‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 5)Chapitre 119 sur 199 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

se plaise aies dédommager de nos cruels préjugés par un mérite plus essentiel.

Pauline.

Ce préjugé n'en est pas moins respectable^

Mélac fils, ai^ec chaleur.

Il est injuste , et je mettrai ma gloire k le fouler aux pieds.

Pauline.

Il subsistera dans les autres.

Mon bonheur dépend de vous seule.

On se lasse bientôt d'un choix qui n'es t approuvé de personne.

Mélac fils.

Le mien mérite une honorable exception «•

Pauline.

11 ne l'obtiendra pas.

Mélac fils.

Il m'en sera plus cher. N'aggrave2 pas un malheur idéal. Ah ! soyez plus juste envers vous y tout ce qui ne dépend pas du caprice des hommes ,

Théâtre. /. 21

TOUS Pavez avec profusion; tl, si mon amour pouvait augmenter^ cette injure du sort raccrofirait encore.

Pau LIN £9 ai^ec dignité.

Mélac , une femme doit avoir droit au respect 4e son mari. Je rougirais devant le mien... N'en parlons plus. Je n'en fais pas moins à votre père le sacrifice de toute ma fortune. Une retraite profonde est Tasyle qui me convient ; heureuse si votre souvenir n'y trouble pas mes jours ! ( Elle se lèf^e. )

Mélac fils , au désespoir.

Quel cœur avez-vous donc reçu de la nature ? Vous vous jouez de mon tourment ! Pauline , renoncez à cet odieux projet , ou je île répouds plus... Jour à jamais détestable !... Je sens un dé- €ordre... Ah ! j'en perdrai la vie...

( // se jète sur un siège. )

Pauline.

Il m'effraye ! Je ne puis le quitter. Mélac , mon ami , mon frère.

M £ L A c fils , avec ^ égarement.

Moi votre ami! moi votre frère! Non, je ne vous suis rien. Allez , cruelle , tous ne me surprendrez plus. Le trait empoisonné que vous

ayez enfoncé dans mou cœur n'en sortira qu'avec ma vie. Me tendre un piège affî*eux ! et me rendre garant des propos insensés que le désespoir m'a fait tenir! aU! ce]a est 4'uii6 cruauté !•••

jP 4 fT J. I N E

Ecoutez-moi^ Mélac,

M É L A c fifs.

Je ne vous écoule plus. Vous ne m'avez jamais aimé. Je n'écoute plus une femme qui emploie un indigne détour pour renoncer à moi.

Pauline, avec un grand trouble*

Eh bien ! mon cher Mélac , je n'y renonce pas. Tant d'amour me touche, plus qu'il ne convient peut-être k la malheureuse Pauline. Je n'y renonce pas : mais , au nom de ton père^ sors de cet égarement qui me tue.

Mélac fils , s^ l^af}t*

Vous voyez bien, Pauline, ce que vous me promettez... vous le voyez bien. Si jamais vous rappelez.... si jamais.... ( // tombe à ses genoux avec ardeur^ ) Jurez^moi que vous oublierez les blasphèmes que j'ai horreur d'avoir proférés devant vous. Jurez-le moi«

Pauline.

Puisses-tu )es oublier toi-oxéme!

ai.

M £ L À C fils.

Jurez-moi que vous me rendez votre cœm*.

Pauline.

Te le rendre ^ ingrat ! il n'a pas cessé d^être à toi.

M ÉLAC fils, se relevant.

* Eh bien! pardon. Je suis indigne de toute

grâce ; et^ si j'ai Taudace de la solliciter.

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