‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 61 sur 279 · FIGARO, SUZANNE, LA COMTESSE, LE COMTE, ANTONIO · texte numérisé non relu

FIGARO, SUZANNE, LA COMTESSE, LE COMTE, ANTONIO

Antonio, demi-gris, tenant un pot de giroflées

écrasées.

lYloNSEiGNEUR ! Monscigueurl

Le Comte.

Que me veux-tu , Antonio ?

Antonio.

Faites donc une fois griller les croisées qui donnent sur mes couches. On jète toutes sortes

l6o LE MARIAGE DE FIGARO,

de choses par ces fenêtres; et loui à l'heure encore on vient d'en Jeter un homme.

Il B C O X T C.

Par ces fenêtres ?

Antonio.

Regardez comme on arrange mes giroflées î

Suzanne^ bas à Figarp* Alerte , Figaro ! alerte.

Monseigneur , il est gris dès le matin«

Antonio.

Vous n'y êtes pas. C'est un petit reste d'hier. Voilà comme on fait des jugements..»* ténébreux^

Le Comte açecfeu.

Cet homme ! cet homme l où est-il ?

A N X o N I e- Où il est?

Oui.

A N T o N I On

C'est ce que >€ dis. 11 faut me le trouver dé^â. Je suis Yoti:e domestique ; il n'y a que moi qui

-• - -- -^— rf^^*««>^-**a» . . .-..^^ ... i&.A,

prends soin de votre jardin ; il y tombe un homme et vous sentez... que ma réputation en est effleurée.

Suzanne^ bas à Figaro.

Détourne 9 détourne.

Figaro.

Tu boiras donc toujours?

Antonio.

Et si je ne buvais pas^ je deviendrais enragé*

La Comtesse.

Mais en prendre ainsi sans besoin

Antonio.

Boire sans soif et faire Famour en tout temps ^ Madame ; il n'y a que ça qui nous distingue des autres bêtes.

Le Comte virement.

Réponds-moi donc , ou je vais te chasser.

Antonio.

Est-ce que je m'en irais ?

Comment donc ?

Antonio se touchant le front.

Si vous n'avez pas assez de ça pour garder un Théâtre. II. 1 1

ï62 LE MARIAGE Ï)E FIGARO >

bon domestique; je ne suis pas assez bêté^ moi ^ pour reavoyer un si boi^ maître.

Le CoïkiTE le secoue avec colère*

Ou a^ dis-tu^ jeté un homme par cette fenêtre?

Antonio.

Oui , mon Excellence; tout a l'heure, en Teste blanche, et qui s'est en^i, j^nû, courant

Le g. 9 y X e impqJÀfinté.

Après?

Antonio»

J'ai bien tojuIu courir après ; msûs jq mje $uis donné contre la grille une si fière gourde à la main , que je ne peux plus remuer ni pied ni patie de ce doigt-là. ( Lapant le doigt* )

Le .C o si t e.

Au moins tu reconnaîtrais l'homme 7

Antonio.

Oh \ que oui-dà ! si je l'avais tu ! pointant !

S u z À N N ç bas ^ Figaro*

Il ne l'a pas tu.

Figaro.

Voila bien du train pour un pot de fleurs ! combien te faut-il, pleurard! aTce ta giroflée? Il est inutile de chercher ^ Monseigneur > c'est moi qui ai sauté.

Comment c'est vous !

Antonio.

Combien tefautM, pleurard? Votre corps a donc bien grandi depuis ce temps-là? car je TOUS ai trouvé beaucoup plus moindre y et plus

fluet I

Certainement; quand on saute ^ ou se pelotonne.....

Antonio.

M'est avis que c'était plutôt qui dirait^ le

gringalet de page.

Le Comte.

Chérubin , tu yeux dire ?

Figaro.

Oui, revenu tout exprès avec son cheval,. de la porte de Séville , où peut-être il est déjà.

Antonio.

O! non , je ne dis pas ça, je ne dis pas ça; je n'ai pas vu sauter de cheval , car je le dirais de même.

Le C o v t e.

Quelle patience !

iG4 Lï'' MARIAGE DE FIGARO,

Figaro.

J'étais dans la chambre des femmes eu veste

blanche : il fait un chaud! J^actendais là ma

Suzanette, quand j'ai oui tout à coup la' voix de

Monseigneur , et le grand bruii qui se fesait : je

ne sais quelle crainte m'a saisi à l'occasion de ce

billet; et s'il faut avouer ma bêtise, j'ai sauté

s:ms réflexion sur les couches, où je me suis

n)ême un peu foulé le pied droit. ( Il frotte son

pied. )

Antonio.

Puisque c'est vous , il est juste de vous rendre ce briuborion de papier qui a coulé de votre veste en tombant.

Le Comte se jette dessus»

Donne-le moi. (// oupre le papier et le re^

ferme. )

Figaro à part.

Je suis pris.

Le Comte à Figaro.

La frayeur ne vous aura pas fait oublier ce que contient ce papier, ni comment il se trouvait dans votre poche ?

Figaro embarrassé^ fouille dans ses poches

et en tire des papiers.

INon sûrement.... Mais c'est que j'en ai tant.

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