SCÈNE XV III
Les Précédents, FIGARO.
FiGAKO accourant.
XLlle a repris sa connaissance?
Suzanne.
Ah Dieu ! J'étoufle aussi. ( Elle se desserre. )
Le Comte crie.
Figaro ! vos secours !
Figaro étouffé.
Un moment, calmeZ'Vous. Sou état n'est plus si pressant. Moi qui étais dehors , grand Dieu I
Je suis rentré bien k propos ! Elle m'avait
fort ef&ayé ! Allons , Madame , du courage I
La Comtesse priant , renversée.
Dieu de bonté I fais que je meure I
Léon en V asseyant mieux.
Non, maman, vous ne mourrez pas, et nous réparerons nos torts. Monsieur I vous que je n/outragerai plus en vous donnant un autre nom , reprenez vos titres , vos biens ; je n'y avais nul
droit : hélas ! je Tignorais. Mais, parpîtié, n'écrasez point d'un déshonneur public cette infortunée qui
fut votre Une erreur expiée par TÎngt années
de larmes , est-elle encore un crime , alors qu'on fait justice? Ma mère et moi, nous nous bannissons de chez tous.
Le Comte exalté.
Jamais ! Vous n'en sortirez point.
Léon.
Un couvent sera sa retraite ; et moi , sous mon nom de Léon y sous le simple habit d'un soldat I je défendrai la liberté de notre nouvelle patrie. Inconnu y je mourrai pour elle y ou je la servirai en zélé cijoyen.
( Suzanne pleure dans un coin ; Figaro est absorbé dans l^autre. )
La Comtesse péniblement.
Léon ! mon cher enfant ! ton courage me rend la vie ! Je puis encore la supporter , puisque mon fils a la vertu de ne pas détester sa mcre. Cette fierté dans le malheur sera ton noble patrimoine* Il m'épousa sans biens ; n'exigeons rien de Jui. Le travail de mes mains soutiendra ma faible existence; et toi, tu serviras TEiat.
Le Comte avec désespoir.
Non, Rosine ! jamais. C'est moi qui suis le
Trai coupaWç ! De combien de vertus je payais ma triste vieillesse !•«•••
Là CoMT£65£U
Vous en serea enveloppé. — Florestine et Bégearss vous restent. Florestà , votre fille , Tenfant chéri de votre cœur I
Le Comte étonné*
Comment ?..... d^où savez-vous ? qui vous
Ta dit ?
La Comtesse.
Monsieur , donnez - lui tous vos biens ; mon fils et moi n'y mettons point d'obstacle; son bonheur nous consolera. Mais; avant de nous séparer y que j*obtienne au moins une grâce I Apprenez - moi comment vous êtes possesseur d'une terrible lettre que je croyais brûlée avec les autres? Quelqu^un m'a-t-il trahie?
Figaro s^ écriant»
Oui ! rin£l^me Bégearss : je l'ai surpris tantôt qui la remettait à Monsieur.
Le Comte parlant vite*
Non 9 je la dois au seul hasard. Ce matin y lui et moi , pour un tout autre objet , nous examinions votre écrin y sans nous douter qu'il eût un double fond. Dans le débat y et sous ses
46o LA MÈRE COUPABLE,
doigts ^ le secret s'est ouvert soudain , à son très-grand étonnement. Il a cru le coffre brisé !
F ï G A R o criant plus fort.
- Son étonnement d'un secret? Monstre! C'est
lui qui VdL fait faire I
Est-il possible ?
La ComtbssBi.
Il est trop vrai î
' Des papiers frappent nos regards ; il en ignorait l'existence ; et y quand j'ai voulu les lui lir*e ^ il a refusé de les voir.
S D z A N JS E s^ écriant.
Il les a lus cent fois avec Madame !
Le Comte..
Est-il vrai? Les connaissail-îl ?
La Comtesse.
Ce fut lui qui me lès remit ^ qui les apporta de l'armée , lorsqu'un infortuné mourut.
L E C o fil T E.
Cet ami sûr , instruit de tout ?
FiGÀKo , La Comtesss ^ Suzanne ^ ensemble ,
criant.
C'est lui ! *
L E C o ik T E.
tf
O scélératesse infernale I Avec quel art il m'avait engagé I A présent je sais tout.
Figaro.
Vous le croyez !
L s Comte..
Je connais son afiireux pro)eté Mais , pour ep
'être plus certain y déchirons le voile en entier»
Par qui savçz-voos donc ce ^i.tquche ma Flo-
restine?
L'a Comtesse Dite.
Lui seul na^en a fait confidence.
Léon "vite.
Il me l'a 4^^ ^^^^ ^^ secret.
S 0 z A N.N % vite.
' tl me l'a dit aussi.
Le Comte ai^ec horreur.
O monstre ! Et moi j'allais la luidonùer ! mettre lûa fortune en ses maiûs I - • !
' Figaro vii^ement.
Plus d'un tiers y serait déjà^ si j« n'avais porte ,
J{62 LA MÉRt COUPABLE,
sans vous le tlire;» Vos trois millions d'or en dépôt chez M. Fal : Vous alliez l'en rendre le maître, heureusement je m'en suis douté. Je TOUS ai donné son reçu
Le Cou te vwement* .
Le scélérat vient de me 1/cnlever pour en aller toucher la somme.
Figaro désolé.
O proscription sur moi I Si Targent est remis , tout ce qoe j'ai ^fâît -est perdu I Je coura chez •M. Fal.'Dieu veuille'qQ^il ne -soit pas trop tard!
Le Comte à Ffgaro.
Le traître n'y peut être encore.
rF I G A .R o.
S'il a perdu un temps ^ nous le tenons. J'y cours. (Jl veut sortir.)
Le Comte vivéhient , l arrête •
Mais 9 Figaro ! que le fataf secret dont ce moment vient de t'instruire^^K^bei^sefreli. Jt|an$ ton sein ? . , .
F I G A R O fipec un^' grande, scfisibiliti^.
Mon maître ! il y a Viqg): ws^u^il 6stda:»$ ce sein-là y et dix ^que je travaille a empêcher qu'un monstre n'en abuse ! Attendez surtout mon retour , avant de *]ireûdre auCuiapSifd. '
Le Comte ^vivement.
Penserait-il se disculper?
Figaro.
Il fera tout pour le tenter ; ( // tire une lettre de sa poche. ) mais voici le préservatif. Lisez le contenu de cette épouvantable lettre ; le secret de Tenfer est là. Vous me saurez bon gré d'avoir tout fait pour me la procurer. ( // lui remet la lettre de Begearss.) Suzanne ! des gouttes à ta maîtresse. Tu filais comment jejes prépare ! (// lui donne un Jlacon.) Passéz-la sur sa chaise longue ; et le plus grand calme autour d'elle. Monsieur ^ au moins , ne recommencez pas ; elle s'éteindrait dans nos mains I
Le Comte exalté.
Recommencer ! Je me ferais horreur !
Figaro à la Comtesse.
VousTentendez , Madame? Le voilà dans son caractère I et c'est mon maître, que j'entends. Ah ! je l'ai toujours dil de lui : la colère , chez les bous cœurs y n'est qu'un besoin pressant de pardonner! ( // sort précipitamment.)
( Le Comte et Léon la prennent sous les bras; ils sortent tous.