandre avec une profusion scandaleuse, à faire colporter et crier, il y a trois mois , dans les rues d'Aix : à deux sols la réponse ^jritaèle et nsmarquable de la demoiselle Déon y à MonseigneurCaron Carillon, ditBeau-^ marchais^ etc.*.. Cela serait aussi par trop rusé !
Les gens qui remarquent tout, ont beau remarquer' que des trois ou quatre cents villes du î-oyaume où Ton pouvait me donner ce grand discrédit, on n'a répandu la Facétie Déon que dans j4iccy où je plaide, et dans quelques lieux circonvoisins comme Avignon , Marseille ec la
Ciotat.... Encore pour cette petite ville Oui,
en vérité, la Ciotat; car j'ai, dit-on, plus d'un illustre ennemi.
Mais comment veut-on que j'y croye , et quel rapport le Comte de la Blache?.... — Comment, quel rapport? Les ennemis de nos ennemis ne 80Dt-ils pas , plus d'à moitié nos amis ? quel rapport ! N'est-ce pas des deux parts , une mam'aise tête (jui défend un mauvais cœur y avec une mauvaise plume.
Voila ce qu'ils disent tous. Moi je n^en crois rien : d'ailleurs , je ne vois dans cette ingénieuse diatribe , que le badinage innocent d'une demoi-
3o4 RÉPONSE I N C> É N U E.
selle d'esprit y irês-bieii élevée, qui aie ton cxcell(*nt, et qui surtout est si reconnaissante de mes hervie(;s , qu'elle a craint que ma lettre i M. le Ccmite de Ver^enncs àsonstijet, la réponse d(! <:(^ ministre, et mon envoi , ne sortissent trop tôt de la métnoire des homtnes.
(^)uarit an cartel mâle et guerrier qu'elle m'y adr (?.ssc ; quoique jcj n'aye pas manqué d'en être efliayé, j'ai si p(;u oulilié qu'elle était du beau fcexe, que, malgré ses cinquante ans, ses jure* Dieu, son brûle-gueulo et sa perruque > je n'ai pu rn^empécher de lui applicjuer a l'instant ces beaux vers de Quinaut, mis en belle musique par le chevalier Gluck.
Arriiid*' fsi mcnr plus airiifiMc, Oirr'IIï: n^.'Ht rctïoniulAe.
Au reste y je crois toutsimplement que les deux ou trois mille (îX(?mplaircs d(; la factitif* Déon^ qu ou a colportés et criés dans toutes les villes du ressort de ce Parlement, y sont tombés du ciel, sans que ni M. de la lilacbe, ni M. Marin, oi personne enfin y ait contribué. Je ne parlerai donc pas de ce dernier trait, et ne; le coucherai point, comme de raison^ panni 1rs ruses du comte de la lilachff.
(ycîst bien assez pour moi de Tavoîr suivi dans le dédale affreux de sa politique; d'avoir développé par quelle suite cle vitsrs et de noirceurs il
RÉPONSE INGÉNUE. 5o5
s'est siiécéssirement flatté d'en imposer à tùus ïes trîbimaii>t , et d'y déshonorer un acte feit pstr âéuit honifiies sensés ^ dont i) avoué n'aroir jaùoàîA connu ni les liaisons ni les affaires.
l'ai prouvé f moi, la Teracité déS imes et ht fiKafiôti des autres.
J'ai prouvé , qu'à la eonsidératioti pnbliquâ dont Un grand citoyen honoi^a lûa jeunesse^ il joignit sa tendre amitié.
J'ai prouvé , que j'acquittai ce bienfait par le plus grand service qu'il put recevoir , selon lui.
J'ai prouvé , que , reconmaîssant à son tour , il tie donna sa confiance y è^ déposa dans mon sein ses plus importants s^creYs«
J'ai prouvé, que, touché de son attachement^ je l'ai toujours servi depuis , avec le zèle ardent d'un fils bien actif; et que , dès cet instant, deux commerces très -distincts n'ont pas cessé de Bttarcher entre nous.
J'ai prouvé , que son légataire , inquiet d'une liaison dont il redoutait les suites , a travaillé 80US main , pendant dix ans, k la détruire.
J'ai prouvé; que n'ayant pu que la troubler pendaut sa vie , il a rétolu de s'en venger après sa mort.
J'ai prouvé , qu^h son grand déshonneur , il ni -a fait un procès bien inique, et rti'en a suscité un autre abominable.
Mémoires* IL 20
3o6 RÉPONSE INGÉNUE.
J'ai prouvé , que tous les compagnons , tous ksagenu, tous les moyens lui ont semblé bons, pourvu (fdW réussit à me ruiner, à me déshonorer*
Enfin ; le fanal au poing , éclairant nos deux conduites , et partout les opposant ; j'ai ramené cet adversaire, ou plutôt je Tai traîné, depuis les premiers moments de sa haine implacable , jtis^ qu'à ceux où le Parlement d'Aix va couper enfin l'horrible nœud qui^ depuis dix-huit ans, attache un vampire à ma substance.
Quant au fond du procès ; comme il ne doitjr avoir rien de vague dans les engagements civib qui fixent les propriétés ; il ne peut y avoir non plus rien d'incertain dans la loi qui les juge et les gouverne. Un acte est vrai , ou il est faux* S'il est faux ; passez à l'inscription, prouvez la fraude, et pendez le coupable. Si l'acte est vrai ; <^^e8t attenter k Thonncur ^ la plus chère des propriétés, que d'y souffrir , sans la punjr, une infamante discussion très-étrangère à son essence.
Aussi tout acte vrai , qui n'a pas de nullité lé' gale, ne peut-*il être, au civil, entamé par rien, dans un pays où il n'y a point de nullité de droit; et il est bien juste que cela soit ainsi. La terrible conséquence du principe opposé, serait de soumettre k l'arbitraire d'une jurisprudence incer* taine et variable, comme le sens des juges, l'adresse des défenseurs ou le crédit des parties , d'y sou*
RÉJPONSÈ INGÉNUE. 5o7
misitre, dis -je, les propriétés, les actes sacrés qui les.assurent, et qui étant la base et le soutien de la société, doivent être invariablement jugés par la loi seule, et selon la loi.
O vous ! équitable magistrats , dont j'attends l'arrêt avec impatience, en le sollicitant avec respect : je n'ai pas prétendu , par ces récits , ' ai?gmenter à vos yeux la force et la valeur d'un acte inattaquable , et qu'ils n'ont pas seulement effleuré. Mais j'ai dû tranquilliser vos âmes, en vous montrant que vous avez à justifier, à venger un homme d'honneur outragé, à sanctionner le contrat civil de deux bons citoyens.
Quoique depuis huit ans , cet affreux procès , aliment fertile d'une haine infatigable , ait coupe ma carrière, empoisonné mon existence; il vous est soumis dans le même état que le jour qu'il naquit. C'est toujours , d'une part , un acte bien pur et bien entier ; de l'autre , des allégations , des vexations, des injures et des calomnies#£hI le tiers de ma vie s'est usé dans ces tristes débats*
J'ignore si quelque loi prononce les réparations
d'honneur que j'ai droit d'attendre. Mais celle
qui me les adjuge , est la plus sainte de toutes ;
elle est gravée sur le cœur de tous les honnêtes
gens , sur les vôtres , ô sages magistrats ! Et vous
savez ce que la sainteté de' votre ministère exige
de vous en pareil cas.
;io.
ZoH 11 é P O N S K IN (V K N U K.
mande t (?t dont j^ii depnm lonf;-ic*mpM indiqué k* noble emploi; cfi Km cormid/îranl eommc h moindre peine qui pni.Hfie /are iidlif</»e ii U»nt craccusationfi injurien/ie9 ; iU doivent ^e meiurer^ tton mit la fortune ou IVa^it de roflen^/9 ; maï» toujouriit Kur ceux de l'offenseur : autrement il n^y a pas d'homme rielie ou |9ui*^'Aant^ (|ui ne piit vexer împun/*ment toutes leivichme^i qu'il voudrait m; choisir dans les ranf^s irtférieur» : et le tribunal cpii n'arracherait au riche offenseur^ qu'une k'gère portion de son superflu, manquant le but de la loi , ne satisieniit point roiierise , (\u\f non setdement , en espère Justii e ; mais qui ^r» repose entièr<;ment sur vous , 6 magistrats I du •oin d'une vengeance dont il s'est si ton(];-temf)i interdit la douceur k lui-m/^me.
J'ai tout oit , IVIoNSrMta i,K ('.omte : auiri libre , aussi fraiu; dans mes di'icriscs , rpie vom eU'j- vague, envelopp/t dans les vùir^n } je n'si fi<mdissimul/!; ^'ai tout oit. Composé trop rapidement, ni ee mémoire est tumultueux, s'il manque de grAee et nVstpas assez l'ait; on verra bien qu'il sort tout l)Ouil)ant de ma poitrine, et que mon ressentiment Vn fondu d'un seul jet. Mais qu'importe le t;dent, si Tensemble et IV;hergîe des preuves îrfjprime en mes lecteurs la bîrme eonvittiou de mon droit? ce nVst pai
REPONSE I N G É N tJ E. 3og
entre nous un assaut d'éloquence, et le Palais n'est point T Académie.
Rien ne doit donc arrêter aujourd'hui le jugement. Cette réponse n'exige point de réplique. Eh ! que diriez-vous sur ces nouvelles lettres^ que vous n'ayiez déjà dit sur les autres ? Démentir et nier tout, n'est-il pa« votre seul mot ? Je les tieijs d'avance pour démenties I Quand vous aurez prétendu ce^ lettres fausses 9 composées après-coup, incohérentes aux réponses, et ne prouvant rien, ou prouvant contre moi , les inductions mal tirées, les raisonnements mauvais^ l'analogie pitoyable; enfm tout ce que j'ai dit, un monceau de futilités et de mensonges ; aurez-voud fait un pas de plus à vos preuves contre l'acte?
Vous pressiez le jugement dans l'état de vos premières négations! La négation totale ici, ne fera qu'unir mes secondes preuves aux premières, sans rien clianger à la question soumise au Parlement (la validité d'un acte libre et fait entre majeurs ).
N'arrêtez donc plus notre arrêt ; ou changea de système une huitième fois , et voyant votre cause encore entraînée au civil ; inscri^iez-vous en faux au criminel ! Mais tout cela n'empêchera pas qu'on n^appelle de son vrai nom , l'horrible singerie de toujours presser le jugement, lorsque
^îio RÉPONSE INGÉNUE.
je ne dis mot; pour le renvoyer k cent ans^ aussitôt que je parle et que j'appuie mes preuves par des preuves nouvellest
J'avais résolu de m'en teiiir aux anciennes f et de ne plus dire un mot : je m'étais imposé la loi de garder ce ménagement pour vous : lorsque trois mille exemplaires d'injures répandues de nouveau contre moi^ dans la Provence ^ ont al«lumé mon dang tout-k-coup : j'ai repris la plume et ne l'ai plus quittée. Mourez donc maintenant de honte et de chagrin ! injurieux adversaire ! Et cherche» qui vous plaigne , après m'avoir tant provoqué !
Ce ne sont point ici des allégations dénuées de preuves , des lettres anonymes , des articles de gazettes 9 des menées sourdes , hiirigues de so- (ûétés, des visites en grand uniforme^ de petits propos à l'oreille y des calomnies répandues ^ et toutes les ruses que vous mettez en oeuvre pour augmenter vos purûsans.
Toujours nos diflérents caractères se sont peints dans nos différents procédés ! Grand homme de guerre et de calcul au Palais , vous n'y faites que iroip bien la guerre de chicane ! Ainsi qu'uu général a toujours un aide-de-camp avec lui, vous n'arrive» nulle part sans le vrai ChatUlon dans votre chaise; et pendant qu'il court les études, pique les clercs, galope' les huissiers, dicte et
RÉPONSE INGÉNUE. 5ii
h&te les exploits; répandu dans la place ^ vous Teillez y TOUS rôdez , vous glissez , tous calomniez p et partout tous minez et contre-minez. Puis bien et prudemment escorté , tous n'aTaocez k Fennemi que sous la contrescarpe ou le chemin couTert.
Et moi , semblable au Tartare , à l'ancien Scythe un peu farouche , attaquant toujours dans la plaine , une arme légère à la main ; je combats nu , seul , à découTcrt : et lorsque mon coup siffle et part , échappé d'un bras vigoureux ; s'il perce l'adversaire , on sait toujours qui Ta lancé ; car j 'écris sur mon jî^velot :
LE TARTARE
Fiw""n*-""«w"*"
Br&l^r nVfit pas répandre*
( OM B lE N étes-TOus , MEssfEURs , à m'att^iquer I à former , a présenter, a siguUicr des requêtes ea lacération et brûlure , contre mes défenses légitimes ? Quatre , ciiiq , six , dix , une légion I Comptons.
Premier corps : le comte de la Blacljc en clief/ six avocats en parlement , un procureur*
Second corps en sous-ordre : un solliciteur étranger , Chatilîon* Troupe de clercs. Troupe d'huissiers. Troupe de recors , jusqu a Viuceoti le docteur inclusivement, etc. etc. etc.
Voilà ce que j'ippelle une lé^'ion qui demande et sollicite la lacération et conflagration de moa mémoire.
Ne pouvant parler a tant de monde a la fois, je prends la liberté d'adresser la parole au cliefen personne: que les autres ra'écoutent s'ils veulent; et je dis :
.Aussitôt que vous vous fâchez , M. le comte ; nMm devoir est de m'appaiser : tiou eu ce que j^aurais l^empli moh but ^ qui serait de vous mettre en colère : ( j'ai bieu prouvé que c^est malgré moi que je me vois forcé de le faire ; ) mais en ce que je crois fermement que pour tenir ube bonne conduite en cette aifaire , je dois .prendre en tout poiut le contre-pied de la vôtres \
Ëh ! pourquoi me brûler , M* le comte ? Pourquoi mettre le ciel , le roi , la justice entre houB ? Pourquoi se donner toujours une telle importance , qu'il faille armer toutes les puissances en cette cause ^ et contre un mémoire qui n'ail;ique que vous ?
Qp'a de commun > je vous prie , la religion, a notre procès ? Quoi ! ne peut-on dire et prouver que le comte de la Blache est un calomniateur, sans que le ciel en soit blessé ? Et quand je ne parviendrais pas à le prouver ; qu'est ce que cela fait à la religion ? Lds moyens humains de me punir de cette témérité , si j'ai tort , ne sontils pas entre les mains des magistrats ; ce qui suHit bien , sans aller intéresser le ciel et la terre en voire querelle.
Vwis avez de Fhumeur , je le crois bien : on en aurait à moins ; car malgré la légion que vous commandez ici , je dois convenir avec vous que ,
5i4 LETARTARE
pour un maréchal-de-camp ^ tous (aiiei en Provence une triste campagne ; et pendant que toi rivaux militaires , attentifs à tant de bruits de guerre , s'empressent à donner à la patrie les nobles témoignages d'un zèle ardent podr son service , j'avoue que la guerre honteuse que TOUS me faites ici , doit avoir quelque chose d'assez humiliant pour votre amour-proprel
Mais à qui la faute ? Est-ce à mon mémoire qu'il faut s'en prendre, et doit-il s'approcher du feu en expiation de ce que vous vous en éloignez ? Vous conviendrez bien que si on ne peut plus mal se conduire , en revanche on pourrait un peu mieux raisonner.
Prétendez- vous , par hasard , que mon mémoire offense la religion , en ce que j'ai puise dans le poème de lïsle de Pathmos la comparaison latine qui vous rapproche du dragon malfe* sant, à qui l'Eternel avait donné pour un mo* ment , dans ce poème apocalyptique ^ le pouvoir de faire du mal , et de transmettre à dci bêtes celui d'en dire ? Ce dragon et ces bétci sont livrés dans cet ouvrage à la malédiction uni* verselle ; et il est de fait, que même les ^lus grands saints n'ont jamais cru offenser Dieu dans leurs écrits , en se moquant un peu du diable , el de ceux qui tâchent sibien d'en accomplir l'œuvr^ inique.
Mais sans aller chercher mes raisons aussi loin; voyez ce qui m'est arrivé dans mon procès- Goëzman. Bertrand et Marin avaient puisé , Tun dans le missel ^ l'autre dans les psaumes , les épigraphes latines des injures imprimées dont ils me régalaient. Moins rigoureux que vous , je n'ai fait que m'en moquer ^ sans appeler le ciel et la religion au secours de mon ressentiment.
Si c'était bien de ma part les accuser de bêtise ; ce n'était pas au moins les taxer d'impiété : aussi la justice d'alors ne crut-elle pas devoir les traiter plus sévèrement que moi r mais ce qu'il y a de plus mortifiant pour votre proposition , c'est que bien loin de brûler les mémoires de ces deux pauvres d'esprit, dont j'appelai l'un à ce sujet le sacristain , et l'autre l'organiste , et que vous eussiez nommés, vous , profanateurs ! ce fiit mes mémoires à moi qu'on brûla , quoiqu'ils n'eussent point d'épigraphes latines , tirées des psaumes et de Vlntroïbo : bien est-il vrai qu'on les a débrûlés depuis , ce qui ne fait rien & l'affaire.
Mais quel sens moral doit-on en tirer ? C'est qu'il n'a jamais été défendu , pour imprimer plus fortement aux sois et aux méchants le mépris ou le dédain qu'ils méritent , de leur appliquer un passage quelconque , quand il vient si
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à propos à la plume , et que de pareilles âllnsions n'oot jamais fait encourir à l'ouvrage d€ nul. orateur ^ la cruelle peine que tous Voudriet qu'on infligeât ii ma triste oraison.
Que si j'ai rappelé dans un autre endroit cettf belle et sublime sentence du Sauveur, sur k femme adultère , en la rapportant à l'utilité quil V aurait de soumettre les accusateurs à l'examai sévère des tribunaux ; j'ai voulu montrei: seule» ment que tel ennemi qui me jette aujourd'hui la première pierre , bien examiné lui-même , au licii du supplice de la conflagration qu'il veat m'infliger , pourrait bien mériter lui-même cdui de la lapidation*
Et comme ce n'est point en plaisantant qof j'ai cité ce passage ; on peut bien trouver daDi ma phrase une juste indignation ; mais non pas, comme le dit ie comte de la Blaclie , une pro» fanaliun criminelle.
Passons au reproche que vous me faites de manquer de respect au roi dans mon mémoire ^ et voyons qui de nous deux est le coupabt|C,(Mi f de moi qui me soumets avec une confiance resr pectueuse au tribunal qu'il m'a donné pour me juger, ou de vous, qui, lui fésant faire cause commune avec vous , prétendez armer sa sévérilé contre ma défense , parce qu'elle vous humilie et vous désole uniquement.
lis 9 parce que le roi a dit dans un arrêt du îil , qu'il voulait faire sentir les efï'ets d'une sévérité h ceux qui abuseraient de leur espour déchirer la réputation des personnes qui ils seraient en contestation ; croyez- , monsieur le comte ^ que Sa Majesté ait en- 1 , par cet arrêt , accorder sa protection .e à ceux qui déchireraient leurs adversaires u'ils le feraient saus esprit ? Vous invoquez- I beaux titres de proieciion et de faveur ! arce que vos défeuses sont ennuyeuses et les, vous croyez avoir le droit de les rendre inément atroces et cali^mnieuses ? Et quand ous prouve qu'elles lesont, et qu'à ce double ou vous livre k la risée , au mépris public , vous croyez en droit d^invoquer Tautoriié' le , pour venger une telle offense et couservos écrits à la glace , en faisant jeter au feu c de votre adversaire ?
'ailleurs , quand un tribunal supprime un aoire ; vous conviendrez bien que , si la lestation n'est pas finie , ce tribunal , fût-ce ne celui du roi , ne peut entendre par cette pression que celle des tiaîts trop amers ou termes trop vifs, dont un ressentiment exalté lit chargé la défense ; et qu'à notre occasion Lout , Sa Majesté , en supprimant mon méire au conseil , n'a pas entendu priver ma
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C'àUifïérn moyens vigoureux dont cet écrit la renforce.
Si c'était là par hasard ce que tous entendes, cette question semblerait exiger une décision plus claire de la part du Conseil du roi.
Mais voyez à quoi votre prétention réduirait cet arrêt de suppression. Dans un premier arrêt, qui cassa celui du si(Mir Goëzman ^ quoiqu'il fftt en votre faveur y le Conseil du roi supprima lei injures respectives de votre mémoire et du mieiu Les injures su[)primées , que restc-t-il dans un mémoire ? Les raisons cl les moyens sans doute?
Or, lorsque pour donner plus d'authenticité à la suppression , il plait a Sa Majesté , dans no second arrôt, de résP[)pritner ce qu'elle a déjà supprimé dans un premier ; s'il faut convenir que | sou Conseil est l)icn le maitif* de supprimer deux V fois^ dix fois, et sous des iounoài (liilrrentes Jef i. termes «imers avec lesquels un plaideur ouué L par dix ans d'injures , exhahi son ir^seniiujcnt; -^ on ne petit, sans insulfcr laM ij^.sir l»ov;ile,siip ^. poser que son Conseil ait entendu , [> n* nu .second arrêt, supprimer les moyens de m tnriuoire, uniquement parce qu'il en a déjà Mt|»|>j.inié ks j injures dans un prcmi(;r arrêt ; et c est un in«.>in.s le cas où ce nouvel arrêt peut on appeler un uoisième en explication du second.
Mais en attendant, la cause étant rcniréc en
iustaxiceà deux cents lieaes de la capitale ; e$t-ce, à votre avis , manquer de respect au roi ^ k son Conseil 9 que de mettre sous les yeux des nouveaux juges la totalité des défenses, tout le bon et le mauvais des raisons qu'on a employées pour soutenir son droit ? En cas pareil j comme il n'y a rien de nul, il ne peut y avoir d'injure : car ce qui n'est plus pour moi dans mon écrit y tournant nécessairement pour mon adversaire ; employer des défenses , quoique censurées , est agir avec la plus grande impartialité y la plus louable neutralité dans sa propre affaire.
D'ailleurs , je n'ai point fait imprimer de nouveau le mémoire censuré par le conseil : le peu de littérature que mes écrits contiennent , et l'intérêt que le procès-Goëzman et consorts inspirait justement a tous les persécutés de la France , ayant fait désirer à beaucoup d'honnêtes gens , que quelque libraire en rassemblât la collection: ce procès*Goëzman , enfanté parle plus horrible gênait du procès-la-Blache , rappelant à tout moment les procédés de ce noble adversaire , et l'arrêt du Parlement de Paris qui a cassé celui du blâme , et débrûlé les mémoires défenseurs de ma cause , leur ayant rendu toute leur pureté ; j'ai cru pouvoir et devoir mettre au sac la collection entière de ces mémoires , telle qu'on la trouve chez les libraires ; avec des réclatnes de
a« LETARTARE
tous lei9 ericlroiis qui rappclleut le comte de la Blachc ; presque tout eit de ma cause actnellt dans cette collection* Je ne l'ai donc pas fait fiiirei mais j*cn ai profité t comme je Tai trouvée ^ sans y rien ajouter ni retrancher , et j'y ai laissa le bon et le mauTais^ tels que les événements les avaient lournis ii mesure ; ne voulant pas plus p eu dissimulaut le mal p me donner pour meilleur que je ne suis • que je ne veux me rendre pire , en laissant ii^uorer le peu de bien qui s'y rencontre* Si c'est là, selon vous, manquer de respect au roi ; j'avoue que je concevrais une étrange idée , de ce que vous entendez ]>ar le respect dû an prince : mais comme il n y a pns encore ds loi qui m'ordonne de me soumettre là-dessus it Topinion du comte de la IM;irhe , de mntlres tels et tels avocats et procureur à Aix , enfiade ce que j*ai nommé la lésion ; je prie ladite légion de trouver bon , qu'en allendant la décision da Parlement stir leur requiHe en conHa^ralion et lacération au préalable , je me croie an moins aussi bon , fidèle et respectueux serviteur du Roi que ces Messieurs ; quoique nous n'ayiût39 pas tout-à^iait les mêmes idées sur la forme de ce respect ; (pioique je n'appelle pas Comme eux^ toutes les puissances de runivers an secours de ma querelle, cl que je ne veuille pas émouvoff tout Tolymiio pour la guerre des rais.
À L A L È G I Ô N. Sâi
î*aî prophétisé dans mon mémoire que vou5 nieriez tout, et pour l'honneur de ma prédiction i l'instant tous avez tout nié.
Ne pouvant tout relever , Vu le peu de tenàps çpinous reste, dans un mémoire de cent soixante et douze pages ; prenons rapidement les faits contestés les plus importants , et réduisant la question aux termes les plus clairs qui sont tou-* [Ours les plus simples , voyons sur quoi nous tombons d'accord , en quoi nous différons : montrons lequel de nous deux reste sans preuves devant l'adversaire , et lequel calomnie l'autre en ce Parlement.
Commençons par le fameux billet du 5 avril 1770 , auquel j'ai dit que vous aviez donné la torture , afin de le rendre un. peu louche , quand il s'agirait de le débattre au procès.
Nous convenons , vous et moi , que M" Gaillard a fait im violent plaidoyer aux requêtes de l'Hôtel contre le mot Beaumarchais , emporté par un cachet , et dont il m'attribuait la supercherie ; et voici pourquoi j'affirme que nous en convenons tous les deux : c'est que , malgré la honte publique qui était résultée pour vous à l'audience des requêtes de l'hôtel , de la déclaration et de la preuve fournie par M* de Junquière ; votre avodat , absolument sans pudeur , espérant que je n'aurais pas le temps de répondre à son mémoire avant
Mémoires. IL 21