‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 5)Chapitre 98 sur 199 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

AURELLY, SAINT-ALBAN , MÉLAC père.

M É L A c père.

Vi H bien !.*•* Fétomtli , qui oublie de vous Ëdre ses remercimens I

Tu renvoies les chevaux ?

M É L A c père* Mon voyage est indispensable*

A tJ R E L L T*

Encore?

a5o LES DEUX AMIS,

Saitct-Alba^ à Aurelty.

Si c'est paur C€ que je présume > je suppléerai à sa course. Mais , avant que d'en parler, recevez mon complimeut, Monsieur, sur la distinction fljiteiiSe que vonstéB^i d'obtenir* Le plus digne usage des lettï*e$ de noblesse est , sans doute , de décorer des citoyens wj&sX utiles que vous.

, Utiles. Voila le mot. Qu'un homme soit philosophe, qu'il soitâaVant, qu'il soit sobre, économe f ou brave : eh bien !... tant mieux pour lui. Mais, qu'est-ce que je gagne à cela^ moi? L'utilité dont nos vertus et nos talents sont pour les autres, est la balance où je pèse leur mérite.

C'est à peu près 6uf ce pied que chacun les estime.

M É L A c père , à part.

Comment faiie maintenant pour partir ?

A II n £ L L T.

Moi , par exemple , je me cite , parce qu'il en est question, je fais battre journellement deux cents métier^ dans Lyon. Le triple de bras est nécessaire aux apprêts de mes soies. Mes plantations de mûriers , et mes vers en occupent au-

tant. Mes enTois se détaillent cheis tous les marchands du rayaume^ tout cela fit ^ tout cela gagne , et Tindustrie portant le prix des matières au centuple ^ il n'y a pas une de ces créatures , à commencer par moi , qui ne rende gaiment à l'Etat un tribut proportionné au gain que son émulation lui procure.

Jamais il ne perdra cette belle chaleur.

Et tout l'or que la guerre disperse , Messieurs^ qui le fait rentrer à la paix ? Qui osera disputer au commerce l'honneur de rendre à l'Etatépuisé^ le nerf et les richesses qu'il n'a plus ? Tous les citoyens sentent l'importance de cette tâche :1e négociant seul la remplit. Au moment où le guerrier se repose, le négociant a le bonheur d'èlre il son tour l'homme de la patrie.

Sain t- A lb a i^.

Vous ayez raison.

Mais laissons cette conversation ^ Monsieur: qui vous ramène sitôt en ville ?

Saint-Alban.

Probablement le même objet qui fesait partir

a5^ LES DEUX AMIS,

-monsieur de Mélac. Ma compagnie me rappelé; elle me charge...* Vous permettez que nous traitions deyant vous....

Vous TOUS moquez. Pour peu que...*

Il n'y a point de mystère. L'objet de ma mission est de rassembler tous les fonds de cette proyin.ce épars dans les caisses de nos diyers receyeurs , et de les faire passer sur-le-champ ^ Paris.

Mélac père, à part.

Qu'en tends- je ?

Ce n'est pas l'aflfaire d'un moment.

Saint-Alban.

J'ayais d'abord cm l'opération plus pénible : mais j'ai appris, dans ma tournée, que j'ayais des grâces a rendre k l'exactitude de monsieur de Mélac : il m'a sauyé les trois quarts de l'ouyrage.'

Mélac père, interdit.

Monsieur....

Ah ! yous pouyez yous flatter , Messieurs , que

Page 1