‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 199 sur 279 · SCÈNE XV III · texte numérisé non relu

SCÈNE XV III

Les Précédents, FIGARO.

FiGAKO accourant.

XLlle a repris sa connaissance?

Suzanne.

Ah Dieu ! J'étoufle aussi. ( Elle se desserre. )

Le Comte crie.

Figaro ! vos secours !

Figaro étouffé.

Un moment, calmeZ'Vous. Sou état n'est plus si pressant. Moi qui étais dehors , grand Dieu I

Je suis rentré bien k propos ! Elle m'avait

fort ef&ayé ! Allons , Madame , du courage I

La Comtesse priant , renversée.

Dieu de bonté I fais que je meure I

Léon en V asseyant mieux.

Non, maman, vous ne mourrez pas, et nous réparerons nos torts. Monsieur I vous que je n/outragerai plus en vous donnant un autre nom , reprenez vos titres , vos biens ; je n'y avais nul

droit : hélas ! je Tignorais. Mais, parpîtié, n'écrasez point d'un déshonneur public cette infortunée qui

fut votre Une erreur expiée par TÎngt années

de larmes , est-elle encore un crime , alors qu'on fait justice? Ma mère et moi, nous nous bannissons de chez tous.

Le Comte exalté.

Jamais ! Vous n'en sortirez point.

Léon.

Un couvent sera sa retraite ; et moi , sous mon nom de Léon y sous le simple habit d'un soldat I je défendrai la liberté de notre nouvelle patrie. Inconnu y je mourrai pour elle y ou je la servirai en zélé cijoyen.

( Suzanne pleure dans un coin ; Figaro est absorbé dans l^autre. )

La Comtesse péniblement.

Léon ! mon cher enfant ! ton courage me rend la vie ! Je puis encore la supporter , puisque mon fils a la vertu de ne pas détester sa mcre. Cette fierté dans le malheur sera ton noble patrimoine* Il m'épousa sans biens ; n'exigeons rien de Jui. Le travail de mes mains soutiendra ma faible existence; et toi, tu serviras TEiat.

Le Comte avec désespoir.

Non, Rosine ! jamais. C'est moi qui suis le

Trai coupaWç ! De combien de vertus je payais ma triste vieillesse !•«•••

Là CoMT£65£U

Vous en serea enveloppé. — Florestine et Bégearss vous restent. Florestà , votre fille , Tenfant chéri de votre cœur I

Le Comte étonné*

Comment ?..... d^où savez-vous ? qui vous

Ta dit ?

La Comtesse.

Monsieur , donnez - lui tous vos biens ; mon fils et moi n'y mettons point d'obstacle; son bonheur nous consolera. Mais; avant de nous séparer y que j*obtienne au moins une grâce I Apprenez - moi comment vous êtes possesseur d'une terrible lettre que je croyais brûlée avec les autres? Quelqu^un m'a-t-il trahie?

Figaro s^ écriant»

Oui ! rin£l^me Bégearss : je l'ai surpris tantôt qui la remettait à Monsieur.

Le Comte parlant vite*

Non 9 je la dois au seul hasard. Ce matin y lui et moi , pour un tout autre objet , nous examinions votre écrin y sans nous douter qu'il eût un double fond. Dans le débat y et sous ses

46o LA MÈRE COUPABLE,

doigts ^ le secret s'est ouvert soudain , à son très-grand étonnement. Il a cru le coffre brisé !

F ï G A R o criant plus fort.

- Son étonnement d'un secret? Monstre! C'est

lui qui VdL fait faire I

Est-il possible ?

La ComtbssBi.

Il est trop vrai î

' Des papiers frappent nos regards ; il en ignorait l'existence ; et y quand j'ai voulu les lui lir*e ^ il a refusé de les voir.

S D z A N JS E s^ écriant.

Il les a lus cent fois avec Madame !

Le Comte..

Est-il vrai? Les connaissail-îl ?

La Comtesse.

Ce fut lui qui me lès remit ^ qui les apporta de l'armée , lorsqu'un infortuné mourut.

L E C o fil T E.

Cet ami sûr , instruit de tout ?

FiGÀKo , La Comtesss ^ Suzanne ^ ensemble ,

criant.

C'est lui ! *

L E C o ik T E.

tf

O scélératesse infernale I Avec quel art il m'avait engagé I A présent je sais tout.

Figaro.

Vous le croyez !

L s Comte..

Je connais son afiireux pro)eté Mais , pour ep

'être plus certain y déchirons le voile en entier»

Par qui savçz-voos donc ce ^i.tquche ma Flo-

restine?

L'a Comtesse Dite.

Lui seul na^en a fait confidence.

Léon "vite.

Il me l'a 4^^ ^^^^ ^^ secret.

S 0 z A N.N % vite.

' tl me l'a dit aussi.

Le Comte ai^ec horreur.

O monstre ! Et moi j'allais la luidonùer ! mettre lûa fortune en ses maiûs I - • !

' Figaro vii^ement.

Plus d'un tiers y serait déjà^ si j« n'avais porte ,

J{62 LA MÉRt COUPABLE,

sans vous le tlire;» Vos trois millions d'or en dépôt chez M. Fal : Vous alliez l'en rendre le maître, heureusement je m'en suis douté. Je TOUS ai donné son reçu

Le Cou te vwement* .

Le scélérat vient de me 1/cnlever pour en aller toucher la somme.

Figaro désolé.

O proscription sur moi I Si Targent est remis , tout ce qoe j'ai ^fâît -est perdu I Je coura chez •M. Fal.'Dieu veuille'qQ^il ne -soit pas trop tard!

Le Comte à Ffgaro.

Le traître n'y peut être encore.

rF I G A .R o.

S'il a perdu un temps ^ nous le tenons. J'y cours. (Jl veut sortir.)

Le Comte vivéhient , l arrête •

Mais 9 Figaro ! que le fataf secret dont ce moment vient de t'instruire^^K^bei^sefreli. Jt|an$ ton sein ? . , .

F I G A R O fipec un^' grande, scfisibiliti^.

Mon maître ! il y a Viqg): ws^u^il 6stda:»$ ce sein-là y et dix ^que je travaille a empêcher qu'un monstre n'en abuse ! Attendez surtout mon retour , avant de *]ireûdre auCuiapSifd. '

Le Comte ^vivement.

Penserait-il se disculper?

Figaro.

Il fera tout pour le tenter ; ( // tire une lettre de sa poche. ) mais voici le préservatif. Lisez le contenu de cette épouvantable lettre ; le secret de Tenfer est là. Vous me saurez bon gré d'avoir tout fait pour me la procurer. ( // lui remet la lettre de Begearss.) Suzanne ! des gouttes à ta maîtresse. Tu filais comment jejes prépare ! (// lui donne un Jlacon.) Passéz-la sur sa chaise longue ; et le plus grand calme autour d'elle. Monsieur ^ au moins , ne recommencez pas ; elle s'éteindrait dans nos mains I

Le Comte exalté.

Recommencer ! Je me ferais horreur !

Figaro à la Comtesse.

VousTentendez , Madame? Le voilà dans son caractère I et c'est mon maître, que j'entends. Ah ! je l'ai toujours dil de lui : la colère , chez les bous cœurs y n'est qu'un besoin pressant de pardonner! ( // sort précipitamment.)

( Le Comte et Léon la prennent sous les bras; ils sortent tous.

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