‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de BeaumarchaisChapitre 14 sur 25 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

L'acte du premier avril est un arrêté de compte.

Il est intitulé : Compte définitifentre Messieurs Dupemey et de Beaumarchais.

Il est fait double entre les parties.

Il renferme un examen^ une remise et une reconnaissance de la remise des pièces justificatives de cet arrêté.

Il porje une discussion exacte de Tactif et du passif de chacun ; et finit par constater irrévocableçientrétat réciproque des parties, en en fixant la balance par un résultat.

Si Tacte n'eût pas été un arrêté définitif, il ne contiendrait pas une transaction ; car la transaction même ne porte que sur un des articles fixés par Tarrêté de compte.

Aux yeux de la loi , c'est la disposition la plus générale d'un acte qui en détermine l'essence. L'arrêté de compte est général, et la transaction seulement partielle. Donc cet acte est un arrêté de compte; donc c'est sous ce point de vue qu'on a dû le }uger; donc la déclaration de lySS n'y est

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nullement applicable ; donc Tarrêt qui Ta déclaré nul y sans qu'il fût besoin de lettres de rescision , doit être réformé.

D'après ce qui vient d'être dit , la seconde question : V arrêté de compte est-il faux ou vé" ritable , n'est plus dans l'espèce présente ^ qu'un tissu d'absurdités^ dont voici le tableau.

Si l'arrêté n'est pas de M. Duverney , à propos de quoi présentiez-vous au Parlement à juger si cet acte est un arrêté , une transaction^ un compte définitif , ou seulement un acte préparatoire ? Pourquoi demandiez - vous un entérinement de lettres de rescision ? Il fallait contre un acte faux vous pourvoir par la voie de l'inscription de faux. Je vous ai provoqué de toutes les manières ; vous vous en êtes bien gardé.

Et si l'arrêté est de M. Duverney, nous voilà rentrés dans la première question, laquelle exclut absolument la seconde.

Or , il s'agit ici de Tarrêt du Parlement ; la cour n'a pas pu regarder l'acte comme faux , puisqu'on lui présentait à juger la proposition précisément contraire ; c'est a savoir si un arrêté de compte définitif entre majeurs doit être exécuté?

Donc le Parlement n'a pas pu le rejeter en entier ; ni l'annuler sans qu'il fût besoin de lettres de rescision : donc l'arrêt doit être réformé.

Mon adversaire , touniant saui» cesse dans le

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cercle le plus vîcîeux, cumulait à la fois les lettres de rescision, la voie de nullité , et le débat des différents articles du compte.

Sur le premier article, il disait : la remise d^ 160,000 liv. de billets , exprimée dans Tarrété, n'est qu'une illusion. 11 jugeait donc faux Pacte par lequel M. Duverney reconnaissait les avoir reçus de moi.

Sur le quatrième article , il disait : il y a ici un double emploi de 20000 liv. Cette somme n'est pas entrée dans l'actif de M. Duverney , porté à 139,000 liv. Il reconnaissait donc a)éritable Facte où il relevait une erreur prétendue ; car il n'y a pas de double emploi où il n'y a pas d'acte.

Sur le cinquième article, il disait, sans aucune autre preuve que son allégation : le contrat de rente viagère au capital de 60,000 liv. n'a jamais existé. Il regardait donc de nouveau comme faux l'acte qui en portait le remboursement.

11 prétendait ensuite prouver son assertion sur la nullité de cette rente , par les termes de l'acte même : n'était-ce pas avouer de nouveau que l'acte était véritable ?

Sur le sixième article du compte , il disait : il n'y a jamais eu de société entre M. Duverney et le sieur de Beaumarchais,' pour les bois de Tourainc. Il revenait donc à soutenir que l'acte qui la résiliait ci^ïlfaux.

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Sur le septième article , contenant une indemnité , il disait : c^est en trompant M. Duverney , qu^on se fait adjuger Tindemnité sur une af&ire qu'on lui présentait comme onéreuse , quand il est prouvé qu'elle est très -bonne. 11 regardait donc derechef l'acte comme véritable ; car pour abuser de l'esprit d'un acte , il faut que le fond en existe entre les parties.

Plus loin, il disait : payez-moi pour 56,ooo liv. de contrats , car vous les deviez à M. Duverney. L'acte qui les passe en compte était àoDiCfaux ^ selon lui ?

Plus loin encore , il disait : je ne vous prêterai point 76,000 liv., car, selon l'acte même , j'ai le droit de rentrer en société. L'acte dont il excipait alors était donc redevenu ^wéritable ?

C'est ainsi que, pirouettant sur une absurdité, il trouvait l'acte yawa: ou a)éritable, selon qu'il convenait à ses intérêts.

N'alla- t-il pas jusqu'à dire et faire imprimer: si je préfère de discuter l'acte comme véritable^ à l'attaquer comme fauoc , c'est parce que j'y trouve plus mon profit. 11 est honnête le comte de la Blache !

Enfin , sans qu'on ait jamais pu savoir au vrai ce que mon adversaire voulait et ne voulait pas sur cet acte , ou a tranché la question d'après l'avis de M. Goëzman , en annulant V arrêté de

MÉMOIRES. i85

compte y sans qvUlfût besoin de lettres de rescision.

Etait-ce décider que Pacte est faux ? C^eût été juger ce qui n'était pas en question ; on ne s'était pas inscrit en faux ; donc il faudrait réformer Tarrêt.

Etait-ce juger que Pacte est véritable , mais qu'il y a erreur ou dol , double emploi , ou faux emploi? Mais dans ce cas , on ne pouvait V annuler sans qu^ il fût besoin de lettres de rescision. Donc, de quelque côté qu'on Tenvisage , l'arrêt du Pal> lement ne peut se soutenir, et doit être réformé.

Je n'ai traité dans ce court exposé que la partie du fond de mon affaire, qui a rapport à la cassation que je sollicitais ; j'ai laissé de côté mon droit incontestable, parce qu'il ne s'agit pas aujourd'hui de savoir si j'ai tort ou raison sur le fond de mes demandes; mais seulement si le Parlement a jugé, selon les lois , l'entérinement des lettres de rescision, la seule question qui lui était soumise*

J'aurais cru , Monsieur , vous faire la plus mortelle injure, en osant publier l'odieux propos qu'on vous attribuait alors. M. Goëzman , disaiton , répond à tous ceux qui lui objectent l'irrégularité du prononcé : on a jugé V homme et non la chose* Mais vous avait-on donné un homme à juger? Rapporteur d'un procès civil, deviez-vous

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faire acception de personnes; et parce qu'un des clients vous semblait accrédité , dénier la justice à Tautre ? Et vous avez la confiance aujourdliui d'imprimer pour motifs d'un arrêt attaqué an conseil ; qu!on décide maintenant quel homm$ le Parlement a juge!

Est-elle assez justifiée l'opinion que j'avais prise et donnée de votre partialité , quand j'avançai dans mon premier Mémoire que vous aviez dit en sortant de la chambre : le comte de la B lâche a gagné sa cause , et Von a opiné du bonnet d^d" près mon avis ?

En parlant à le-Jay , Monsieur , vous a\^ie% arrangé les choses pour qu^il ne fût pas entendu comme accusé. En rapportant mon procès, vous les avez arrangées pour que je fusse traité comme coupable.

Mais ce n'est jamais impunément qn'un magistrat s'écarte de son devoir. Il s'élève un cri public; et s'il estun moment où les juges prononceiU sur chaque citoyen , dans tous les temps la masse des citoyens prononce sur chaque juge. Le jugement des premiers est légal , celui des seconds n'est que moral ; mais il est encore à décider lequel est d'un plus grand poids pour retenir cfaacua dans le devoir. Tout citoyen sans doute est soumis aux magistrats; mais quel magistratpeut se passer de l'estime des citovens ! Dans l'ordre civil , l'ac-

tîon des juges sur les particuliers, et la réaction de ces derniers sur les juges , forment entre la nation et les magistrats , un équilibre de respect et d'équité, qui fait Thonneur des uns , la sûreté des autres , et le bonheur de tous.

Mais le souvenir de ce que j'ai souffert depuis ce fatal arrêt , abat mes forces et trouble ma sérénité. Changeons d'objet; j'ai besoin des unes pour achever ces défenses , et l'autre m'est nécessaire pour soutenir tant de malheurs. .

Suit après la discussion inutile , des stations inutiles que j'ai faites à votre porte. Madame; et les preuves tirées de la liste de votre portière. Ce long article de votre Mémoire, semble y avoir été mis exprès pour le tourment de qui voudra le discuter.

Mais comme il n'y a pas d'absurdité si forte , qui ne trouve encore des partisans , j'ai vu de bons et honnêtes gens émus par votre air d'assurance , et qui, n'ayant rien compris à ce que vous avez écrit à ce sujet, n'en vont pas moins disant partout : la liste de la portière est une preuve invincible ; d'autres qui, entraînés par l'autorité de ceux-ci^ répètent, sans y mieux voir :/e?c/To/,y, en effet, quily a peu de chose à répondre à cette liste; et d'autres enfin, qui , n'ayant pas même lu votre Mémoire , à force d'entendre citer cette fameuse liste, ne laissent pas que d'aller aussi

iSS MÉMOIRES.

*|a répétant , pour figurer : Beaumarchais ne se tf*I

rem jamais de la liste de la portière* Et c'eit|-

aiusi que '5^6 sont établies toutes les absurdités dil

monde ; jetées en avant par Taudace, répanduei

par Toisiveté , adoptées par la paresse y accrédi«|

tées par la redite , fortifiées par rentbousiasmejL

mais rendues au néant par le premier penseurL

qui se donne la peine de les examiner.

Voyons donc celle-ci. Qu'avez -vous entendi prouver par cette liste , Madame ? Que je n'étaii pas venu autant de fois chez vous que je le prétendais ? Et pourquoi voulez-vous prouver que j'y suis venu moins de fois que je ne le dis ? N^eit' ce pas dans la vue d'établir qu'en disant un sacrifice d'argent , je voulais moins acheter des au* dienccs,qucle suffrage inachctable d'un rappor* teur ? Il faut assez d'adresse pour démêler un écheveau que vous avez si artistement embrouillé: mais avec un peu de patience on parvient à k remettre en bon état au dévidoir. Enfin , n^estrCt pas là y Madame ^ tout ce que vous avez voulu dire ?

Voyons maintenant ce que vous avez dît.

Présentant aux juges sa liste d'une main ^ et faisantla révérence de l'autre , madameGoëzmao a dit : a Messieurs^ le sieur de Beaumarchais ou » plutôt le sieur Caron , ( car tout me choque en » lui , jusqu'au nom qu'il porte , ) le sieur Caron ,

I dis-je , TOUS en impose lorsqu'il prétend être I yenu neuf fois chez nous pendant les quatre } jours pleins que mon époux a été son rappor- I leur.

» A la vérité je ne puis savoir s'il y est venu o ou non , puisqu^il rCy est pas entrée et que n rignorance d'un fait ne suffît pas pour le com- ^ battre et l'annihiler; mais j'ai ma liste^ et )'ai » rh(Mineur de vous observer , Messieurs, que ma » liste doit en être crue sur son silence; car par u une bizarrerie qui n'existe que chez nous , la w portière a ordre de ri" écrire le nom de personne : M de sorte que si le laquais qui frappe , ne sait 1) pas tracer le nom de son maître, ce nom teste i) en blanc sur la liste ; ce qui la rend du plus D grand poids , comme vous voyesJ , contre ceux » qui prétendent être venus à l'hôtel.

» Or , Messieurs , d'après ce que je votis dis ,

» si au lieu de neuf visites que le sieur Caron

1) articule , ma liste n'en présentait aucune , si

» ce vilain Caron , ce monstre , ce serpent i;e-

» nimeiix ifui ronge des limes , pour parler

» comme son adversaire, le comte de la Blachc;

» ce misérable qu^ il faudrait marquer d^un fer

» chaud sur la joue ^ comme dit son bienfaiteur

j> Marin ; cet abtme d^ enfer que Jupiter a tort

» de ne pas foudroyer ^ suivant l'ex pression poé-

» tique du sieur d'Arnaud; ce mauvais riche qui

lOO MEMOIRES.

» ne paye ni les luminaires, ni le s autres mémoires » du sieur Bertrand y d'après le sieur DairoUes » qtiî est la même personne ; ce reptile insolent, » dont le nom seul déshonore une liste conuoe » celle de ma portière ; si y dis-je , ce mlam n Caron n^j était pas écrit une seule fois pen- » dant ces quatre jours ^ si intéressants pour lui , 3) me refuseriez-YOus la grâce d'admettre le silaice » de ma liste de préférence au témoignage du gar- » dien sermenté d'une pareille espèce ? »

Les commissaires du Parlement reçoivent la liste de sa main tremblante ^ et la feuillètent exactement ; mais n^y trouvant pas mon nom écrit une seule fois pendant ces terribles quatre jours , où il m'avait si fort importé de me présenter chez mon rapporteur ; ils m'ordonnent de répondre , et je dis :

Messieurs, le sieur Sanlerre, mon gardien, interpellé par M. de Chazal , à sa confrontation , de déclarer si j'avais été autant de fois que je le disais et l'avais imprimé, chez M. Goëzman^a répondu : Monsieur dit "vingtfois ; nous y avons peut-étte été plus de trente ; mais surtout pen^ dant les quatre ou cinq jours du délibéré, matin et soir, aidant et après dîné , nous n'en bour gions : de ma "vie je n^ai éprouvé autant d'ermui; et rien ne peut y être comparé, si ce n'est P impatience immodérée de mon prisonnier.

MEMOIRES. igi

Mais comment une chose aussi nette peut-elle exciter tant de débats ? Uniquement parce qu'on a mal posé la question sur laquelle on dispute. Un premier point légèrement accordé , mène souvent assez loin les gens inattentifs. Rétablissons les principes.

Dans quel cas , Messieurs , cette liste pourraitelle être justement opposée au témoignage d'un homme public , d'un homme sermenté , chargé par le gouvernement de me suivre partout, et de rendre compte jour par jour, de toutes mes actions et paroles , lequel me prenait tous les matins en prison et m'y remettait tous les soirs , et qui se démantelait la mâchoire, à force de bâiller, du cruel métier que M. Goëzman et moi lui fesions faire ? Dans quel cas , dis - je , cette liste pourrait-elle être justement opposée à son témoignage ? Dans celui seulement où , me trouvant écrit de ma main sur la liste un certain nombre de fois , je soutiendrais , et mon gardien certifierait que nous avons été moins de fois à la porte, ou même que nous n'y avons pas été du tout; car alors la liste offrant la preuve positive , tant du fait que du nombre des visites , il n'y a aucun témoignage humain , qui pût détruire celui de la liste. Mais ici , par le plus vicieux renversement d'idées , on appuie la négation de neuf visites avérées, attestées par la déposition d'un

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liomme public et scrmenté ^ sur le seul itlence d'une misérable liste , que mille choses deraient rendre suspecte , dont la première est Voràre bizarre à la portière , de ne jamais écrire pef^ sonne*

Est -il étonnant qu'un . laquais ne sache pas écrire ^ et que son maître , qui ne peut deviner qu^uu poriier notent personne ^ reste avec sécurité dans sa voiture y au lieu d'en sortir pour» s'inscrire lui * même ? A mon égard ^ voici conif ment les choses se sont passées.

Las de descendre inutilement ^ trente fois le jour, de voiture, pour écrire mon nom et ma supplique , je fis sur la lin du procès un billet circulaire, que mon laquais remettait k chaque porte des co/iseillcrs qui se trouvaient absents*.. Celte circonstance attestée par mon gardien f et ajoutée à tous les caractères d'inOdélité que petit présenter une liste y doit taire rejeter avec mé-. pris la preuve tirée contre moi du silence de celle-ci ; à moins qu'on ne suppose que , pendant ces quatre jours où je ûs des sacrifices de toute espèce pour parvenir à être introduit chez cet invisible rapporteur , je ne me sois pas présenté à sa porte une seule fois» La patience écliappe de voir un grave magistrat se défendre avec de tels moyens*

Et pourquoi tant d'absurdiié , je vous prie?

MÉMOIRES. lol

Pour amener uu autre sophisme encore plus vicieux que le premier.

Pour établir que j'ai eu Tintention de gagner le suffrage du rapporteur , en faisant le sacrifice auquel on m'a forcé , Ton ose opposer le silence de cette liste à la déposition de la dame Lépine ^ de la demoiselle de Beaumarchais^ des sieurs Santerre , de la Châtaigneraie , de M iron , Bertrand, Le-Jay > qui tous ont attesté que jamais je n'ai sollicité que des audiences : on l'ose opposer au récolement même de madame Goëzman , qui pourait seule contredire tant de téoioignages , et qui , sans le vouloir , unit son attestation à celle de tout le monde. Je déclare que jamais le îiéur Le-Jay ne m^ a présenté d^ argent pour ^gner le suffrage de mon mari , qu^on sait bien Are incorruptible ; mais qu^il sollicitait seulement des audiences pour le sieur de Beaumarchais : attestation confirmée dans un supplément imprimé de madame Goëzman ^ où elle s'énonce en ces termes : J^ai dit, fen conviens, que le sieur Le-Jay , en m^ offrant des présents de la part du sieur Caron , avait masqué ses intentions criminelles par une demande d'au^ DiENCES ; et où elle ajoute encore , de peur qu'on ne l'oublie : ne voit-on pas que je ne fais

que RAPPORTER LES DISCOCRS DU SIEUR Le-JaY?

Eh mais y Madame ! si les discours de Le Jay Mémoires. /. i 5

i<j4 M ft M O I R E S,

titvitnt UiU que fous le diteê , comment donc efi\)ércz-voixH ^ par le i$eul Mmice dis votre liite^ prouver rju^un argent reçu par y ou» pour des aU' diancMs , ile« itmu» de Lc-/ay ; qui TavaU reçu ^/>/^r ^My audiancGjs , de Bertrand ; qui rayait mvM pour des audiences ^ de la dame Lépioa; qui l'avait reçu pour des audiences f du f ienr de la Châtaigneraie; qui me l'avait prêté pour des audiences ; (jtie cet argent , di^-je , ait été dfi- 1 tîné par imn^ /jour gagner le suffrage de M. votre marif qu^on sait être incorruptible '/

Voila [lourtatàt , Madame , comment Taw rainounez* Voilà comment , du seul %AisxiM d'une liste qui n'est, comme tout autre sileoeef qu'une négation , une absence de bruit , d'écfi* ture , de mouvement ou d'action, le néants a un rhot rien an (ont , vous inférez une iutentiofl^^ laquelle n'e<>t \mv sa nature qu'un autre être der raison , et cela pour m'iuculper, moi ^ qui U TOUS ai rien dit, que vous n avez pas mêmetu^ qui n'ai eu de relation avec vous qu'à travers monde de personnes, dont tous les témoign ainsr que tos aveux , s'unissent en ma £iveiijr#

Il est donc bien démontré par les dépositiotf|:f des témoins , par les interrogatoires des accuséf^ par les Mémoires de tout le monde , par votre 1$ / écolement , votre supplément , tous vos raisoo«i^ nentent9 enfin , que je n'ai jamais désii é lâi

iiidé «mire chose de tous que des audiences ; est bien démontré que la conséquence tirée de liste n'est qu'une platitude mal inventée , plus il soutenue^ encore plus mal prouvée ; et surit il est bien démontré qu'on m'a fait perdre atre ou six pages à me battre à outrance et à raUler contre un moulin à vent d^ intention ,

corruption et de liste , qui ne m'a éié opposé e pour faire bâiller le lecteur ^ embrouiller faire ; et me rendi^e , en y répondant , aussi luyeux que le Mémoire où l'on m'a tendu ce ige ridicule.

1 la grave autorité de celte lisie , Madame , is joignez celle du billet que le comte de la iche vous a , dites-vous , écrit alors , et qui

a suffi pour être admis chez vous ; lequel let vous avez gardé précieusement. O bon Jay I réclamez vos droits , mon ami ; l'on is pille ici : cette naïveté est de votre force !

liste du portier , le billet du comte de la iche en preuves ! Ce n'est pas que ce gentilnme y descendu des Alpes exprès pour délira Paris un riche légataire , ue soit bien faii :ir obtenir de M. Goëzman des préférences de ite nature.

Vlais permettez , Madame, n'auriez-vous pas

peu manqué de goût ici? Pour que son billet : quelque force , il nie semble qu'il n'eût pas

196 M Ji M O I R E S.

fallu imprimer ensuite la lettre à ma louange qu'il vous a écrite de Grenoble^ dont les eœpreS" s Ions, (ïiX.es-vows , éi^idemnient dictées par Vhon^ neur révolté y sont de noiiç^elles preuves deVatrù^ cité de mes imputations»

Il me semble qu'il eût mieux yalu présenter quelqu'autre preuve de mes atrocités , qu'une lettre du comte de la Blache , qui , depuis dix aiiS , fait profession ouverte de me haïr avec passion ; où Ton lit : // manquait peut-^re à sa réputation celle du calomniateur le plus atroce ( c'est de moi dont Tautcur entend parler ),/K>i en faire un monstre achevé ( Qu'ils sont doax> nos adversaires ! Lettres , Mémoires , tout fondu dans le même creuset : ) ; la vôtre est au-dessus de pareilles atteintes pour, en éti alarmée : {\]ne réputation alarmée des atteial qu'on lui porte ! quelle phrase alsacienne \)Ct le serpent qui ronge la lime : ( il fallait diri c'est la lime qui ronge le serpent ; il y auriî eu deux ou trois images rassemblées ; et su unQ allusion à l'état de mon père; et cela) été superbe; on y songera une autre fois :) justice qu^on vous doit servira à purger la soc({ d^une espèce aussi venimeuse. Cette lettre Madame , est d'un bout à l'autre un échantil de la manière dont le comte de la Blache plai xa rause dans tous les cabinets des juges ,

lant que j'étais en prison. Et je la croîs plus ")ropre à desservir le comte de la Blache qu'a irous servir vous-même. C'est dans les lois que Iss Beaumarchais doivent trouver la punition ie leur audace. Oui, lorsque dans Tabus de ces mêmes lois, les la Blache .prouvent le moyen de iépouiller les héritiers directs d\m millionnaire, Si Taide d'un testament ; et son créancier , à la Faveur d'un arrêt : car, à la fin, tant d'indignités m'arrachent à la modération que je me suis imposée.

Et la lettre est écrite de Grenoble / où le comte de la Blache était allé voir son p^e ! Bone Deus ! et le comte de Tuffières aussi allait voir le sien.

Mais pourquoi cette lettre n'est-elle pas cottée lu rang d'une foule de pièces justificatives , qui le sont pas plus justificatives que cette lettre ? S«t-ce qu'elle ne serait pas timbrée de Greno- )le ? Je vous demande bien pardon , M. le îomte de la Blache , M. le conseiller Goëzman, iladame, et vous aussi, Messieurs Marin Gasetier^ Bertrand d'Avignon, Baculard d'Am- >assade, et autres qui voulez tous avoir part i l'excellente oeuvre de ma perte, si je regarde i si peu de chose : mais vous êtes si adroits ! si adroits ! qu'il faut bien me passer un peu de V'igilance. D'ailleurs , voyez combien de gens

vous 6ies après moi, gens d'cpcc , gens de robe, gens de lettres , gens d'uflaires , gens d'Avignon , gens de nouvelles ; eela ne finit pas. Aussi mes ennemis n'auront-ils plus rien à y voir quand je serai sorti de cette coupelle où M. Gocznian m'a mis au creuset, pu le sieur Marin fournit le charbon , et où Bertrand , Baculard et autres garçons affuieurs , souineni le feu du fourneau.

Passons à Texamcn d(î raudicrice qui me fnl, dit-on, accordée le samedi 5 avril au matin ^ par M. Goëzman ; et a celui des preuves sur lesquelles on rétablit.

Premièrement, je fais ici ma déclaration publique et formelle, que je nie cette audience à dmi risques, périls et fortifiie. Je déclare que jenV eu d'autre audience d;ins la maison de M. Gocz man pendant les quatre jours du délibéré , (f^ celle du samedi 5 , Ix neuf heures du soir, cp présence de M* Falconetetdu sieur Santerrcin gardien.

Je déclare que c'est chczM.de laCalprencde conseiller de grand'chambre , que je montrai M. Goëzman, avant le délibéré, l'article de Gazette de la Haye où je suis si maltraite; laque Gazette je ne laissai point a M. Goëzman, ni aucun autre temps, comme il le dit; car je V chez moi enliassée avec les autres pièces exir judiciaires relatives au même procès, souligné

aux mots importants^ et avec ces notes en marge écrites de ma main : s^ informer chez Marin oU l'on peut ai^oir raison de ces infamies. Et plus bas : Voir M. de Sartine. Et plus bas : Ecrire à

Madame de d'en parler à M^ le duc de

Je déclare que , depuis ce jour, je n'ai vu qu'une seule fois M. Goëzraan , le samedi 3 avril à neuf heures du soir , accompagné y comme )e l'ai dit^ de M» Falconet et du sieur Santerre.

On me dispensera bien , je crois , de discuter ]a première preuve de cette audience du samedi matiu ,' que M. Goëzraan tire de son propre témoignage.

On me dispensera sans doute encore d'user mes forces contre la preuve tirée d'une lettre du comte de la Blache , datée de Paris le 18 septembre y c'est-k-dire , plus de cinq mois après le 5 avril , du même style que celle de Grenoble , où il raconte a M. Goëzraan que M. Goëzmau lui a dit, le 5 avril au matin : Votre adversaire sort d'ici; quoiqu'il soit prouvé que l'adversaire du comte de la Blache n'en sortit pas ; et où il annonce que tout ce qui est écrit dans mon Mémémoire est yàwo:, méchant, atroce , e^c. Quoique le comte de la Blache, absolument étranger à la querelle , ne puisse pas être plus instruit que le roi de Maroc ou le bâcha d'Egypte, si ce que j'y ai dit est faux ou vrai , doux ou méchant ,

atroce ou modéré. Gomme c*e8t sur det ouidires de M. Goëzman qu'écrit le très->reconaaia« sant comte de la Blache , cette preuve rentre et se fond dans la première ; et jusqu'ici , comme on le voit 9 la vérité n'a pas encore fait un pas.

La troisième preuve de M. Goëzman se tire d'un Mémoire de moi , non daté , que M. Goéz* man a , dit-il , heureusement conservé sous le titre d^ argument en faiseur de l'acte du premier avril , et réfutation du système , etc. Lequel manuscrit n^a nul rapport à la question présente^ et ne peut servir à fixer l'époque d'aucune audience.

La quatrième est fondée sur un autre manuscrit de moi^ sans date^ et que M. Goëzman a^ dit-i)^ encore heureusement consente ^ sous le titre de réponse à quelques objections, etc. Et moi aussi, je dis heureusement; car ce manuscrit contient une note précieuse qui le fait tourner en preuve contre l'audience du 3 avril au matin.

Si j'ai bien lu, voilà tout, je crois.

Après avoir montré la futilité des preuves que M. Goëzman rapporte de cette audience , je pourrais m'en tenir à ma déclaration formelle , que l'audience est fausse et ne m'a pas été donnée , parce que c'est k celui qui articule un Ëiità le bien proMver ; celui qui nie n'ayant qu'à se tenir les bras ^Toisés jnsqu*à ce qu'on lui taillç

MÉMOIRES. aôï

de la besogne ^ en lui fournissant des preuves à combattre. Cependant^ comme mon usage en cette affaire est d'aller au-devant de tout^ après sivoir prouvé négativement que les preuves mêmes ie M. Goêzman détruisent son édifice ^ je vais prouver positivement que cette audience n'a jamais existé.

11 est prouvé au procès , par les^ dépositions ies sieurs Le-Jay , Dairolles , de la dame Lé-

pine y etc que , ce même samedi 5 avril au

natin , Bertrand et Le-Jay furent chez Madame [^oëzman porter les cent louis ; que Le-Jay reçut le cette dame à cette occasion la promesse fornelle que j'aurais une audience de son mari , le îoi'r même.

Mémoire de Bertrand , page 5.

w J'envoyai chercher un fiacre ; nous y monn tâmes Le-Jay et moi ; il fit arrêter au coin du

0 quai Saint-Paul Je le vis entrer' dans une

» maison qu'il me dit être celle de Madame de

» Goêzman 11 me raconta dans la route la

» manière dont il avait été reçu J'instruisis la

» sœur du sieur de Beaumarchais de tout ce que » Le-Jay m'avait dit; je vis le soir même le sieur » de Beaumarchais qu'on avait instruit du mes- » sage du sieur Le - Jay ; il se prépara à sa i) visite* »

Dans mon Mémoire à consulter ^ page 8.

u Le sieur Dairolles assura ma sœur que » Madame Goëzman, après avoir serré les cent » louis dans son armoire , avait enfin promis » raudiencc pour le soir même ; et voici Tins- » truction qu'il me donna quand il me vit :pré- » sentez-vous ce soirk la porte de M.Goëzmao; » on "VOUS dira encore qii^il est sorti ; insistez » beaucoup ; demandez le laquais de IVIadame; » remettez - lui cette lettre , qui n'est qu'une » sommation polie à la dame de vous ppoeurer » Taudience , suivant la convention faite entre » elle et Le-Jay. »

Et la lettre était écrite de la main du sieur Dairolles , au nom de Le-Jay, comme cela est prouvé au procès.

Ajoutons à tout ceci la déposition du sieur Santerre , qui contient qu'après des refus de porte aussi constants qu'ennuyeux, en vertu d'une lettre dont j'étais porteur, et que je remis devant lui au laquais blondin de Madame Goëzman, le samedi 3 avril , à neuf heures du soir , nous fûmes introduits cette seule fois chez M. Goëzman. Ajoutons celle de M» Falconet , avocat , qui contient absolument la même chose. Que dit à tout cela M. Goëzman caché sous le manteau de Madame?

De quel front le sieur Caron ose-t-il faire imr

MEMOIRES. 2o3

primer que , jusqu^au samedi y neuf heures du soir y la porte de son rapporteur lui aidait été obstinément fermée ? — Du front d'un homme qui n'avance rien qui ne soit bien prouvé au procès. — Si à cette heure , qui était celle du souper, on ne l^ eût pas î^çu y lui qui était déjà entré le matin , comment aurait-il pu se plain^ dre ? — Comme un homme à qui l'on n'avait accordé aucune audience le matin ^ et qui venait de payer celle-ci d'avance , la somme de cent louis. — Cependant, comme il a insisté sur le fondement qu^ il n^auaitqu^un Mémoire manuscrit à remettre. — Pardon, Madame, il est prouve au procès que je suis entré avec une lettre écrite à Madame Goëzman , remise à son châtain-clair; et nullement pour remettre un Mémoire dont il ne fut pas seulement question. — Mon mari eut la bonté de le recevoir encore ; la visite fut courte sans doute. — Raison de plus , Madame, pour être outré de n''en avoir pu obtenir d'autres, surtout quand on les a payées si cher , et qu'elles ont porté aussi peu de tuit. — // ne demandait qu^à remettre un Mémoire. — Au contraire , Madame , il n'en existait alors aucun de moi.

Le premier manuscrit indiqué sous le n.° 4» dans vos pièces justificatives , ne fut fait que d'après l'audience du samedi 3 , au soir, pendant la nuit du samedi au dimanche , et vous fut

ao4 MÉMOIRES.

envoyé le diir anche matin avec le précis, imprimé de M* Ridauh, mon avocat, encore mouillé de la presse ; le tout accompagné d'une lettre polie pour vous , comme je l'ai dît à mon interrogatoire , et comme il est profité au procès que le sieur Bertrand me Favait conseillé de votre part.

Le second manuscrit , sous le n® . 5 de vos pièces justificatives , n^a été composé que dans la«soiréé du dimanche 4 ^^^^1 ? ^^^ ^^^ observations que M. Goëzman avait faites le matin au sieur de la Châtaigneraie ; ce qui détruira l'imputation qui m'est faite , que je calomnie les magistrats. Je n'ai jamais dît qu'aucun membre du Parlement m'eût fait des confidences ; mais j'ai dit, imprimé , consigné au greffe , que M. Goëzman avait lu des lambeaux de son rapport au sieur de la Chataigi^raîe, et lui avait même permis de me communiquer ses objections ; ce que ce dernier fit en m'annonçant l'audience promise.

Il reste donc pour constant , par les dépositions des témoins , par les interrogatoires àes accusés, par les Mémoires de tout le monde, par la procédure , par les preuves même de M. Goëzman , que la séance du samedi matin , 5 avril, n'est qu'une chimère ; et c'est ici le lieu de répondre au nouveau plan de défense ctabîi par M. Goëzman dans le supplément de Madame.

mets à toutes les peines méritées pour celui des deux qui eu impose au Parlement et au public, M. Goëzman ou moi , si l'homme sermeaté qui m'accompagnait , si le sîeur Santerre n'atteste pas encore à ta cour que je ne suis entré le samedi , 5 aviil , qu'une seule fois , à neufheures du soir , chez M. Goëzman , accompagné de W Falconel et de lui.

Ainsi, loin d'avoir obtenu de ce très-peu Tériliqiie rapporteur les quatre audiences qu'il arti- :u.Ie , je déclare que je n'en ai reçu qu'une , et (lie cette une encore , je ne l'aurais pas obtenue i je ne l'eusse payée d'avance, cent louis d'or.

Je déclare que je n'ai jamais chargé persoime le faire aucun pacte avec Madame Goëzman au tnjet de cet or , et que , quand on TÎDt me dire e .dimanche au soir 4 > que Madame Goëzman , to proraetLaut une seconde audience, avait dit: te si Je ne puis la lui faire avoir, Je rendrai \out ce (jUG j'ai reçu ; je m'écriai devant tous nesamis, eu me fi'appa ùtml, c'en est fait , fai penlu mon procès ! C tte offre inopinée de put rcftdre en e-"- '• "•" préxatre*

VoiUi iP'*- ions , mes

• ■ Mémoire jue tout le ■onte, attire '? et la

Mais que dira surtout le Parlement de Paris ^i nous juge aujourd'hui, en lisant ce que je réponds aux quatre audiences ?

Loin d'avoir eu quatre audiences de M. Goëzman , tant par moi que par mes amis , je déclare hautement que M« Falconet, avocat, arrivé^ depuis quelques jours, d'un voyage de trois mois, donne le démenti le plus^ formel à quiconque ose avancer queM.Goëzman lui a donné le vendredi 2 avril , aucune audience chez lui pour moi , ou que cetavocataitjamaismislepied chezM.Goëzman en aucun autre instant, que le samedi 3, au soir, avec le sieur Santerre et moi. Cela est-il clair ?

Je déclare encore que M, de la Châtaigneraie , loin d'avoir reçu le dimanche , 4 avril , aucune audience pour moi, n'a été chez M. Goëzman que pour essayer de m'en obtenir une, que ce rapporteur lui promit pour le lundi matin, 5 avril, et qui n'a pas été donnée , quoique M. de la Châtaigneraie , sur la loi de cette promesse, ait vainement essayé le lundi de me servir d'introducteur. Je déclare que M. de la Châtaigneraie , loin de chercher à résoudre les objections de M. Goëzman, tira au contraire de son silence l'occasion de solliciter ce rapporteur, pour qu'il voulût bien me les faire à moi-même.

Je déclare en outre que je consens et me sou-

mets à toutes les peines méritées pour celui des deux qui en impose au Parlement et au public , M. Goëzman ou moi , si l'homme sermenté qui m'accompagnait > si le sieur Santerre n'atteste pas encore à la cour que je ne suis entré le samedi y 3 avril, qu'une seule fois , à neuf heures du soir , chez M. Goëzman , accompagné de M* Falconet et de lui.

Ainsi^ loin d'avoir obtenu de ce très-peu véridiqite rapporteur les quatre audiences qu'il articule , je déclare que je n'en ai reçu qu'une , et que cette une encore , je ne l'aurais pas obtenue si je ne l'eusfse payée d'avance, cent louis d'or.

Je déclare que je n'ai jamais chargé personne de faire aucun pacte avec Madame Goëzman au sujet de cet or , et que , quand on vint me dire le dimanche au soir 4 9 q^^ Madame Goëznxan , en promettant une seconde audience, avait dit: et si je ne puis la lui faire avoir , Je rendrai tout ce que fal reçu ; je m'écriai devant tous mes amis, en me frappant le front, c^en est fait , fal perdu mon procès ! Cette offre Inopinée de tout rendre en est le funeste présage.

Voilà mes réponses , mes discussions , mes déclarations : et je signe exprès mon Mémoire en cet endroit, parce que j'entends que tout le contenu de cet article tourne à ma houle, attire sur ma tête la juste punitio^ , l'anathème et la

:ïod MEMOIRES.

proscription qui m'est due y si rinformation que la cour ne me refusera pas k ce sujet , y apporte le plus léger changement ; et j'en dépose un exemplaire au greffe , avec ces mots de ma main.

Ne varietur.

Regagnons à présent le temps perdu^ Madame.

Parcourant rapidement les objets auxquels tous avez tous - même donné moins d'importance ( page 12 de votre Mémoire )y je vois un coupde crayon ï la marge. Il s'agit de M* de Junquières, que vous faites s'écrier à l'occasion des propos qu'on tenait sur votre compte : C^ es tune infamie de Beaumarchais. PourceJunquières-lk^ comme son métier ,c$t de défendre les autres , et qu'il a bec et ongles , entre vous le débat , Messieurs : mais je vous avertis qu'il donne le plus formel et public démenti à votre phrase ; et qu'il prend à témoin de la fausseté de votre citation y M. le procureur-général ^ devant lequel il parlait alors. A mon égard , il est certain que je confiai dans le temps à M* de Junquières tout ce qui s'était passé entre Madame Goëzman et Le Jay : je n'ai point trouvé mauvais qu'il vous Teût rendu : je le

MÉMOIRES. 2og

lui ai dit depuis : voilà le £ait dont la discussion ne vaut pas une ligne de plus>

En revanche, en voici un qui ipérite attention. Votre objet ici , Madame , est d'essayer de disculper M. Goëzman d'avoir été Tinstigateur, le compositeur , et récrivain de la minute de la première déclaration attribuée à le - Jay ; c'est vous qui parlez ( p. 25 ). le-Jay monta dans le cabinet de M. Goëzman , se mit à son bureau ; ( fort bien jusque - là ) : e^ comme il est fort peu lettre' , quoique libraire , il pria mon mari de

LUI ARRANGER DANS LA FORME d'uISE DÉCLARA- TION les faits dont il venait de lui rendre compte: (le - Jay a protesté dans ses interrogatoires , qu^on ne lui avait fait qu'une seule question et qu'il n'avait répondu qu'un mot : ) En conséquence IL FUT FAIT un brouiUon : ( n'oublions pas il fut fait: ) il fut fait un brouillon que mon mari corrigea en plusieurs endroits : ( à moins de convenir de tout, on ne peut mieux parler:) et il quitta ensuite le sieur le^Jay , ( il faUait le quitter avant ; ) qui écrivit et signa en ma pré^ sence la déclaration suivante , etc. , etc.

Ainsi vous convenez. Madame, que votre mari arrangea les faits en forme de déclaration ; TOUS convenez que votre mari corrigea le brouiU Ion en plusieurs endroits ; vous convenez que le-Jay écrivit ensuite du départ de votre mari ;

Mémoires. /. i4

Qio MÉMOIRES.

ce qui indique assez qu^il n'ayait pas écrit aTani son départ. En tout cela il n'y a que ces mots f IL FUT FAIT f d^équÎToques ; tout le reste niarehe assez bien. Il fut fait! charmante tournure , pdur laisser le monde incertain si ce hromUon Jlitjaii par iVI. Goëzman ou par Le-Jay ! mais de cela seul y Madame , que tous ne dites pas k pleine bouche : Le-Jay se mit au bureau de mon maii^ faù il écrivit librement et de son chef la déchi^tion , on en peut conclure hardiment que ee ftit M. Gôëzman qui fit la minute. Vous n^éces pas gens à ménager Tadversaire , quand yooâ croyez avoir de l'avantage sur lui. Mais comine one négation formelle tous eût trop exposés Pûn et l'autre , aujourd'hui que j'ai prouvé par inon supplément queM. Goëzman a fait la minute; tous employez la bonne , fine, double phrase // fut fait , la seule qui pût être utile à deux fins ; propre à vous servir si on la prend bien, et à ne vous pas nuire si on la prend mal.

Si la libe!rté de ma critique rend mes éloges de quelque prix à mes yeux , Madame , recevez mes félicitations sur cette tournure; salut aux maîtres ; en honneur on ne £siit pas mieux que cela.

Vous transcrivez ensuite la déclaration : après '"

iquoi vous ajoutez ( p. ^^l^ quiconque aura sous iâs feux ( c'est toujours vous qui parlez ) Porigi"

nal de cette déclaration , reçonnaitra bientôt , h la manière dont elle est orthographiée , que le sieur Lte-^ ay n^ a fait que ^e copier lui-même : pourquoi ne pas convenir tout uniment ^. comme il Fa déclarç.à ses interrogatoires que vous dictiess &^ la minute de votre m^U'i pendant qu^il écriyait ? Çel^ e;x:p]ique bien ,mieux ^es fautes d^or- ÛkOfgtajfke. £i il m^a priée de corriger moi-même quelques mots qu^il at^ait mal formés, et d'en qfouterjiin ou deux qu'il avait omis. Excellente i^poogse à tous les feux , reprochés à M. Goëzman ^^ns mpA ^Ppplément ; Grâce k son adresse , c^est ]M(adame aujourd'hui qui se charge de Finiquité. Nous voilà tous deux dans le puits , dit le reperd à son compagnon : tends tes jarrets , dresse \B& cornes y allonge ton corps , je grimperai pardessus toi ; et sorti de la citerne y je t'en tirerai à nion tour. L'animal peu rusé , fait ce qu'on lui dit ; et le renard hors de danger , le paye par une phrase à peu près semblable à celle de M. Goëzman dans sa note imprimée ^ distribuée à ses confrères par M. le président de Nicolaï : Si, malgré la raison que f aide croire ma femme innocente, faisais été moi-même induit en erreur , je demanderais que la justice prononçât, et Von verrait que P honneur sera toujours le lien le plus fori qui m^ attache à la société, et le seul guide de ma conduite.

PauTre Madame Goëzman ! Vous prenez sur TOlrc compte un (aux jiMtement reproché à Totre mari ; et pour récompense , cet époux , qui a toujours mérité votre respect autant que w>tre amour, détachant $cê intérêts des TÔtres ^ ofl&e de composer li so$ dépens : peu lui importe qne TOUS restiez dans la citerne , pourra qu'il n'y demeure pas avec vous* Pauvre! Pauvre Madame Goëzman I

Pour revenir k cette déclaration ; on Toit ^ par leur propre Mémoire , que M# Goëzman a cor^ ri gela minute 9 et que Madame a corrigé la copie» Quels correcteurs I Ce devait être un bon spee* tacle que Madame Goëzman érigée en Magister de le « Jay ^ corrigeant sa leçon d'écriture I la plume échappe , et tombe de dégoût d'être obligé iic répondre à de pareilles défenses (i)«

Suit après la seconde déclaration de le-Jajr:

(i) r«nd0nl qu'on imprime , jVpprend» que le commii de le-Jay vi^nl dMtre confrotiti^ k iriadame Goëzman , et qu'entre pluftieur^ écriture» qu'on lui a prif^entées, il a trêil)ien reconnu celle dont Tut traci^e la minute de la première df^aUralion qu'il a copic'e. Mai», au grand «itonnemerit de tout le monde et au mien ( car j'avoue que je ne m'y at^ tendai/i presque pa») , cette écriture «'e^l trouvée être celle de PrmtobUU et Consullbsinius Ludo^icus Valeniinui Go/SX H A tt. Kt voilà comment tout ce que je débats devient inutile , à mesure qu'on suit l'instruction.

MÉMOIRES. ' 3i5

Je déclare en outre que jamais , ni le sieur de Beaumarchais , ni le sieur Bertrand , etc.

Et moi Beaumarchais > je déclare qu'il y a sur roriginal de cette deuxième déclaration attribuée à le-Jay : je déclare que jamais Bertrand ni Beaumarchais , ou Beaumarchais ni Bertrand, con^meôn voudra; mais sans aucun mot de sieurs^ car cela m'a singulièrement frappé , en lisant au greffe cette déclaration :

Je déclare encore qu'il y a la fin sinéle-Joy, e\ non signé le-Jay : ce que je fis alors remarquer au rapporteur et au greffier, qui ne purent s'empêcher de rire de ma plaisante découverte.

Suit après la lettre du sieur d'Arnaud.

A vous donc M. Baculard.

Ce serait bien ici le cas de me venger de toutes les injures dontPexorde de voire Mémoire est rempli : mais comme elles ne s'adressent pas directement à moi , et qu'à la rigueur je puis douter si vous me regardez de travers , ou si vous louchez seulement en défilant votre tirade, je veux bien ne pas me l'appliquer, et vous traiter doucement en conséquence : car vous savez qu'il ne tiendrait qu'à moi de vous montrer tel que vous fûtes dans votre confrontation , c'est-à-dire , tout à côté de Madame Goëzman ; si votre embarras^ et le peu d'habitude à vous déguiser , ne vous mit

2i4 MÉMOIRES.

pas mêïne au dessous : inais je suis doux» inôi ; et je veux biea conrenir que tous n'ayez jamais senti la conséquence d'avoir accordé à le-Jay une lettre mendiée qui m'inculpait aussi grarement f sur un £siit que tous ignoriez , et qui se troUTif faux aujourd'hui ; je veux bien conTenir encore que TOUS n'aTez pas senti la conséquence d^aroir recommencé la lettre , parce que le-Jajr ne trow* if ait pas cet écrit assez fort : comme si un £iit, quand tous en eussiez été témoin » pouvait a'Toir deux faces sous la plume de celui qui tous le rend; ou comme si votre complaisance pour le-Jay , qui agissait de soa côté par comptaisapce pouF^ Madame Goëzman , laquelle TOulait copaplaire en ce point à sou mari, pouvait tqus excuser sur une démarche aussi inconsidérée. Mais foi cru , dites-vous , que le-Jay méritait toute ma confiance y etfai cédé à cette conviction ; ainsi^ d'erreur en erreur , de complaisance en complaisance , vous avez causé sans le savoir l'emprisonnement de le-Jay , et mon décret d'ajournement personnel : et voilà coniment le transport qui saisit un pauvre homme de bien sur Pai^an^^ tage de faire une bonne actioH, le conduit souvent à en faire une très-blamable.

Il faut ajouter ici que vous aviez alors un procès criminel iraporlanl à laTouruelle, où vous espériez quelques bons offices de la recotmaissance

MÉMOIRES.. 3i5

de M. GoëzmaQ ; ce qui n'a pas laissé que de Teuâ0 Totre distraction un peu plus profo^ide. , Mais le plus curieux , que j^e n'enteipids pas encore , c'est qu'après être convenu à yotrc confrontation de tous vos torts , on ait pu depuis ,

vous déterminer à donner un Mémoire , qù^

saos vous eu douter ^ vous complettez la conviction xjue vous né sentez jamais la force de ce que vous dites ^i de ce que vous faites. J'ai donc eu raisoa quand j'ai dit de vous dans mon supplé* ment : n^ est-ce pas par faiblesse que ce pauvre Arnaud Bqculard , qui ne dit jamais ce qu^il /veut 4^re , et jrze fait jamais ce qu^H "veut faire , etc.

Je n'en veu^ qu'un exemple : Oui fêtais à pied ! et je rencontrai dans la rue de Condé le sieur Caron , en carrosse. Dans son carrosse I ( répétez-vous avec un gros point d'admiration )# Qui ne croirait , d'après ce triste oui, j^étqis 4^ pied, et ce gros point d^admiration qui court aprèç ipon carrosse y que vous êtes l'envie n^émt personnifiée? mais moi, qui vous connais pour u^ bon hun^ain y je sais bien que cette phrase , dan^ son carrosse ! ne signifie pas que vous fussie?: fâché de me voir dans mon carrosse; ipais seulcr pientdé ce que je ne vous voyais pasdans le vdtre; et c'est, comme j'avais Thonneur de vous l'observer , parce que vous ne dit:e$ jamais ce que

TOUS Youler dire , qu'on se trompe toujours à votre intention. w

Mais consolez-vous , Monsieur ; ce carrosse dans lequel )e courais ^ n'était déjà plus à moi , quand vous me vîtes dedans ; le comte de laBlache Tavait fait saisir , ainsi que tous mes biens : des hommes appelés , à hautes armes , habit bleu ^ bandoulières et fusils menaçants , le gardaient à vue chez moi , ainsi que tous mes meubles ,, en buvant mon vin : et pour vous causer, malgré moi , le chagrin de me montrer à vous dans mon canisse , il avait fallu , ce jour-là même , que j'eusse celui de demander , le chapeau dans ^e main , le gros écu dans l'autre » permission de m'en servir, à ces compagnons huissiers ; ce que je fesais , ne vous déplaise , tous les matins. Et pendant que je vous parle avec tant de tranquillité, la même détresse subsiste encore dans ma maison.

Qu'on est injuste ! on jalouse et l'on hait tel homme qu'on croit heureux , qui donnerait souvent du retour pour être à la place du piéton qui le déleste h cause de son carrosse. Moi , par exemple , y a-t-il rien de si propice que ma situation actuelle pour me désoler? Mais je suis un peu comme la cousine d'Héloïse ; j'ai beau pleurer , il faut toujours que le rire s'échappe par quelque coin. Voilù ce qui me rend doux à

votre égard. Ma philosophie e^ d^être ^ si je puis , content de moi ^ et de laisser aller le reste comme il plait à Dieu.

D^ailleurs , Monsieur , votre Mémoire m^oblige en un poipt dont vous ne vous doutez guère; c'est qu'après avoir cité l'endroit du rj/^n où je ra^ conte que je vous dis : Fous êtes Vami du sieur /e- Jajr ; je vous inimité , Monsieur , par l^ intérêt que vous prenez à lui y de le voir et de Rengager ^ à dire la vérité; c^est le seul parti qui lui reste , dans V embarras où il s'est plongé lui-même ; les magistrats ne font point le procès à la fai^ blesse , c'est la mauvaise foi seule qu'on pour^suit: Vous ajoutez : Le sieur Caron me tint à peu près les mêmes discours qu'il rapporte ici : ce qui me suffit pour renverser , je ne sais quel échafaudage de subornation de le-Jay , que la maison. Goëzman a v.oulu élever contre moi ^ dans le Mémoire de Madame pour Monsieur ; échafaudage qui prouve seulement que celte maxime est de leur connaissance ; qu'en un cas embarrassant , il vaut mieux dire des riens que de ne rien dire.

Pardon, Monsieur, si je n'ai pas répondu dans un écrit , exprès pour vous seul, à toutes les injures de votre Mémoire ; pardon, si, voyant que vous m'y faites marcher à r éruption de ma mine ; si , vous voyant mesurer dans mon cœur les sombres

aiH

prrtf(mdeiir$ de VHnfer^ #1 tom kct^ . ' \ Tuâon^ Jupiter l A quoi te sert donc ta foudre ? *fé ri*iKmiin l/rf(cr^m#mt ^Urit (IcfKiiiffiirarei^Paidoii; Tou» ïixie» écolier ^ mm iknxte f el ^onf Mf«i qu'an t>akm le mieux ioufflé ^ U ne fiuit qttW eoof

Vient eri^fiite U dénmiciatiofi de M^Gc^ciMi que j'ai analyA^e daM mon Mpf]4éitiefti#

Deux remarque* à y i&ife« La |>remière f c^ift que [Vf* G(W^xmasi rejeté f nur la ehambre dei quêter ^ la tiéeeMité ou il ii'eftt trouiré de d^oncer. .Sophiste ^lan^^eox qui ùèfi^mez toMf la chambre den enquête» exigeait « elle de tom la juitification d'un mafpiU'at soupçonné ^ on k dénoneiati#>n d'un innocent op(irifBé?l4iâeeofldi^ c'eit que \m ménagement* que l'auteur paâê enrer* le »ieur le^J^y f dont il parle en teroMi iidofix^ %\ lYAictncU : Cette pfsrsonne interposée^ p^inéîtrëe de dimleur d^ai^oir commis une fcM dont elle ne sentait pas Ut conséquence , nwùu armée peut^tre contre la séduction , e te 0000 Gm snénagementi ^ dim-^je ^ rentrent loiU^£aut ésm le* rlio^e* ami/;ale^ qi le M« Ooétmsktt f allaniaa palai*^ difait àmf^ le même temp*au iieur le-Ja/i et que ce dernier rapp^me cJan* *e* interrc^ mlirtë ; Mon cher Monsieur le-Jay^ soye% sans inqui^itudes f fai arrangé les choses de façfjn que vous ne serez entendu que comme témoin

MÉMOIRES. ai9

ou procès p et non comme acciiSé.En rapprochant sinsi diverses actions d'un homme , on parvient k pénétrer dans les replis de son cœur ; comme les géomètres, à Taide de quelques points corres* pondants y meaurent des hauteurs ou sondent des profondeurs inaccessibles.

• Une autre phrase assez curieuse à rapprocher de ces deux-ci , est celle du Mémoire de Madame Goëzmaii , pag. 3o y où M. Goëzman la dit parler ainsi : le ^Jay fat assigné lui- même pour déposer ; chose qui a paru étonnante à bien des persont»ïes i^struites.o^* Pouç^ait^il

être autre chose qu^accusé? ete Voyez la

imse I Monsieur et Madame Goëzman , dans le cours de ce Mémoire , parlent toujours comme • l^ils n^avaient p^s lu mon supplément , ( qui était : dans leurs mains depuis dix jours quand ils ont î imprimé ) ; et de temps en temps ils glissent des ' l^brases adroites , des demi-réponses h ce que Yj U dit ; commel^ si f de leur chef , ils avaient pré-* ' twu toutes mes objections avant de les connai- ' ^ ; réellement il y a du plaisir à voir cela.

A l'égard du reproche que M. Goëzman fait à la Cour y de la conduite qu'elle a tenue envers Je-Jay y et qui, dit-il , a paru étonnante à bien des personnes instruites : la Cour est bonne et tage pour juger quel cas elle doit faire de la mercuriale de M. Goëzman* Mais la vérité est que

2!i:2 MÉMOIRES.

Vous faites ensuite un mortel calcul des mei^ sages des sieurs Bertrand et le-Jay chez rom^ samedi et dimanche. Voici ma répcmse; je la crois péremptoire : c'est qu'il m'a été compté ai ces deux jours pour douze frailcs de fiacres par le sieur Bertrand ; et que le sieur le^ay« en ré^ clame encore autant aujourd'hui pour les mèom courses»

^ Passons à des objets plus sérieux.

A voos , Monsieur Marin.

Ce n'était donc pas assez pour tous ^ Monsieur, de vouloir accommoder FafiËiire de AL Goëzman ; il tous manquait encore de la plaicler. A quoi se réduit Totre mémoire? A dire que TOUS n'étiez pas lami de M. Goëzman ; et qui TOUS étiez le mien : Toilà bien les assertioni; reste à débattre les preuTCS.

Vous n'étiez pas son ami ! Si tous ne l'éliei pas y pourquoi donc , lorsque je tous Tisitat , le d aTrU, aTec mon gardien le sieur Sanierre, ise dites-Tous que M. Goëzman tous dcTait sa for* fd: tune (car tous êtes un grand bieuiaiteur ) ; qit c'était TOUS seul qui PaTiez fait connaître à M* k chcTalier d'A... , lequel l'aTait présenté à M.'k duc d'A... , ce qui FaTait mené à s'asseoir enfin ai grand banc du palais ? Pourquoi donc , me ditei" vous , que sa femme Tenait tous Toir assez soo*

Madame , on a beau vous comparer tantôt k la femme de César, tantôt à la femme de Sully ^ avec de pareils procédés^ vous ne serez jamais que la femme de M. Goëzmau.

Page ^i* Le sieur Caron se plaint:., que la première audience que le sieur le-Jay lui a^ait promise lui a été accordée à une heure qui la rendait inutile. Pas un mot de cela. J'ai dit: ir L'agent n'écrit qu'un mot; j'en suis le porteur; » la «dame le reçoit; et 1^ juge parait. Celte au- N dience si long -temps courue ^ si vainement D sollicitée , on la donne Ji neuf heures , à Vins^ » tant incommode où Ton va se mettre 2i table ».

Incommode pour vous, ne veut pas dire inutile pour moi : TincoHunodité de Thcure n'est citée là que pour prouver qu'il avait fallu des motifs d^un gmnd poids pour vous faire ouvrir cette porte à l'heure incommode du souper.

Mais y dites -vous, puisque la table était sentie , Von n^ attendait donc pas à cette heure^ là te sieur Caron. Et la lettre. Madame !• la lettre remise au Châtain -Clair! Vous oubliez cette lettre magique , à laquelle la meilleure serrure ne résiste point. Les plus grands eflbrts n'avaient pu jusqu'alors en ébranler le pêne ; la plus simple cédule, au nom de le-Jay , fait rouler îa porte à l'instant sur ses gonds : cela n'est-il pas admirable I

2!i:2 MÉMOIRES.

Voua faites ensuite un mortel calcul des sages des sieurs Bertrand et le-Jay chez vonsî samedi et dimanche. Voici ma réponse; je la crois péremptoire : c'est qu'il m'a été compté en ces deux jours pour douze fradcs de fiacres par le sieur Bertrand ; et que le sieur le^ayw en ré*" clame encore autant aujourd'hui pour les mèmfll courses.

^ Passons k des objets plus sérieux.

A vocs , Monsieur Marin.

Ce n'était donc pas assez pour tous^ Mcnk' sieur , de vouloir accommoder l'affiiire de M* Goëzman ; il vous manquait encore de la plaider* A quoi se réduit votre mémoire? A dire que TOUS n'étiez pas Tami de M. Goëzman ; et qM TOUS étiez le mien : Toilk bien les assertions; reste ii débattre les preuves.

Vous n'étiez pas son ami I Si tous ne l'étiei I pas f pourquoi donc , lorsque je vous TJsitat, le^ h avril ^ avec mou gardien le sieur Santerre, me dites-vous que M. Goëzman vous devait sa £9^ tune (car vous êtes un graud bienfaiteur ); que c'était vous seul qui Faviez fait connaître à M. k chevalier d'A... , lequel l'avait présenté à M.k duc d'A... , ce qui l'avait mené à s'asseoir enfin sa grand banc du palais ? Pourquoi donc , me dites» vous f que sa femme venait vous voir assez son-

ift

f ent le matin ; que vous lui aviez donné un libraire et des débouchés pour la vente de je ne sais quelles brochures de son mari ?

Si vous n'étiez pas son ami , pourquoi donc , qaand je vous appris qu'il était mon rapporteur ^ el que j'avais été en vain trois fois chez lui la veille 9 me répondites-vous : Oui, il est comme cela ? Quand je vous dis qu'on en parlait trèsdiversement, et que je vous demandai quel homme c'était, pourquoi me prites-vous par la main, en fesant des excuses à mon gardien et m'emmenâtes- v^ous dans uu cabinet intérieur , où tious m'apprttès tout ce qu'il y avait à m'apprendre iur l'objet de ma consulte ?

Si vo^s n'étiez pas son ami , pourquoi , lors- ^e je vous fis sentir combien il était important pour moi d'obtenir une ou detix audimices de loi , me dites- vous : J^ arrangerai ça , je verrai fa i laisse^moi faire , fe vous ouf^rirai toutes ces pories^là ? etc. etc. etc.

Dans la même journée , lorsqu'on m'eut proèoré l'intervention de le-Jay, et qu'un homme de bon sens m'eut dit : Je vous conseille de fcma en tenir au libraire, qui sera sûrement moins cher que Mariu , car on dit que ce le-Jay est un bon honmie qui ne prend rien ; je vous écrivis pour vous prier de suspendre vos bons offices; un ami se chargea de vous porter la

lettre , et s'y prêta d'autant plus t* iders qu'il n'en ignorait pas le contenu. 11 ne tous troofa pas ; il la remit à votre yalet-de-chambre-portier: on peut assigner mon ami sur ce fail^ indépendamment des gens qui me virent écrire la leitre» Or , si vous n'étiez pas l'ami de M. Goëzman , pourquoi donc fîtes-vous une seconde démarche auprès de lui , postérieure à la réception de m lettre 9 à moins que, voulant absolument £iire une afiaire de mon procès^ vous ne vous soyiei retourné 9 je ne sais comment, dans cette seconde visite? car toutes les affaires ont deux faces f comme tous les agioteurs ont deux mains.

Si vous n'étiez pas l'ami de M. Goëzmao^ . pourquoi , suivant votre propre mémoire , votre I entrevue des Tuileries commenca-t-elle avec une espèce d'aigreur de sa part ; et finit-elle par le conseil que vous lui donnâtes de faire kire une déclaration par Ic-Jay? Pourquoi vint-il vous remercier le surlendemain chez ^vous^ de ce que vous appelez vous-même le succès de n)otre conseil y et ojous montra-c-il la déclaration de le-Jayl

Si vous n'étiez pas son ami y pourquoi me fîtes-vous sur-le-champ Tinvitation la plus pressante de me rendre chez vous, par une lettre datée du 2 juin, que je déposerai au greffe? et pourquoi , lorsque je vous vis sur cette invitation,

M É M O I JR E s. 2^

voulûtes-'VOus m^ engager à lui écrire ? ( page 3 , de votre mémoire) ce que je refusai avec dédain.

S'il Quêtait pas votre ami , pourquoi , vous rencontrant au Palais-Royal ( car il vous rencontrait partout) f après avoir dit (page 5) : Il éditait de me a)Oir; je Fabordaiy il me fit un accueil trèsfroid f la séance finit-elle par mettre les deux indifférents dans le même carrosse , ou le glacé M. Goëzman vous lut sa dénonciation au Parlement y en vous accompagnant jusqu'à la porte de ma sœur ?

S'il n'était pas votre ami, pourquoi voulûtesvous me tromper, chez ma sœur, devant six personnes, à Tinsiaut où vous veniez de lire l'outrageuse dénonciation? Pourquoi voulûtesrous me faire croire qu'elle était en ma faveur, ?t non dirigée contre moi y pour nous' tendre à tous un piège affreux, et nous empêcher de parler de ces misérables quinze louis, sans lesquels pourtant, tout le poids de votre iniquité retombait sur ma tête ?

Si vous n'étiez pas son ami, pourquoi cherchâtes-vous avec lui le sieur Bertrand pour l'engager à faire une déposition courte et qui ne compromit personne, espérant user en cela de l'influence naturelle de MM. Turcarets, sur leurs MM. Raffles? Pourquoi le lendemain, outré

JUIémoires. I. i5

de n'avoir pu le trouver et l'empêclîer de faire une déposition étendue^ voulûtes-vous lui en faire faire une autre (Car il n'y a rien de difficile pour vous. )? Pourquoi allàies-vous dîner ce jour-lh chez M. le premier Président, avec M. et madame Goëzman , et arrangea tes- vous avec ce dernier, qui n^ était pas votre ami y que Bertrand irait chez lui le soir même? Pourquoi l'instant d'af)rès ne quiitàtes-vous pas ce Bertrand, sans en avoir obtenu sa parole expresse de la visite que vous veniez d'arranger? Pourquoi m'aiTclàtes-vous le jour même sur le Pont-Neuf, et me pressâtes-vous de nous réunir , pour envoyer Bertrand chez M. Goëzman ? Et vous ne pouvez plus contester tous ces faits qui sont avoués dans vos mémoires, ou prouvés au procès par des témoins que vous essayez en vain de rendre suspects. Et connue il n'y a qu'un pas de la série des intrigues à celle des noirceurs; si vous n'étiez pas l'ami de ce magistrat, pourquoi donc avez-vous constamment échauffé la tête de ce pauvre Bertrand, et n'avcz-vous pas eu de repos que vous ne l^ayiez amené par une dégradation d'honnêteté, sensible à tout le monde, et dont vos entrevues étaient le thermomètre, à nier enfin que vous lui enssiez conseillé de changer sa déposition?

Si vous n'étiez pas l'ami de M. Goëzman,

pourquoi, sentant que les dépositions de deux étrangers étaient de la pluis grande force contie vous^ avez - vous dénigré bassement l'un des deux, le docteur Gardane, et voulu jeter du louche sur Thonnêteté de l'autre, le sieur Deschamps de Toulouse? Comme si les faits dont ils ont déposé n'étaient pas connus d'autres persomies , et comme si ce Bertrand, dans un temps où il n'avait pas encore reçu Tordre exprès de mentir, sous peine de ne plus tripotter vos fonds, n'avait pas été le lendemain dire à trois ou quatre personnes : ils veulent me faire chaii" ger ma déposition ; ils me tourmentent à ce sujet ; mais fai été ce matin au greffe , protester que loin de changer ou diminuer ^ je suis prêt à y ajouter de nouveau si Von veut m^ entendre? Comme si ces gens étaient muets ou morts, et comme si le ministère public n'avait pas des moyens sûrs de les forcer de parler ?

Si vous n^étiez pas l'ami de ce magistrat , pourquoi toutes ces assemblées secrètes? toutes ces entrevues chez des commissaires? Pourquoi M. Goëzman distribue - 1 - il les mémoires do Marin, Bertrand, Baculard, pendant que Bertrand, Baculard et Marin, colportent les siens? Pourquoi ces lettres pitoyables de vous et de vos commis au sieur Bertrand! Pourquoi des Juils qui vont et viennent de chez vous chez lui , de

chez lui chez tous? Pourquoi Ift réponse que TOUS aTez exigée du sieur Bertrand , qui toujours contraire à lui-même^ ne Ta pas eu plutôt en- Toyée et su que tous entendiez tous en serTir, qu'il a été conter partout qu'il sortait de chez tous, et vous avait dit; si vous êtes assez osé pour imprimer la lettre que f ai eu la (^omplai" sance de vous donner y je vous brûlerai, la cer^ i'elle, et à moi ensuite , ce qui sera constaté au procès par Taddition d'information ?

Si Tous n'étiez pas l'ami de M. Goëzman , pourquoi Texcellente plaisanterie du nom de Beaumarchais que j'ai pris, dites-vous,' d'une de mes femmes, et rendu à une de mes sœurs ^ se trouve-t-elle dans le mémoire de madame Goëzman, lorsqu'elle était d'abord en tête du vôtre? vous voyez que je dis tout, M. Marin, et qu'il n'y a ni réticences, ni points, ni phrases en l'air ^ ni ridicules ménagements, ni plate économie dans mon style ; je suis comme Bolleau.

Je ne puis rien nommer si ce n^ est par son nom ,

J^ appelle un chat un chat, e/^ Marin unfrip" pierde mémoires, de littérature , de censure, de nouvelles, d'affaires, de colportage, d'espionnage, d'usure, d'intrigue, etc. etc. etc. etc. Quatre pages à^et-ccetera.

A vous k parler, mou bieufaiteur, le bienfaiteur de tout le monde; et que tout le monde accuse de n'avoir jamais bien fait sur rien. Je viens de montrer comment vous m'avez servi , comment je Fai reconnu , comment vous l'avez prouvé, comment je vous ai répondu : amenez vos témoins , fournissez vos preuves , creusez votre mine, arrangez votre artillerie. Je dis tout haut, que je ne suis ni assez riche ni assez pauvre pour vous avoir jamais emprunté de l'argent. Cela est-il clair ? m'entendez-vous ? répondez à cela.

Je vous félicite d'être honore de "votre propre estime , c'est une jouissance qui ne sera troublée par aucune rivalité. Mais vous allez trop loin en invoquant le suffrage des honnêtes gens, et même ceux de la police.

Oseriez-vous compter sur le témoignage des inspecteurs ou officiers de police qui vous ont éclairé dans vos voies ténébreuses?

Oseriez-vous compter sur celui des chefs qui ont été chargés de vérifier les informations faites contre vous ?

Oseriez-vous compter sur celui de M* C

de C a qui ont été renvoyés les examens de

diverses plaintes sur des capitaux renforcés par les intérêts ?

Oserie7,-vou6 compter sur celui de M. St. P.

-^.lo MEMOIRES.'

qui depuis cinq ans gémit du mallicur de tous a\oir coullc ses pouvoirs pour un arbiti^age^ et qui ne cesse de demander vengeance au minisicre contre vous ? et l'affaire Rcfussel ? et Faifaire Paco? et l'affaire^ etc. etc. etc. etc. Encore (jiiatre pages ^et-ccctera?

Et vous mettez des points dans votre style ; pour vous donner Tair de me ménager! allons ^ mon bienfaiteur, que ma franchise vous encourage; dites : dites : Voilà de beaux mystères! A présent on dit tout. Encore un ennemi , encore quelques mémoires, et je suis blanc comme la neige. Je vous invite à ne me ménager sur rien. A votre tour osez me porter le même défi.

Maintenant, que nous sommes entre quatre yeux, eh bien ! vous avez donc vos petits témoins (ont prêts , pour m'accuser d'avoir dit que le comte de la Blache avait donné cinq-cents louis à M. Goëzman ? eh mais ! vos pieuses intentions à ce sujet sont déjà consignées au greffe par mon réc olement. Je savais votre dessein ; ce pauvre Cortrand m'en avait menacé un jour devant dix personnes, qui certifieront le fait. Un abbé, des amis de Marin , Tavait , disait-il , chargé de m'avertir, que si je prononçais un seul mot contre lui, son projet était de me mettre à dos le comte

de la Blache, etc Je vous attends, mon bien-

'iûieur. Vos bontés ne m'ont pas empêché de

MÉMOIRES. a3i

parler : vos meuaccs ne me réduiront pas au silence.

Ce n'est pas que l'on ne me dise et ne m'écrive tous les jours , que vous êtçs Tcnnemi le plus dangereux , que vous avez un crédit étonnant pour faire du mal, un grand pouvoir pour nuire. Je clierche en vain comment la gazette peut mener à tant de belles choses, car toutes, ces belles choses ne vous ont sûrement pas mené à la gazette.

On dit aussi que vous avez juré ma perle. Si c'est faire du mal à un homme que d'en dire beaucoup de lui , personne h la vérité n'est plus en état de faire ce mal là que vous.

Mais lorsqu'on vous confia la trompette de la renommée , était-ce pour corner qu'on vous la mit à la bouche? était-ce pour ramper dans le plus aisé de tous les genres d'écrire, qu'on vous en attacha les ailes? Encore ne pouvant vous livrer à toute l'âprclé de vos petites vengeances sous les yeux d'un ministre éclairé qui vous veille de près , vous briguez sourdement un paragraphe da.is chaque gazette étrangère , où je suis déchiré à dire d experts. Ainsi de brigue en brigue, et briguant partout assiduement contre moi, vous trouvez le secret de me dénigrer toutes les semaines , et d'ennuyer l'Europe entière de ma personne et de mon procès.

aZ2 M ft M O I R E S.

Pour finir, mon bienfaiteur, nommez-nous donc les personnages a qui j*ai dit, je dois trop à Marin pour abuser encore de ses bontés? C'est dites-vous chez un grand seigneur qui m'admettait alors à sa table. A cet alors insultant , voici ma réponse.

Le grand seigneur chez lequel je vous ai rencontre est M. le duc de la Vallière , auquel depuis douze ans je suis attaché par devoir, comme lieutenant-général de sa capilainerie j par respect , c'est un homme de qualité qui a l'esprit solide et le cœur généreux; par reconnaissance, il m'a toujours comblé d'une bonté qu'il pouvait me refuser; par justice, il m'a honoré d'une estime que j'ai méritée; car si l'amitié s'accorde, l'estime s'exige, et si l'une est un don, l'autre est une' dette ; il n'y a point d'alors sur ces choses-là : et si, pour repousser une injure aussi misérable , j'avais besoin d'un témoignage de probité , d'honneur, de désintéressement, d'exactitude et de loyauté; c'est à ce grand seigneur surtout que je m'adresserais , et dont je l'obtiendrais à l'instant. Osez-vous en dire autant d'un seul des gens en place qui se sont servis de vous comme on se sert à l'armée, en certains cas, de certaines gens trè^-bien payés? Mais il est une délicatesse, une pudeur, qu'un homme d'honneur sent mieux qu'il nercxprimc, et qui, depuis que je

«uîs attaqué par des méchants , m'a fait me renfermer dans le cercle étroit de mes plus chers amis. C'est moi qui refusant toute espèce d'avance^ ou d'invitations , ait dit k tout le monde : je suis accusé^ je ne recevrai point à titre de grâce les témoignages publics d'une estime qui m'est due à titre de justice ; et tel qu'un noble breton dépoée son épée , jusqu'à ce qu'un commerce utile l'ait remis en état de s'en parer de nouveau ; je ne prétends à rcstîme de personne, jusqu'à ce que l'aye prouvé à tout le monde que personne ne doit rougir de m'avoîr estimé.

C'est par une suite de celte délicatesse que j 3ès que j'ai été attaqué , je n'ai pas cru devoir remplir aucune fonction de judicature ou d'autres charges. Un homme attaqué, quand il a l'honneur 3'appartenir à un corps , doit se justifier ou se "étirer. Quel magistrat oserait monter au tribunal [Pendant qu'on est en suspens s'il est digne d'y siéger? de quel front irait- il prononcer sur la foritine, l'honneur ou la vie des autres , quand il ist lui-même courbé sous le glaive de la justice; &t s'asseoir au rang des juges , quand Tattente i'un arrêt l'a presque jeté parmi les coupables? n faut être reconnu intact et pur , avant d'oser [traître sous la robe ou le mortier ; et l'audace îïe revêtir ces marques de dignité , si révérées tSans rhomrae honorable , ne sert qu'à mieux

M É M O I ft L S.

&ire éclater Favilissemcnl d'un su jcldé^^radé daui .j ropiniou publique. Le premier inallieur sani doute est de rougir de S'>i ; mais le second estd'cn voir rougir les autres. Je ne sais pourquoi je toui dis toutes ces choses , que vous n'entendez sen-^ lement pas. Je me retire , moi y parccque i'aiqud»^ que chose à perdre* . • Vous. • • vous pouvez aller partout.

A vocs , M. Bertrand.

Avez-vous lu y Monsieur , le long mémoire tout saupoudré <V opium , et (Tassa fœtida y qui court sous votre nom? Je ne vous parle point de la die* tion, parceque c'est ce qui doit nous importer le moins y à vous et à moi qui ne. l'avons pas écrit:] je n'ai fait que l'entre- lire , parce qu'on y sent je! ne sais quoi de lâde , de saumàtre et de mariaéi qui le rend tout-à-fait désagréable au goût : mail comme il a paru sous votre nom , je vais y répondre comité s'il était de vous ; il n'est pas ton- li jours facile y Messieurs y dans vos fournil provençales y de distinguer la facture du vi dcur de celle qu'on présente à l'acheteur: all< au fait , je suis pressé y car dans ce moment-ci foule est aux mémoires. Que dit le vôtre?

Madame Goëzman a donc toujours juré idj grands dieux qu'elle ne rendrait pas les quii louis ? En vérité vous le dites tant de fois, qu'( serait tenté de croire que c'est pour moi conl

MEMOIRES. a55

lie que vous écrivez ; du moins jusqu'à la vingtxicme page , y a-t-ii peu de chose qui contrarie ette idée ; et sans Ll fin du mémoire , sans le fond u sac f où la marchandise étant plus avariée y le 3Ût marin se sent davantage ^ en vérité je n'aurais JC des grâces h vous rendre.

Au reste , si madame Goëzman a tant dit qu'elle e rendrait jamais ces misérables quinze louis ^ le les a doue reçus ; car en termes de comierce,la banqueroute suppose toujours la reîtte , comme vous savez j je tâche de parler ii lacun sa langue familière ^ pour être entendu s tout le monde. Le fait des quinze louis une îs bien avéré , et la certitude renouvelée par MIS que jamais on n'a sollicité pour moi que des tdiences auprès de njadame Goëzman ; le reste 1 tout seul.

En vingt-six mots j'ai déjà répondu aux vingt- K premières pages du mémoire du sieur Dai- ^lles Bertrand » ou Bertrand Dairolles ; car il importe guères comment les noms s'arrangent ►us ma plume y pourvu qu'où sache de qui je 3UX parler.

Mais qu'ils ont donc l'épiderme chatouilleux y as messieurs ! en voici un à qui je n'ai donné u'un polit singlon dans une note de mon sup- Lément ^ et à qui ce petit singlon fait verser des

flots de bile , et répondre par quarante - quatre pages 4'injures.

Le sieur Marin ^ comme je l'ai établi dans soo article^ connaissant assez son Bertrand pour sa* voir que c'est un homme sans caractère ^ quia peu de suite dans les idées , toujours aux ex trêmes^ enthousiaste^ exalté comme un grenadicf à Tassant ^ ou faible comme un pleurard miliciarj qui voit le premier feu; le sieur Marin, dis-je^ s'était flatté qu'en l'effrayant d'un décret certaio, d^une condamnation possible , il l'empêcherait de dire la vérité , avec une extension qui pùtcom promettre M. et madame Goëzman ; et c'est ce que le sieur Marin avoua devant six témoins ^ chez ma sœur , le jour que M. Goëzman l'accompagna jusqu'à la porte ; et qu'il lui lut sa dénonciation , .à-peu-près comme on donne unie ample instruction à son plénipotentiaire.

Il faut que Bertrand et vous, ne fassiez toni, nous disait-il , que des dépositions courtes , parler de ces misérables i5 louis ; et avant j'arrangerai l'affaire.

Mais comment l'arrangera-t'il , M. Marin personne n'ayant parlé des quinze louis , la faqssé déclaration de le-Jay , qui n'en parle pas mi plus, restera dans toute sa force; et les faits y contehus n'étant contrariés juridiquement parf^

MÉMOIRES. :î37

personne ^ la dénonciation £sdce au Parlement en acquerra un nouveau prix; et cette manœuvre Stait( comme dit Panurge,ou plutôt fi-ère Jean) , le joli petit coutelet, avec lequel l'ami Marin entendait tout doucettement m' égor^iller. Mais le loin qu'il prit pour me décevoir sur la dénonciacioQ qu'il prétendait être en ma faveur , pendant {ue j'étais sûr du contraire ^ m'inspira de la déiance ; et l'horreur de lui voir conseiller de sa- ::rifier le-Jay i m'ouvrit les yeux sur le secret de la mission.

Il n'y a rien de sacré pour ces gens-ci , me dise; il£mt redoubler d'attention sur leur conduite , 5t me trouver demain à l'entrevue des deux comlatriotes Marin et Bertrand.

Enfin ^ pour ne pas rebattre ennuyeusement eut ce qu'on a lu dans l'article Marin ( car ces messieurs sont tellement identifiés ^ que parler à 'un c'est répondre à l'autre ) ^ tout le fond de la i^onduite du sieur Dairolles est appuyé sur deux >oints. capitaux ^ la mémoire parfaite et l'oubli u>tal.

Par exemple^ il se souvient bien qu'il lui est échappé de dire beaucoup de choses^ dont il ne ie souvient pas le jour de sa déposition.

Mais il 6e souvient bien que le sieur Marin ne lui a pas conseillé ce jour-là de changer sa dé^ position.

u38 MÉMOIRES.

Il ne se souvient pas des choses que le nient Marin m'a dites, ni de celles que je lui ai répondues dans son cabinet ce même jour.

Mais il se souvient bien qu'il y a raconté Jut, dans le plus grand détail , ce qu'il avait dit et f lit au y)alais«

Il ne se souvient pas si les commis de Marin étaient^ ou non^ daus son cabinet quand nouêj dissertirnis»

Mais il se souvient bien que nous y restâmes seuls (|uand le sieur Marin nous quitta pour le raser.

11 ne se souvient pas des choses qu'il a pu dire en quittant le sieur Marin l'après-midi , à la dame Lépine ^ k sa sœur ^ au docteur Gardane.

Mais il se souvient bien que Marin lui dit ai propres termes , qu'il fallait qu'il allât chez M. Goëzman ; que ce dernier , sadiant la vérité de w bouclie , ferait enfermer sa femme, et dirait ensuite au Parlement : Je me suis fait justice; caril ne faut pas que la femme de César, etc. etc.

Il ne se souvient pas qu'il ait clit k quatre personnes chez le-Jay , le lendemain : ils veulentme faire clianger ma déposition , ils me vexent k ce sujet, pour qui me prend-on ! je suis vrai dam tout ce que je dis et fais , je persisterai, j'en ai porté ce matin l'assurance au greffe.

Mais il se souvient bieu qu'il a été au palais ce

jour-là , dire quelque chose dont il ne se souvient plus*

Voilà certes un beau sujet pour le prix de l'académie de chirurgie en 1 774- Gagner la médaille en expliquant comment la cervelle du pauvre Bertrand a pu , tout-h-coup , se fendre en deux , juste par la moitié , et produire dans sa tête une mémoire si heureuse sur certains faiiô , si malheureuse sur certains autres V comment le grand cousin Bertrand a pu devenir tout-à-coup paralytique d'un côté de Tesprit, et d'une façon si curieuse pour les amateurs , que la partie de sa mémoire qui charge Marin est paralysée sans ressource , pendant que toute la piirtie qui le décharge est saine, entière , et d'un brillant si cristallin , que les plus petits détails s'y peignent comme dans un fidèle miroir.

Ce sont là , mon cher Bertrand, les petites reiparques qui m'ont fait dire dans mon supplément : N^ est-ce pus par faiblesse que ce pauvre Dairolles , qui ne veut pas être nommé Bertrand , etc. Vous avez donné une assez bonne explication dû motif qui vous avait fait désirer de t n'être appelé que Dairolles , et non Bertrand dans mon mémoire. C'était , dites-vous, pour que nos deux noms ne fussent accolés nulle part ; car , dis-moi qui tu hantes ; etc. Tout cela est joli , mais pas assez simple.

J'avais pensé ^ moi ^ que jouer un rôle à deux visages daus cette aifaire sous le noin de DairoUei seulement ^ cela ne ferait pas de tort au Bertrand qui signe les Icttres-de-cbange, et qui doit être connu sous ce nom dans le commerce , pour un homme vrai^ s'il veut conserver quelque crédit.

M gis comment vous et Marin , qui avez de Tesprit comme quatre et du sens commun^ avez-voui pu vous tromper 2i cotte expression de pauvre un tel f qui ne se dit jamais sans qu'un geste d'épaule en fixe le vrai sens. Quoi I vous avez cru que je parlais de vos facultés numéraires ? lorsqu^on dit d\m homme ^ ce pauvre un tel , ce n'est jamaii dans le sens ù! Esurientes imple\^it bonis , etc. ; mais toujours dans celui de Beaii pauperes spi' ritu. Voilà ^ mon cher psalmiste , ce que vous ue pouvez f)as honnc^tcment ignorer , vous qui parlez latin comme madame Goëzman. Mais vous croyez peut-rlrc que je vous trompe sur la pitié que votre mémoire inspire ; tenez y lisez avec moi.

( Pag. 1 5. ) En fjfety je. ne parle pas au sieur G ardai le , mais à des juges respectables , qui n^ont pas de peine a supposer des sentiments honnêtes à d^honndtes citoyens. Ainsi vous apportez en preuve de votre probité la supposition que les juges doivent faire que vous ôtes honnête parce qu'ils sont respeciablcs. Est-ce là raisonner? Je m'en nipporle. lU ils a^*oucront (les

MÉMOIRES. a4i

juges ) de bonne foi f que si le sieur Marin m^avoit tenu ce discours {de changer la dcpositioii ) , f^en aurais été indigné ; toute considération aurait cessé ; f aurais consigné dans mes interro^ gatoires cette proposition ; et dans ma confron^ tation avec lui , je F aurais certainement interpelle sur le fait en question ; or , cela n^est pas mrivéy ce fait est donc un mensonge as^éré de la part du sieur Gardane. Qu'est-ce que tout cela "veut dire? Mcltons-le eu Français. Les juges ( qui ont décrété Bertrand ) alloueront de bonne foi que , si Marin avait tenu ce propos ( à Bertrand^on agioteur) , Bertrand y indigné , Saurait consigné au procès (ce qui aurait nui k Marin); or, Bertrand n'a pas consigné ce fait contre Marin , ( qui tient la bourse de tous deux ) ; donc Gardane est un imposteur de l'a- 9oirdit. Et Ton appelle cela des défenses I C'est du bel et bon galimatias double , où Tauteur ne s'entend pas plus qu'il ne se fait entendre aux autres. Réellement je vous croyais plus avancé dans la composition. Mais ceci me parait être du Marin tout pur.

C'est encore une chose assez curieuse que de voir comment ces messieurs s'accordent sur. les faits. Je prends au hasard le premier trait qui me tombe sous la main ; et il est d'autant plus grave , qu'il s'agit ici de la première impression que firent

Mémoires. I. lO

a/p MÉMOIRES.

sur tout le monde la colère et les menaces de M. Goëzman ; et que cette impression ^ qui a dirigé les premières démarches de chacun ^ a dû au moins laisser d'elle un souyenir très-net* Ecoutons raconter ces messieurs. » Sitôt que je » rappris y dit Bertrand^ ( page 8 de ce mémoire) » f allai chez le sieur Marin , et je le priai ins- }} tamment de voir M. Goëzman, et d^engager » ce magistrat à se tromper chez lui , oà je me w rendrais , et tâcherais de V engager à ne faire » aucun éclat: Si-tôt que je Fappris ^ dit Marin 9 » ( page 5 de son mémoire ) , je m^efforçaide » persuader au sieur Bertrand de %oir M. Goë> M man , et de lui dire tout ce qu^il savait. »

Je ne vous le fais pas dire , Messieurs y je tous copie fidèlement : mais quelle Tolupté pour moi de montrer à la cour le doux ami Marin et le grand cousin Bertrand , à genoux Tun deraot Tautre , sur le fait le plus important du procès. Marin , les bras étaidus , s^ efforçant de persua" der à Bettrand ( qui résistait apparemment ) de voir M. Goëzman pour r/APfAiSER ; et Bertrand les mains jointes , suppliant instamment MariUf ( qui sans doute n'en voulait rien faire ) yde Id procurer t occasion de voir ce magistrat poci

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