‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 27 sur 40 · EN ATTENDANT L'AUTRE · texte numérisé non relu

EN ATTENDANT L'AUTRE

Par p. a. CARON DE BEAUMARCHAIS,

Sur la plainte en diffamation qu^ il vient de ren-^ dre d^un nouveau libelle q ui parait contre lui.,

Jl E suis vraiment honteux d'être obligé de m'occuper de moi , quand tout les esprits sont tendus^^ vers les intérêts nationaux. Je ne dirai qu'un mot;, il m'est indispensable.

A la suite d'une plainte formée au criminel pour outrage et diffamation, contre le sieur Kom- ^nan et complices^ dans un procès qu'il feint d'intenter à sa malheureuse femme, mais qui n'est qu'un prétexte pour déchirer tous ceux qui ont eu intérêt d'éclairer sa conduite , j'ai obtenu per-* mission d'informer ; et, tant à Paris que dans Téloignement , par des commissions rogatoires , vingt personnes de tout état, assignées, ont dé-^ posé ce qu'elles savaient sur les graves objets de ma plainte.

Toutes ces dépositions, les lettres du sieur de Kornman en nature, et autres pièces justifica- Uves jointes à la liasse au greffe criminel ; M. le

Procureur du roi, du Cbàtclct^ a déferez par délicalrssCy au Panjuet assemhh* (i), «on droit d(» conclusions dans cette affaire; et sur ces conclusions ^ il a été prononcé des décrets contre les calomniateurs* Telle a été la sage coqduite des magistrats qu'un forcené outrage sans pudeur.

Tout ce qu'un offonsé peut faire est de demander Justice, de la solliciter, de souH'rir et <raUondre; et c'est ma position aciudlo. Mais à l'instant où les tribunaux sont fcrmf'<! , \i\ bras de la justice enchaîné, où aucun débiteur ne peut être contraint, où toute audace est impunie, il piirait un libeliebien absurde et bien hUJie, dans la première page duquel on lit ces propres mots, les seuls qu'en ces moments j'ayc intérêt a relever. Je ne débattrai ri(!n sur le fond de Palïairc; <e que j'en dirais aujourdlnii serait tro|> oublié ]ors(|ue les tribunaux pourront s'en oc:euper. f ^est alors seulement que \v. publierai mon Mémoire : c'est alors qu'on verra sur quelles pièces Ticloricuses mes calomniateurs ont été décrétés, sur quoi ils doivent être punis.

Ne perdons pas de vue la phrase du libelle.

^i) Composa (Ir; M. Ic PirIK'tiVr 'lr*s Forts , clr? M. Bour- Ç/*ois (!<• JJoirir-.s, <1<; IM. Himî rU? Miroiiicnil , de M. Diiprt «fc Nairil-Mniir.

MÉMOIRES. /p7

Et maintenant que je suis instruit que lé même sieur de Beaumarchais ( car on rHapprenz drapas ce fait sans un étrange étonnement) est î aussi parvenu à se faire trousser digne de la confiance du goui^ernement ; et que parmi les chcfi de V administration , // en est qui n^ont pas rougi de traiter avec lui , et de mettre à profit ^ pour la circonstance actuelle ^ le genre de talent dont il est pourvu , etc.

La lâcheté ne peut aller plus loin.

Sitôt après cette lecture, j'ai rendu plainte ail criminel , contre le libelle et Tauteur , et j'ai permission d'informer, ce que Ton fait en cet instant.

Un homme inculpe les ministres, en supposant eatr'eux et moi un vil traité, par lequel je leur aurais vendu ma plume pour insulter leurs adversaires; les ministres indignés, qui savent mieux . que moi combien ces moyens sont peu faits pour la haute question qu'ils agitent, feront pimir sans doute, et comme il le mérite, le menteur, l'insolent qui leur manque ainsi de respect. Mais moi, contre lequel on n'invente cette infamie, que pour me faire des ennemis de tous les corps parlementaires , et me broyer entre les deux partis , en me désignant pour auteur de mille sots pamphlets qui courent, (et c'est depuis un mois, ce que l'on répand dans Paris ; ) moi qui suis

averti que Ton ameute contre moi toutes les têtes échauffccs qui rôdent , qui kourdounent à l'en-^ tour du palais fermé ; moi que des lettres anonymcs menacent d'un siège en ma maison, je saisis cette occasion de déclarer publiquement: qu'aucune personne qui tienne au ministère n'a invoqué ni mou esprit ni ma plume ^ ni aucun des talents dont on me dit pourvu ^ pour les mettrr a pmfu dans la circonstance actuelle, h rends le libellisLC garant de tout le mal qui peut m'en arriver.

Que si rtni des ministres rût cru devoir me consulter sur les grands objets que Ton traite; j'aurais rru, do ma part, lui manquer de respect en lui dissimid.int mon opinion^ quelle qu'elle lui , puisqu'il désirait la savoir. Aucun ne m« lait cet honneur.

Une seide fois, je l'avoue, mais c'est dans d'antre tcmp.s, les ministres du roi m'ont assez estimé pour nie demander mon avis sur une question [)aileinentaire; sur la manière dont je croyais qu'on dut rappeler les niafjislrats ; c'cUiit en 1774» Alors la France entière estimait mon courage; alors tous les esprits tendaient à rapprocher le roi des Parlements, ranguste icHe de ses membres; la forme seule embarrassait ; on cher( hait à fixer les bornes de la puissance intermédiaire. Vous permettez donc, Messcigiicurs , leur dis-je, que

ja m'explique avec franchise? Je nç*piiis parler qu'à ce prix. — Faites-nous, me répondit-on, ua Mémoire court, élémentaire, où vos principes, exposés sans enflure et sans omemen^p, soient propres a frapper tout bon esprit qui pourrait manquer d'instruction. Je le fis avec zèle : invo-» ~<jué comme citoyen, jWfiîs une chétive pierrç a la reconstruction de cet édifice dé paix ; j'esr 8ayai d'y poser des bases , ou plutôt de les découvrir ; car elles existaient sous les décombres où l'aigreur des partis les avait enterrées. Que si je me trompais, c'était avec de bonnes vues. X->'amour du bien m'interrogeait, l'amour du bieqi devait répondre^ Je n'offrais pas , dans mon tra-f vail, l'ouvrage d'un grand écrivain, mais celui d^un bon citoyen,.

Quoique mes vues n'ayent pas été totalement suivies, elles me concil/èrent assez l'eslime dç ces ministres pour (Qu'ils n'ayent pas dédaigné de prendre mon avis sur d autres affaires majeures.

Depuis quatorze années je n'ai dit ce fait k personne ; je l'ai tenu secret ainsi que beaucoup d'autres qui verront le jour en leur temps. Peutrètre aurais-je pu m'en honorer d^ns l'occasion^ Mais aujourd'hui qu'on me suppose capable d'air der sourdement un parti, fort supérieur sans doutç à ces ressources , par quelqu'ouvrage clandestin; je vais repousser ceitç insvilte^^ en joignapt à, c^

/,0o M lî: M c) I n K s.

ctoiirt TTiémoiro , œliii <1otit on me nut gr/; alori* Un dr?« Kiinifitrcs rxi.sUî rncom; et rien pcrAonn^i respe<:tal)lei^ de rintime 9oei/fté cJe feu monm" gnenr le{>rineecle Conti , auxquelles ce prince me pria de ]e commiinîqner devant lui , fieuvcnt n'élever contre moi ni je tralii» la vérité. Je ne lc« préviendrai paA mAmc que je les nhe^ poor qu^;lle.4 i9e rendent plus ^évereiv* JV^jonte h refait eelui-r:i ; c'est que ce prince, trè/^-attaclié an roi, surfont l'amant de la Pairie , m'arriHant crnirt, un fort cl(; ma Iccime, nuî dit avec: cette clialcnr qui lui pif;n;iit toutes les Ames : aurfz-i^ous k couff/f^r d'fwnnrr qiir vous rn^avrz lu val ou* iTftffn? • '(V)Ut le monde, s;nt, Morifteigneur^ qu(r je n'ai rien de caché pour vfius. — Kh hie^n^ Alnnsif'.ur j assutvz-lvur qur ,si c^rst r.flfi qi^on adoptr^ nous In .si^ufrrnns à grn(tu:r. J'en rendis cornpu; il Fontainebleau.

Ouand on aura lu mo^ mémoire, on ne pensera pas (ju(; riiomrne qui montrait ce zêle patrioiirjue en 177/», et s'honorair, aux yeux du prince, d'une véracité courageuse, se dé.<»honcire en 1788 par des menées de lihellistc.

f)li ! si Je connaissais ceux qui commandent cesécrits, ("car pour ceux (|ui hrs font, qur; pourrait-on l(îur rejjrorJicr ? les affamés cficrclient du pain ) : j'oserais dire ii ces rnoKîurs < ,\v\u\h^ quelque parti qu'ils dominassent: 1% quoi servent touA

MÉMOIRES. ' 4Gi

CCS pamphlets ? Des escarmouches de hoiisards décident-elles une question dŒtat ? Devant qui donc la faites-vous plaider, par les plus vils des écrivains? Et qui prétend-on échauffer en injuriant des deux parts ce que le peuple aimait à respecter ? O politiques imprudents ! On altère par ces écrits Tamour et le respect du peuple, ces grands soutiens 'd^un état monarchique ! conducteurs d'un vaste troupeau ! en lui lâchant ces animaux hargneux, vous apprenez au boeuf à essayer ses cornes ! 11 était si docile au joug ! La doniiiiation de Louis XVI est si douce au meilleur des peuples ! D'ailleurs il est si essentiel qu'on respecte les magistrats ! C'est un crime de lèsenation que d'atténuer, que de détruire ces deux grands pivots du bon ordre ! Le meilleur des rois nous assure qu'il ne tend point a l'autorité arbitraire, et qu'il veut régner par les lois. De leur côté, les magistrats déclarent qu'ils maintiendront toujours les lois données par un roi si juste et si bon ; car ils ne lui disputent rien sur son droit de législateur : seulement, ils ne croyent pas avoir le droit d'enregistrer l'impôt. Le roi désire à cet égard un unique enregistrement. Chacun voudrait se rapprocher des formes constitutionnelles. On n'en est pas si loin qu'on croit ; l'aigreur seule a tout divisé. Pourquoi donc l'augmenter encore? Et pourquoi dire, d'un côté, que

/^Cit M 1': M O I R K A.

le roi veut lotii envahir ? Kl de l'autre f que V\% graïuh I le» Parlements et le clergé veulent êY*xempter de payer ! Des /écrits plein$ de (kl 6ont-ils le véritable «tyle dd» grands événementi du jour? Kst-ce dans un siècle éclairé qu'on traite ainsi de la constitution? Que des écrivains sage«^ avoués y instruisent celte grancle atiairc ! Que ce ministre inugistrat^ dont on c:hérit le lion esprit^ que M. de Maleslierhes y joifçne ses Inniièretf! Assemble/ les Klats ; an)(;ne/-'y le roi ; xuonuvjr le nous v.iniwnçi on Ta vu a (>ljerbour^ et aux \n^ valides y et toute la nation enchantée vole ^lu dcrvant cle son aufjusie uiaUre, tomber ses pieds^ j»'jye les dettes; et ce royaiune , obscurci par r<ii.t}^(î ; va reprendre tout son éclat*

CAUON 1)K lîKAlJMARCHAIS.

GUÉIUiUT, Procureur,

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