‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 9 sur 40 · GROSSE DU CONTRAT DE SIX MILLE LIVRES DE RENTE · texte numérisé non relu

GROSSE DU CONTRAT DE SIX MILLE LIVRES DE RENTE

YiACÈR'E, a été effectuée par mondit sieur de^ Beaumarchais.

Et , lorsque dans cet article qui fait le résumé de tout ce qui précède , on voit M. Duverney reconnaître en toutes lettres que le traité sur les hoîs a été résilié ; que ses quittances ont été par hd acceptées ; que notre compte est clos et arrêté ; lorsque ce résumé finit par ces mots si positifs : Je reconnais mondit sieur de Beaumar^ chais quitte de tout envers moi; peut-on s'empêcher d'être indigné de la mauvaise foi atec laquelle le comte de la Blache s'est efforcé de verser le désordre et la confusion sur le plus clair j le plus juste et le plus lumineux des actes !

Acte où tous les objets , présentés d'abord en masse , puis en détail, puis en résumé , ont ensemble une relation si exacte et si pure !

Acte dont le comte Falcoz a toujours avoué n'avoir jamais connu aucun antécédent !

Acte qu'il n'en accuse pas moins , malgré cette ignorance 9 avec une intrépidité qui fait monter au cerveau des bouffées d^impatience

O monsieur le comte de la Blache ! en vous voyant faire un si indigne métier depuis quatre ans, pour m'enlever quinze mille francs; qui pourrait être étonné de vous voir possesseur

/ d'un legs de quinze cent mUIc francs; sachant

que vous y avez travaillé pendant quinze ans I

Arti'cle XII.

Toujours M. Duverney.

Je promets et m'engage de jl^ui remettre , à sa première réquisition , la grosse en parchemin du contrat à quatre pour cent de sa charge de secrétaire du roi, comme m^ ayant été remboursé a^ec tous les arrérages jusqu'à ce jour. Plus, je m'engage de lui remettre tous ses reçus, billets , missives , etc. de toutes les sommes qu'il a touchées de moi, par moi , ou par un tiers , sous quelques formes que ces reconnaissances se trouvent, joi> DA^s sa dette personnelle, soit pour les fonds qu^il a touchés pour d'autres AFFAIRES , et notamment son billet au porteur du i g août lyôr, de vin^t mille lii^res, qui s'est égaré dans mes papiers.

Celte convention, toute simple dans le temps de rarrêSSie compte > est devenue d'une grande importance aujourd'hui , que M. Duverney est mort sans m'a'ioir rendu ni cou (rats , ni reçus ^ ni billots, ni aucun des titres que cet article détaille.

Mais par quelle étonnante subversion de principes ^ lorsque je les demande à mon ad versaire.

MÉMOIRES. ii3

qui représente à cet égard M. Duvemey , prétend-*il se faire un titre contre moi de ce qu'il ne me les rend pas ? Je ne les ai pas trouvés sous le scellé, dit-il ; donc ils n'ont jamais eîtisté. Quelle équité ! quelle logique ! il n'en sortira pas.

Voici ma réponse : elle est plus conséquente.

M. Duvemey , suivant la lettre de notre acte , s'était expressément engagé ^2X cet article, de me remettre tous ces titres à ma première réqui-sition : il a toujours différé , quoique je n'aye cessé de les lui demander pendant deux mois : mes lettres en font foi ; mais à son décès j^élais mourant moi-même à la campagne , je ne pus envoyer , moins encore aller che^ lui ; il est mort sans me les avoir remis*

Et ces litres que je réclamais et réclame encore , sont les contrats des cinquante six mille francs ; tous les reçus , billets ou reconnaissances de moi qui forment le complément de cinquantesix à cent trente-neuf mille livres , c'est-à-dire environ quatre-vingt-deux mille livres qu'on me ferait payer quand on voudrait , si l'arrêt n'était pas cassé. Plus , toutes mes reconnaissances d'argent reçu par lui pour ses affaires personnelles , et qu'on peut aussi me faire payer dans le même cas.

Ainsi voilà pour plus de cent mille livres d(3 reçus ou billets de moi , qui sont disparus d'une

Mémoires» IL 8

Suçon bien /ararigc dand le secrétaire de M. Du-» tirrriey à rinftant de âa mort. Que ftoot-iis de-

Pour <;vitcr rembarras de la discussion ^ mon adversaire tranche la question d'un 9C j1 mot. Ces titres u^ont jamais existé, dit-il; et sa preuve est que ptiisque les contrais se sont trouvés sous le scelles le reste s y fût trouvé de même s'il eût existé.

IN allons pas si vite , monsieur le comte : ceci n'est point du tout clair* L'acte du i«' avril ne porto t-il pas que je suis débiteur de cent trente* neui' mille livres ? Cet acte n'atteste-t-il pas que les titres on existent en co/i^Au/^, reçus, billets f dans 1rs niuins de M. Duverney V

Or, rn nous présentant aujourdliui des expéditions de contrats, dont la minute est chez un notaire 9 ce qui rendait leur soustraction inutile à cnlui qui enlevait tout le reste; prétendez-vous nnus bien pnniver que plus de cent mille francs do it?cus ou bdlets de moi qui étaient avec ces iuntiînt!* iliea 1\1« Duverney, n'ont jamais existé? tj^ ^<7ule tlu)«c que vous prouviez, est qu'on s'est itvitt^uu dVnteveir de son secrétaire a sa mort, tout ^^ qu'il éuit iuutile d*en oter. Pas da-

d i) m'e'it trtrs -important de constater

» ik t>t% Duverney beaucoup plus de

MEMOIRES. ii5

cinquante-six mille trois cents livres, parce qu'il m'est très-important de conserver le droit rigoureux d'en réclamer les titres , aux termes de notre acte j je ferai la preuve , et même légale , que M. Duverney m'a prêté , sur de simples reconnaissances , en un seul article , quaranter quatre mille livres en sus des cinquante-six mille, pour m'aider à payer une maison que j'achetais ; je prouverai le reste avec la même évidence.

Et le comte de la Blache , qui m'a tant rc^ proche partout d'avoir coûté plus de quatre cent mille livres à M. Duverney , aura beau se con^ tredire assez étourdiment pour vouloir réduire au prêt de cinquante-six mille francs y ces immenses bienfaits sur lesquels il m'a tant injurié]; il n'en sera pas moins prouvé que M. Duverney m'a prêté les cent trente-neuf mille francs spécifiés dans notre acte, et dont je réclame les litres acquittés. Que sont-ils donc devenus ces titres ? Voilà ce à quoi il faut répondre sans biaiser.

Pressé par cet argument , prétendez-vous que M. Duverney m'a remis ces cent mille livres et plus, de litres? Mais c'est ce que M. Duverney n'eût jamais fait, si une libération définitive ne m'avait pas acquitté de ces sommes envers lui. Or , il n'y a jamais eu entre nous d'autre libé-

ii6 M É M O I RE S.

ration réciproque et définitive que Tacte du premier avril 1 770 ; et dans cet acte , M. Duverney ne me rend pas mes titres , il s'oblige seulement de me les tendre à ma première réquisition : que sontrils devenus ? Volte réponse n'y satisfait point ; ou bien il faut en conclure que Tac te du premier'avril est excellent.

M. Duverney les a-t-il brûlés comme inutiles à mes intérêts , et de garde dangereuse pour ses secrets ? Mais c'est certainement ce qu'il n'aurait pas fait y s'il n'avait pas existé dans mes mains et dans les siennes , un acte antérieur qui les annulât. On ne perd pas de jaîié de cœur pour plus de cent mille livres de titres actifs contre son débiteur. Et cette seconde supposition prouve aussi nécessairement que la première, l'existence et la légitimité de l'acte du premier avril 1770; ou bien elle laisse encore sans ré« ponse mon étemelle question : que sont devenus tous ces titres de créance que je réclame?

Enfin M. Duverney n'a-t-il ni remis ni brûlé , de son vivant , ces reçus de moi , montant à plus .de cent mille livres ? Ils existent donc , en quel- ; qu'endroit qu'ils soient. Mais pour le coup ^ s'ils sont disparus aussi étrangement ^ il ne saurait y avoir de supercherie de ma part. Vous ne direz pas que je me suis rendu invisible pour les aller enlever du secrétaire de M. Duverney pendant

MÉMOIRES. ii-^

sa dernière maladie. J'étais mourant à la campagne ; et TOUS savez bien ^ monsieur le comte y que ce n'est pas moi qui me suis emparé^ de ses derniers moments.

Articuler positivement que vous les en avez ôtcs ! c'est ce que je ne ferai point; car je ne sais ce qui en est : non que je ne le pusse avec bien plus de fondement que vous n'en mettez dans vos honnêtes présomptions contre Pacte,

Car enfin il est de notoriété dans la famille de M. Duverney , que vous ne quittiez point sa chambre pendant sa dernière maladie.

Il est de notoriété dans cette famille, que^ surmontant la douleur de perdre votre bieufai-' teur , vous avez eu le sang-froid de faire tenir , le jour de sa mort , un notaire avec un acte à signer, enfermé quatre heures dans sa garde-robe, attendant un moment de demi-connaissance ^ qui ne revint i)lus au malade»

Dans cette famille , il est constaté par vos aveux même, que, surmontant Tamour filial, vous aviez destiné cet acte à faire passer sur votre léte les bienfaits qu'un oncle généreux avait plirés sur celle de sa nièce, votre digne et respectable mcre.

Et il est évident que , puisque vous avez tenté de faire une telle chose, vous étiez le makre absolu de l'intérieur de cette chambre.

fi8 M É M O I n E S.

El mon père , à qui j^ai conté ce trait de votre amour filial, ne voulait pas absolument le croire.

Et lorsqu'il s'y est vu forcé , il s'est écrié : Mon Dieu , que cette dame est malheureuse ! Car mon père ignorait qu'elle eût im second fils aussi tendre et respectueux que Tatné fut toujours dur envers elle.

Et ce vieillard chéri s'est mis à pleurer de joie de ce que vous n'êtes pas son fils, ou de ce que son fils n'est pas vous.

Et vous voyez bien que si l'on voulait , sur ces données , proposer un problème , il n'irait pas mal ainsi :

Un légataire universel était maître absolu de la chambre du testateur mourant sans connaissance ; ce légataire était assez injuste pour touloit- dépouiller sa mère ; il avait assez de sang-froid pour oser le tenter en ces moments affreux : il avait la liberté de faire entrer dans celte chambre un notaire pour en faire signer secrètement l'acte au testateur. Dans le secrétaire du testateur auprès de son lit étaient des titres dont il importait fort au légataire de dépouiller un sien ennemi. Ces titres ne se sont pas trouvés sous le scellé du . testateur après' sa mort. On demande qui l'on peut soupçonner de les avoir détournés ? L'on n'exige qu'une grande probabilité pour solution.

Quoi qu'il en soit de cette solution ; si ces titres

à la levée des scellés neise sont point trouvés dans le secrétaire^ celui qui les en a ôtés, est celui-là même qui s'est emparé^du double de Tacte , du traité des bois , résilié et biffe, du contrât en brevet de 60 mille livres, et des trois quittances de 20 mille , de 18 mille et de 9,600 livres. Le tout devait y être ensemble : et n'est-ce pas là le cas , ou jamais, de dire : Isfecit ctUprodest ? Celui-là le fit , à qui il importait de le faire.

Mais comme on n'aurait écarté tous ces titres que pour combattre Tacte avec plus dWantage , par Tobscurité que cette disparulion répandrait sur ses clauses ; il faut avouer que cette explication adoptée produirait tout juste un effet contraire i puisqu'elle supposerait nécessairement existant dans le secrétaire, cet acte qu'on voulait obscurcir, annihiler, diffamer, en se permettant la soustraction des litres qui l'auraient rendu inexpugnable. Et voilà que je commence à n'être plus si en peine de ce que sont devenus tous ces titres que je réclame , et même tous ceux que je ne réclame point.

Enfin, sous quelque aspect qu'on envisage la disparution de plus de 100 mille livres, en titres actifs contre moi , attestés par l'acte du premier avril ; dès qu'il est constant que Je devais 159,000 livres ; dès qu'il est constant que leurs titres existaient , soit qu'on veuille que M. Duverney me

les ait remis, soit qu'il tes ait brûles comme inu:« tiles f soit qu'où les ait enlevés de son secrétaire à sa mort; leur npu existence m scellé prouve in^ vinciblement et nécessairement la véracité de Tacte du premier avril ^ eatre ]VI. Duverpey çi moi.

Résumons. J'ai droit de réclamer ce^ contrats, ces reconnaissances , cette foule de pièces qui peuvent me nuire en des mains étrangères. Je vous les demande , armé d'un titre ; et vous me faites un tort de ce que vous ne me les rendez pas ! E%, de ce que vous ne me les rende? pas , vous en concluez vicieusement qu'ils n'ont jamais existé! Fuis, faisant de cette conclusion vicieuse le principe d'une autf c conclusion plus vicieuse encorç, vous ajoutez : ces titres n'ont jamais existé ; donc l'acte qui les atteste et Ic^ réclame, çstchin^rique et frauduleui^t

Mais si vous pai veniez à faire confirmer J'arrét (ce qui fait frémir à penser ) , lorsqu'un jour, vous viendriez n^e demander le payement de ces loo mille livres, qu'aurais-je à vous répondre? Quoi ? Que vous avez tort de me les présenter à payer*; parce que vous avez soutenq, en plaidant, que ces litres n'existaient pas ?

A la vérité, me diriez-vous , ils n'existaient p^s

au scellé; mais je les retrouve entre les mains de

^ M% Tel , à qui M t Puverney les avait confiés ;

M É MO I Jl E S. 121

vous les deviez , vous les IFvez avoués ; enfin les voici : Facte qui en portait Tacquittement est annidé ; donc il faut les payer. ,

Je vous Jure , Monsieur le comte , que je ne répliquerais pas un mot ; tant ce raisonnement me semblerait juste : aussi n'est-ce pas vous alors qui auriez tort envers moi ; mais bien Tarrét d'an-

uulement*

Absi désarmé, dépouillé , blessé deux fois par une arme a deux tranchants , après avoir pay é cent mille francs à M. Duvernçy , j'aurais perdu mon procès , parce que les titres n'en existaient pas au scellé ; et le procès perdu, je serais tenu de les payer à son légataire une seconde fois, parce que ces titres existaient ailleurs. Etes-vous bien résolu maintenant de presser là confirmation de Tarrêt ? Voilà pourtant ce qui en résulterait contre moi*

Article XIII.

Toujours M. Duverney qui parle :

Plus , je m'engage à lui rendre toutes les let^

ires , papiers , sollicitations ,' etc. que la famille

royale m' a faites , ou fait faire pour lui , et qu'il

appelle ses lettres de noblesse* Vous vous êtes bien gardé, Monsieur le ccnnte,

dç produire au procès ces précieuses sollicita-

laa M É MO IRES.

tioDS qui otitfpndé rattachement de M. Duveroej pour moi. Vous avez craint qu^on ne vît , dans les recommandations les plus pressantes , la source d^une amitié sur laquelle vous vouliez répandre un nuage funeste à mon existence et à la mé^ moire de TOtre bienfaitein*. Mais tous me les rendrez toutes- ; car j'en ai des copies ; et elles ont été inventoriées : une lettre de 1 -exécuteur testamentaire me l'atteste. Vous aviez intérêt à les taire : Vous n'en aviez rien dit nulle part; et c'est le seul point de tous vos plaidoyers où vous ayiez été conséquent.

Seulement k la page 4^ de votre dernier mémoire , lorsque vous voulez établir qu'en 1761, je n'avais pu placer 60 mille livres à 10^ pour cent sur M. Duvcmcy , vous glissez bien insidieusement , une pf étendue phrase d'un de mes billets , daté de juillet 1 762 , c'est-à-dire d'un an après ,• où vous me faites écrire ces mots : pour sortir du malheur opiniâtre qui me poursuit ^ • •• et vous en concluez que je n'avais rien , puisque j'étais si malheureux !

Citateur fidèle et toujours de bonne foi ! montrez-le donc aux juges ce billet où j'écrivais les mots que vous citez! ils verront de quelle main respectable est le billet; ils verront de quel endroit il est daté; ils verront qu'il porte cette phrase . nous voudrions bien qu^ il pû( sortir enfin du maU

heur opiniâtre qui le poursuit , et non , cfUi me poursuit !

Aldrs se rappelant que mes augustes bienfaitrices savaient bien quô^.Duvèrnêy s'était obKgé de iné faire avoir un intérêt dans îes Tivres dé Flandre , et de ne Tavôir pu, qu'il tri'avâit prêté 5oo mille livres pour acquérir une charge qu'on m'ataît enlevée ; et que tous les efibi-ts de la plus puissante protection ti 'avaient sef'ti qu'à me procurer les modiques fonds dont M. Duverriey me fesait depuis un an la rente a lo pour cent; ils concluront que ce billet plein de bonté , de grâce et d'intérêt, né jjrouve pas en 1762 j que je n'eusse point placé tine somtoe en 1761 , mais que beaucoiip d'feffortà généreux eti ma faveur n'avaient eu depuis un an aucun Succès.

Alors > pour échapper un moment au dégoût d'une discussion aussi triste ^ ils réfléchiront avec moi que , dnns le malheur opiniâtre rjui mè poursuii^it et m'empêchait de réussit- à rien , j'étais pourtant la plus fortunée créature du monde, puisque , d'un côté , ce qu'il y avait de plus grand, de plus vertueux et de plus auguste en France, ne dédaignait pas de me recommander en termes aussi pressants à M, Duverncy , et que de l'autre , le plus digne ami avait ia bonté de s'affliger de ne pouvoir m'arracher , malgré tous ses efforts, au malheur opiniâtre qui me poursuivait.

Ainsi toujours pauvre et battu des événements^ marchant sans arriver ; toujours prêt d'être riche'jj et ne Tétant jamais ; mais ma reconnaissance Yeoén portant sur mes chagrins , j'étais serein , j^étdjb gai y tranquille 9 et s'il fautTavouer, bien phil heureux de tant devoir , qu'infortuné de ne ridl^ avoir. ' '

Telle a toujours été ma vie. Souvent désoléV^ mais toujours consolé , je me suis moins affecté ^e mes pertes , qu'occupé de leurs dédommah* gements.

Aujourd'hui même que je crois avoir éprouté plus de malheurs qu'il n'en Êiut pour lasser la patience de douze infortunés; je suis d'un sang-froid qui va jusqu'à donner de l'humeur à mes ennemilf Ils ne me trouvent pas assez k plaindre ^ parce qu'il me reste encore du courage ; ils voudraient me voir les yeux caves , le visage abattu , l'air bien morne ou bien désolé.

Depuis quatre ans , k la vérité , je me sois tu malaisé y maltraité , mal attaqué , mal dénigré , mal jugé , mal dénoncé, mal blâmé , malassassiné f j'ai perdu ma fortune et ma santé ; tous mes bienu sont encore saisis , et je plaide pour les ravoir^ ce qui achève le tableau.

Mais enfin 9 comme il est bien prouvé que toul ce qu'on ma fait, on me Ta fait tout dé travers ; c^a est-'ildonc sans ressource? Mesennemis^poul

m'avoîr déchiré , m'ont-ils accablé ? Le funeste ; arrêt qui a tenté de me flétrir y est-il donc par-^ yenu? Les brigands qui m'ont poignardé cette [ futomne^ empéchent-ilsque jenesoisaumonde? Le comte Falcoz a-t-il bien gagné son indigne procès? Sera-ce un lourd mémoire, une plate épigramme , ou une mauvaise chanson qui me mettront au désespoir? N'ai-je aucune espérance ' de rentrer dans mes possessions ? Ne vit-on pas long-temps avec une mauvaise santé ? Ne suis-je pas occupé à me pourvoir contre cet arrêt du blâme ? Enfin la tourbe de mes ennemis est-elle donc si triomphante ? Eh ! Messieurs , au lieu de vous dépiter de ce que je ne suis pas plus malheureux ; rougissez, en comparant votre sort au mien , de n'être pas plus heureux vous mêmes ! A mon égard , depuis long-temps , je sais bien que vivre, c'est combattre ; et je m'en désolerais peut-être , si je ne sentais en revanche que combattre c'est vivre.

Ce petitrepos vous a t-il délassé, Lecteur ? Pour moi, je me sens mieux. Remettons nous en marche. Le chemin est pénible , escarpé ; mais l'honneur est au bout. Il y a long-temps que ceci n'est plus pour moi un procès d'argent.

Article XVI.

Plus, je m^ engage à lui faire tenir un de mes

izO MÉMOIRES.

grands portraits du meilleur maitre, pour le don duquel il me soUicite depuis long^temps, |

Dana ma première partie , j'ai dit ^ monsieur I le comte ^ que vous aviez été fort étonné qu'un I pareil engagement fut entré dans un arrêté : mais ' nous avoDS coulé cet article à fond : la redite eif » serait inutile*

lUppelea^vQus seulement que c'est la premièos chose que je vous ai demandée dans mes lettres^ Je ne serai pas généreux sur cet article^ ye touî ^ en avertis. Ce portrait si long -temps promis est celui d'un homme à qui je dois bien plus que et l'argent ; je lui dois le bien inestimable de savoir m'en passer et d'être heureux* 11 m'apprit k regarder l'argent conmoie un moyen, et jamais comme im but. C'éuit un grand mot qu'il disaitr'la*

Il n'est plus cet ami généreux ! cet booune d'état 9 ce philosophe aimable , ce père de la iuh blesse indigente ^ le bienfaiteur du comte de It Blache et mon maître ! Mais j'avoue que le plaisir d'avoir reconquis son portrait , mesuré sur le clia«« grin de sa longue privation , sera l'un des plus vi£) que je puisse éprouver. Telle est l'inscrip^» tion que je veux mettre au bas.

PofiTRiiiTDfiM. Ddvërney^ PROMIS long-tcmps par lui-même, exigé par écrit de son ^vif^ant; DiSPt'TÉ par son légataire , après sa mort ; osj&fiv, par sentence des requêtes de Dhôtel ; rayé

de mes possessions par jugement d^un autre trî" bunali RENDU à mon çspoir par arrêt du conseil du roi ; définitivement adjugé par arrêt du parlement de.*., y A SON Discipx^ Beaumarchais 9 ^£Cf

C'est ainsi que ^ depuis la satîs&ciioa des besoins lesplqs matériels ^ jusqu'au^ plus délicates voluptés d'une âme sensible^ tout me parait fondé sur le sublime et consolant priaoipe de la compensation des maux par les biens.

Ce portrait de M. Duvemey rçuQuveUe en moi Iç souvenir vif et pressant de ce grand citoyen ; et le cabinet d'un particulier me paraît un lieu trop obscur pour qu'il y soit placé dignement. U a trop mérité de la patrie en fondant une éducation convenable à.tousles fils de nos défenseurs; il a trop mérité de son siècle en le rendant rival de celui qui assura la retraite a ces mêmes défenfiçurs , pour qu'on ne lui assigne pas une place U*ès-honorable«

Il manque a Técole militaire un mausolée de ce grand homme. On l'avait forcé de laisser pr^dre en marbre un buste de lui pour ce digue emploi. Le comte de la Blacjie a sa mort a refusé ce buste à l'école militaire.

Puisse-t-il, arraché à Tavarice , y être placé par mes mains, avec cette inscription : Elevé par la reconnaissance à Vami de la Patrie. Et c'est a (juoi seront employés tous les dommages et in»

térêts auxquels une poursuite injurieuse me donne un droit incontestable. J'en indique exprès Tusage afin qu'on ne les épargne pas. Hors cet emploi d^ prédilection , ils appartenaient aux pauvres. Mais la charité n'est qu^une vertu , la rconnaissaace est un devoir; elle aura la préférence.

Article XV.

Toujours M. Duverney*

J'exige de son amitié qu^il hrâle toute notre correspondance secrette , comme je viens de le. faire de mon côte\ afinqùUlne reste aucun vestige du passé ; et f exige de son honneur qu'il garde j toute sa vie , le plus profond secret sur ce qui me iegardcy dont il a eu connaissance.

Cet article est la preuve que ce n'est pas mcû qui me suis réservé la liberté de brûler des lelr très et des pièces importantes , comme mon adversaire Fa plaidé , mais qu'on Ta exigé de mon amitié , de mon honneur , et qu'on m'a fait .exprès cette loi dans un acte qui pouvait devenir public un jour , afin que la publicité même de la défense me punit de ma lâche infidélité par le déshonneur , si jamais je m'en rendais coupable ; et c'est le motif que M. Duverney m'a donné lui-, même de la volonté obstinée qu'il a mise à faire insérer cet article dans l'acte.

MÉMOIRES. 12g

Quanta ce qui me regarde, ai-jeraisle moindre mystère aux objets de notre compte ? Ils ne pé-^ chent que par trop de clarté , de prolixité ; puisque leur éteyidue seule a fourni le prétexte à mon adversaire de les commenlei* ,. expliquer et tra- TaiUer à sa manière : de sorte qivç^ dans ses écrits, on trouve toujours pour résultat de sa logique , que je suis un fripon , un sot ; son bienfaiteur, un imbécille ; l'acte, une ineptie d'un bout a Tautre; • lui, comte Falcoz, un adversaire très-modéré, très-équitable ; et maîtres tels et tels de grands orateurs. Plaiidite manibiis.

Article XV Ï.

Et moi Caron de Bt/.aiimarchais , cuix clauses et conditions ci^dessus énoncées , je promets et m^engage de remettre, De^iax^ roTiRTOUTDÉLAi,^ mondit sieur Dui^erney, les pièces essentielles qui kd manquent sous les N°» 5 , 9 e^ 62. Plus, le traité de société entre nous sur les dois de "^rouraine ^ (jue je résilie , uniquement par respect pour le désir qu'il en a ; dans un moment où f aurais le ^^1 plus besoin d^ appui dans cette affaire ; et quoi- (ju^il m^eût été bien plus avantageux que moni^ dit sieur prît pour son compte tout le tiers d^in- • cl térét que nous y aidons en commun , comme je hn sollicite depuis long- temps» Je refuse les 8 Mémoires. II. 9

i5o M E M O I RE S.

mille Usures de V intérêt des 76 mille lii^res ayancées; maïs f accepte le prêt de jS mille lii^res comme une condition rigoureuse de la résilia'^, tion y et sans laquelle elle n^ aurait pas lieu > ei, au défaut duquel prêt le traité reprendrait toute sajorce. Ainsi j pour la juste balance de notre compte , je réduis ma créance sur mondit sieur Duverney à la somme de quinze mille livres ; lesquelles payées , le contrat à quatre pour cent, les lettres , papiers , reçus , billets , remis , et le prêt de 76 nulle Usures effectué ; je reconnais morir dit sieur Dus^emey quitte de tout envers moi. Et pour tous les articles de cet arrêté fait double entre nous, nous donnons à cet écrit sous-seings* privés , toute la force qu^il aurait pardevant no^ taires , avec promesse d^en passer acte à la première réquisition de Vun de nous. A Paris y Ar premier avril 1770/ signé Paris Duverney et- Caron de Beaumarchais*

Ce dernier article , le plus long de tous , fait la clôture de notre acte : mais quelque net qu'it paraisse , il n'a pu échapper à la censure de mon; i adversaire. Il prétend d'abord que je m'y donne-J lés airs d'un homme qui récompense les com-\:^ plaisances de son inférieur , par un modique pré— » ;! sent de 8 mille livres. C'est ainsi qu'il qualifie 1^* 1 refus que je fais des 8 mille francs d'intérêts- ; des 75 mille livres que j^ avais avancées poti^-

MÉMOIRES. i5i

M. Duverney. On reconnaît partout rotre manière équitable de présenter les objets : toujoi^^s le même monsieur le comte , toujours.

Mais puisque TafFaire des bois me devient pei^ sonnelle , puisqu'on me fournit les moyens de la continuer avec avantage , et qi^e les fonds que j'y ai faits restent pour mon compte ; ne serai (-il pas injuste à moi d'en percevoir les intérêts ? Je refuse modestement la générosité qu'on a voulu m'en faire, et vous donnez à cet acte de justice un nom odieux ! Que serait-ce donc si je l'avais acceptée ? Ma société devant me payer un jour ces 8 mille livres d'intérêt , j'en aurais reçu i6 au lieu de 8 pour l'intérêt de 76 mille livres ; et c^est alors que j'aurais fait un double emploi malhonnête-

Ainsi vous trouvez dans l'acte , des doubles emplois partout où il n'y en a point, et vous me reprochez de n'en avoir pas fait un , au seul endroit où il serait certainement , si j'avais pensé comme vous en réglant mes comptes.

De quelque façon que je m'y prenne , on voit que je n'aurais jamais raison avec un adversaire aussi cauteleux ; son système est de me tendre des pièges sur toutes les phrases de cet acte. « Vous m'imposez, ( a-t-il imprimé quelque part ) » la peine de renouer la société pour \ps bois , si » je ne vous prête pas 76,000 livres. Mais pour

» reprendre cette société, il faudrait que le traité » en existât : vous Tavez résilié , biffé, annulé ; » vous Favez rendu , et tout est consommé à » cet égard. Puisque , de reprendre rengagement M de cettesociété, était la seule peine prononcée. » par vous-mêuLe connue le défaut de fournisse-. )) ment des 76,000 livres, et que vous ne pouvez » me forcer de reprendre les engagements d'un » traké inconnu qui n^existe plus, je ne suis tenu » de faire ni Fun ni Fautre. »

N^est-ce pas là , monsieur le comte , votre raisonnement dans toute sa splendeur ? Je n'ai pas cherché à Faffaiblir en le rapportant. Voyons si ma réponse aura quelque mérite à vos yeux ; c/est à votre bienfaiteur que je Fadresse.

Entendez-moi, M. Duverney , je vous en conjure.

Par notre arrêté de compte vous avez exigé que je vous remisse, le lendemain, pour tout délai , le traité de société résilié et biffé ; je Fai fait par déférence. Vous ne vous êtes réservé dans notie acte aucune option sur le prêt; puisque vous en avez fait Findemnité de la résiliation d'une société qu^il vous importait d'éteindre. Moi seul, en acceptant le fournissement de 76,000 livres, je m'étais réservé le droitdevous forcer à reprendre cette société, en cas que je ne pusse arracher de TOUS le prêt d'argent qui était le prix de la dis-

MÉMOIRES. i35

•solution. Mais après avoir fait votre choix, après m'avoîr ôtédes mains le traite résilié; vous croyezvous en droit , pour me ruiner , de revenir à choisir, entre deux obligations, la seule que vous avez rendue impraticable? Au défaut de celle-ci^ l'obligation du prêt ne demeure - 1 - elle pas dans toute sa force ?

Pour être conséqaent , je vais donc vous poursuivre pour le fournissement de Targent convenu; et si tous vos biens ne sont pas suffisants pour le remplir ; alors seulement je conviendrai que j^ai eu tort de vous rendre un traité biffé , par lequel, en vertu de ralternative que je m^étais réservée , je vous forcerais aujourd'hui de supporter tout le poids d'une affaire , dont vous vous êtes allégé à mes dépens.

Tant que vous avez vécu, Monsieur, je n'ai pas eu besoin d'employer ce langage sec et rigoureux: vous étiez juste, grand, généreux; mais vous n'existez plus malheureusement, et vos représentants n'ont hérité que de vos biens.

J*ai dit plus haut que , de quelque façon que je m'y prisse, je n'aurais jamais raison avec un adversaire aussi cauteleux que le mien. Je vais plus loin ; il m'était impossible d'éviter de plaider avec lui. Par son humeur pour une demande de quinze mille francs , jugez quelle eût été sa rage contre moi , si Tarrêté de compte qu'il rejette ,

i34 MÉMOIRES.

a'avait pas été fait du vivant dé M, Duverney. Aux prétentions du comte de la Blache , j'oppojerais :

Trois quittances valant ^ . . 47#5oo liv.

Un contrat en brevet de . . 60,000

Les arrérages k dix pour cent depuis 1762 jusqu^en 1770. . . . 4^,5oo

Un traité de société, dont les fonds à rembourser 76,000

L'intérêt porté à 8,000

Total. •.••••• 257,000 liv.

f\éduirait-il alors mes débets à 56,ooo livres ? Au contraire , il serait bien désolé de ne pouvoir pas m'opposcr pour plus de 139,000 francs de titres.

Or, cet^e somme défalquée de 267,000 livres, me laisserait aujourd'hui créancier , et créancier rigoureux de 98,000 francs : ou j-aui'ais sur lui une rente viagère de 6,000 livres , et il serait chargé seul du poids des fonds et de l'embarras de suivre l'affaire des boisdeTourainc.

Et si j'avais été l'homme infâme pour lequel le comte de la Blache voudrait bien me donner ; à cette créance légitime de 98,000 livres , j'aurais pu joindre la créance abusive de 160,000 francs de billets au porteur. Le comte Falcoz aurait beau

MÉMOIRES. i35

crier aujourd'hui , gémir , imprimer que je suis un monstre , il faudrait acquitter ces billets , et au lieu de i5,ooo francs^ me payer 258, ooo liv.

Je ne rougis point d'avoir eu des obligations à M. Duvemey ; et le seul bien de cette odieuse affaire est de m'avoir fourni Foccasion d'en publier ma reconnaissance ; mais je me glorifie d'avoir été assez heureux pour lui rendre à mon tour de très-grands .services. J'ai passé ma vie à faire du bien au-delà de mes moyens, et à mériter la réputation d'homme juste qui m'est aujourd'hui contestée ,• et depuis quatre ans le comte de la Blache m'a outragé de toutes les manières possibles, pour une misérable somme de quinze mille livres !

L'humeur me gagne : il est temps de m'arrêter. Je crois avoir prouvé que les trois pièces , sous les numéros 5 , 9 et 62 , sont des objets étrangers à mon compte ; qu'elles ne sogat point des litres à argent ; et que si je ne les avais pas rendues , j'aurais dû les brûler. Je crois avoir solidement établi que la reimisedes 160,000 francs de billets au porteur , avant d'entamer le compte , est un trait d'équité de ma part, qui reflette avantageusement sur tout le reste de Facte; ou sous un autre point de vue , une preuve incontestable que chacun y veillait à ses intérêts. Je crois avoir prouvé que je ne devais au total , à

loG M !•; M () I H r. s,

M. Duvorucy , que 139,000 iVancs j que je les ai bien payés; que les 1 5,000 francs qui me sont dus'pur le résultat, ne peuvent m'étre contestés; Vpie le l'ournissement des 75,000 livres doit être elïectué sans délai, aux termes de l'acte ; et que, loin que les intérêts du comte de laBlache se trou-^ vent lésés par cet arrêté de compte , il doit, a ma seule équité , de n'avoir point h rcujplir envers moi , des engagements immenses ; qu'indépendamment de Tinjusiice de ses préiontions au fond , la forme de l'arrêt qui lui a donné gain de cause , est vicieuse de tout point, et que cet arrêt ne saurait subsister.

Mais quand on se rappellera , monsieur le comte, tout ce que J'ai fuit pendant six mois, poiu* ne ])oini avoir de procès avec Tliéritier de mon bienfaiteur : quand on verra mes lettres remplies d'égards , vos réponses pleines de hauteur I

Quand on se rappellera le dépêtvolcmtaire de mon acte, chez M-* Mommet, notaire, Thivitalion réitérée que je vous ai faitr» d'y amener les amis et les commis de M. Duvcrncy , qui tous Vo!is ont blâmé de m'intcnter cet indigne procès!

Quand on se rappellera Thonnéteté de mes propositions U votre conseil assemblé; roffrequc j'ai laite de les prendre pour arbitr<;s, quoique vos umis; et celle de leur envoyer mon blanc-seing I

MÉMOIRES. i37

Lorsqu^on se rappellera comment Totre avocat d'alors m'a longuement injurié, pour de l'argent, dans ses plaidoyers et mémoires ; comment vous m'avez ensuite accusé d'avoir fabriqué de fausses lettres de Mesdames , afin qu'on en induisit que j'avais bien pu fabriquer un faux acte ; et com^ ment , vous joignant enfin au rapporteur Goëzman pour me dé<;hirer, vous lui avez écrit de Paris ( que vous nommiez Grenoble ) , que j'étais le calomniateur le plus atroce , un monstre achef^é, un serpent rongeur de limes , une espèce venimeuse , dont il fallait purger la société par la voie du bourreau!

Malheureux prophète ! il s'en est peu fallu que je n'aye été la victime de vos affreux pronostics. Et quand vous fesiez la prédiction , on sait ce que vous tentiez pour en assurer l'accomplissement ! Premier auteur de tous mes maux ! vous ne fûtes étranger à aucun d'eux. Dans cette longue carrière de douleurs , vous m'avez toujours poursuivi l'intrigue à la main , la haine au cœur^ et Tinjure à la bouche !

Huit jours avant l'arrêt ( cet horrible arrêt , qui pourtant ne m'a rien ôté ) ; l'on vous a vu triompher tout haut du sort qu'on me destinait au palais , et que vous espériez voir encore plus funeste! Homme injuste! vous avez été trompé! mais vous l'eussiez été de même en tout autre

i58 MÉMOIRES.

cas. Je ne suis pas aussi sage que Socraie , ai- je dit alors bien des fois à mes juges ; mais avec son innocence j'aurai sa fermeté, j'irai jusqu'à la ciguë et je la boirai.

Et il n'y a point ici de roman : vous savez si je l'aurais bue. O vous que je m'abstiens de désigner autrement , auguste protecteur ! Vous à qui mon coeur oserait donner un nom plus tendre, s'il pouvait s'allier avec le plus profond respect ! Vous savez si je l'aurais bue!

Lorsqu 'après m'avoir fait chercher partout , la veille de cet affreux jugement, vous me dîtes avec un noble et tendre intérêt , qui fit tressaillir mon âme de plaisir. N'allez pas demain au palais, mon enfant, je tremble pour vous : si les bruits se . réalisaient , si les résolutions étaient funestes , on

vous ferait passer dé l'interrogatoire au cachot

N'allez pas demain au palais.

Non , Monseigneur , mes ennemis ne me j reprocheront point de n'avoir montré qu^un faux courage : il me reste un interrogatoire à subir avant le jugement ; c'est mon devoir, il faut laccomplir. J'irai demain au palais. Et quant aux dangers que vous craignez pour moi , daignez m'entcndre.

Je ne sais pas encore jusqu'à quel point une âme humaine peut s'exalter dans le malheur; il sera temps alors de s'en occuper : mais soyez

MÉMOIRES. i59

sûr que le bras infâme ne souillera point un homme que vous avez honoré de votre estime. On excuse un infortuné

Le lendemain matin j'étais sous les terribles voûtes à cinq heures , avant l'ouverture des portes* Mais seul à pied, traversant dans Tobscurité [ ce pont si bruyant qui mène au palais , frappé du ; silence et du calme universel qui me fesait dis- [ tinguer le bruit de la rivière , je disais en perj çant le brouillard : quel sort bizarre est le riiien ! Tous mes amis, tous mes concitoyens sont livrés au repos ; et moi je vais peut-être au devant de l'infamie ou de la mort. Tout dort en cette grande ville; et peut-être je ne me coucherai plus !

La douleur m'emporte : il faut achever.

Bientôt on ouvrit le palais. Je les vis tous arriver en robe , et monter en silence au tribunal. Chacun en passant jetait un CQup-d'œil sur la victime ; et moi je comptais les sacrificateurs. Voilà donc ceux , disais-je , qui vont me condamner !

Je fus long-temps interrogé. Ma tranquille fermeté fit peut-être penser que mon danger m'échappait, et que la précaution de m'arrêter prisonnier était inutile ; et j'ai su depuis qu'un honnête homme des sous-ordres qui me connaissait bien , ne cessait de répéter en soupirant : eh !

i4o MÉMOIRES.

Messieurs > vous l'aurez tant que vous voudrez ; je réponds bien que celui-ci ne s'enfuira pas. \

Je sortis de la grand-cliambre à huit heures^ exténué , mourant de i'roid. J'entrai chez une de mes sœurs *9 logée à quatre pas. Je suis bienfati^" gué , lui dis-je , et je ne veux pas m'éloigner du palais. Ils ont beaucoup k lire avant d'opiner. Fais-moi donner un lit, chère sœur : un peu de repos me rafraîchira la tetc, et j^en ai grand . besoin.

Je ne voulais que me reposer , je tombai dans < un sommeil léthargique.

Ce secours hospitalier , cet oubli momentané de mes maux, me fut très-uiîle , en ce qu'il remplit une partie de l'horrible journée a la fin de laquelle....... On sait le jugement. Mais ce qu'on

ne sait pas, c'est que, pendant que tous mes amis se désolaient sur mon sort, jamais particulier ne fut honoré d'une bienveillance plus auguste , et ne reçut des témoignages plus généreux et plus flatteurs de rcsiime publiqiie ; enfin jamais infortuné ne goûta de joie aussi pure que la mienne ; et je disais , en me recueillant le soir sur des contrastes aussi étranges :

O vous qui, chargés dii pouvoir momentané d'infliger des peines , avez prononcé sur moi une peine d'opinion ^ sans avoir égard à l'opinion

qu'on aurait de votre jugement ! voyez mon sort et comparez !

C^est alors que mon repos fut doux. J'avais passé la . niuijt précédente à mettre ordre à mes a£Esiires , dont la plus importante a mes yeux fut de partager les débris de ma fortune entre mes. parents ^ sous la condition expresse de suivre .le procès que je défends aujourd'hui , jusqu'à extinction d'argent et de chaleur. L'autre aiïàire honorait ma mémoire , et celle-ci restée en suspens pouvait la dégrader : aussi l'exhérédàtion était-elle la moindre peine que je prononçais contre le lâche ami qui m'abandonnerait en ce point ; autant qu'il était en moi , je le vouais à l'indignation publique.

Il sera suivi ce procès ! grâces au ciel je suis rivant; .quand, depuis ce moment, j'ai dû, deux fois , être mort. Tous les jurisconsultes disent que l'arrêt sera cassé. J'en accepte l'augure avec reconnaissance ; et je sens dans mon cœur qu'il doit l'être. IN'ai-je. pas assez payé ma dette à l'infortune; et n'est- il pas temps que le malheur finisse?

Et cependant l'auteur connu de tant de maux , qui me provoque encore a prendre la plume, finit son dernier Mémoire , en disant le plus dédaigneusement qu'il peut , que le seul parti qui lui

j42 mémoires.

fconvienne y est de mépriser mes défenses ^ qu'il appelle des mauvais propos.

Tout ce qu'il vous plaira , monsieur le comte. Armez-yau6 d'mr ton bien supérieur ! masquea^ bien votre avarice ! afFectez le plu$ grand dédain I J'y consens : bien assuré que^ si quelqu'un vous pardonne un jour de m'avoir méprisé; jamais personne au moins ne me méprisera pour vous avoir pardonné.

Caron de Beaumarchais.

Suite de la Consultation.

G>n8idérant que le sieur de Beaumarchais, injurié, calomnié , diffamé de la manière la plus outrageante y par un Mémoire rendu public à la veille du Jugement, s'est vu dans la nécessité de se justifier des inculpations graves qui lui ont été faites , et qui exigeaient une réponse énergique et capable de détruire l'impression que laisse toujours la calomnie dans l'esprit de ceux qui ne jugent que par le ton d'assurance ou la hardiesse des assertions.

Que sa réponse est une défense de droit naturel , qui ne peut jamais être interdite à un citoyen aussi grièvement offensé ) qu'en l'examinant avec attention , on voit qu'aucun des faits qu'elle contient n'est étranger à la question débattue ;

Que cette justification est la plus claire et la plus forte

qu*un Iiommc , attaqué dans son honneur , pnisse donner de sa conduite , qu'elle contient une analyse de l'acte du premier avril 1770 et un historique des antécédents , tellement propres au sieur de Beaumarchais , qu'aucun autre que lui n'eût pu les mettre dans un jour si lumineux;

' Que si cette défense eût dû gagner quelque chose à êfre refondue dans le style de M* Du Parc , elle eût pu y perdre ce caractère de vérité qui prévient et qui touche en faveur d'un homme offensé qui se défend lui-même.

Nous estimons qu'elle aurait dû être adoptée par le défenseur du sieur de Beaumarchais , puisqu'il doit être convaincu de la pureté de la conduite de son client et pénétré de la justice de sa demande en cassation de l'arrct du 6 avril 1773 : que l'adoption que M® Du Parc en aurait^ faite , eût autant honoré la sensibilité de l'avocat., que la justification honore les lumières et la probité du clienst.,

Il est donc très-malheureux, pour le sieur de Beaumarchais , qu'une pareille défense ne puisse être produile sous la forme d'un Mémoire signifié; mais ne pouvant lui en fournir les moyens, contre le vœu prétendu de tant de règlements intérieurs du corps des avocats aux Conseils, nous nous bornons à l'inviter de moins s'occuper du ressentiment que lui causent les refus de son défenseur qur^ d'instruire ses jugrs et le public de la nature des obstacles qu'il trouve à publier une justification aussi inlcrossante pour lui.

Nous estimons enfin que le sieur de Beaumarchais pont et doit produire la présente Consultation , non commo pièce d'une instance au Conseil du roi ; mais comme l'avis d'un jurisconsulte , sur la question qui lui est proposée par le sieur de Beaumarchais , dont les malheurs , le cou-

i44 MÉMOIRES;

rage et la position pressante doivent intéresser tous les honnêtes gens (^*).

Délibéré à Paris , le \i janvier y^fS , par Nous Avocat au Parlement. ADEK.

I (*) Cette courte Consultation qac nous ^ laissons subsister , lorsque* noussupprimons toutes les autres , sert H faire connaître ayec quelle activité et quel acharnement le comte de la Blachc cherçKaic h. crap<îcher M. de Bcaumarchîds de produire ses défenses , et rintclligcnce non lifioios active que M. de Beaumarcliais opposait aux ruses de ce comte.

Nous venons de voir ce dernier faire enlever de chez Timprimeur par des ordres invisibles , c'est - ^ - dire supposés , le mémoire de son adverse partie , et lui faire alléguer les réglciitculs intérieurs les plus étranges , afin qu'aucun avocat nu Conseil ne signât un mémoire qui le foudroyait ; en sorte que M. de Beaumarchais ne put faire paraître son Mémoire qu'en l'enclavant en quelque sorte dans cette coniultation d'un avocat au Parlement , comme si elle en ci\t été le sujet ou la partie intégrante.

Mais quand M. de Beaumarchais , muni de cette consultation , eut obtenu la cassation de l'Arrc^t qui lui avait fait perdre au Parlement de 1771 le procès qu'il avait gngné en première instance aux llcqu<}ics de l'Hôtel , et que le Conseil eut renvoyé l'affaire au Parlement d'Aix, le comte se hâta de s'y rendre , répandit un nouveau mémoire , et tenta de le faire signer ù tous les avocats de cette ville afin que M. de Beau* marchais ne pAt produire aucune défense faute d'une signature. .

Les Avocats d'Aix devinèrent cette manœuvre , et plusieurs curent l'honnêteté de refuser leur signature au comte , en lui disant qu'il était juste que son adverse partie en arrivant à Aix y pilt trouver quelque défenseur.

Il arriva bientôt et publia les deux Mémoires qui vont suivre , intitulés Héponse ingémte et le Tartare à la Légion, Ces deux Mémoires lui firent gagner sa cause tout d'une voix.

Compte définitif entre MM. Duuemey et Caron I de Beaumarchais.

iS ous soussignés Paris Duvemey , Conseiller d'État et Intendant de l'École Royale Militaire , et Caron de Beaumarchaiii , Secrétaire du Roi f sommes convenus et d'ac** cord de ce qui^uît.

Art. I. Les comptes respectifs que nous avons à régler ensemble depuis long-temps , bien examinés,, débattus et constatés^ moi Dnverney, je reconnais que toutes les pièces justificatives de l'emploi de divers fonds à moi y qui ont passé par les mains de mondit sieur de Beaumarcbais , sont claires et bonnes. Je reconnais qu'il m'a remis aujourd'hui , tous les titres , papiers, comptes, reçus , missives , relatifs à ces fonds, et je le tiens quitte de tout à cet égard envers moi , à l'exception des pièces importantes sous les numéros 5 , 9 et 62 , qui manquent à la liasse et qu'il s'oblige de me rendre en mains propres le plutôt qu'il pourra , et en cas d'impossibilité , de les brûler sitôt qu'il les aura recouvrées.

ArI*. II. Je reconnais qu'il m'a aujourd'hui remis tous mes billets au porteur , montant ensemble à la somme de cent soixante mille livres , dont il n'a fait qu'un usage discret , duquel je suis content.

Art. m. Distraction faite des fonds ci-dessus, avec les sommes que j'ai personnellement prêtées à mondit sieur de Beaumarchais , soit sans reçus , soit avec reçus ou billets faits à moi ou à un tiers pour moi , je vois qu'il me doit , y compris le contrat à quatre pour cent , passé chez Devoulges ( des paiements faits à la veuve Panetier et l'abbé Hémar , pour l'acquisition de sa charge de Secrétaire du roi ) que j'ai de lui , et tous les arrérages dudit

Mémoires. JI. 10

t4$ MÉMOIRES.

contrat jusqu'à ce jour, la somme de cent trente^nenf mille livres , sur quoi ;

Art. IV. Je reconnais et reçois ma quittance du 27 aoAt . 1761 , de la somme de vingt-mille francs , que je lui avais remis sur son billet au porteur , en date du 19 août précédent ^ et qu'il m'a rendus sans en avoir fait usage j lequel billet au porteur s'est égaré dans mes papiers alors ; sauf que je sache ce qu'il est devenu, mais que je m'engage délai rendre j ou indemnité en cas de présentation au paiement

Plus, je reconnais ma quittance du 16 juillet lySS, dt dix-huit mille francs ; plus celle de neuf mille cinq cent livres du i4 août 1766.

Art. y. Plus , je reçois en paiement la défalcation dt la rente annuelle viagère de six mille livres , que j'ai dA lui fournir , aux termes de notre contrat en brevet pané chez Devoulges le 8 juillet 1761 y lesquels arréragcf n'ont été fournis que jusqu'en juillet 1762 ( k cause de plus fortes sommes que je lui ai prêtées alors ) et qui W montentaujourd'huiàquarante-six mille cinq cents livrer*

Art. YI. Plus, je me reconnais débiteur de mondi^ sieur de Beaumarchais de la somme de soixante-quinii ' mille livres , pour les fonds qu'il amis dans l'affaire des bois de la haute foret de Chinon , pii il est intéressé pont . un tiers , dans lequel je me suis associé avec lui pour les trois quarts , avec engagement de faire ses fonds et les miens aux termes de notre traité de société du 16 avril 1767 , lesquels fonds je n'ai point faits , mais bien lui.

Art. Yll. Plus, je me reconnais son débitecir de h somme de huit mille livres, pour les intérêts desditei 4ioixante»quinze mille livres , ainsi que je conviens de bf | porter. t

Art. VIII. Plus , comme j'exige qu'il me rende h '' grosse du contrat de six mille livres viagères qu'il a de , moi } quoiqu'il ne dût me le remettre que danii i« casth

MÉMOIRES. x47

je ferais quelque chose pour lui ( ce que je n'ai pu ) , et que j'en reçois le fonds en quittance de la somme de soixante mille francs , aux termes ,du<lit coi^trat , il résulte que mondit sieur de Beaumarchais m'a paye deux cent trentesept mille 1 ivres , ce quji passe s^ dette de quatre^ingt^i:^huit i^ille francs.

-AitT. IX. Pour remettre de la balance dans notre compte, j'exige de son amitié , qu'il résilie notre trai(|é des bois de Touraine. Par ce ipoyen , le tiers que nous y avons en commun lui restant en eotier , les soixante— quinxe mille livres qu'il a fait pour nous deux dans l'affaire lui deviennent propres ; et il ne sera dans le cas d'ei^suyer jamais aucune discussion , ni procès de la part de mes héritiers , ce qui ne manquerait pas de lui arriver s'ils me succédaient un jour dans cette association , comme le porte Tait. IV de notre traité de société ; mais , pour le dédoii^-* mager de l'appui qu'il perd aujourd'hui , pour la sui^e d'une affaire dans laquelle je l'ai engagé , et qui devient lourde et dangereuse , je lui tiens compte des huit mille livres convenues pour l'intérêt des soixante^quinze mille livres qui ont dû courir jusqu'à ce jour pour mon compte^ et je promets et m'engage de lui fournir en forme de prêt , d'ici à la fin de la présente année , la même somme de soixante*quinze mille livres, pour l'aider à faire les nouveaux fonds que l'affaire exige , desquelles soixante-quinze mille livres je ne recevrai point d'intérêt pendant huit a«s { que peut durer encore l'entreprise ) , du jour du prêt , lequel terme expiré , ils me seront remboursés par luj, ou , en cas de mort , à mon neveu Paris de Mézieux , ,$Qti ami , que j'en gratifie : et si Hiondit sieur de Beaumarchais aime mieux alors en passer contrat de constitution à qivatrc pour cent , que de rembourser; il en sera le maître. Art. X« Et pour f^tire k balance juste de notre compte,

je me reconnais son débiteur de la somme de vingt-trois mille livres , que je lui paierai à sa volonté , sans qu'il soit besoin d'autre titre que le présent engagements

Art. XI. Au moyen desquelles clauses ci-dessus énoncées , remise par mondit sieur de Beaumarchais , dea titres , papiers , reçus ; billets au porteur , grosse du contrat de six mille livres de rente viagère , résiliation du traité sur les bois , reconnaissance de mes quittances , arrété de compte , etc. Je reconnais mondit sieur de Beaumarchais ifuitte de tout envers moi.

Art. XII. Je promets et m'engage de lui remettre k sa ' première réquisition , la grosse en parchemin du contrat à quatre pour cent , de sa charge de secrétaire du roi j comme m'ayant été remboursé , avec tous les arrérages jusqu'il ce jour. Plus , je m'engage de lui remettre tous ses reçus, billets, missives, etc. de toutes les sommes qu'il a touchées de moi , par moi , ou par un tiers pour moi ; sous quelques formes que ces reconnaissances se trouvent, soit dans sa dette personnelle , soit pour le» fonds qu'il a touchés pour d'autres affaires, et notamment son billet au porteur du 19 août 1761 , de vingt mille livres, qui s'est égaré dans mes papiers.

Art. XIII. Plus, je m'engage à lui rendre toutes les lettres, papiers, sollicitations, etc. que la famille royale ' m'a faites ou fait faire pour lui et qu'il appelle %es lettres de noblesse.

Art. XIV. Plus, je m'engage de lui faire tenir un de mes grands portraits du meilleur maître, pour le don duquel il me sollicite depuis long-temps.

Art. XV. J'exige de son amitié qu'il brûle toute notre correspondance secrette ; comme je viens de le faire de mon c6té : afin qu'il ne reste aucun vestige du passé , et j'exige de son honneur qu'il garde toute sa vie le plus iprotonà secret sur ce qui me regarde , dont il a eu connaissance.

Art. XVI. Et moi , Caron de BeaumarcHais , aux clauses et conditions ci-dessus énoncées , je promets et m'engage de remettre demain pour tout délai , à mondit sienr Duvemey , les pièces essentielles qui lui manquent sous les numéros 5 , 9 et 62. Plus, le traité de société entre nous sur les bois de Touraine , que je résilie uniquement par respect pour le désir qu'il en a , dans un moment où j'aurais le plus besoin d'appui dans cette affaire } et. quoiqu'il m'eût été bien plus avantageux que mondit sieup . prît pour son compte tout le tiers d'intérêt que nous y. avons en commun , comme je l'en sollicite depuis longtemps, je refuse les buit mille livres de Tintérét des soixante-quinze mille livres avancées *, mais j'accepte le prêt de soixante-quinze mille livres comme une condition" rigoureuse de la résiliation , et sans laquelle elle n'aurait pas lieu , et ai^éfaut duquel prêt le traité reprendr^t toute sa force. Ainsi , pour la juste balance de notre compte , je réduis ma créance , sur mondit sieur Duverney , à la somme de quinze mille livres ; lesquelles payées , le contrat à quatre pour cent , les lettres , papiers , reçus , billets, remis , et le prêt de soixante-quinze mille livres effectué , je reconnais mondit sieur Duverney quitte de tout envers moi. Et pour tous les articles de cet arrêté fait double entre nous , nous donnons à cet écrit sous seingsprivés , toute la force qu'il aurait par-devant notaires ^ nous promettant d'en passer acte à lapremiëre réquisition de l'un de nous.

A Paris , le premier avril 1770 , Paris Duvemejr et Caron de Beaumarchais.

Au-dessus est écrit. Contrôlé à Paris le sept janvier 1771 , reçu soixante-seize livres seize sols.

Signé Langloïs.

Nota, Les mots en caractères italiques sont de la main de M. Duverney.

TjBLB/tv succinct du Compte raisonné des autres pa

Doit M, de Beaumarchais à M, Duverncjr , la somme

de iSpiOool.

Pour payer. • • • • • 1 39,000 1.

M* de Beaumali^U Coumit la i|uiiUnce du a7aôût 17G1 ,dc lafommedc' • 90|Oool.

fJem , du 16 juillet Ï7G5, de 18,000

ItUm^ du i4 août 1766^ de. 9,5oo

L(Ci arrcragcf nofi \i9jii* de la retit<;, -viagère de 6,000 Viv. dcpîiif juillet t7^ ju»riu!enjBvrJl 1770, 4C,5oo V 9 1

La IÏI1W5 dar- / "

gcmdantraflairf des l^if de Touraine , dont M.

Durerncy défait fttire les /ond». • 75,000

Ii'int/r4t de cette lotnnic port^ ^ • • • • . 8>ooo

Le fond du c^oiitraMleCioooL de rctite via^^cre que M. Du VITney rii€hcte,{iour ftOil CiipiUil. . , Co,or>o

Z7o/7 M Duvemey à A Beaumarchais . « 98,

Four le paiement, M. Duvernry nhandonnc & M. de Bcaumardiautletierid^Jn* li'f^t qu'iU ont dima les htnn de Touraine ; par Ih, il t^acqnilie envers lui de»

fonda avnnctM ,

^.'îjoool.

Total dc« paie»

ni(!nt« faim par M« de Beaumar-

M. de Beaumarchaif terii«c le» HfOool. d'irit<^r^(dcce«iroi^:

M. Duvehiey «j trouât: <;nœre ac* rpjittc do . . .

Par l\:rrit fait double d(n autres parts , M. Du-

verne}doiip'»yirr à la volontilricM.

dr IhiiMtnurthai»

la somme iU: , ,

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