DE PAR LE ROI
Il est ordonné au S. ( en blanc ^ de retirer de ia maison de la demoiselle Douay'Ia dame Kom- Duan , et de la conduire dans celle/du sieur Page^ iccoucheur et docteur en médecine. Enjoint S. M, à la dite dame Kornman , suivant sa soumission , de ne point sortir de ladite maison , et de n'y recevoir que son avocat et procureur ; comme aussi ordonne S. M. audit ^ieur Page , suivant la soumission que ladite dame Kornmau offre de faire faire audit sieur Page, de la représenter toutes les fois qu'il en sera requis; et ce , jusqu'à nouvel ordre.
Fait à Versailles , le 27 décembre 1781.
Signé y LOUIS, et plus bas*
Signé A w E L o T.
Au dessous est écrit:
Je soussigné promets et fais ma soumissioû de
me conformer à l'ordre ci-dessus ; ce 28 Dé-
cembre 1781^
Signé Page, docteur médecin.
Et au dessous est écrit :
Je soussigné promets et fais ma soumission de
Mémoires. IL 29
ij^n M É MOIRES.
me conformer a Tordre ci-dessus , ce 26 dé*
ccmbrc 1781.
« Signé F. KoBNMAN f née FaescK
Croyez vous , Lecteur , que mes djevaut eussent assez de jambes pour apporter au gré de «ion désir , un td ordre à M. Le ISoir ? ]1 me sourit en le lisant. Je ne me rappelle pas qu'il m'ait dit ( comme Tccrit Guill... Korn... ) q«C j j'étais un scélérat horrible et redoutable; inaif 3c me souviens qu'il me dit : les ffrns que vous aimez ^ M. de Beaumarchais , sont certains €Vétre bien sentis : il voulut bien mémo ajouter^ qu'en cette occasion , il ne pouvait qu'applaudir a mon zèle, tli bien ! Monsieur , lui dis-je , j'en demande la récompense. Permettez-moi d'accompagner ceux qui porteront l'ordre à celle infortunée. Que je puisse me vanter d'avoir fait connaissance avec elle, sous les heureux auS' pices d'une bonne lettre de cachet ! Il sourit, il y consentit. Quel inconvénient y avait-il?
O public ! public de Paris ! l}nc femme plaignante en justice contre un mari qui la tourmente^ trouve toujours un défenseur; et vous vouf ctonnez qu'une malheureuse viclijne , enfermée sans information^ par une lettre de cachet surprise , exécutée si lAchement , ait rencontré des protecteurs , pour solliciter les ministres ! Dans quel siècle vivons-nous donc ! Quel d'entre totis
MÉMOIRES; 45i
Irahî , surplis , ot subitement renfermé , jetant ses bras meurtris à travers les grilles de fer , ne regarderait pas comme un dieu, le passant que ses cris pourraient armer en sa faveur ? N'avez-* vous vu jamais un infortimé qu'on délivre ? La terre n'est pas assez bas, sa tête jamais assez courbée , ses genoux pas assez flexibles au gré de sa reconnaissance : je Tai vu, je Tai vu> et surtout cette fois , quand j'ai porté dans la prison la lettre de sa délivrance à l'infortunée étrangère* Figurez-vous une jeune femme , prisonnière au mois de décembre, et n'ayant pour tout vêtement qu'un mauvais manteau de lit d'été , pâle , troublée, enceinte et belle ! Ah ! enceinte surtout 4Bt prête d'accoucher ! Je ne sais pas comment les autres hommes s'affectent ,• mais , pour moi , je n'ai jamais vu de jeune femme enceinte, avec cet air doux et souffrant , qui les rend si intéressantes , sans éprouver un mouvement qui jette moa âme à sa rencontre : jugez quand elle est renfermée ! Ah ! si c'était ici le lieu de raconter , je dirais comment une fois j'ai manqué d'assommer un homme qui battait une femme enceinte. Le peuple criait : C'est- sa femme ! — Eh qu'importe, amis, elle est grosse» J'étais furieux; je rouais de coups le brutal qui l'avait battue , en criant toujours, elle est grosse. J'avais l'éloquence du moment ; ils me comprirent k la fin , et se ran-
gèrent de mon parti. Ces geus-là^ c'étaient des Français !
Rentrons dans la maison de force ^ où notie infortunée m'attend. Quand elle parait an guicliet où je Taitcndais , moi troisième, elle s'écrie avec transpoî t : Ah ! sillon ne m^a pas trompée p je xois M. de Beaumarchais ! — Oui , Madame; cV'si lui que le hasard rend assez heureux pour coniril)U(îr à vous tirer d'ici. Elle est à mes genoux , sanglotte, lève les hras au ciel : C^estvouSf c'est a^nusy Monsieur ! tombe à terre et se trouve mal : et moi, prcsfju'aussi troublé qu'elle, a peine pouvais-Je aider à lui donner quelques secourS; pleurant de compassion , de joie et de douleur* Je Tai vu ce tableau; j'en étais, j'en étais moinu* uhî ; il ne sortira pas de ma mémoire. Je lui disais , en la remettant au médecin qui devait Paccouclier, à qui le magistrat la confiait: Ce service, Madame, n'a pas le mérite de vous être même personnel ali ! je ne vous connaissais pas; mais, a l'aspect de votre reconnaissance, je Jure que jamais un malheureux ne m'implorera en vain dans des circonstances pareilles !
J'ai cjit comment la chose se passa. Je la quittai, content d/î moi ; ne me doutant pas, je vou* Jure, que six ans après cette époque , un majjistral qui n'avait fait que nous céder, au mari le honbeuf
de faire cuicrmcr sa victime ; à nous celui de b
rendre au droit de se pourvoir devant les tribunaux contre* lui , se trouverait impliqué dans une horreur aussi gratuite ; qu'on jetterait dans Paris un libelle atroce où vingt personnes seraient dénigrées; qu^à l'instant j'entendrais des cris, que je verrais des yeux braqués sur moi comme des pièces de canon ! que Ton verrait surtout des dames bien faiblettes , oubliant leur âge «t leur sexe, abandonner leur propre cause, se chagriner pour le mari , pleurer , hélas ! sur ce paui^re Holophernel Et moi, qui suis tout aussi faible qu'elles, mais qui choisis mieux mes objets , si ce récit ne peut leur ôter de Tidée que je suis utf homme méchant , je les supplie de m'accorder au moins que je suis le meilleur des méchants hommes.
— Mais vous étiez suspect, on vous taxe partout d'avoir aimé les femmes ! — Eh ! pourquoi rougirais-je de les avoir aimées? Je les chéris encore. Je les aimai jadis pour moi , pour leur délicieux commerce; je les aime au jourdiiui pour elles, par une juste reconnaissance. Des hommes affreux ont bien troublé ma vie ! Quelques bons cœurs de femmes en ont fait les délices. Et je serais ingrat au point de refuser, dans ma vieillesse , mes secours à ce sexe aimé , qui rendît ma jeunesse heureuse ! Jamais une femrtie ne pleure, que je n'aye le cœur serré. Elles sont.
hilas I Ni maltraitéfîs et par les loin et pal* le9 liomnieA I J ai une fiUc qui m'est bien <)ière; clic clcvirndra fcmnie tin jfotir i mais piiissè-^je k l'itiNtant mourir si elle ne doit pas Être beuretisef Oui f je sens que îY*loufl'crais l^omme qui h rendrait inforiuticc I Je verse ici mon cceur suris papier»
Unc^n'flexîon , et j'ai fmi#
Si relie jimlice étemelle qtii veille an bien, en laissant laire le m.il^ n'eiit pas permis, sannqne je nfen doutasse^ qu'*ou laissât dans mes inaini ces précieux moyens de défenses, dont je no mo souvenais non plus que clc mon prcîmier nidi" ment ; je serais un monstre aujourd'bui ! Cent pages de discours ne m'auraient pa/9 lavé de la bonne action cpTils allcsterït. (irandDiru ! quelle est ma clc.siinre ! Je Ji'ai jamais rien l'ail de hUm qui ne m'ait caur.é df!s angoissas ! Kt je ne doif tous mes succès, le dirai -je ?•..•••••• quk (Ici
sottises I
S/ff/fff', C/VnOi\ DR BEAUMARCHAIS.
Gl/KnERT, Procureur.
Ma seconde parti^^jKiratlra quand rinformation sera fuiic. Je ne laisserai rien cîu arrière. J'ai besoin de me reposer; non dans riuaclion, je iiclc puis ; mais dans le cbaugemenl croccnpalion i c'cbt ma vie.
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