‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 4)Chapitre 205 sur 267 · QUI VOUDRAIENT AIMER L'OPÉRA · texte numérisé non relu

QUI VOUDRAIENT AIMER L'OPÉRA

\^E n'eat point cle roit de ckapter^ du talent de l^ien modiiler , ni de la combinaison des sors; ce n'est point de la Musique en elle- même , (pie je «▼eux TOUS entretenir : c'est Taction de la poésie sur la musique^ et la réaction de celle-ci sur U poésie au i^éâtre, qu'il. m^qpporte d'examiner» relaiivemeqt aux ouvrages où ces deux vûtî^ se réunissent. Il s'agit moins- pour moi d'un nouvel opéra f que d'un nouireau moyen d'intéresser ^ l'opéra*

Pour TOUS disposer à m'entendre, li m'écouter avec un peu de bveur , le tous dirai » mes chert contemporains y que je ne ccmnais point de siècle où j'eusse prétéré de naître ; point de nation à qui j'eusse aimé mieux appartenir* Indépendamment

48» Airx ABONNÉS

de tout ce que la société française a d* je Tois en bous , depWsiringt ou ireoie ans , émulation TÎgourense , uiî désir général d'agrandir nos idées par d'uii]es recherches, et le bonhev^ de tous y par l'usée ôfi la raison*

On cite le siècle dernier comme un beau siècle littéraire; mais qu'est-ce que la littérature dans la masse dos objets utiles ? Un tioble de Tcsprit. On citera le nôtre comme un profond de science, de philosophie» fi^cood découvertes, et plçiu.de force et déraison. L' prit de la nation semble être dans une crise reuse : une lumière vive et répandue fait senûr à cSiacuti que tout peut être mieux. On 8*inqnièie • on s''ighe , on inrenfe, on réforme ; ec dopuîs b sciowte profonde qui régit les gonTeroemenis , jusqu^au talent frivole de Elire une chanson : ilepuis cette éleTatiun de génie qui iàk admirer Yollaire et Builbq , . piaqti'ao métier Sicile et im* cratif de critiquer ce qu'on n'amnit pu £iire ; (C Tots dans toutes Jet classes nii désir de valoir, de préTaloir, d'étendre ses idées, ses connaissances ses j< iuiss.inces , qui ne |>cut «pie tourner a TaTan*

îa^uàivrrKd;'ct <t'est ainsi que lotit s'aecrott» f irospètfe et s\nRiéliore. Essayons , s'il M peut , d^amcliorcr un grand spectacle.

7*ous les hommes ^ vous le savez > ne sont pas araniageusoment placer) pour exécuter de grandes

choses : chacun de nous est ce qu^il naquît ^ et devient après ce qu'il peut. Tous les instants de la vie du même homme ^ quelque patriote qu'il soit, ne sontpas non plus destinés à des objets d'égale utilité : mais si nul ne préside au choix de ses travaux , tous au moins choisissent leurs plaisirs ; et c'est pent-^tre dans ce choix qu'un observateur doit chercher le vrai secret, des caractèrc^. Il faut du relâche a Tes^H^it. Après le travail forcé des affuires , chacun suit son attrait dans ses amusements : l'un chasse , l^autre boit , celui-ci joue , tm autre intrigue ; et moi qui n'ai point tous ces goûts, je fais im modeste opéra.

•Je conviendrai naïvement , pour qu'on ne me dispute rien , qife de toutes les frivolités littéraires , une dès pKis fri tôles esft peut-être tm poème de ce genre. Je conviens encore que si Vîwtetir d'un tel ouvrage allait s'offenser du peu de cas qu'on en fait ; malheureux par ce ridicule, et ridicule par ce malheur, il serait le plus sot de ious ses ennemîi,

Mais d'cfcLtTiàît ce dédain pour le poème d'un opéra? Cvtf enfin, ce travail a sa difficulté. Sô^ ^ùt-ce que la nation française, plus chansonnière qite musicienne, préfère aux madrigaux de sa muvsîque , l'épigramme et ses Tandevîlîes ? Quelqu'un a dit que les Français aimaient vérita- Wcmeni les chansons, mais n'avaient que la vanité

490 AUXABONNÉS

d'un préteDdu goùi de mutique* Ne point ceice opinion , de peur de la

Le froid dédain d^un opéra ne tieni4l t^t de ce qu'à ce specmcley la réunion de tant d'arts nécessairea k sa fomatîoBft jeter un peu de coofuaioa dana T rang qu'ils doivent y tenir ; anr le driHt d'en attendre*

La véritable hiérarchie de ce$ arts , devnit , ce me semble ^ ainai marcher dans Testiaie des tateurs. Prenâèrettent , la pièce ou linTi sujet, qui embrasse et comporte la l'intérêt ; puis la beauté du poème » ou la aisée d*en narrer les événements ; pois le de la musique f qui n'est qu'une express» velle ajoutée au clvume des vers ; en6o t Tagrc* qient de la danse, dont la galté» la gep|iHrm«t cm* |>ellii quelques froides situations* Tel esc» dms l'ordre du plaisir , le rang marqué po«r loaa ces arts*

Mais par une inversion faiaarre » paiiiculièif a l'opéra^ il semble que la imce n'y soit tim qu'un moyen b^nnal » un prétexte pour &ire farî!» 1er tout ce qui n'est pas elle* Ici, las acceasoirci ont usurpé le premier rang, pendant que le iaod du sujet n'est plus qu'un très-«iince c'est le canevas des brodeiya qoe chaom à volonté*

D E L ' O p. à R A. 4gi

ComioeDt dcmc .est*on parvenu à nous donner ûnsî le change? Nos Français^ que Ton sait sî 7 ifs sur ce qui tient à leurs plaisirs , seraient -ils ^ids sur celui-ci 7

EssayoQ^ d'expliquer pourquoi les amateurs les plus zélés (moi le premier) s'ennuient toujours il . Tcipéra. Voyons pourquoi dans ce spec« tacle , on compte le poème pour rien; et comment la musique, toute insignifiante qu'elle est ^ lorsqu'elle .marche sans appui ^ nous attache plus que les paroles f et la danse plus que la musique. Ce problème , depuis long-temps, avait besoin qu'on Texpliquit; je vais le faire à ma manière.

D'abord 9 je me suis conyaincu que, de la part

du public > il n'y a point d'erreur dans ses jii^e*

ments au spectacle , et qu'il^ne peut y en avoir.

Déiermii^ par le plaisir , il le cherche, il le suit

partout. S'il lui échappe d'un côté , il tente à le

saisir de l'autre. -iMsé, dans l'opéra, de n'ên«

tendre point les paroles , il se tourne vers la ipUf-

sîque : celle-ci , dénuée de Tintérél du poème ,

amusant à peine l'oreille , le cède bientôt à la

dause > qui de plus amuse les yeux» Dans cette

subversion funeste à f effet théâtral , c'est tou^-

jours^ comme on voit , le plaisir que l'on cherche:

tout le reste est indifiérenl. Au lieu de m'iospi»

rer UQ puissant intérêt, sil'opérane m'olire qu'un

puéril amusement, quel droit a-t-il à mon estime?

Le spectateur a donc raison ; c'est le sp^rtaqui a ton.

Boileau écrirait à Racine : On ne f^ra un bon opéra. La musique ne sait pas arait raison , pour son temps. H aurait p« loirz^ ajouter : la musique ne sait pas diahgaer. ^^ ne se doutait pas alors qu'eDe en deriut prcs « susceptible.

Dans une lettre de cet honune qui a toot penlont écrit ; dans une lettre de Voltaire i C» î-^ ville ^ en 173!», on lit ces mots bien remarqiubl- * « dopera n'est qu'un rendez -vous pul^lic. • . » l'on s'assemble k certains jours^ sans trop ui .-.: >i pourquoi : c*est ime maison où toot le m-o'^ » va, quoiqu*on pense mal du maître » et q^'J » soit ass(!7 enuuycux. m

Avant lui , la Bruyère avait dit : « On voit K-r i> que Topera est Tébauche d'un grand ^perCat !* M il en donne Pidée ; mais |e ne sais pas coeurs :r '. » Topera » avec une musique si parfaite et one *i i> pense toute royale^ a pu réussir k m'ennui er.

Ih di)»aioiU librement ce que chacun éprouvât, malgré jo ne sais ipielle vamté nationale qui p:tait tout le- monde à le dîssimtilcr. Quoi ! dr U vanité jusque dans Tennui (Ton âpertacle ! \e dîn « volontiers comnie Tabbé Basile : ^cf'rxf-o» d- •qu'on trompe id? Tout le monde est daàt ^ .*• crett

Quant à moi , qui sais né très -sensible aux charmes de la bonne musique ^ j'ai bien longtemps cherché pourquoi Topera m'ennuyait, malgré tant de soins et de frais employés k Teffet contraire; et pourquoi tel morceau détaché qui me charmait au clavecin ^ reporté du pupitre au* grand cadre , était près de me fatiguer s'il ut m'ennuyait pas d'abord ; et Toici ce que j'ai cru voir.

Il y a trop dç musique dans la musique du théâtre , elle en est toujours surchargée ; et pour employer l'expression naïTe d'un homme justement célèbre^ du célèbre chevalier Glutk : notre opéra pue de musique : Puzza di Aîusicd.

Je pense donc que la musique d'un opéra n'est , comme sa poésie , qu'un nouvel art d'embellir la parole , dont il ne faut point abuser.

Nos poètes dramatiques ont senti que la magnificence des mots , que tout ce luxe poétique dont l'ode se pare ayec succès , était un ton trop exalté pour la scène : ils ont tou& vu que , pour intéresser au théâtre f il Cillait adoucir ^ apaiser cette poésie éblouissante ^ la rapprocher de la nature; l'intérêt du spectacle exigeant.une vérité simple et naïve , incompatible avec ce luxe* . ^ Cette réforme faite ^ heureusement pour nous^ dans la poésie dramatique^ nous restait ii tenter sur la musique du théâtre. Or s'il est vrai^ comme

Page 1