‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 5)Chapitre 129 sur 199 · SCÈNE XI et dernière · texte numérisé non relu

SCÈNE XI et dernière

SAINT-ALBAN, AURELLY, MÉLAC père, PAULINE, MÉLAC fils, DABINS.

Mélac fils, décriant.

Aux pieds de mon père I

Mélac père.

DabinsI tous m'avez trahi !

D.A B I N s, avec joie.

Poiivais-je garder Totre secret, en apprenant que Monsieur acquittait votre dette ?

Mélac père.

Il vient à mon secours? ( A part.) O vertu ! voilà ta récompense. {A Aurelly.) Ami> quelles sont donc tes ressources?

Saint-Alban.

Tout le bien de Mademoiselle ea dépôt dans ses mains*

M É L A c père.

De notre Pauline? — Ah! mon cher Aurelly I

Tu te perdais pour moi I

M É L A c père.

Mais^ toi...»

' Aurelly.

Peux-tu comparer de l'argent^ lorsqu'il t'en coulait 1 eiat et Thonneur ?

M É L A c père.

Je m'acquittais euTcrs mon bienfaiteur^mal-

heureux ; mais toi ! dans tes soupçons sur ma

probité/ devais-tu quelque chose à ton coupable

ami?

M É L A c fils ^ aç^ec joie.

Ah mon pèr€ !

Saint-Albak.

Eh bien monsieur Aurelly ! — Puîs-je accepter , en paiement ^ le mandat que tous m'offrez ?

M É, L A c père , avec effroi.

Quel mandai ?

Théâtre. L 35

ÂURELLY> pénétré f à Saint-Alban.

Vous serez satisfait. Monsieur : mon premier sentiment lui était bien dû; le second me rend tout entier à mon malheur.

M É L A c père.

Voilà ce que j'ai craint !

Je n'avais à tous offrir, pour mon ami, que des effets qui se trouvent embarrassés, je reprends mon mandat. Votre argent est encore dans ma caisse , et Dieu me garde d'en user. Dabins, reportez-le chez monsieur de Mélac, et moi...« je vais subir mon sort.

^ M É L A c père.

Ariétez : je ne le reçois pas.

Qu'est-ce à dire , Mélac ?

M É L A c père.

Malheureux Dabins !....

Me croyez-vous assez indigne ?.••

Mélac père.

Monsieur de Saint-Alban ! il serait Ixorrible a

vous d'abuser d'un secret, que voua ne devez qu'à notre confiance. — Non , je jure que l'argent n'y rentrera pas.

Veux-tu me causer plus de chagrins que tù n'as espéré de m'en épargner?

M ÉLAC fîls^ avec ardeut.

Monsieur Aurell j ^ ne refusez point.

Pauline.

Monsieur de Saint- Alban I....

Mélac fils; à Saint' Alban.

Vous aimez la vertu.

Mélac père.

Laisserez-vous périr son plus digne soutien ?

AuRELLY^ ai^ec enthousiasme.

Que faites-vous y mes amis ? Pour m'empécher d'être malheureux, vous devenez tous coupables. Oubliez-vous qu'un excès de générosité vient d'égarer l'homme le plus juste? Et s'il eut tort de toucher à cet argent , qui m'excuserait d'oser le retenir ?

Mélac père.

Le consentement que nous lui demandons.

Qu'il se laisse soupçonner? L'amitié t'a rendu capable de cet effort : isiais si je n'ai pa , sans crime y accepter ce service de toi ; quel nom mérite la séduction que tous employez tous pour l'obtenir de lui? {A Saint-Alban ) Vous êtes de sang-froid^ Monsieur , jugez-nous.

De sang-froid! Ah Messieurs lô famille respectable I me croyez-TOus une âme insensible ^ pour l'attaquer avec cette violence? Vous demandez un jugement !••••

M É L A c fils.

Et nous jurons de l'accomplir.

SaiKt-Alban.

Il est écrit dans le cœur de tous les gens honnêtes; .permettez seulement que j'y ajoute un mot. — Aurelly, prouvez-moi votre estime ,en mVcceptant pour seul créancier.

Vous , Monsieur I

Saint-Alban.

Je l'exige. Et vous, monsieur deMélac, servez votre place , honorez - la long - 1(

coutcmps<

Unissez à votre fils cette jeune personne , qui s'en est rendue si digne , en sacrifiant pour tous toute sa fortune*

• M É L A c père.

Ce serait ma plus chère envie. Mon fils l'adore; et^ si mon ami ne s'j opposait pas....

AURELLY^ confus*

Savez-Yous qui elle est?

M É L A c père, ai^ec effusion.

J'aurais bien dû le deviner ! le cœur d'un père se trahit mille fois le jour. Elle est ta fille, ta généreuse fille , et je te la demande pour mon fils.

A tr R £ L L Y.

Tu me la demandes ! Ah mon ami !

( Ils se fêtent dans les bras Pun de F autre. )

M £ L A c fils , à Pauline.

Mon père consent à notre union !

Pauline.

C'est le plus grand de ses bienfaits.

Saint-Alban.

' Aurelly , rendez-moi votre mandat , je pars ; soyez tranquille. Vos effets de Paris me seront remis promptement ; ou je supplée à tout.

De vos biens ?

Saint-Albax.

Puissent-ils être toujours aussi heureusement employés! Vous m'a vex appris comme on jouit de ses sacrifices. En yain je vous admire y si votre exemple ne m'élève pas jusqu'à l'honneur de Timiter. — Nous compterons à mon retour.

( Chacun exprime son admiration. )

A u R E L L Y transporté»

Monsieur.... je me sens digne d'accepter ce service ; car, à votre place y j'en aurais fait autant» Pressez donc votre retour; venez marier ces jeunes ^ens que vous comblez de bien&its.

M £ L A c père.

Pourquoi retarder leur bonheur ? Unissons-les ce soir même. Eh! quelle joie, mes amis^ de penser qu'un jour aussi orageux pour le bonheur^ n'a pas été tout-à-fait perdu pour la vertu !

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