‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de BeaumarchaisChapitre 13 sur 25 · AU SUPPLÉMENT · texte numérisé non relu

AU SUPPLÉMENT

A CONSULTER

Servant de réponse à M""^ Goezman ^ accusée; au sieur Bertrand Dairoit LES, accusé; aux sieurs Marïn^ gazetier de France ^ et d'Arnaud Bacctlard^ conseiller d'ambassade^ assigîiés comme témoins.

Écrivez, Monsieur, que jo ne me mt^le ni dcsaudiencM de luon mari , ni des arfuirc.» do «on cabinet \ maii leulemcni de mon m('nn(;o, etc. . . .

( Confrontation entre madame Goczman et moi. ) j

JCiH bien , Madame ! il est donc décidé que je tous trouverai toujours en contradiction ? Vous ne vous mêlez, dites-vous 9 ni du cabinet, ni des audiences de Monsieur votre mari; et sur les audiences de ce

même cabinet, vous nous donnez un Mémoire bien long, bien hérissé de textes d'ordonnances, de passages latins , de citations savantes ; le tout renforcé des plus mâles injures ; vous nous argumentez dans cinquante-quatre mortelles pages y comme un docteur ès-lois, sans vous soucier pas plus de répondre à mes Mémoires , que s^ils n'existaient point ou ne traitaient pas l'affaire à fond.

Mais à qui parlé -je aujourd'hui ? Est-ce à ' Madame ? Est-ce à Monsieur ? Qui des deux a plaidé ? Ce ne peut être vous , Madame : vous ne vous piquez certainement pas d'entendre un mot des choses qu'on y traite. Ce ne peut pas être Monsieur, non plus : Touvrage serait plus conséquient, il irait au fait; on n'y rebattrait pas des objets combattus d'avance par mon supplément > qui était entre ses mains plus de douze jours avant la publication de ce Mémoire.

Quoiqu'il en soit, il me convient mieux, Madame, de vous adresser la parole. Indépendamment du respect et des égards qui vous sont dus personnellement , le souvenir que je parle à une femme , contiendra la juste indignation que j'aurais peine à maîtriser autrement. Ce n'est pas que tous ceux qui m'ont fait l'honneur d'écrire contre moi , ne doivent trouver ici le juste salaire de leurs soins obligeants. En m'éloignant le moins possible du

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fond de la questioa dont chacun cherche à m^ distraire , je ne laisserai pas , chemin faisant» que d4 répondre à tout le monde : et Ton doit me sayoîT; gré de ma civilité*

Car tant que vous ne détruirez pas les ïaân articulés dans mon Supplémem; tant que vousi^ç prouverez pas que j^ai dit faux sur les débats d^ notre confrontation, sur vos ^veuK forcés ^ sqr Ifi^ contradictions de vos interrogatoires; tant. quQ vous ne laverez pas monsieur Goëzman; de l'infamie d^avoii* suborné le-Jay , d^avoU* jBÎuuté l4 déclaration chez lui , dans sa maison , à son bûr reau, avant qu'il y eût de procédure entamée^ et d'avoir fait et nié les faux remarqués dans ces déclarations ; tant que vous ne me prouverez qu« je. suis un imposteur que par des injures ^ dc4 lettres mendiées et des récriminations étrangère^ k la cause , je ne suis pas tenu d'user mon temps à vous répondre. .

Six Mémoires à la fois contre moi ! c'était assez d'un seul pour mes forces ; et je me vois accablé

sous les boucliers des Samnites. Mais c'est une plair santé ruse de guerre y que de dire , comme 1$ comte de la Blache : cette affaire dérangera sa fortune, il faut gngner sur le temps , plaider longuement , surtout le consumer en menus frais , et le désoler comme un essaim de frelons : six réponses lui coûteront dix a douze miUe francs

d'impression ^ dans le temps que tous ses biens soiatsaisis^ et qu'il n'a pas dix à douze écus de libres au mondeu£st-ce là votre projet , Messieurs? Il est sans doute très-bon contre moi ; mais croyez qu'il ne vaut rien pour vos défenses ; et j'écrirai ^ que vous ne vous défendez seulement pas ; et je le répéterai jusqu'au tronçon de ma dernière plume; j'ymettrai l'encrier à sec; et quand je n'aurai plus de papier , j'irai jusqu^ù disputer vos Mémoires aux chiffonnières y et j'en grîi'ibnnerai les meilleurs endroits , qui sont les marges ; j'emploierai le crédit de mon libraire pour eu obtenir de l'imprimeur ; et si je n'en trouve aucun traitable sur mes Mémoires , je vendrai les premiers pour payer les derniers. *

Enfin p vous n'aurez ni trêve y ni repos de moi, que vous n'ayies; répondu catltégoriquement a tous les faits gnaVes dont je vous charge devant le Parlement et la nation ^ ou que vous u'ayiez passé condamnation sur tous les chefs ; car de TOUS amuser k critiquer la légèreté de mon style y et donner m^gaité pour un manque de respect à nos juges y c'est se moquer du monde : il est bien question de cela !

Lorsque Pascal^ dans un siècle bien différent du nôtre j puisqu'on y disputait encore sur des points de controverse, écrivait du ton le plus léger ^ le plus piquant > d'un ton enfin, où ni vous^

ni le comte de la Blache • ni M* Gaillard , ni Marin y ni Bertrand , ni Baculard , ni - moi , n'arriveron s jama is ; lorsque Pascal , dis-je , reprochait à ses adversaires y du style le plus plai^ sant, l'étrange morale d^Escobar, Bauni, Sanchèl et Tambourin ; les gens sensés l'accusèrent-ils de manquer de respect à la religion ? S'offensèrentils pour elle y qu^il répandît à pleines mains lesel delà gaité sur les discussions les plus sérieuses? Après avoir plané légèrement sur les personnes y il élevait son vol sur les choses y et tonnait enfin à CGup^ redoublés , quand sa pieuse indignatiw avait surmonté la gaîté de son caractère.

Quant à moi y Messieurs y si je ris un peu de vos défenses, parce qu'en effet vos défenses sont très - risibles , par quelle logique me prouveres- Tous , que de vous plaisanter soit manquer de respect au Parlement ? Quand il .m'amve dV dresser la parole à nos juges, ne mesuré-je pas à l'instant mon ton sur la dignité de mon sujet ? Et mon profond respect, alors, est^il au dessoi» de ma parfaite confiance ? •

Faut-il , pour vous plaire , que je sois comme Marin , toujours grave en un sujet ridicule , et ridicule en un sujet grave ? Lui ! qui , au lieu de donner son riz à manger au serpent y en prend la peau , s'en enveloppe, et rampe avec autant d'aisance que s'il n'eût fait autre métier de sa vie.

Voulez-vous, que d'une voix de sacristain , ^omme ce grand indécis de Bertrand, j'aille vous commenter Vintroibo , et prendre avec lui le ton du Psalmiste, pour fijlir par chanter les louanges de Marin , après avoir discerné ses intérêts de ceux du gaze tier dans son Epigraphe; Judica me ; Deu9 y et discerne causant meam. ...ab homine inique y etc. ?...n

Irai-je montrer une avidité , une haine aveugle jet révoltante ,"en imitant le comte de la Blacbe ^ui vous suit partout, vous M, Goëzman , vous défend dans tous les cas , vous écrit dans tous les .coins ,• et qu'on peut appeler, à juste titre, votre homme de lettres ?

Serait-il bien séant que , d'un ton boursouflé , j'allasse escalader les cieux, sonder Xesprofon^ deurs de V enfer , enjamber le Tartare , [wur filiir comme le sieur d'Arnaud, par ne savoir ce que je dis, ni ce que je fais , ni surtout ce que je veux ? Eh ! Messieurs , laissez mon style , et tâchez seulement de réformer le vôtre. Je u ai qu'à vous imiter et me mettre à dire , comme vous , des injures pour toutes raisons ; personne ne sera lu , et l'affaire n'en marchera pas mieux.

Il faut pourtant une fin. Messieurs ; car toutes vos intiûgues , vos cabales , vos criailleries , vos Mémoires , vos efforts pour me rendre odieux aux puissances, aux ministres, au Parlement, an

jya MÉMOIRES.

public, ne sont pas le fond de raffaire. Je Vbm Toig , je TOUS suis dans vos marches ténébreusak

Je sais que vous me donnez partout pour ttt émissaire des mécontents y chargé de ridiculim le système actuel; mais^celàne prendra ^ pas /je TOUS en avertis : je sais aussi que c'est le éiw Marin qui a suggéré au sieur Bertrand , de diit'^

que je favorisais la qui lui fait prêter à ma #tevt

le propos que mes Mémoires serviront de siute

à la Je sais même que vous travailles telislà |'

me faire passer pour lauteur de la,..,* (*) J'Idd^ querais ^ si je voulais y le lieu on Ton s'assemtfe pour conspirer ma perte , où Ton tient ce sabât^ ce tribunal de haine ; je dirais quel est le pttéli* dent de cette noire assemblée^ quel en fSt Vénr tenr ^ quels en sont les conseillers ^ quel eiy scMit^ au besoin , le bourreau

Allez, Messieurs, entassez noirceurs sur noif-

(*) Ces mots , ou plutôt ces points désignent de petiU pamphlets très-piquant» , très-recherchës à cette époque^, et qu'on répandait sons le nom de la Correspondance. €é titre qui ne spécifie rien , blessait si fortement alors les yeux et les oreilles des magistrats du nouveau Parlement f que Beaumarchais se garda bien de le proférer , même ec tournant en ridicule les efforts tentés par ses ennemis pour le faire soupçonner d'en être l'auteur^ quoiqu'ils sussent bien que les libelles et îes écrits anonymes n'étaient pôhit k son usage.

Murs > dénigrez , calomniez , déchirez. Toarsenté sous le fouet des furies, Oreste embrassait la statue de Minerve , et moi j ambrasse celle de rhémis ; il demandait à la Sagesse d'expier ses mmes, et moi à la Justice de me venger des rûtrës.

Calmons nos sens; quittons la figure; et débat* Kins- froidement, si je puis, tous les écrits livrés ï mon examen.

Pour commencer , remettons sous les yeux de Eoes juges un tableau succinct de tout ce que contienaentmesMémoires;ctrendons à mes défenses, par la brièveté d'un résumé , la force que leur étendue a peut-être énervée. Mais lorsqu'on réfléchira que je suis dénoncé sans être coupable , décrété sans corps de délit, poursuivi à Textraordinaire dans un procès où j'avais droit de me rendre accusateur ; on me pardonnera d'avoir enchaîné par la multiplicité des détails, la vérité furtive et toujours prête a s'égarer , dans une affaire aussi chargée d'incidents étrangers.

Dans ces Mémoires j'ai dit en substance.

Désolé de ne pouvoir obtenir d'audience de mon rapporteur, j'ai dû au seul hasard l'intervention du sieur le-Jay, que je n'ai jamais vu ; pour arriver à madame Goëzman , que je n'ai jamais vue ; et pénétrer enfin jusqu'à monsieur Goëzman que je n'ai fait qu'entrevoir.

Prisonnier et souffrant , deux objets seuls itt?tt-|Li téressaient , la promesse des audiences et le *pm qu^on y attachait ; le zèle de mes amis a fait le reste. ' |c

J^ai dit et prouvé , qu'il n'y aurait pas eu moins d'absurdité à moi d'espérer corrompre un rap* h porteur incorruptible ^ à travers sept intertné-lb diaireSy qu'il n'y a eu de cruauté à lui de ie|^ supposer en me dénonçant.

J'ai dit et prouvé, qu'après avoir sacrifié centls louis pour obtenir une audience , je n'avais quelf jplus vivement recherché celui à qui je la demaii«|ft dais : démarches comme on sait , très-Superflues pour qui se fût flatté d'avoir corrompu le juge en |i payant sa femme. .: .

J'ai dit et prouvé , que, quand j'aurais touIq le corrompre , dès qu'il soutient cire resté incorruptible, le mal n'ayant pas eu son effet, l'intention non prouvée ne serait jamais ua délit punissable dans les tribunaux.

J'ai dit et prouvé , que je n'avais eu qu'une seule et unique audience de monsieur Goëzman: et je reviendrai encore sur la preuve de ce fait qui m'est de nouveau contesté.

J'ai dit et prouvé, que madame Goëzman avait reçu cent quinze louis ; qu'elle en avait depuis rendu cent; mais en avait réservé quinze.

J'ai dit et prouvé , que monsieur Goëzman était

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l^auteur des déclarations de le- Jay ; qu'il avait minuté la première et dicté la seconde ; enfin , ^'il avait fait un faux , puis une dénoncis^tion calomnieuse au Parlement contre moi.

• J^ai dit ensuite, sans le prouver, que mou ex- [>08é était en tout conforme aux dépositions des témoins et interrogatoires des accuses ; mais la preuve est au procès.

Ensuite j'ai prouvé , sans avoir besoin de le lire, que le sieur Marin avait tenu une conduite peu honnête en toute cette querelle , où il s'était immiscé, sans y être appelé ; que le sieur d'Arnaud rivement sollicité, avait trop légèrement accordé ane lettre a monsieur Goëzman , dont il n'avait pas senti les conséquences alors, et qu'il a démentie depuis. '

Que me restc-t-il àfaire ? Bien prouver ce que je n'ai fait qu'avancer ; me taire sur ce que je crois avoir bien prouvé ; surtout répliquer en bref à une foule de Mémoires dont aucun ne répond aux miens.

Je commencerai piar le vôtre , Madame , dont j'aurai bientôt fait l'analyse. Si j'en retranche les injures , les mots atroce , infâme , misérable , monstre f horrible , etc , etc , etc , je Taurai déjà resserré d'une bonne douzaine de pages. En faisantévanouirpar une seule remarque cette fameuse Ustçde votre portière, et ces preuves victorieuses

qu'elle fournit conu*e moi , 'fea aurai gagné an moins encore une vingtaine d'autres ; cinq ou sixà passer pour l'honnête éclaircissemeotdes honnêtes motifs de Thonnété rapport que M. Goëzman a fait au Parlement , de mon procès contre M. de la Blacbe , absoiument étranger à votre défense ; sept ou huit autres pour votre naissance , votre éducation^ vos mœurs , et la notice de toutes les places qu'a maiiqùées M. Goëzman , de toutes les recommandations qui n'ont pas pu avoir de succès pour lui 9 les baptêmes, les billets d'enterrements de sa famille 9 les oui-dire sur sa noblesse ^ etc«; neuf ou dix encore pour les pièces justificatives ^ qui ne sont justificatives que de faits inutiles à la question , ou même absolument contraires ans choses qu'il entend prouver , etc.

Alors il nous restera quelques pages, auplas, sur l'affaire , et qui , loin de résoudre mes pressantes objections , ne mériteraient pas plus de . réponse que le reste, si elles ne contenaient pas deux ou trois graves imputations que je ne puis feindre d'oublier sans me déshonorer entièrement , quoique la pi us grave de toutes soit même étrangère a ce procès.

Mais peut-être aussi n'est-ce pas là le grand, le véritable Mémoire que vous promettiez? Quelques gens ont pensé que M. Goëzman en ferait un autre , où vous et lui seriez plus sérieûsem^it

défendus ; car c^est se moquer ! mais que ne voulant pas perdre Thonneur que celui-ci devait vous faire h tous deux » vous le donniez toujours en attendant^ pour tenir le public en haleine^ et de peur qu'il n'en chommât, quoiqu^on puisse le regarder , d'après mon supplément , comme un almanach de l'an passé.

Vous entamez ce chef-d'œuvre par me reprocher l'état de mes ancêtres. Hélas , Madame , il est trop vrai que le dernier de tous réunissait, à plusieurs branches de commerce, une assez grande célébrité dans l'art de l'horlogerie. Forcé de passer condamnation sur cet article, j'avoue avec douleur que rien ne peut me laver du juste reproche que vous me faites d'être le (ils de mon père.9..« Mais je m'arrête ; car je le sens derrière moi qui regarde ce que j'écris , et rit en m'embrassant.

O vous , qui me reprochez mon père , vous n'avez pas d'idée de son généreux coeur : en vérité , horlogerie à part, je n'en vois aucun contre qui je voulusse le troquer. Mais je connais trop bien le prix du temps, qu'il m^apprit à mesurer, pour le perdre à relever de pareilles fadaises. Tout le monde aussi ne peut pas dire comme M. Goëzman :

Je suis Jîls d'un Bailli} oui:

Je ne suis pas Caron ; non.

Cependant avant de prendre un dernier parti Mémoires. /. la

lyS MEMOIRES.

sur cet objet, je me réserve de consulter, pour savoir si je ne dois pas m'offenser de vous voir ainsi fouiller dans les archives de ma famille , et me rappeler à mon antique origine qu'on avait presque oubliée. Savez-vous bien, Madame, que je prouve déjà près de vingt ans de noblesse ; que cette noblesse est bien à moi, en bon parchemin ^ scellé du grand sceau de cire jaune ; qu'elle n'est pas comme celle de beaucoup de gens , incertaine et sur parole , et que personne n'oserait me la disputer, car j'en ai la quittance ?

Quant à l'arrêt du Parlement, rendu sur l'avis de M. Goëzman , Madame , usant des voies de droit ouvertes à tout citoyen , je m'étais pourvu au conseil du roi ; et mon profond respect pour la Cour me tenait dans un sileiice modeste'* sur le juste espoir que j'avais de faire adopter au conseil les moyens de cassation que cet arrêt semblait offrir. Mais il suffit que vous nous ayiez enfin donné les véritables motifs de l'avis de M. Goëzman, pour que tous les jurisconsultes soient actuellement persuadés comme moi , que le conseil me rétablira bientôt dans tous mes droits. Mon seul regret alors sera de n'être pas renvoyé en révision de cause devant ces mêmes juges , que M. Goëzman induisit en erreur ; car s'il faut l'avouer ingénument, mes frayeurs, dans celte affaire , n'ont jamais tombé que sur le rap-

porteur ; avec tout autre, je crois fermement que j'aurais gagné ma cause d'emblée.

On sait bien qu'au rapport des procès un peu chargés d'incidents , tous les juges ne peuvent pas apporter le mémo degré d'attention; que tous ne sont pas également frappes de la liaison des faits justiûcatifs 9 surtout quand elle est coupée sans cesse par le plaidoyer d'un rapporteur fort de poitrine , et préoccupé de tête : de sorte qu'avec toute l'intégrité et les lumières possilles , lorsqu'un rapporteur^ à la voix de Stentor , soutient opiniàtiément son avis^ il peut arriver que les juges I fatigués d'une trop longue contention d'esprit^ s'accordent moins qu'ils ne lui cèdent , et que la pluralité des suffrages se forme plus alors de l'ennui de disputer, que d'une véritable conviction de la bonté de l'avis qui prévaut sur tous les autres.

Voilà , Madame , ce que j'avais à vous dire sur l'affectation très-cruelle avec laquelle monsieur Goëzman étale en public les prétendus motifs de l'arrêt , qui ne sont avoués par aucun de ses confrères. Selon lui, le Parlement renversant tous les principes exprès pour me nuire, au lieu d'ordonner de faire le procès a la pièce, et de dire ensuite s'il y avait eu lieu : l'acte qu'on nous présente est j'econnu faux, donc l'homme doit perdre son procès ; aurait ainsi raisonné : le comte de

i8o MÉMOIRES.

la Blaclie , et M. Goëzmaii ^ d'après lui , nous répètent sans cesse que l^homme est suspect ; sans autre examen ^ il n'y a pas d'inconTenient de décider que l'acte dont il demande Texccution est faux.

Et c'est y Monsieur ^ sous le manteau de Madame que TOtis vous enveloppez pour nous apprendre de si belles choses I Digne défenseur du comte de la Blache , qui se rend k son tour le vôtre I Je ne suis pas si grand jurisconsulte que vous ; mais je répondrai au plus faux ^ au plus odieux des arguments , par une pièce qui ne Vous était pas destinée , et que je brochai rapidement à Fontainebleau f la veille de l'admission de ma recjuéte f pour joindre une courte instruction sur le fond du procès , aux lumières que le rapporteur allait répandre sur le défaut de formes de l'arrêt. Voici ce que j'osai présenter en peu de mots au conseil du roi.

Deux questions embrassent entièrement le fond de l'affaire.

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