SCÈNE XVI
LE COMTE, allant de côté et d'autre ; MARCELINE, BARTHOLO, FIGARO, BRID'OISON*
xVh! je
Marcelin K s'assied.
respire.
Etmoi, j'éloufTc.
Le Comte {à part.) Au moins je suis vengé, cela soulage.
Figaro (dpart.)
Et ce Bazile qui devau s'opposer au mariage de Marceline ; voyez comme il revient! — (au Comte qui sort) Monseigneur yoqs nous quittez?
Là z Comte.
Tout est jugé.
Figaro, a Brid' oison. •
C'est ce gros enflé de conseiller
B R I d' a i s o N« Moi , gro-os enflé !
ai8 LE MARIAGE DE PIGARO,
me rendez à ma noble famille , mettez un prix à ce service ; des monceaux d'or n'arrêteront pais mes illustres parents*
BarthOiPO^ montrant MarceUne^
Voilà ta mère.
•••• Nourrice ? • •
Ta propre mère.
Le Comte.
Sa mère I
Figaro*'
Expliquez-vous.
Marceline, montrant Bariholo.
Voilà ton père.
FiGAROy désole'i
O o oh! ayc de moi. • ^
Marceline.
Est-ce que la nature ne te Va pas dit mille fois?
Jamais.
Le CoMT£(à part )• Sa mère !
C'est clair, î-il ne Tépousera pas.
oBartholo.
Ni moi non plus.
Marceline.
Ni vous ! et votre fils ? vous m'aviez juré.*..
Baatholo.
, J'étais fou. Si pareils souvenirs engageaient , on serait tçnu d^épouser tout.ie monde.
Brid'oison*
E-et si Ton y regardait de si près, per-ersonne n'épouserait personne.
Bartholo.
■ Des fautes si connues ! une jeunesse déplorable I
Marceline, surchauffant par degrés*
Oui , déplorable , et plus qu'on ne croit ! je n'entends pas nier mes fautes , ce jour les a trop bien prouvées ! mais qu'il est dur de les expier après trente ans d'une vie modeste ! j'étais née ,
i:j* Ce qui suit, eçferiné dans ces deux index, a éié retranche par les Comédiens Français aux représentations de Paris.
3ao LE MARIAGE DE FIGARO,
moi, pour être sage, et je le suis devenue sitôt qu'on m'a permis d'user de ma raison. Mais dans Tâge des illusions, de Tinexpérience et des besoins , où les séducteurs nous assiègent , pendant que la misère nous poignarde, que peut opposer une enfant à tant d'ennemis rassemblés ? tel nous juge ici sévèrement, qui , peut-être ^ en sa vie a perdu dix infortunées !
Figaro.
Les plus coupables so»t les moins généreux ; c'est la règle. * ♦ • •
'Hommes plus qu'ingrats , qui. flétrissez pat le mépris les jouets de vos passions , yos victimes ( c'est vous qu'il faut punir des erreurs de notre jeunesse; vous et tos magistrats, si vains du droit de nous juger , et qui nous laissent enlerer, par leur coupable négligence , tout honnête moyen de subsister. Est-il un seul état pour les malheureuses.fîlle$? Elles avaient un droit naturel k toute la parure des femmes : on y laisse former mille ouvriers de Tautre sexe.
Figaro, en colère.
Ils font broder jusqu'aux soldats !
Marceline exaltée.
Dans les rangs mêmes plus élevés, les femmes
A C T E 1 1 I. aai
n^obtiennent de tous qti^une considération dérisoire; leurrées de respects apparents, dans une servitude réelle ; traitées en tnineures pour nos biens ^ punies en majeures pour nos fautes ! ah , sous tous les aspects , yotre conduite avec nous -fait horrmir , ou pitié !
Figaro.
Elle a raison !
Le Comte (à part )•
Que trop raison I
Elle a , mon-on dieu raison.
Marceline.
Mais que nous font , mon fils , les refus d'un homme injuste ? ne regarde pas d'où tu viens , Tois où tu Tas ; cela seul importe à chacun. Dans quelques mois ta fiancée ne dépendra plus que d'elle-même ; elle l'acceptera , j'^i réponds : yîs entre une épouse , une mère tendres qui te ché^ riront à qui mieux-mieux. Sois "indulgent pour elles ^ heureux pour toi , mon fils; gai , libre et bon pour tout le monde : il ne manquera rien k
ta mère. •
Figaro;
Tu parles d'or , maman , et je 91e tiens à ton
aaa LE MARIAGE DE FIGARO,
avis. Qu'oD est sot en effet ! il y a des mille et mille ans que le monde roule, et dans cet océan de durée où j'ai par hasard attrapé quelques chétifis trente ans qui ne reviendront plus, j'irais me tourmenter pour savoir à qui )e les dois ! tant pis pour qui s'en inquiète. Passer ainsi la vie à chamailler, c'est peser sur le collier sans relâche comme les malheureux chevaux de la remonte des fleuves , qui ne reposent pas , même quand ils s'arrêtent , et qui tirent toujours quoiqu'ils cessent de marcher. Nous attendrons. ^
Sot événement qui me dérange !
B R I n'o 1 s o N , à Figaro.
Et la noblesse et le château? vous impo-osez
à la jusdce ?
Figaro.
Elle allait me faire faire une belle sottise ^ la justice ! après que j'ai manqué , pour ces maudits cent écus 9 d'assommer vingtf ois Monsieur , qui se trouve aujotird'hui mon père ! mais^ puisque le ciel a sauvé ma vertu de ces dangers; mon père^ agréez mes excuses... Et vous, ma mère, embrassez-moi—.le plus maternellementque vous pouirez.
(^Marceline lui saute au cou* )
A C T E 1 I I. aa5
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