Partie aVaît été employée pour son service, et partie pour le mieuéi
Aucun compte pendant dix ans n'avait nettoyé des intérêts aussi mêlés.
XJne foule de pièces existait entre ses mains o\i
ns les miennes- Un arrêté de compte était devenu indispen-' sable*
Cet arrêté fut signé le premier avril 1770.
Trois mois après ^ M. Duverney moiu-ut. *
Un mois après sa mort , j'écrivis à son légataire universel , sur les demandes que j'avais à former contre lui en cette qualité. Sa réponse l'ut : Qu'il était trop peu instruit des affaires qui avaient existé entre M . Duverney et moi y pour pouvoir répondre à ma lettre ; que V ins^eniaire
Mémoires. IL 5
n^ étant pas fini , aussitôt qu^il en aurait tiré des lumières » il me répondrait. 11 convenaic donc , dès ce temps-là , que M. Duverney ne lui avait jamais donné aucune connaissance de ses relations avec moi ; et depuis il a toujours fait plaider, toujours fait écrire qu'il n'avait trouvé dans les papiers de son bienfaiteur , aucun renseignement sur l'arrêté double qui établit mon action.
Par cela seul il est constant que toutes les allégations y tous les démentis , toutes les imputa- ^ lions de dol , de mauvaise foi , de fraude et de lésion y le magnifique superlatif à! énormissime dont on les a toujours décorées , n'ont jamais eu d'existence et de fondement que dans l'imagination du comte de la Blache. On voit que sa tète js'est échauffée par la frayeur de laisser échapjlter la plus petite partie de son legs immense.
£t^ lorsqu'on réfléchit que^ pendant quinze ans un homme a désiré , soupiré , cupide violemment une grande fortufie ^ avec l'angoisse de la voir toujours incertaine , en la flairant toujours d'aussi près ; on sent qu'à l'instant où elle lui est tombée y il a dû s'en saisir avidement , trembler de la perdre , et la défendre ; et quoique surabondante y la trouver encore au dessous de sa soif hydropique : comme un homme excessivement altéré devient jaloux de tout ce qui a la
&cuhé de boire ^ et voudrait seul engloutir toute
une rivière.
Mais enfin ne sâuraitK)n être avare honnête* ment^ sans être injuste indécemment? Si 1 on doit quelque chose à ses goûts ^ ne doit-on rieti à sa réputation ? Une entière ignorance des faits , quelques allégations sans preuve , et force injures ; voilà pourtant 9 depuis quatre ans^ tout le sac de son procureur ! Ajoutez à cela de l'intrigue et du mouvement , et vous savez par cœur tout le comte de la Blache.
Mais peut-être est-ce, dans le fond , la forme et les termes de l'acte même, qu'il prétend puiser les moyens de soutenir Tarrêt qui P annule en entier , sans qu^il soit besoin de lettres de resci-^ sion*
Examinons-en séparément tous les articles ; et voyons si sa dissection lui fera perdre quelque chose de la mâle consistance qu'il lire de son ensemble. On peut le voir imprimé à la fin de ce mémoire. Il est intitulé :
Compte définitif entre MM. Paris Diwerney et Caron de Beaumarchais.
Ici mon adversaire m'arrête tout court , et me dit : Ce que vous présentez p'est point un compte ; c'est un écrit , une faussç^ apparence d'acte , qui devrait être précédée d'un compte.
Mais qui a dit à mon adversaire que cet acte
était un simple compte dans Tacception où^ le prend aujourd'hui ?
S'agit-il plutôt d'un compte que je rends à M. Duverney que de celui qu'il me rend luimême ? N'y porte-t-il pas la parole pendant les cinq sixièmes de l'acte ? Enfin cet acte offre-t-il autre chose que le débat de nos intérêts mêlés depuis dix ans, l'obligation du reliquat qui les fixe , et la transaction qui les sépare ? et n'est-ce pas là ce que les praticiens appellent un acte synallagmatique , ou obligatoire -des deux parts ?
Mais moi qui sais que c'est-là sa manière de plaider , et qu'il l'appellerait un compte , s'il était intitulé, Acte; moi qui sais que l'Ordonnance de 1667 prescrit les formes que les comptables , les tuteurs , les fermiers , etc. doivent donner aux comptes qu'ils présentent ; mais n'assujétit à aucune forme les personnes majeures, les négociants ou intéressés en mêmes affaires; et qu'elle leur laisse la plus grande liberté sur la manière dont ils énoncent les parties qu'ils arrêtent ensemble ; moi qui sais enfin que M. Duverney, qui se connaissait en actes un peu mieux que son légataire, a reconnu, signe , daté celuici, comme le tableau le plus exact de tous nos intérêts réciproques ; je continue tranquillement à transcrire ; à discuter cet acte, que j'ai divisé
en Sfeîze parties , afin qu'étant plus morcelé , chaque article en parût plus clair.
Nous soussignés , Paris Duverney , conseiller-d^état et intendant de l' Ecole-Royale^ M ilùtaire / et Caron de Beaumarchais , secrétaire du Roi f sommes convenus et d^ accord de ce qui suit.
Ainsi M. Duverney , qui a bien examiné , débattu , signé ^ daté cet arrêté de compte, déclare ici d'avance qu'on doit ajouter foi S tout ce qui va suivre. Nous sommes com^enus et d^ accord de ce qui suit : de sorte que, si ce qui suit n'est qu'une ineptie d'im bout à l'autre, nous étions, lui et moi , deux imbécilles ; et si c'est une fourberie, nous en étions également complices , et nous nous donnions la torture inutilement pour arracher un jour au comte Falcoz i5 mille francs sur son legs de i5 cent mille livres , ce qui eût pu se faire d'un trait de plunle ; et il n'y a rien de si probable que toutes ces conjectures-là.
Article premier.
Les comptes respectifs que nous avons à régler ensemble depuis long-tewps , bien eocauii^ nés , débattus et constatés y moi Duverney , je reconnais que toutes les pièces justificatives de V emploi de divers fonds à moi ^ qui ont passé
par les mains de mondit sieur de Beauman^ chais f sont claires et bonnes*
Arrêtons-nous un peu sur ces mots : de Pent" -ploide dii^ers fonds a moi y qui ont passé par les mains de mondit sieur de Beaumarchais ; parce qu^ils exposent clairement que les fonds y dont il s'agit ici ^ ne m'ont jamais été prêtés ; qulls me sont absolument étrangers; et qu'ils n'ont pas dû entrer dans Fétat des sommes pour lesquelles il va exister un compte entre M. Duvemey et moi f que je ne suis qu'un tiers ^ un ami qui rend service y et par les mains duquel ces fondii ont passé pour ses affaires y et qu'il suffit^ pour Tapu*rement de cet article y que M. Duvemey s'explique aussi nettement qu'il le fait dans les phrases qui suivent :
Je reconnais qu^il ( M. de Beaumarchais ) m'a remis aujourd^ hui tous les titres , papiers y reçus y comptes et missives relatifs à ces fonds ; et je
hE TIENS QUITTE DE TOUT A CET EGARD ENVERS MOI :
à Feacception des pièces importantes sous les IS** 5, g et 62 y qui manquent à la liasse; etqi/il s' oblige de me rendre en mains propres ( c'est-àdire à moi-même et non a d'autres ) le plus tôt qv^il pourra ; et en cas cT impossibilité , de les brûler si-tôt qv^iL les aura recouvrées.
L'ordre exprès de brûler les trois pièces importantes qui manquent â la liasse sous les N*' 5 ^
9 et 62 ^ en cas de mort^ indique assez qu^elles n'étaient point de nature à faire jamais rentrer d'argent k M. Duverney ; comme son légataire universel voudrait le faire entendre. Loin que M. Duverney eût alors exigé qu'on les brûlât , en cas d'impossibilité de les recouvrer de son vivant; il les aurait^ au contraire^ spécifiées; il en aurait ordonné l'emploi à sa fantaisie.
Le mot , rendre en mains propres eu brûler , démontre tout seul que ces pièces n'étaient que des papiers dont Timport^ce consistait à rester à jamais inconnus ; et je les aurais aujourd'hui , que je ne croirai^ pouvoir ^ sans manquer k la parole exigée y k la religion du secret ^ les montrer k personne. Je devrais les brûler comme je m'y suis engagé. Personne au monde ne peut représenter M. Duverney k cet égard.
Ainsi lorsque lui , que cet article intéresse tout seul, lui qui a reconnu , daté ^ signé cet acte ; lui qui savait bien de quelles affaires secrettes et personnelles k lui il s'agissait dans cet article premier , vous dit que les pièces justijicati\f€S qu'on lui remet sont claires et bonnes y et qu'il me tient quitte de tout à cet égard; toutes les clameurs du monde ne pourront jamais faire naître sur son contenu le plus léger soupçon d'infidélité, de dol, de fraude ou de lésion. Et c'est
^a MÉMOIRES.
ce que le texie prouve aussi clairement que le commentaire.
Je reconnais qu^il ( M. de Beaumarchais ) m^a ^emis aujourd'hui tous mes billets au porteur , piontant ensemble à la somme de cent soixante mille livres , dont il n^ a fait qu^un usage discret , duquel je suis content.
Si j^eusse formé le dessein d'abuser de Famiiié, de la confiance de M. Duverney : qui m'empêchait de rester comme j'étais? Je n'avais qu'à ne point compter, et garder ces i6o mille livres de billets au porteur, que j'avais depuis six ans dans mon portefeuille : il faudrait me les payer aujourd'hui. La seule action d'avoir sollicité l'occasion de les remettre, et celle de les avoir remis purement et simplement , sans les faire entrer dans notre conapte , ne met-çlle pas en évidence que l'esprit d'ordre et de justice en a balancé tous les articles ?
Si vous m'opposez que je cherche à me donner \m mérite que je n'ai point; parce que M. Duverney n'eût pas souffert, en arrêtant nos comptes, que ces billets restassent en mon pouvoir, ou que je les fisse entrer dans mon actif auquel ils n'appartcûaient pas ; enteudez-vous donc^ Monsieur ;
car , ou j'ai pu les faire entrer dans mon aciif , et je ne Tai pas fiait ; et alors je ne suis pas rbomme injuste que vous inculpez ; ou bien je ne les ai pas fait entrer dans mon actif, parce que M. Duverney , en comptant avec moi, ne Ta pas souffert ; alors ne rejetez donc pas comme illusoire un arrêté de compte où chacim a si bien débattu ses intérêts. .
Et vous prétendez qu'il y a contradiction entre mes écrits , parce que , dans la narration d'un fait arrivé en 1764, j'expose que M. Duvemey m'a confié pour deux cent mille francs de ses billets au porteur, pour augmenter ma consistance personnelle en Espagne, par un crédit de celte étendue sur lui; et que , dans un arrêté de compte fait en 1 770 , je ne lui remets que cent soixante mille francs de billets au porteur qui me restaient a lui.
Pour vous tranquilliser sur le trouble d'esprit qui, selon vous, m'a fait faire cette contradiction , je ne veux que vous rappeler deux plu^ases d'un détail historique et succinct de toute l'affaire , qui fut lu à votre conseil assemblé le
novembre 1770, par M* Mommet , mon notaire; détail qui , pendant le travail du rapporteur Goëzman , lui a été présenté par un homme digne de ici en ijj5; dans lequel il est dit , page 2 :
E^n I ^64 f je fus en Espagne.^:,.M^ Duverney
me remit en partant pour 200 mille livres de ses billets au porteur, avec offre de tout son crédit^ afin que je me présentasse armé de moyens con^ nus et d'un crédit fondé.
De deux cent mille francs de billets au por^ teur de M. de Duverney , il m^en restait pour cent soixante mille livres entre mes mains , lors de notre arrêté de compte , ci . • 1 60,000 liv.
Ce n'est donc ni par contradiction, ni par trouble d'esprit, que j'ai imprimé, en 1774» <1^^ M. Duvemey m'avait prêté pour deux cent mille francs de billets en 1764 , quoique l'acte de 1770 ne porte que la reddition de cent soixante mille francs ; mais uniquement parce que les quarante mille francs avaient été employés pour les affaires de M. Duvemey; mais uniquement parce que ces deux faits sont la vérité , que j'ai dite en tout temps sans jamais l'altérer; quoiqu'elle vous soit quelquefois désagréable , et qu'en particulier celle-ci fût étrangère à notre contestation.
Et cette remise de cent soixante mille francs de billets qui vous parait contradictoire^ M. Duvemey a reconnu , daté , signé , qu'elle était exacte et juste ; il a reconnu que je n'avais fait qu'un usage discret de ces billets , dont il était content : et cet usage discret, qui vous parait si burlesque y fut prouvé solidement, en ce que; n*y .ayant aucun aval de moi derrière ces billets f
M. Duverney vit bien que je ne m^en étais point servi pour mes besoins personnels , et qu'ils n'étaieot jamais sortis de mon portefeuille. Avançons. Je voudrais^ brûler la carrière , et je sens que je laboure.
Article III.
Distmction faite des fonds ci^dessus, ai^ec les sommes que f ai personnellement prêtées à mondit sieur de Beaumarchais^ soit sans reçus ^ soit avec reçus y ou billets faits à moi ou à un tiers pour moi, je "vois qu'il me doit , y compris le contrat à quatre pour cent , passé chez De-voulges (^des payements faits à la veuve Pane tier ' etVahhéHémar, pour V acquisiton de sa charge de Secrétaire du Roi) , que f ai de lui, et tous les arrérages dudit contrat jusqu'à ce jour, la somme de cent trente neuf mille livres ; sur çuoi • • • •
C'est ici que commence Tarrêté de compte entre M. Duverney et ijioi.
Que dit à tout cela le comte Falcoz?
Que ma dette de i Sg mille livres est un vrai galimatias employé avec ajfectation par moi ; et huit lignes plus bas , que cet article est plein du trouble qui m'agitait en l'écrivant : ainsi , selon le comte de la Blache , j'étais à la fois assez
troublé pour faire un galimatias sans le a)Ois^ loir , et assez réjlëchi pour faire ce galimatias ai^ec affectation. Puissamment raisonné !
Mais enfin ,• qu'entendez-Tous par cet excellent raisonnement ? Entendez-vous que je devais plus ou que je devais moins que cent trente-neuf mille livres? Car vous qui parlez de galimatias , vous êtes si clair dans vos observations , qu'oa ne sait jamais trop bien ce que vous voulez.
Est-ce plus que je. devais : Fournissez vos titres : prouvez , et je tiens compte à Tinstant de ce plus.
Devais-je moins ? Quel intérêt avais-je à mettre plus ? Dans mon affectation réfléchie que vous nommez aussi trouble d'esprit , ne pouvais-je pas également retrancher de cinquantesix raille livres , des sommes imaginaires ^ pour tomber juste à ces malheureux quinze mille francs ? Mais enfin c'est à vous encore h prouver que M, Duverney ne m'a jamais prêté que cin-f k quante-six mille livres. te
Je sens bien votre embarras ; cela est dur à L dire, parce que cela contredirait les criis que fc vous ne cessez de faire contre moi , sur les som- Js mes immenses que j'ai coûtées , dites-vous , K}g votre bienfaiteur. •. ' i-
Parce que cela contredirait surtout les preuve^' g que je puis donner de quarante-quatre mille>-
[rancs de reçus ^ ou billets entre ses mains , pour de l'argent dont il m'avait aidé dans Fac- ^isition d'une maison ^ et tous voilà dans Tétroit défile de ne savoir aujourd'hui si vous devez contrarier cet article de cent trente-neuf mille livres en plus ou en moins : à bon compte vous le contrariez toujours , sauf à faire un choix quand je vous forcerai de motiver vos imputations : mais alors , comme nous serons deux ^ il faudra être conséquent , c'est-à-dire , avouer que vous ne saviez au vrai ce que vous vouliez dire sur cet article : mais seulement que vous en Youliez beaucoup à cet article.
Pendant que nous sommes à pâlir ^ à sécher sur ces cent trente-neuf mille livres , anéantissons une autre prétention du comte de la Blache qui soutient que je lui dois les arrérages et capitaux des contrats existants entre ses mains , et qu'ils ne sont point entrés dans ma dette énoncée au total cent trente-neuf mille francs : c'est l'affaire de deux petites questions et d'un peu d'ennui pour le lecteur.
Avez-vous , monsieur le comte , un seul contrat d'argent qui m'ait été prêté par M. Duverney, et passé chez Devouliges, notaire, pour aucun autre emploi que les paiements faits à la veuçe Paneticret Vabhé Ilémary spécifiés dans Tarticle III ? Celui-là , j'avouerai que je le dois^
et qu'il n'est point entré daijs les cent trenteneuf mille francs.
Avez-Yous un contrat qui renferme en commua les paiements faits à Ut veui^e Panetier et à Vahhé Hémar, dans un seul et même acte? En ce cas je paierai tous les autres dont tous me prétendez débiteur.
Mais si 9 en examinant les contrats que voua avez y on trouve qu'ils sont uniquement composés des paiements faits à ces deux créanciers de ma charge , et non d^un antre emploi ; et si aucun de ces contrats ne contient im paiement commun k ces deux créanciers de ma charge ^ il faudra bien y malgré vous y me permettre de raisonner ainsi.
Dans l'article III de l'acte du premier avril y il est spécifié que portion des cent trente-neuf mille francs , se compose des paiements faits à la n)eu\^e Panetier : donc les soinmcs prêtées pour . les paiements de la a^euue, sont entrées dans les cent trente-neuf mille francs.
Dans cet article III il est spécifié^ que portion des cent trente-neuf mille francs se compose du paiement fait à V abbé Hémar : donc Targent* prêté pour faire le paiement de l'abbé y est entré dans les cent trente-neuf mille francs.
Aucun de ces contrats ne contient un paiement fait en commun à la veuve et à l^ abbé y seuls
créanciers de ma charge ; donc les divers contrats qui attestent les paiements particuliers faits k Tun ou Fautre ^ sont tous entrés dans la dette de cent trente-neuf mille livres.
Donc toutes les sonmies avancées k Beaumarchais pour faire les payements de la veui^e Pa^ netier et de Vabhé Hémar , relatifs à sa charge de secrétaire du roi y et spécifiés dans Tarticle III, font partie de la créance de iSq mille francs.
Donc y si Bésiumarchais a payé i Sq mille francs k M. Duverney , il s'est entièrement acquitté envers lui de tout ce qui est relatif aux titres et contrats de ces payements que le comte de Ja Bkcbe lui présente aujourd'hui.
Donc , si M. Duverney a reconnu , daté et ji^^ Facte qui porte cet acquittement général, le comte de la Blache n'a plus rien à demander à Beaumarchais à cet égard.
Donc y si tout cela est fort ennuyeux , monsieur le comte ! il fout au moins convenir que tout cela est fort clair.
Pour couler a fond cet article, voyons en effet t\ «i , lorsque j'ai payé iSq mille francs , M. Diiiil verney me reconnaît quitte de tout envers lui. Après avoir déclaré dans cet article III , que la somme de i Sg mille francs compose la masse 7(1 de ma dette envers lui , M. Duverney passe à \\ Texamen des sommes avec lesquelles j'entends
8o MÉMOIRES. f
m^acquîilcr de ces iSq mille francs; et, d'ajirèd renoncé graduel et clair de tous mes acquitte-' ments , à la fin de l'article Vlll (i) , il conclut ainsi : il résulte que mondit sieur de Beautnar^ chais m^a payé 237 mille francs , ce qui passe sa dette , de 98 mille libres.
Or , si en déduisant 98,000 de 237,000, oïl trouve que la différence des deux sommes est 139,000; il faudra bien conclure avec M. Du-^ vcrney , que ma dette totale était de 1 39 mille fr# ,. et non d'une autre somme ou moindre, ou plus forte.
Et si on lit ensuite dans le même arfêté de compte , à la fin de Tarlicle XI (2) , ces parole» très - expressives de M. Duverney : au moyen desquelles clauses ci-dessus énoncées , etc. , je reconnais mondit sieur de Beaumarchais quitte de tout envers moi : on avouera que M. Duverney n'aurait pas dit qu'il me reconnaissait quitte de tout envers lui^ si je fusse resté son débiteur d'une somme quelconque au-delà des 139 mille livres que je venais d'acquitter, et dont il avait déclaré à l'article 111 , que toute sa créance sur moi se composait : et cette nouvelle
(i ) Voyez rarrélë de compte à la fin de ce Mémoire. (2) Idem.
k E M 0 I il ï: s. 8i
preuve me paraît répandre une merveilleuse clarté sur les précédentes^
Et si dans. un autre article de cet arrêté, M* Duverney s'exprime ainsi t pour faire la balance juste de notre compte , je me reconnais son débiteur de la somme de 23 mille livres , que je lui paierai à sa volonté , sans qu^il soit besoin d^ autre titre que le présent engagement ; on conviendra sans peine que , si j'eusse dû à M. Duverney quelque chose au-delà des 109 mille francs *,ue je veftitis d'acquitter , il ne déclarerait pas, après m'avoir reconnu quitte de tout envers lui y qu'il est mon débiteur en fin de compte d'une somme de aS mille livrés. Et cette dernière preuve ajoutée à toutes les autres, me paraît ne laisser aucun doute sur là netteté de ma dette totale, "naon tant à iSg mille livres, et non ii une somme ou plus modique , ou plus forte : ce qu'il fallait démontrer.
Et tout cela parut si exact et si juste à M. Duverney , qu'après avoir gardé trois jours les deux doubles du compte , il m'en renvoya un daté et signé de lui , n'en déplaise au comte Falcoz de la Blache , que tout cela met au désespoir. Et millions d'excuses demandées au lecteur , que j6 promène à travers un Mémoire hérissé de chiffres, comme une lande est fourrée de bruyères ; je sens que l'aridité de cette discussion doit prodigieu-»
Mémoires. IL 6
seo^ent le dégoûter de moi : malheureusement c'est un travail inévitable*
Article IV.
L'article III finit, comme on Ta vu, par ces mots :je vois que M. de Beaumarchais me doit 159 mille francs : sur. quoi ( c'est-à-dire sur laquelle somme ) ; et l'article IV commence par ceux-ci : je reconnais et reçois ma^ quittance du ^27 août 1761 , de la somme de vingt mille francs.*..* Plus j je reconnais m,a quittance du
16 juillet 1765, de dioc-huit mille francs
plus p celle de neuf mille cinq cents lii^res , du j4 août 1766.
Diaprés un exposé si clair ^ peut-on s'empêcher d'admirer Ja sagacité , la vue de lynx de mon ad- ;versaire, qui découvre dans la première quittance de vingt mille livres un double emploi, une erreur insidieuse, une donation obscure, un bienfait détourné, un dol, une lésion, une fraude énorrais- $ime, etc ? Car tout cela est entré dans ses plài- <J.Qy.ers : et pourquoi ce train ? Parce que mon ' hiltet au porteur , sur lequel ces vingt mille ^ francs m'avaient été prêtés , ayant été égaré par M.Duverney ;dansla crainte qu'il n'ait été volé et ^ qu'on ne vienne me le représenter un jour à payer ■ une seconde fois ; après ces mots : je recormaii '^
If
une quittancé de pareille somme , soit spécifié dans Farrêté par sa forme au porteur j sa date du 19 août ij6j f et sa somme de 20 mille francs?
Si quelqu^un avait pris ce billet à M. DuTerney ; si vous Faviez retrouvé vous - même dans les papiers de votre bienfaiteur ; enfin , si on venait un jour me le présenter au payement ; comment prouverais -je, sans cet énoncé exact , que ce billet est le même qui a été détruit et annulé par Tacte, comme étant acquitté ?
M. de Beaumarchais me doit au total 1 5g mille livres : sur quoi je reconnais et reçois ma quit^ tance de olo mille livres , etc. Voilà le texte* Voyons donc si nous avons autant déraisonné ^ M. Duyerney et moi , que son légataire universel , plus grand clerc que nous deux , voudrait le faire entendre; et prenons , pour exemple, ce prétendu double emploi de 20 mille livres, qu'il a retourné de tant de façons dans ses écrits.
Voici comment nous procédions. Chaque fois que M. Duverney me remettait une somme pu pour ses affaires , ou pour les miennes ; il la couchait sur son bordereau , et moi sur le mien , soit
qu*il en retirât un reçu ou non : comme cela se î
î pratique. '-
A rinstant de faire notre compte général , )=
M. Duverney me dit .-commençons par distinguer ^
Targent que vous avez touché pour mes a&ûreé ^ F
et reçois ma quittance du 2j août 1761, c?e la somme de vingt mille francs ; M. Duverney ajoute ceux-ci : que je lui aidais remis spR son billet au porteur f en date du ig août précédent ^ et qiùil m^a rendus sans en ai^irfait usage y lequel billet au porteur s'est égaré dans mes papiers alors , sans que je sache ce qu'il est devenu ; mais que je m! engage de lui rendre, ou indem^ nité , en cas de présentation au payement: ce qui est de toute justice.
Où donc est le double emploi , je vous prie ? Quand un débiteur compte avec un créancier , auquel il a fait des payements partiels en divers temps ; comment solde-t*il ? N'est-ce pas en ai> gent ou quittances ? ^
Et puisque je fournis en acquittement à M. Duverney, sur le total de ma dette de iSg mille livres, sa quittance de :io mille livres , qui prouve que je les lui ai bien payées , n'est-il pas juste qu'il la reçoive à compte ?
Et n'est- il pas juste aussi que mon billet au porteur , c'est-à-dire, mon billet à Monsieur...*. (enblanc), qui est le titre du prêt de 20 mille fr., me soit remis avec tous les autres reçus ^ billets ^ contrats y etc ?
El si celui qui doit me rendre ce billet, m'annonce qu'il ne le pourra , parce qu'il l'a égaré ; B'eôt-il pas juste encore que ce billet balancé par
eTidemment que c'est sur les iSg mille francs qu'on va imputer les trois quittances suivantes , et les mots plus et plus ne prouvent-ils pas , sans réplique, que la première quittance est absolument de même nature que les deux autres. D'où il est plus clair que le jour que la quittance de vingt mille francs , plus ancienne en date , est là comme premier objet de libération sur les i59 mille livres; et l'énoncé de mon billet au porteur spécifié par sa somme y sa formule et sa date y comme simple précaution contre l'avenir , parce que ce billet est égaré.
Il est donc évident que les 20 mille francs qui sont entrés , par le prêt qu'on m'en a fait , dans mon passif i3g mille livres , repassent dans mon actif par celte quittance ; et c'est si bien l'esprit de l'acte en entier, que la même forme y est partout observée.
Témoin les 7 5 mille livres passées d'abord à mon actif, article VI, comme étant avancées par moi dans l'afÊiire des bois de Touraine , et rentrées dans celui M. Duvemey, article lX(i), par la cession qu'il me fait de tout l'intérêt des bois.
Témoin les 8 mille francs d'intérêts de ces 75 milles livres , passés à mon actif dans cet
(i) Yérifiez toutes ces citations dans l'acte à la fia du Mémoire.
MÉMOIRES. ij
article IX , par la promesse que M. Duvemey me fait de me les payer , et rentrés dans le sien^ par le refus que \e fais de ces ô mille francs à rarticleXVJ (i>
On perd patience à expliquer des choses si lumineusfes : les commenter , c'est les affaiblir ; les disputer, c'est nier Tévidence; c'est oublier que rhomme qui a reconnu , daté et signe ce compte 9 est M. Duvemey, Tundes plus éclairés citoyens du siècle.
Je ne dois pas omettre ici que les deux quittances de 18 mille livres et de g^Soo livres qui suivent celle de 20 mille livres, n'ont jatnais été contestées ( avant l'arrêt) ; et qu'ainsi ce qu'on en a dit depuis , né signifie rieti pour ou contre la cassation de cet arrêt.
Article V.
Plus y je reçois en payement la défalcation de la rente annuelle viagère de six mille Hures > que fai dû fournir à mondit sieur de Beaumar-chais y aux ternies de notre contrat, en brevet^ passé chez Deuoulges le 8 juillet 1761 .-lesquels arrérages n^ont été fournis que jusqu^en fuillet
(1) Yérifiez toutes ces citations dans l'acte à la fin da Mémoire..
1 763 , {à cause de plus fortes sommes que je lui ai prêtées alors ) , et guise montent aujourd'hui à quarante six mille cinq cents livres.
Sur ce chef, mon afdversaire , aussi juste dans ses conséquences qu'honnête dans ses principes, a toujours raisonné ainsi : a Cet article présente » un contrat en brevet de six mille livres de rente w viagère au capital de 60 toille francs; donc, ce » contrat en brevet n'est pas un contrat : c^est » une donation ; et puisque ce contrat , qui est » une donation , est fait en brevet , celte donation » est nulle. » Admirable !
Mais pourquoi ne donne-t-il pas à ce contrat quelque nom plus bizarre encore? Dès qu'il ne a'agit pour lui que de ne pas voir ce qui est écrit, et de voir ce qui n'est pas écrit; dès que renoncé le plus exact et le plus clair ne l'arrête pas dans ses honnêtes conjectures , il aurait aussi bonne grâce dans une supposition que dans Tautre.
Il va plus loin dans son nouveau Mémoire : et nous relèverons ses beaux raisonnements à l'article VIII , en traitant du capital de cette rente.
Il suffit ici de faire remarquer au lecteur le puérile étonnement du comte Joseph, qui ne peut concevoir comment^ ayant 60 mille francs placés ii dix pour cent sur M. Duverney ^ en attendant
qvrîl me les plaçât à trente dans les vivres de riaudre , je ne me fesais pas rendre ce capital , plutôt que d'emprunter d'autres sommes à M. Duverney, qui mç les prêtait a quatre pour cent 9 et quelquefois sans intérêts : cela est en effet si difficile a concevoir, pour le raisonneur, qu'il aime mieux user deux grandes pages à débattre sa puérile observation , que de reconnaître la simplicité d'une marche aussi naturelle.
Serait-ce sur les arrérages de la rente qu'il voudrait que j'eusse fait porter cette absurde compensation ? C'est encore pis. C'est vouloir qu'au lieu d'emprunter de l'argent dont j'avais besoin , j'eusse exigé des arrérages qui ne m'étaient pas dus ; puisque cet argent me fut prêté ea 1761 , et qu'aux termes de l'acte , les arrérages de la rente m'avaient été payés jusqu'en 1762. La seule chose raisonnable était de cesser de payer les arrérages de la rente , pour les défalquer un jour en comptant, sur ces prêts d'argent; et c'est précisément ce que nous avons fait.
Il faut qu'un avocat ait bien peu de choses à dire , pour enfler son Mémoire de pareilles inepties ! ou plutôt j'imagine voir le comte de la Blache qui vient le presser, le harceler pour eu obtenir un Mémoire. — Eh mais où sont vos litres , lui dit l'avocat ? Vous ne me fournissez que des allégations ! — Eh bien;^ faites-les valoir. —
Cp MÉMOIRES.
Cela vous est bien aisé à dire» — Mon ancien défenseur m^auraitfait vingt Mémoires là-dessus^ lui ! Il a bien trouvé le moyen de me fciire gagner ce procès au Parlement de 177 1, en avril 1775* — Cela se peut , monsieur le comte ; mais noua sommes , en novembre 1774 9 ^^ conseil du roi ; et c'est bien différent : on n'y débat que la forme des arrêts sans les entamer au fond. Enfm , pour plaire k son client, l'avocat, forcé de parler, a dit les belles raisons que je viens de relever, et plusieurs autres que je relèverai encore.
Article VI.
Plus , je me reconnais débiteur de mondit sieur de Beaumarchais, de la somme de soixante-quinze mille libres, pour les fonds qu^ila mis dans t affaire des bois de la haute foret de Chinon^ où il est intéressé pour un tiers , dans lequel fe me suis associé avec lui pour les trois quarts y as^ec enga-^ gement défaire ses fonds et les miens ,auoc termes de notre traité de société du 16 avril 1767 ; les-quels fonds je n^ai point faits , mais bien lui.
De la part du légataire universel , c'est toujours la même logique. Il dit : « Un traité de société » est ici spécifié dans l'acte; donc, ce traité de )) société n'a jamais existé- » Point d'autres raisons ; jamais d'autres preuves : et il appelle cela des défenses !
On se persuade aisément que des défenses de cette nature ne sont qu un prétexte pour dire beaucoup d'injures à celui qu'on hait depuis long-temps comme un amant aime sa mattressem
Dans la première partie de cet écrit, j'ai prévenu rapidement que M. Duverney s'était engagé envers mes augustes protecteurs , d augmenter ma fortune. Si , d'exposer de nouveau tout ce qui servit à fonder cet arrêté de compte , est un his- I torique étranger à la cause que je défends aujourd'hui, il ne Test point au fond du procès; il ne l'est point a l'opinion publique. Les honnêtes gens surtout me sauront gré de n'avoir voulu rien laisser d'obscur sur cette partie de ma vie si odieusement attaquée ; après en avoir autant éclairé le reste.
Forcé de rappeler d'honorables bienfaits , comme premiers chaînons des événements qui ont amené cette horrible affaire; au moins mon cœur y gagnera de faire éclater sans indiscrétion , après douze ans de silence , une reconnaissance que le seul respect a pu renfermer si long- temps dans moi-même.
Oui , je le dis , et mes amis savent bien que je le dis sans regret , je devrais être un des plus riches particuliers de mon état; et, sans le malheur opiniâtre qui m'a toujours poursuivi ; je le serais sans doute.
9a MEMOIRES.
O monsieur Duvcrney I vous l'aviez promis ; solemnellement promis , à Monsieur le dauphin^ à Madame la dauphine, père et mère du roi> aux quatre princesses , tantes du roi ; devant toute la France , à TEcole Militaire , la première fois que la famille royale y vint voir exercer la jeune noblesse, y vint accepter une collation somptueuse, et faire pleurer de joie à quatre-vingts ans le plus respectable vieillard.
O rheurcux jeune homme que j'étais alors ! Ce grand citoyen , dans le ravissement de voir enfin ses maîtres honorer le plus utile établissement , de leur présence , après neuf ans d'une attente vaine etdouloureuse, m'embrassa les yeux pleins de larmes, en disant tout haut: cela suffît, cela suffit , mon enfant ; je vous aimais bien , désormais je vous regarderai comme mon fils : oui je remplirai rengagement que je viens de prendre , ou la mort m'en ôlera les moyens.
J'ai dit qu'il m^avait procuré quelques petits intérêts qui , changés en argent et gardés par ' lui-même en attendant le renouvellement du traité des vivres , me formaient sur lui une rente viagère de six mille francs au principal de soixante mille livres.
La compagnie des vivres s'élant renouvelée i mus qu'il pût m'y faire entrer ; dans la crainte " qu'on ne l'accusât d avoir manqué de chaleur
en cette occasion , il avait imaginé d'acquitter , d'un seul coup , ses promesses , en me prêtant cinq cent mille francs pour acheter une charge que je devais lui rembourser à Taise , sur le produit des intérêts qu'il me promettait dans de grandes entreprises.
On voit que je dis tout , et que ma gratitude est franche , autant que ses procédés furent généreux. Eh ! pourquoi le cacherais-je ? il fallait bien que cela fût ainsi ! Aurais- je accepté , sans cet espoir , un prêt de cette importance ? il n'en fallait pas tant pour me ruiner !
Mais l'affaire , quoique consommée , ayant été rompue par des événements dont le récit est plus essentiel au roman philosophique de ma vie, qu'à 1 histoire ennuyeuse de mon procès; au bout de six mois j'avais reperdu mes espérances , il avait retrouvé ses fonds , et tout était rentré dans l'ordre accoutumé.
Cinquante-six mille francs seulement, restés k lui sur ma charge de secrétaire du roi, en augmentant un peu mon état, diminuaient encore mon aisance , puisque je lui payais quatre pour cent d'un argent qui m'en rapportait h peine trois.
Il m'avait encore prêté depuis , sur de simples reçus , quarante-quatre mille francs , pour m'aider dans l'acquisition d'une maison. Mais payer le loyer d'un logement ou ^intérêt de l'argent
qui me l'avait acquis , cela revenait au même : on sent que je n'en étais pas plus riche. D'ailleurs cet argent n'était pour moi qu'une espèce d'avance des six mille francs d'arrérages de ma rente viagère , que je n'ai plus exigés depuis , à cause de ces prêts d'argent qui les avaient absorbés pour long-temps.
Il m'avait confié pour deux cent mille francs de ses billets au porteur en 1 764 , lorsque je fus en Espagne : mais c'était à condition que je n'en ferais aucun autre usage que de les déposer en cas d'affaire majeure , pour augmenter ma consistance , par un crédit de cette étendue sur lui.
Tout cela méritait bien de ma part un dévouement parfait à ses intérêts ,• mais tout cela n'augmentait ni n'assurait ma fortune : il le sentait, il avait la générosité de s'en affliger, et ne se croyait point quitte envers moi ; quoique ma reconnaissance envers lui fût sans bornes.
Enfin , voyant son crc dit sur les afi'aires générales à peu près tombé en 1766, il me pressa de former une compagnie , pour acquérir , sur le roi , deux mille arpents dans la forêt de Chî- «on , et de me réserver un tiers dans l'entre* prise.
Le tiers d'intérêt dans une affairequiexigeeitplus de cinq ou six cent mille francs d'avance I à moi qui vivais modestement de mes revenus , et qui
ne pouvais détourner un sou de mon capital , sans me couper absolument les vivres ! on s.ent bien que cela ne pouvait me convenir , a moins qu'un fort capitaliste ne se joignît à moi. C'est ce que fit M. Duverney.
Par un traité de société particulier entre nous deux^ il prit trois quarts dans mon tiers ^ à la charge de faire ses fonds et les miens ; ce qui me laissait , pour mon travail y un douzième sans fonds dans les bénéfices de Taffaire. Voilà l'époque et le fondement de notre association sur les bois de Touraine.
On peut encore se rappeler qu'en 17G5, de la vente d'une charge a moi, j'avais touché soixantedix mille livres, et que , de cet argent, je lui avais remboursé dix-huit mille livres , et neuf mille cinq cents livres qui avaient produit deux des trois quittances dont il s'est agi plus haut dans l'acte ; enfin que j'avais jeté le reste de mes fonds dans Taffaire commune.
Depuis, avantageusement marié, je continuai de verser de l'argent dans cette affaire , avec d'autant plus de facilité que j'avais deux garants; l'entreprise qui m'en repondait , et M. Duverney , pour qui je payais ; ce qui m'acquittait d autant envers lui.
Voilà comment, en 1770, je lui offris en acquittement, ma mise de fonds dans cette en-
treprîse , montant à quatre-vingt-trois mille fr. en capitaux et intérêts ; ce qui forma les articles VI et VU de notre arrêté , dont je yiens d'établir encore une fois le fondement.
Et de tout ce que j'ai dit ^ il en existe plus de preuves morales , physiques et publiques , qu'il n'en faut pour convaincre et persuader tout ce qui n'est pas le légataire de M. Duvemey. Lettres et reconmaandations bien respectables , grande notoriété d'événements , contrat existant de cinq cent mille francs, certificat dun dépôt de cent mille livres, charge de secrétaire du roi, maisoB acquise , charge à moi vendue soixante-dix mille francs, récépissés de la caisse de ma compagnie pour quatre-vingt-trois mille livres , ect. etc. etc.
Et le comte Falcoz de la Blache ne veut pas qu'il soit résulté de tout cela un arrêté de compte entre M. Duverney et moi , dont le reliquat aille à quinze mille livres ! 11 m'intente un procès atroce pour éluder de me les payer ! Et ce procèsi il le soutiendra sans preuves jusqu'à extinction de poumons ! Il ira jusqu'à déshonorer , s'il le faut , le jugement de son bienfaiteur , plutôt que d'en avoir le démenti ! Et cet homme était un parent éloigné de M. Duverney , qui lui a laissé toute sa fortune ! Et ce riche légataire jouit k présent de plus de deux cent mille livres de rente ! Et il en aiu*ait encore douze mille de plus^
M ÈTM O I R E s. ô7
s'il eût pu faire signer h. son bienfaiteur mourant , un acte arrangé pour les enlever à sa respectable mère , qui les tenait de M. Duvemey son oncle I Efil en aurait douze mille de moins , s'il n'eût pas constamment empêché M. Duverney de faire le moindre bien ^ son propre frè/e f gentilhomme aussi considéré que mon adversaire est reconnu avide I Et M. Duverney me disait quelquefois : En laissant tout mon bien à Fàicoz, que fai créé y avancé , marié y enrichi ; je crois donner un soutien , un père à tous mes parents ••^* Rouvrez les yeux , s'il se peut , malheureux testateur ! voyez ce père , et ce soutieil de vos parents , les chicaner , lés plaider , tous Vn\x après l'autre, sur les moindres objets qu'il n'a pu leur ôter entièrement. Je ne suis pas le trentième qu'il ait voulu dépouiller. O honte ! Et l'on est étonné que l'indignation s'empare de moi quelquefois ! J'en demande bien pardon aux magistrats , aux lecteurs, au public ; au vicomte ie la Blache , à la marquise sa mère, à toute cette famille respectable : mais au comte Falcoz... Ahl je sens que cela m'est impossible.
Article VII.
Toujours M. Duverney qui parle.
Plus je me reconnais son débiteur de la
Mémoires. II • 7
somme de huit mille liç^res , pour les intérêts des soixante-quinze mille lii^res , ainsi que je con^ viens de les porter.
La manière dont mon adversaire a^rétendu détruire ces intérêts^ a été de faire plaider partout^ qu'ils étaient encore plus chimériques que les capitaux ; puisqu'à Fépoque deParrété décompte^ je n'ayais pas fait, dit-il , vingt-mille livres défends dans TafTaire des bois de Touraine.
£t ma réplique y à moi y c'est un relevé des divers inventaires de ma c(Hnpagnie y et autres titres y comme récépissés de caisse , quittances du comptable y etc. par lesquels il est prouvé qu'à répoque de cet îirrêté , j'avais Ésiit quatrcr vingt-trois mille livres.de fonds en capitaux et intérêts dans cette a£Faire. Toujours des allégations sans preuve de sa part y toujours des titres de la mienne. On voit que nous marchons sur deux lignes bien différentes ; mais il le faut ainsi y puisque nous soutenons des propositions aussi diverses.
Article VIII.
Plus y comme f exige qu^il ( M. de Beaumarchais ) me rende la grosse du contrat de six mille Hures viagères qu^il a de moi , quoique il ; ne dût me le remettre que dans le cas où je
ferais quelque chose pour lui ; ce que je n^ ai pu s et que f en reçois le fonds en quittance de la somme de soixante mille francs aux termes dudit contrat; il résulte que mondit sieur de Beaumarchais m^a payé deux cent trente-sept mille livres ; ce qui passe sa dette de quatre^ n^ingt-^dix'huit mille francs»
M. Duveniey , ne pouvant exiger l'extinctioa de cette rente onéreuse , que dans le cas où il m'en placerait avantageusement le capital dans les vivres ou autre entreprise lucrative , et cet ami n'ayant pu remplir ses engagements ; on sent que je lui donnais une marque de respect et d'attachement, en consentant que cette rente s'éteignit^ et que les soixante mille francs qui la fondaient , fissent partie de mon acquittement envers lui.
A la vérité ce placement à dix pour cent en viager , était une faveur qu'à mon âge, je n'aurais pu me flatter d'obtenir de personne : mais , reconnaissance à part, ne pouvais-je pas garder celte rente viagère ?
Sur cent trente-neuf mille livres que je devais, je venais d'en payer quarante-sept mille cinq cents en trois quittances , ce" qui réduisait ma dette à quatre-vingt-onze mille cinq cents livres.
Les arrérages de ce contrat non payés depuisprès de huit ans , accumulés à quarante-six mille
lOO MÉMOIRES.
cinq cents livres , réduisaient encore ma dette à quarante-quatre mille cinq cents livres.
Et cette somme, jepouvais^la défalquer sur celle de soixante-quinze mille livres que j'avais avancées dans l'entreprise des bois de Touraine , et qu'il devait me rembourser.
Mais il voulait que le contrat fut rendu : le respect m'y a fait consentir : la rente à dix pour cent s'est éteinte : et je n'ai en échange qu'un affreux procès contre son légataire universel.
11 est vrai que mon adversaire me reproche que le contrat , qui a été déclajcéfait en breuet , dans l'article V , est ensuite appelé grosse , à cet article VIII : et sur ce seul mot de grosse y il court s'armer d'un certificat du successeur de De^oulges , notaire , pour nous prouver que la minute de ce contrat que nous lui avons bien déclaré avoir été fait en bret^et , c'est-à-dire , sans minute , par le devancier de ce notaire y ne se trouve point» chez lui ; et il en conclut , que puisqu'on ne trouve point la minute d'un contrat . passé sans minute , la grosse qui m'a été délivrée en brei^et, n'est qu'une chimère , et n'a jamais existé.
Gonune si le mot de grosse répugnait à signigeiifier le titre exécutoire d'un acte quelconque, et n'était pas même une expression consacrée pour désigner , non le contrat dont la minute
existe ailleurs , mais le titre avec lequel seul oa peut juridiquement pôursuiVre un débiteur : ce qui fait que dans le cas de \Acte en brevet , la personne de cet acte est en me me temps la minute , la grosse et Texpédition^ et se trouve également bien désignée par Tune de ces trois expressions dont le mot , fait en brevet , fixe absolument le sens. *
Ou plus rigouîreusement encore ; comme si , dans un acte sous seings-privés , fait entre gens de bonne foi , lorsqu'une chose a tellement été désignée , qu'il soit impossible de se méprendre à sa nature , un mot plus ou moins technique ^ " employé pour la rappeler seulement y pouvait anéantir cette chose et rendre nul l'acte qui la contient.
Je crains de n'être pas encore assez clair.
Je suppose donc que M. Duverney , crût avoir assez bien désigné dans son testament son légataire universel par ces mots : je constitue Alexandre-Joseph Falcoz de la Blache , mon parent y etc. Et qu'en rappelant plus loin, ce légataire à quelques devoirs sacrés , comme celui d'acquitter les engagements qu'il laisse après lui^ sans procès ni conteste , il eût employé cette expression au hasard : lequel comte de la Blache sera tenu , etc. .......... Et qu'un homme ,
plein d'humeujr sur ce testament; vînt à s'élever
epntre y en poursuivit arec acharnement la nullité ; soutenant que le testament n^est qu'une chimère , une faussf^ apparence , une illusion , en un mot tien ; parce que^ si le testateur eût Toulu , dans un acte aussi sérieux ^ désigner le sieur F(tz/co2 pour son légataire^ il ne Teût pas nommé tantôt la Blache et tantôt Comte.
Et si cet homme en^n ^ pour soutenir un procès auàisi détestable ^ ajoutait que M. Duverney , ayant de fort dignes parents très-proches, il n'est pas naturel qu'il ait été préférer , etc. etc. Qu'un pareil testament est fort suspect 9 etc. etc. Que le choix du légataire est bien extraordinaire^ etc. Que la signature et la date pourraient bien être y etc. etc. Et mille autre raisons de cette force ^ assaisonnées d'injures.
Que penserait le comte Alexandre-Joseph de cette odieuse chicane? Ne dirait-il pas que l'antre affreux du monstre n'a jamais Tomi de plaideui# plus âpre et d'aussi mauvaise foi ? Mais enfin ^ armé d'un testament bien daté , bien signé de M. Duverney , le légataire universel ne craindrait point , etc. etc. etc. et le légataire unirersel aurait -raison.
Il en est ainsi de ce contrat en brei^et dont M. Duverney , qui en connaissait bien la légitimité y reçut de ma part la remise comme une preuve ée ma déférence ; et cela , quoique nous
MÉMOIRES. loS
eussions fait la faute énorme entre nous, d'ea rappeler le titre eocécutoire ^ par le nom bien absurde de grosse.
Ah ! monsieur le comte de la Blache ! SI votre
bienfaitem: était là I • Cet homme en tout si
supérieur aux formes ^ e( qui se piquait bien moins de recherche dans ses expressions y que de noblesse :dans ses actions ! Lui qui soutint votre enfance avec tant de générosité ; dont Targent et le crédit vous pnt fait faire un si beau chemin ; dont la sagesse y en toqt temps y guida votre inexpérience , et qui , couronnant tant de bienfaits par le don entier de sa fortune , y aurait même ajouté celui de sa magnanimité , si un co« dicile en pouvait transmettre ^héritage ! Ne vous dirait*il pas, en vous voyant traîner aussi honteusement sa ^«mémoire et son nom de tribunaux en tribunaux. Ah ! que vous êtes dur envers nous , mon héritier ! Les notaires de province ont toujours usé de cette expression : duquel cotitrat y LA GROSSE a présentement été par nous délivrée EN BREVET j pcrsounc s^vaut vous ne s'en est plaint : dans vos écrits, vous excusez vousmême en eux ce manque d'élégance notariale, dans des actes publics , en faveur de ce qu'ils sont notaires de province et non de capitale! Et vous ne voulez pas la passer à notre bonhôirimie dans un acte privé ! Nous qui n'avons été no-
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{aires en aucun lieu du monde ! Ah ! que vous êtes dpr envers nous.^ mon cher héritier ! ^ Dans cet article VII.I , après avoir appaisé les vapeur&du client^ il n^est pas hors de propos de rendre hommage à* la. bonne foi de Tavocat qui prétend prouver , par les termes de ^article même ^ ,que , si ce contrat en brevet a jamais existé , c'était une libéralité pure : et sa preuve est que M. Duverney , parlant dans cet article , dit impérativemeui : f exige qu'il me rende ce contrat^ quoiqu'il ne dût me le remettre que dans le cas oh f aurais fait quelque chose pour luij ce que je n'ai pu^ Et là , le citateur , s'ar-* ratant tout court , nous fait un commentaire d^ fleux grandes pages sur cette portion morcelée du texte ^ pour établir dans l'acte un faux emploi sur une libéralité imaginaire ; et le lecteur , qui n'a pas ce texte sous les yeux ^ ne sait plus que penser^ son esprit est ébranlé*
Mais , Lecteur ! ne vous ai-je pas prévenu que ce mémoire était partout un chef-d'œuvre de simplesse et de bonne foi ? hisez^ je vous prie , la partie du texte écartée par mon loyal adver-r • saire : après ces mots : ce que Je n'ai pu , vous y verrez ceux-ci que M. Duverney ajoute : et j'en reçois le fonds ( de ce contrat ) en quittance de la somme de soixante mille lii'reSj, aux termes dudit contrats'
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I)oiic 9 aux termes de ce contrat , les soixante mille livres avaient été fournies par moi ; donc cette rente était fondée sur un capital reconnu j donc l'article invoqué pour prouver que c'était une libéralité 9 démontre évidemment le contraire; donc mon indignaition est toujours légitime.
Oh ! que c'est un méprisable métier que celui d'un homme qui , pour gagner l'argent d'un autre, s'efforce indignement d'en déshonorer un troisième , altère les faits sans pudeur , déna* ture les textes , cite à faux les autorités > et se fait un jeu du mensonge et de la mauvaise foi !
Pour moi , si.j'avais l'honneur d'être avocat ^ je croirais bien avilir ma noble profession en me chargeant d'une cause si mauvaise , que je ne pusse la défendre que par ces vils moyens que l'on tolère à peine à la plus basse chicane.
Heureusement ce tort n'est jamais celui d'un célèbre avocat. Toujours scrupuleux dan^ ses choix , il sait long-temps souffrir avant de manquer à son noble caractère : s'il épouse les bonnes causes , il ne se prostitue point aux mauvaises ; convaincu qu'un plaidoyer insidieux commet . epcore plus le défenseur que le plaideur. La haine peut aveugler celui-ci ; mais l'autre est froid , rien ne Texcuse , et sitôt qu'il sort , en plaidante, des moyens que l'honneur ou la loi lui prescrit, il n'est plus à mes yeux qu'un de ces
io6 .MEMOIRES.
vils champions du temps féodal , qui se jetaient ' dans Farêne, et sans s^'infbrmer qui avait tort ou .j raison , y livraient le combat indifféremment *,■ pour tout le monde > aux prix déshotid^nt d'un ' ; peu d'or.
Toujours M. Duvemey. v?
Pour remettre de la halance dans notre * compte , fexigç de son amitié quUl résilie no* . \ tre traité des bois de Touraine : par ce moyen f le tiers que nous y avons en commun lui restant en entier , les soixante-^ uinze mille li$^res- qu^il , a faites pour nous deux dans V affaire , lui de^ ■ i^iennent propres , et il ne sera dans le cas d^es* • ' suyer jamais aucune discussion ni procès de la part d^ mes héritiers ; ce qui ne manquerait pas [ de lui arriver , s^ils me succédaient un jour dans cette association , comme le porte V article IV de notre traité de société : mais pour le dédom^ ' mager de l'appui qu'il perd aujourd'hui pour ht ' suite d'une affaire dans laquelle je l'ai engagé ^ ^ et qui devient lourde et dangereuse , je lui tiens ■ \ compte des huit mille livres convenues pour Fim* \ térét des soixante-quinze mille livres qui ont dû i courir jusqu'à ce jour pour mon compte ; et je promets et m'engage de lui fournir enjbnne de prêt y d^ici à la fin de la présente année , la
ménie somme de soixante quinze mille Ht^res , pour F aider à faire les noui^eaux fonds que V affaire exige , desquelles soixante quinze mille livres je ne recevrai point d^ intérêt pendant huit ans ( que peut durer encore ^entreprise ) m du jour du prêt : lequel terme expiré ils me seront remboursés par lui , ou en cas de mort i à mon neveu Pans de Mézieuy son ami^ que f en gratifie ; et si mqndit sieur de Beauniarchais aime mieux alors en passer coritrat de constitution à quatre pour cent que de rembourser , // en sera le maître.
Cet artide est si éteDdii, si net, qu^il porte avec lui son comn^entaire* Une seule réflexion me saisit en lisant les.précan,tions qqe M. Du- Temey a cru prendre ici contre les maux qu^il prévoyait dans Tavenir.
O prudence humaine ! de quel poids es-tu sur les événements ? iie plus sage des hommes , alarmé pour moi de la haine de son légataire, me force à résilier une société avantageuse, pour que je n'aye jamais de querelle avec cet homme, et cette résiliation même est un des points d'appui du plus exécrable procès de la part de ce légataire ! ô prudence humaine !
An reste les plaidoyers de mon adversaire, sur celte transaction , ainsi que sur tous les autres articles de cet acte, n'ont jamais été qu'une ncga-
io8 MÉMOIRES.
lion formelle , un démenti , une accusation de dol , de fraude et de lésion énormissime.
Mais après la mort de votre bienfaiteur , voui ■ avez écrit à Beaumarchais que tous ne saviez rien • des affaires qui avaient été entre lui et votre bienV faiteur : dans tous les temps vous avez plaidé quqv vous n'aviez trouvé dans les papiers de ce même , bienfaiteur aucun renseignement pour ou contre le litre qu'on vous oppose ; et vous soutenez que ce titre et les choses qu'il contient^ ne sont que =j des chimères ! ,'|
O monsieur le comte î cette persuasion obs-' j cure; ce puissant motif de croire sanà preuve i ^ admis peut-être en d'autres cas, est une monnaie j qui n'a pas cours en justice : on y oppose les ac^' ■ tes aux actes, les lettres aux lettres , les raisonà S aux raisons, et le dédain aux injures. Quand je^' dis . le dédain aux injures , je parle de l'effet , qu'elles produisent sur Tcspfit des juges; car': Thomme outragé n'en a pas moins droit à des ré^'^ parations authentiques; et je les ai toujours réf' ' clamées.
Article X.
Toujours M. Duvomey.
Kt pour faire la balance juste de notre compte , je nie reconnais son dëhileur de la somme de viftgt-trois mille livres , que je lui
PAIERAI A SA YOLONTÉ , SANS QU^IL SOIT BBSOIN d'autre titre <?UE le PRÉSENT ENGAGEMENT.
Cet article est-il clair? est-ce une illusion? est-ce une fausse apparence , qu'un acte ou le reliquat du compte est fixé par sa somme , avec obligation expresse de l'acquitter à volonté, sans qu^il soie besoin d'autre titre que le présent en^ gagement? Si un tel acte n'est plus sacré parmi les hommes , et s'il peut être arbitrairement annulé, ;out est rompu, le lien^BOcial est brisé, plus de sûreté dans sa patrie ; il faut fuir aux pays OÙ les propriétés sont au moins respectées.
Mais non , il faut rester en France , et rappeler seulement à ses juges que cet acte est reconnu, daté, signe Y^diV M. Duverney, et que, tant que cette signature n'est pas entamée , il n'y a pas ^'acte plus respectable enfinance, en commerce : et je prends , à ce sujet, la liberté de donner le plus ferme démenti à celui qui a osé imprimer que, dans quatre parères ou jugements sur cette affaire, émanés de quatres chambres du commerce de ce royaume, il. y en a un qui ne décide pas le procès en ma faveur. Heureusement monsieur le rapporteur les a tous dans ses mains.
S'il eat toléré quelquefois de raisonner faux , 6 avocat ! il est ordonné de toujours ciier juste, 4 honnête homme !
Article XL
Au moyen desquelles clauses ci^dessus énon* cées, ïiVMxsz par mondit sieur de Beaumarchais^
DETliaRS^ PAPIERS^ REÇUS ^ ^ILLKTS AU PORTRU&i j
GKOSSE 0U COMRAT de six mille livres de RE5TKi TiAOÈRE ; nisiliation du traité sur les bois ; re*\ connaissance de mes quittances ; arrêté dé compte , etc. «^ reconnais . mondit sieur de 1 Beaumarchais quitte de tout entiers moi»
Si le lecteur ennuyé n'a pas vingf fois jeté cdl| Mémoire , et s'il a dévoré le dégoût de le lire ^ jusqu'à cet aiticle XI , je le supplie de relire €n^| core une fois f non le Mémoire ^ mais l'article^ j pour se bien pénétrer de la bonne foi , de la can« deur avec laquelle mon adversaire a discuté cet acte. • •
*En le relisant , je supplie en grâce le lecteur de^ se rappeler que le coraie légataire n'a cessé dé lui assurer « qu'aucune pièce justificative n'a été M remise de ma part; que Tacte en fait foi et ^ que, si le contrat de six mille livres de rente I) viagère a jamais existé ^ c'est à moi de le mon^ ; » trer , puisque je dois l'avoir dans mes maiôs. ji Enfin , je supplie le lecteur de comparer des 1107 tions aussi infidèles avec cet article XI , destiné , par M. Duvemey à reconnaître que la remisé
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des titres , papiers , reçus , billets au porteur ^