SEC ON DEPARTIE
Lorsque je réfléchis sur le résumé si éDergi(|ue et si court , par où j'ai commencé ma première partie , je trouve qu'on aurait pu lui donner un peu plus d'extension. Il est certain qu'il .n'y a sérieusement a dire sur le fond de mes demandes
' que ces quatre mots : Beaumarchais paye ou pendu. Car n'est-ce pas le chef-d'œuvre de l'absurdité que de se porter habile à débattre un arrêté dont on avoue qu^on ne connaît aucun antécé-
• dent? Cette ignorance bien reconnue, que re^tet-il k faire ? Contester ou nier la signature , bien prouver le faux de l'acte , et voilà Beaumarchais pendu; cela va bien. Cependants'il arrivait qu'on ne pût prouver le faux , ni entamer cette signature, et que la calomnie fût bien avérée , vous ajoutez seulement : voilà Beaumarchais ^û^e'. Oh cola ne va pas si bien ; car dans la balance de,la justice il n^y apoint d'équilibre entre être pendu pour avoir fait un faux, et se voir seulement payé pour en avoir été faussement accusé ? Ne scmble-t-il pas que le calomniateur , en ce ci^ , devrait aussi cordialement payer un peu de sa personne V
Si l'on est surpris de me voir traiter froidement des idées aussi repoussantes, j'avoue que je ne le
suis pas moins que lé lecteur. J'admire en écrivant , avec quelle facilité Tesprithumain se donne le change à lui-même , et parvient , en s'oubliant^ à calculer y à combiner paisiblement les divers rapports d'un objet , dont le seul aspect dépouillé de ce prestige est capable de Tindigner et de le mettre en fureur.
En travaillant à ce mémoire , il m'arrive eu eifet souvent d'oublier que c'est moi que je défends. Cette abstraction une fois obtenue, supérieur à l'humiliation de mon état, je ne vois plus en moi que le défenseur d'un homme outragé ; . toute mon existence alors est dans ma pensée ; et la plus noble faculté de l'homme se déploie et s'exerce librement. Alors ce travail qui tue le corps^ est un grand bien pour Tâme ; il va jusqu'à servir de dédommagement au malheur qui l'enfanta. Croyez-moi , Lecteur ! il y a mille lieues de cet état à Tinfortune. Oui , jusque dans l'excès du mal ,il y a encore du bien pour Thomme né sensible , et qui pense avec liberté. L'avantage de penser l'élève , et le bonheur de sentir le console.
Eh! quel entre nous, n'a pas été mille fois consolé des chagrins les plus cuisants, par l'exercice même instantané , de cette autre inconcevable faculté qu'on nomme sentiment ?
Qui de vous n'a pas éprouvé qu'une heure de
franche et Traie sensibilité y librement exercée ^ répare et paye au centuple des années de souffrances ? Qui de vous p dans ces moments suprêmes où Tame ^ étonnée de son activité ^ se fond y s'abime et se perd dans une autre âme ^ n'a pas été tenté de s'écrier avec enthousiasme : 6 mon père , ô mon Dieu ! avec quelle profusion ta main bîenfesante a versé le bonheur sur tes enÊints !
Me voilà loin de mon sujet sans doute; et c'est mon sujet lui-même qui m'a jeté dans cet écart.
En parlant un jour au comte de ..••• sur
ce procès , je lui disais : soyez certain , Monsieur^ que depuis long-temps la haine avait enfanté l'injure que l'avidité consomme aujourd'hui. Il me répondit qu'en effet , le comte de la Blache lui avait dit ingénuement : Depuis diœ ans je hais ce Beaumarchais comme un amant aime sa maltresse.
Quel horrible usage de la faculté de sentir! et quelle âme ce doit être j que celle qui peut haïr avec passion pendant dix ans I Moi qui ne saurais haïr dix heures sans en être oppressé , je dis sou-vent : Ah ! qu'il est malheureux ce comte Falcoz! ou bien il faut-qu'il ait une âme étrangement robuste.
Cependant passe encore pour haïr. Mais troubler sa vie y pour empoisonner la mienne ! tou-
MÉMOIRES. u^
jolirs déraisonner , et naeitre uu avocal à la torture pour l'obliger d'en faire autant ; et tout cela seulement pour lé bonheur de me nuire! voila ce qae je n'entends point; et voilà ce que le comte légataire a fait depuis quatre anSi
Prouvons^
De puissantes recommandations avaient allumé pour moi le zèle de M. Duverney.
De grands motifs y avaient fait succéder la tendresse et la confiàncCé ^
De pressants intérêts avaient remué plus d'un million entre nous deux.