‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de BeaumarchaisChapitre 15 sur 25 · L'*APPAISER · texte numérisé non relu

L'*APPAISER

Et pourquoi tant de maladresse , je tous prie ? Pour tâcher de persuader au public que j'avais

grand^peur , et que Marin et Bertrand me rendaient à Feavi le signalé service d'intercéder pour moi auprès de M. Goëzman»

Mais cette contradiction entre les deux compatriotes , jète un grand jour sur ce qu'ils ont' tant intérêt de cacher a la cour , le conseil donné par Marin de changer la (déposition. On a vu Bertrand ( page 8 de son mémoire ) , prier le sieur Marin de l- aboucher a^ec M. Goëzman , pour Vappatser. Mais voici bien autre chose , ( P^S^ ^^0 ^^ sieur Marin me conseilla d^ aller 'voir M* Goëzman , gui me reces^rait bien ; il ajouta que ce magistrat ^ instruit par moi-même de tous les faits , prendrait sans doiMe des moyens pour arrêter lesjuites de cette affaire ; çu^ il ne fallait pas que t^ amitié que je portais à la maison du sieur de Beaumarchais me fit manquer aux égards qu^on devait à un ntagistrat honnête , intègre et vertueux. Je rentrai chez moi; j'étais troublé de tout ce qui se passait , absorbé dans mes idées ; on s^ aperçut de cette altération. On me questionna beaucoup; je pen-dis compte de la situation de mon dme; je dis que

■* j'étais occupé du coinseil que le sieur Marin m'avait donné, d'aller voir ce soirM.Goezman. Que dirai-je ? comment me recevra-t-il? ma déposition est faite , que résultera-t-il de cette

' visite ? J^aime mieux ne point aller chez lui:

a44 MÉMOIRES.

Ainsi donc , le sieur Bertrand ^ si empressé de voir M. Goëznian ^ et qui demandait si iostammeut au sieur Marin Tentrevue avec ce magistrat f est troublé; et n*ose plus se présenter chez lui sitôt qu'il a déposé : (jue lui dirai-je , com' ment me recevra-t-il ? ma nÉrosiTioN est faite. Mais puisque celte déposition faite troublait le sieur Ûertraud et Téloignait de M. Goëzman ^ pourquoi le sieur Marin ^ qui n'ignorait pas la déposition, insistait -il à Ty envoyer? Pourquoi reticourageaii-il 2i faire cette détnarche ? et lorsqu'il dit ( selon Bertrand ) qu^il ne fallait pas que l^amitid qu^ il portait à la maison du sieur de DemimarcJiai!? j lui fit manquer aux égards dus à un magistrat lionndte , intègre et vertueuxy ne supposait-il pas que laiamille de Beaumarchais avait suggéré la déposition du sieur Bertrand? vm préjugeait- il pas en faveur de M. Goëzman? n'engageait-il pas le sieur Bertrand à aller voir ce magistrat , pour convenir des moyens qu'il y aurait à preudre , afin de iaire une déposition diiiérente de celle que le sieur Bertrand avait faite f et que le sieiu* Marin supposait dictée par la famille de Beaumarchais contre uu magistrat respectable et vertueux ? -

Voila donc Cii substance le conseil de changer la déposition donné par Marin, et l'injure faite à la iumijle d,e Be^umarcliais p constatés par les

mémoires de ces messieurs ; injure que le sîe\ir Marin , comme on le voit , préméditait d^avance et qu'il a prodiguée depuis dans son mémoire.

Reste à jeter , M. Bertrand, un coup d^oeîl sur votre confrontation avec le docteur Gardane, dont vous nous donnez une version à votre manière, c'est-k-dire , bonne pour ce qui vou^ profite , et louche sur ce qui l'intéresse.

Vous avez là une singulière maladie! maïs ce docteur dont le cerveau est bien entier , ses deux lobes également sains , vient de présenter une requête au parlement, afin d'obtenir une réparation dTionncur, avecaflQchederarrêt, pour toutes les horreurs dont vous avez voulu le souiller: cela ne fait rien à notre affaire.

Mais ce qui y fait b<jaucoup est la partie de cette confrontation , où ce médecin vous reproche d'être venu pâle et l'air égaré chez la dame Lépîneun jour, devant neuf personnes, lui dire ; » Mon ami , lâtez-moi le pouls, je dois avoir la » fièvre. Ah! messieurs, je viens de les prendre w les mains dans le sac : c'est une horreur , je suis w perdu; vous l'êtes aussi , M. de Beaumarchais. » Je viens de dîner chez une dame avec quatre M conseillers de grand-chambre, qui ne me con- » naissant pas , se sont expliqués sans ménage- » ment sur l'affaire , et ont fini par assurer que » rUitention du Parlement était de traiter sans

» pitié le-Jay , Bertrand et Beaumarchais , -pour D avoir osé toucher a la réputatiqn du magistrat j) le phis intègre, etc. »

Je me rappelle fort bien tous ces Csiits , et com^ ment voue refusâtes obstinément de me dire le nom des quatre conseillers ; comment je me ^is en colère ; et comment enfin , je résolus de n'avoir plus aucun commerce avec uu homme aussi faux et aussi faible.

L'anecdote du cartel intercepté , dont parle la confroutation , est apparemment la suite de cette colère, .

Mais que vouliez-vous donc dire, monsieur, en m'invitant à prendre une épée d'or ? est-ce que vous aviez posé pour loi de ce combat , que la dépouille du vaincu resterait au vainqueur? les gens de votre état ont beau être en colère , ils ne perdent jamais la tête.

Mais quelle est enfin cette affreuse histoire des quatre conseillers? était-ce encore un piège de Maria? car on m'en a tendu mille en trois mois, pour m'cngager à faire une fausse démarche. Etaitce un leurre ou une vérité ? comme ce fait intéresse l'honneur de la magistrature , et qu'il importe autant au Pailement qu'à moi, qu'il soit éclairci; avant de juger l'affaire, je supplie la cour d'ordonner qu'il soit informé scrupuleusement sur ce fait ; que les neuf témoins soient entendus ; que le

sieur Bertrand soit interrogé sur le nom de la dame , sur celui des convives du dîner , sur leurs discours, etc. etc.

Dans une affaire aussi importante , un tel exa* men n^est pas à négliger. Ou le sieur Bertrand est un fourbe , qui doit être puni pour avoir calomnié quatre magistrats sur le point le plus délicat de leur devoir , dans la seule vue de nous effrayer; ou les quatre conseillers reconnus doivent être suppliés de vouloir bien se dispenser déjuger dana une affaire, suc laquelle ils ont montré tant de partialité.

Jusqu'à ce moment aoua avions tous aimé ce Bertrand, quoiqu'il soit entaché du petit défaut d'altérer toujours la vérité ; mais il y a beaucoup de gens éii qui l'habitude de mentir est plutôt un vice d'éducation, une faiblesse, ujn embarras de savoir que dire , qu'un dessein prémédité de mal foire. Et dans le fond , cela revient au même. Une fois connus , ce n'est plus qu'une règle d'équation très-aisée , et qui ne gêne personne : // a dît cela , donc c^est le contraire; et.les choses u'en vont pas moins leur train.

Mais , pour cette aventure , elle est trop sérieuse, il n'y a pas moyen d'y appliquer notre équation. Qui sait si l'éclaircissement de ce fait ne nous montrera pas le noeud caché de toute l'intrigue, entre Bertrand ,^ Marin et consorts?

Tel , qui croyait n avoir harponné quun marsouin , Amène quelquefois un lourd hippopotame. R. S. 4.

En courant une chose , on en rencontre une antfe j et c'est ainsi quW cénobite allemand , en cher* chant le grand-œuvre dans la mixtion de dîYefs ingrédients méprisables, n'y trouva pas k la vérité la poudre d'or qui devait enrichir le genre hw-' main y mais découvrit ^ chemin faisant, la poudre à canon qui le détruit si ingénieusement. Ce n'est pas tout perdre; et comme on voit, en toute affaire il est bon de chercher, informer , scruter; aussi espéré-je que la Cour voudra bien ordonner qu'il soit informé sur le fait des quatre Magistrats, avant de s'occuper de l'examen des pièces du procès.

La fin de votre mémoire, Monsieur , n'a auctni rapport à l'affaire présente ; mais il n'est pas moins juste de vous donner satisfaction sur toas les articles.

A l'occasion d'une lettre que le sieur Marin vous a forcé de lui écrire, et que j'ai osé prévoir n'être jamais préjudiciable qu'à vous, vou^ me reprochez les services que vous avez bîen voulu me rendre, et dont j^ai toujours été trèsreconnaissant : cela est dun

J[e vous dois , dites-vous, le luminaire du convoi de ma femme que vous m'avez fourni. A la rigueur

cela se peivt: j'ai même quelque idée que, depuis cet affreux événement qui^a renversé ma fortuue encore une fois, Tépicier de la maison s^est plaint qu'un autre eût fait le bénéfice de cette triste fdur- Ditur6:jelui dis alors ce que jerous répèteaujourd'hui. Abimé dans la douleur de la perte d^me femme chérie, vous sentezqùe tous les détails funéraires, confiés à quelque ami, m'ont été absolument étrangers. Mais à cette époqtie, il a été payé chez moi pour Sg mille francs dé dettes , mémoires ou fournitures ; comment avez-vous négligé dé parler de la i^ôtre alors ? Etait-ce pour me rappeler un jour au phis affreux souvenir, en me demandant, par la voie scandaleuse d\m mémoire imprimé , i5o ou 5o6 livres, qui vous auraient tout aussi bien été payés que d'autres mémoires, de vous, du même-temps, que je trouve acquittés pour huile , anchois, etc?...

Vous avez dépuis été chargé , par moi / d'un billet de 2000 liv. que j'ai été obligé de rembourser par Tinsolvabilité du vrai débiteur , et que j'ai chez moi; s'il vous est dû des frais de •poursuite , de courtage , escompte, etc... ou même "quelque appoint , je suis bien éloigné de vous refuser le juste salaire de vos soins en^ toute occasion.

Le jour qu'il a plu au roi de me rendre à ma famille , à mes affaires ; mes parents ac coururent

xn^apporter celle bonne nouvelle en prkoo. Oa est toujotrrs pressé d# quitter de pareils domir ciies : taais le loyer, le traiteur, le greffe, kl porie-ciefs, tout ^sl hors de prix dans ces madsom Foy:iles : }e me rappelle bi:eQ que }e vidai ma bourse, et que ma sœiir, pour compléter h somme et m'emmener bien vite , lira douze loiii|>j de sa poche, et que je ne ^embrassai seulemeot pas pour la remercier de ce service*

Comment donc arrive -t- il aujourd'hui qoe vous , qui aviez , à la mérité, d'excellentes TaàsooÊ pour ne pas me visiter en prison, f^t qui, le de tous les gens de ma connaissance, n'avez jamaiii osé y mettre le pied, vous vous trouviez moa créancier de douze louis que vous ne m'avez paf> prêtés pour le fait de ma sortie? Pour cet article^: Monsieur , comme je lai remboursé à ma sœur, qui me Tavait avancé, permettez qu'il soit rayé de votre mémoire ; et puisque les bons comptes font les bons amis., pour le petit restant que je puis vous devoir , vous avez à moi , depuis un ao, deux effets de cent louis chacun, dont j'ai espéré que vous voudriez bien me procurer le paieme ( en reconnaissant vos peines, bien entendu ),votis m'obligerez de m'acquitter envers vous , par voij mains; ou s'ils sont d'une trop longue rentrée ,.«i le sieur Lépine, mfon beau-frère, dont vous con uaissez les talents, la fortune iudépiendante, h

MEMOIRES. :25i

^rand commerce et le crédit , et dont vous paraissez autant révérer Thonnêteté que }*aime sa personne y a dans ses mains un effet de quatorze 3iille francs à moi y sur le roi , dont il s'est chargé 3e solliciter le paiement ; il voudra bien vous tenir compte de trois ou quatre cents livres , si \t vous les dois y et nous serons quittes.

A toutes les amères tirades dont votre mémoire est plein à ce sujet , j^avais d'abord ainsi répondu :

On sait qu'il y a beaucoup de gens du sud à ^ris 9 dont Tunique métier est d'obliger tout le Ûonde. Y a-t^l un mariage dans une famille ? Çs ont des gands , des cocardes et des odeurs. Un repas? des olives^ du thon^ du marasquin. Des besoins? de l'argent, et un dépôt tout prêt |K>ur vos effeiâ. Un voyage? des courroies, des inalles, des selles et des bottes ; et puis à propos de bottes , ils prétendent à la reconnaissance en lurésentant le mémoire.

Tout considéré , j'ai eu peur que cette ré- U>n6e ne vous offensât; je l'ai retranchée pour iy substituer le détail plus sérieux que vous venez jiie lire, et j'espère que vous m'en saurez gré. . -: Mais pendant que je relève ici les erreurs d'un SUtre, je m'aperçois que j'ai pensé en faire ime * l'article Marin. Pourquoi ces juifs ( y ai-jc dit ) ■^ui pontet viennent de vous chez lui y et de chez 4m chez vous? J'avais soupçonné que ces juifs

iSn MÉMOIRES.

qui Tenaient chez Bertrand y de la part de étaient chargés d'espionner ce que disaient fesaîent les honnêtes gens de la maison de i sœur. Mais j^ai appris depuis^ que ces juifi Tenaient pour des affaires absolument étrange aux honnétes-gens de la maison de ma sœur. fais justice à moi comme aux autres^ et suis jours prêt à m'accuscr quand je me prends faute ou en erreur.

Je me rappelle encore , que y dans ma premi chaleur, en tous Hsant , j'aTais résolu ^ mon Bertrand , de répondre assez durement à t mémoire; mais le sieur Marin ayant ém< d'avance la pointe de mon plus sanglant rep: par l'aveu qu'il fait de vous aToir donné ses fi a tourmenter, je n'en dirai rien; ce ne serait qu'une insipide injure^ et cela ne me Ta points les honnêtes gens me savent gré de vous répondtl^ les gens de goût me blâmeraient de tous piller

Quant aux lettres du sieur Marin et de toui» relatées dans son mémoire ou dans le TÔtre^j^ ne sais lequel (Eh ! ... . c'est beaucoup mi que je ne pensais , elles sont ma foi dans tous deux; tant mieux, on ne saurait trop muhipfi les belles choses ) ; permettez que je les pour l'importance à côté de celles du comte d§/ la Blache , qui écrit ainsi que tous , Messieutt très-délicatement. Toutes ces lettres étaient rw

MÉMOIRES. s55

Ciment des ouvrages à imprimer. Mais le dégoàt |ue TOUS cause ^ comme à moi^ Messieurs^ une iMtre lettre imprimée par Marin et signée Mercier, loit-elle nous empêcher de lui donner aussi un "ang dans la collection ? Si elle est ailreusement lictée f au moins a-t-elle quelque mérite au fond. On se raippelie assez qu^un des objets du sieur Marin est de prouver que j^avais grand'peur de M. Goëzman ; et sur ce fait, on n'a pas sans doute |tab}ié ma lettre à M« de Sartine sur M. Goëzman, biprimée page 39 de mon mémoire à consulter ; tn n'a pas oitblié mes réponses à M. le premier Président , ni mon dédain pour les offres de Marin d'arranger l'affaire ; on n'a pas oublié que fe-'fus chez ce dernier le jour de la déposition Se Bertrand. Or, c'est de cette visite où je portais la défiance de l'avenir et le mécontentement 8u passé, surtout un reste d'aigreur de la scèue de la veille chez ma sœur , que messieurs les té- Daoins aux gages de mon bienfaiteur Marin écrièrent d'avance au sieur Bertrand, et lui offrent H'affîrmer avec lui , que j'arrivai en étendant les liras ; mais il fsiut écouter ces Messieurs euxhèmes : Je me soutiens ( dit l'un d'eux parlant Hè moi ) qu^en étendant les bras vers M. Marin, lï lui avait dit y avec une chaleur que fai prise Pour un sentiment vrai , pour un élan du cœur i

^H I MON AMI , JE vous DOIS TOUT, L'HO^^EUR ET

LX VIE. Et dans cette lettre qui pétille de bêtises, le clerc du gazetier oubliant qu'il écrit à Berl plus instruit que lui-même de toute la conduil de Marin à mon égard , a la gaucherie d^ajouteri en style de témoin qui répète sa leçon du gr^{ il est bon de remarquer, que cet aveu étaii^] prix des démarches faites par M* Marin lui sauver Vun et Vautre*

Témoin , mon ami , je vous suis obligé votre remarque. Il est bon de remarquer à tour , que cette lettre porte d'un bout à' Faul le caractère d'un maladroit qui en instruit autre; vous souvient-il j Monsieur !... ne rappelez-vous pas ?... Poussouvient^il encore?* et qu'elle finit par la douce invitation que le maladroit à l'autre maladroit de se joindre à lui pour me dénigrer. // me suffit d^ avoir dé\ masqué V imposture, c^est un mérite que je serim jaloux DE PARTAGER AVEC VOUS. Enfin , pour couronner l'œuvre , u». troisième maladroit ^ -aux mêmes gages que les deux autres , écrit an premier : Si mon témoignage est nécessaire à Va]f\ pui de ces faits j je ne m'y refuserai point* voyez Marin s'extasier de son adresse et s'écrier:! assurément on ne dira pas que ces lettres soient\ mendiées , qu^ elles soient concertées ; et pour] qu'on ne puisse jamais douter que ces lettrefl sont de lui, nous dire ensuite spirituellement :{

MÉMOIRES. a55

Lies sieurs Mercier et Adam ( ses commis ) i/i- , i dignes de P audace du sieur de Beaumarchais p ty ont EUX-MÊMES écrit également les deux lettres ^ suivantes. Ces commis qui ont écrit eux-mêmes ! j Et Marin qui certifie que c'est bien eux-mêmes f< qui ont écrit I Lorsque le mattre de classe au ^ collège avait fait nos épttres de bonne-année ^ il ne manquait jamais do certifier à tous les parents a» au bas de la copie , que c'étaient les enfants eux^ g, mêmes qui les avaient écrites ; et par le mot ir écrire , il entendait comme le précepteur Marin, ■4 composer^ dicter; et les bons parents larmoyaient -; de plaisir de voir leurs enfants de petits prodiges ; ^ comme vous et moi pleurons de joie de voir les «9 défenses de M. G oëzman , et la gazette de France r>. en des mains aussi pures y et livrées à des gens ^ aussi véridiques.

? • Ceci me ramène tout naturellement , comme . on voit 9 ^ M. Goëzman ; car le sieur Marin n'a ^ jamais été pour moi qu'un pont-volant jeté légè- . rement sur le ravin , pour atteindre Tennemi à la rive opposée. Que si l'on trouve par hasard .un rapport intime entre la conduite du sieur Marin envers Bertrand y et celle que tenait en .*i même-temps M. Goëzman onvers le-Jay , ce ne j- sera pas ma faute ; moins encore si , ne tirant de ^. ma part aucunes conséquences de tous ces rapports contre ce magistrat^ le Parlement bien

rclairci se trouve en état de les tirejr lui-même* Mais que de monde occupé à tous soutenir, Monsieur ! Tôt cîrcà unum caput tumuliuantes DeosI Tantd^amis qui parlent si haut pour tous, quand tous tous défendez si mal ! on Toit bien qu'il TOUS esw plus aisé de trotiTer de grands défenseurs que de bonnes défenses. Cependant^ es contemplant TOtre ^di^'ce soutenu par madame Ooëzman , les sieurs Marin , Bertrand , Baculard et autres , on esl tenté de retourner sa phrase, et de conTcnir que tos défenseurs ne Talent pas mieux que tos dcHenses ; puis comparant ce que TOUS écriTez Tous-merae aTCC les mémoires oa lettres de tous ces Messieurs , on est forcé de refaire encore sou diéme , et d'aTouer que, toutes mauvaises que sont tos défenses , elles Talent encore mieux que vos défenseurs. Quant à moi, pour ne vous laisser rien a désirer sur mon opinion à cet égard, je vous dirai franchement quli votre place, et pour mon usage, je ne Toudraûs pas plus de tos défenseurs que de tos défenses* Mais je ne conflonds pas avec ces déense» les services essentiels que vous rend publiquement M. le président de Nicolaï. Mon profond respect pour le nom de Nicolaï , qui a toujours tenu un rang distingué dans la robe et dans l'épée , celui que je porte a tous messieurs les présidents K à mortier^ surtout celui que M. le président de h

Nicolaï sait blea que i^ai pour sa persoaue j aurait peut-être dû me faire trouver grâce à ses yeux dans une querelle qui lui était si étrangère.

Cependant j'apprenais de tous gôtés que M. le président de Nicolaï^ non content de solliciter en faveur de M. Goëzman, parlait dans le monde très^ésavantigeusement de moi. II me revenait aussi que messieurs Gin et Nau de Saint-Marc semaient 9 au sujet du procès auqu<el la plainte cle M. ie procureur-général avait donné lieu ^ les discours les plifs indiscrets ^ soit en montrant toute leur partialité pour M. Goëzmau ^ soit en. m'injuriant sans aucune retenue.

Mais quoiqu'il me fût très-essentiel de prendre les voies de droit ; pour écarter de pareils juges , j'eus la respectueuse délicatesse de dire , par ma requête du mois d'août dernier , que je m'en rapportais à leur déclaration y sur la vérité des faits qui 7 étaient exposés. Par l'arrêt qui intervint^ la Cour leur donna acte des déclarations par eux faites 9 et en conséquence elle mit néant sur ma requête.

Depuis ce temps, je suis resté traoquille^ quoique M. le président de Nicolaï , non seulement ait continué à me déchirer sans ménagement , mais encore ait ouvertement sollicité pour monsieur Goëzman, qu'il conduit chez tous nos juges, et dont il distribue et fait distribuer publiquement

Mémoires. /. 17

les mriDoires chez lui. Ce n'est plus même un secret qu'il a conseillé M. Goëzman dans cette affaire. M. Goëzman nous Tapprend dans sa note imprimée , page 6 , où il s'exprime ainsi : Ce fut d'après le conseil d^un des présidents de la Cour ( M. de Nicoldi; il est trop généreux pour me déînentir) , que fai exigé du sieur le^aj ^ qu^il déclarât par écrit..... etc. M. le président de Nicolaï a donc conseillé M. Goëzman ; c'est par son conseil que M. Goëzman a fait &ire une déclaration au sieur le- Jay. Or, l'art.ôdu tit« 24^ de l'ordonnance de 1667 , porte que le juge pourra être récusé s^il a donné conseil , s'il a sollicité ou recommandé. M. de Nicolaï est doublement dans le cas de cet article , puisqu'il a donné conseil , et qu'il sollicite ouvertement* D'après cela , je me suis cru en droit de profite* de la disposition de la loi , et de donner en conséquence, le 16 décembre 1773, ma requête en récusation contre M. de Nicolaï : et comme il m'est aussi important d'écarter ses sollicitations que son suffrage , J'ai obserTé à la Cour, par cette requête, que l'article 14 de l'ordonnance de François !"• de ï53g, défend expressément à tous présidents et conseillers de solliciter dans les'Gours où ils sont officiers. Voici les termes : « Nous défendons à tous présidents et conseil » lers de nos Cours souveraines de solliciter poin*

I) autrui les procès pendants es Cours où ils sont » officiers, et d'en parler aux juges directement » ni indirectement, sous peine de privation de » Fenirée de la Cour et de leurs gages pour un » an ^ et d'autres plus grandes peines s'ils y ren tournent, dont Nous voulons être avertis,* et » en chargeons notre procureur-général sûr les 9 peines que dessus. »

L'ordonnance de ïG6j a renouvelé la même disposition sur Tarticle 6 du titre 24 des récusations, w Sans qu'ils ( les présidents ou conseil- » 1ers ) puissent solliciter pour autres personnes, » sous peine d'être privés de l'entrée de la Cour )ï et de leurs gages pour un an, ce qui ne pour- » rait être remis ni modéré pour quelque cause » ou occasion que ce soit; chargeons nos pro- » cureurs- généraux de nous en donner avis, a » peine d'en répondre par eux , chacun à leur )i égard , en leur nom. »

Fondé sur des textes aussi précis, j'ai conclu par ma requête à ce que , attendu qu'il est prouvé par écrit que M. le président de Nicolaï a donné conseil à M. Goozman , et qu'il est de notoriété qu'il sollicite ouvertement et journellement pour hii, il fût ordonné qu'il serait tenu de s'abstenir du jugement du procès , sauf à M. le procureurgénéral k prendre tel p*ti qu'il avisera conformément aux ordonnances ci- dessus citées.

i6o MÉMOIRES.

Pour présenter cette requôte^ il fallait qu'elle fût signée d'un avocat titulaire ; la crainte de déplaire à un président k mortier les a tom éloignés. Forcé de m'adresser à M. le prenaier Président pour m'en commettre un, j'ai eu rboih nenr de le voir; ce magistrat m'a donné sa paiok que M. de Nicolaï ne serait pas de mes jugea ; et sur cette parole respectable j'ai consenti k ne pM • user du droit que j'avais de donner ma requête* En effet I M. le président de Nicolaï s'est abstenu de se trouver aux chambres depuis que le rapport de ce procès est commencé.

Mais MM. Gin et Nau de Saixit*Marc oot craint apparemment que je ne manquasse de juges ; malgré mes prières p ils ont constamment refusé de se récuser.

Je me contenterai de leur rappeler ici le trait d'Auguste cité par Suétone. Lorsque Nonius fol accusé d^un crime atroce au Sénat de Rome^ Auguste f qui l'aimait tendrement , voulut se lever et sortir du Capitole , de peur de gêner les délibérations ; et malgré les prières des Sëoi* teurs , il n'y resta que très-peu de temps ^ sedU peraliquot horas in subselliis ; mais sans dire ua mot ; sans recommander la cause de son ami i et sans jamais la solliciter pour lui : tacitus ac ne laudatione quidem judiciali datd.

Quel exemple pour MM. Gin et Nau de Saint'

Marc, sans celui qu'ils ont reçu de plusieurs de leurs confrères eu cette affaire ménoie ! Mes inquiétudes sur leurs liaisons avec M. Goëzman , elles discours qu'ils ont tenus sur mon compte ne devraient-ils pas être un assez puissant motif pour les engager k s'abstenir du jugement ? Je ne prononce point sur leur conduite , je m'en plains seuleHient k eux-mêmes sans sortir du respect du à des conseillers de la cour. Mais pourquoi «'obstinent-ils à être mes juges ?

A l'égard du conseil que M. de Nicolaï a donné de faire les déclarations, mon profond respect pour lui m'empêchera d'agiter 1» grande question desavoir, si l'aveu qu'on fait à la conr de ce conseil , est propre k disculper un homme , ou k en inculper deux.

Dois-je répondre au nouveau mémoire de madame Goëzman , divisé en trois sections , sons le litre de première, seconde, et troisième atrocité, où l'auteur ne pouvant plus contester tous les faits rapportés dans mon supplément , se réduit k les tordre , a les tourmenter pour se les rendre moins défavorables ; mais bù il fait l'aveu public de la fidélité de ma mémoire , et de mes citalions , en supposant que le procès en entier m'a été communiqué ( i ) ? lie but de cet ouvrage est

(1) J'ai fait vœu de rëpondre à tout. Dans une des ga-

do prouver cpio j'ai voulu corrompre M. Goëîniai) et (t'igncr son atiifrngc : mais taridiâ que

/cttffi «Vlfollanilr , dont on vi^nt de fiiVrivoycr Pestrtit, If! «rt-iipiilrux nr>iivrlli«»« sVnplîqiic en ce» terme» , à I« dfttr du 7 drrrmlirr 177'^.

« Co tiVaI pnint ftariA fttirpri/io rpir! TAfiU^iir de cirttê gâ* )> /(TttfT ftV.nt vu ritrr dan» une note k la pAg^ 66 do dnpr> pUifurnt «lu Mémoire à consulter du ^ieur (>ftron «do » r»r;tiirnAr( liAλ, pour un fait dont il n*A jnniAis parlé. // •iiftnntti le ftirur dr fSrr'iuniAirli.'iifl de désigner le fia* nn'ro oii il pr/'Irnd que ftV.sf, 1 rouvre l/i Faui^a" Anerdefef )» c(ue lui-niiVue peul-rfre eut M>»ili.'nle y voir in/iiWc, w ('e pl/iWrur ifH|uiet, , qui «eniMe avoir Tarf. fun^ftte » dVnvelojïper tout le monde dan« se» trarawieriiîa , n*jiti* » r/iit-il pa.9 du craindre (prune eitation, Ai aiaée À con- » v/iiurrc rllr-riM*frM! de fauftwpt»' , ue fit trê.^-inal augtirftr » du v'bir dr,«i /jq'wrf ioii'i r(»nh'riue.H d/inft mou Méuioirr 7 «

Il esf juste dp druirirr Hatisfartion /lU g;i/./Mier , cpii me f.iil 1 îionnrnr rir me srMuinrr. f ,f Irnit ([ui paraît le I.>lrft- ^i^r a /'<• pMJMr dinn la ^/n/rflr dr la Ifaye , du vendredi ^ V.7; juillet 1773 , u" 8H. Jp |r fO|u'e , la ga/elte ;i la main.

M. dp n^auniar^liai.*! a rté d#»rr/'té d*a'pMirnemeul pffr- «onuel ; llprirnml Dtihnfffy^ ^ Prns'nnriil ^ frsttnt tnulft fnrlrs ffff/f/firrs , a été déerrté fl'a^'ii^né pour f^tre oui,«rt Tr-Jav d(M rf'h' de prise de eorpft : on ne fiait point ee cjue tout 'fia drvii'/iflra. <>• f/if'i^,7' n tic tivs-sflr, <* est fie nnn'anir (Un zmen , atninntirmont ttclrirf» à Siffts/four^ 1 f)if /\f. f/r ffttr::nntf/ Pti r/fOitsrc.<, thnn Ir. Irtifjn; fpu't ('hiH fttt rfiv':rll sriftr/inir tir. Çnhuai ,, vlrui tl'ciic vtifcrinh lit m s un min'ant.

M» Goëzman soutient que sou suffrage était ingU'gnable y je soutiens moi que mou procès était imperdable* Entre deux hommes aussi éloignés de se rechercher dans aucuae vue de corruption, quel autre motif pouvait interposer de l'or , que le besoin pressant d'audiences d'une part, et le refus constant d'en donner de l'autre ?

L'obstination de mes ennemis à m^opposer un fantôme de corruption que révidenre des faits et la multitude des preuves ont mUle fois anoauti , me force â m'arréter encore un moment sur cette question trop rebattue.

Oui j'ai donné de Tor pour obtenir des audiences qu'on me refusait oi)siinémont ; et je n'ai pas fait plus de mystère de mes sacrilices que de la fatalité qui les rendit indispensables*

Sur ce fait posons quelques principes.

Si l'on ne corrompt point un juge intègre avec de VoY p on n'aiTive point sans or à se faire écouter d'un Juge corrompu.

Mais à quelles marques un particulier peut-il reconnaître dans quelle classe est son juge ? Est- ce aux bruits publics? aux avis secrets? aux dilficultes qu'on fait de ladmetti^e tant qu'il n'a pas employé l'or, ou aux facilités qu'il U'ouvc à s introduire aussitôt que les sacrifices sont consommés?

J'avoue qu'un plaideur peut être abusé par de

fiaux bruits ^ par des avis infidèles ^ se tromper même à la nature des obstacles qui lui barrent le chemin ; mais du moins en est-il sûr lorsque, forcé d'ouvrir sa bourse^ il se voit introduit à Tinstant où sou or est parvenu.

Quel est alors Tauteur de la corruption? quelle en est la malheureuse victime? Dépouillé par no Algérien , un voyageur promet encore une rançon pour échapptr à Tesclavage : direz-vous qu'il a corrompu le corsaire?

C'est ainsi que les Syracusains portaient leur or à ce Voitcs qu'on ne pouvait aborder par aucune autre voie. C'est ainsi que ce visir , dont la peau couvrit depuis le fauteuil du divan, refusait Taudicnce à tous les Bysantins qui ne se fesaient pas précéder par un présent. C'est ainsi que ce Henri Cappcrel, prévôt de Paris, condamné à mort pour avoir sauvé un riche coupable , et ùil périr un innocent indigent , vendait la justice aux infortunés qui la lui demandaient. C'est ainsi qu'un Hugues Guisi , puni par le même supplice, exerçait de semblables concussions sur les Parisiens d'alors. C'est ainsi qu'un Tardicu , de qui Boilcau a célébré l'mfâmc avarice, en usait avec les plaideurs de son temps. C'est ainsi qu'un Vcidcau de Grammont, conseiller au Parlement (le Paris , auquel on arracha la robe et qu'on bannit au commencement du siècle, pour avoir

MÉMOIRES. !î65

fait un faux sur un registre public , traitait les malheureux dont il rapportait les procès. Enfin ^

c'est ainsi ^ car tous les siècles et tous les

pays ont produit au milieu des tribunaux les plus intègres^ des Juges arares et prévaricateurs.

Mais les Siciliens y les Bysantins et toutes les autres victimes de la cupidité des brigands que je viens de nommer , furent-ils taxés d'avoir voulu les corrompre , parce qu'ils avaient cédé à la dure nécessité de les payer?

Il n'était réservé qu'à moi d'être accusé pour avoir donné de Tor à un juge , par le juge même que je n'ai pu aborder qu'au prix de cet or. Je n*avais donc que le choix des maux avec un tel " rapporteur ; si je ne payais pas , de perdre mon procès faute d'instruction ; et si je payais , d'être attaqué par lui-même en corruption.

Est-ce tout? non. Comme si ce rapporteur eût cru me trop bien traiter en me laissant au moins choisir entre les maux qu'il offrait à mon courage, l'or dont j'ai payé son audience est devenu • dans ses mains le moyen d'une double vexation. Il m'intente un procès au criminel pour en avoir, dit-il, trop offert; quand je tratne avec moi le cruel soupçon , qu'il m'en fit perdre un au civil pour n'en avoir pas assez donné.

Changeons de style. Depuis que j'écris, la Hiaiii me tremble toutes les fois que je réfléchis

qu'il faut ou mourir dcshouoréi ou fraocLlr les bornes étroites que le plus profond respect arait imposées à mou ressentiment* il me semble voir, djaque lecteur parcourant avec inquiétude ce mémoire ^ et me disant : M* de Beaumarchais p vous plaisantez vos petits adversaires , vous accablez les grands ,. tous les faits sous votre plume s'éclaircissenf |. et votre justiGcation s'avance ï pas de géant ; mais un seul article afflige tous voi amis. Cc;5 lettres de protection de mesdames, sup: posées pour gagner votre procès ; ce désaveu foudroyant des princesses ; cette note d'un de vos mémoires y supprimée par sentence ; la dér nonciution que le comte de la Blache et M. Goëzman en font contre vous là la nation ; tout cela reste en arriére , et vous gardez le silence* Ce fait étranger h la cause ^ n'est pas :>ans doute aujourd'hui du ressort du Parlement^ mais on le présente au public , comme au seul tribunal où le déshonneur qu'on vous imprime doit vous] couvrir à jamais d'o|)probre , ou retomber sur le front de vos ennemis.

Je vous eniends ^ lectciu* : je relis avec amer* tumc les noms <r audacieux, df' téméraire y dUm' posteury que M. Goëzman me donne ^ et l'imputation qu'il me; fait d^a^'oir abuse des noms les plus sacrés à i appui de mon intérêt et de mes vues truques. £t mon courage reixait.

. Quelque dessein que j'eusse formé d'abord de ne pas répoudre h ces affligeantes citations , j'ai réfléchi depuis qu'ilvalait mieux me faire honneur de ma bonne foi en avouant publiquement mes torts, quels qu'ils fussent, que de les laisser soupçonner plus grands ; ce qui ne manquerait pas d'arriver si je me renfermais dans un silence respectueux, que tout le monde n'attribuerait pas à une cause ans^i modeste.

En effet , si je m'étais rendu coupable d'imposture et de témérité , en publiant que Mesdames accordaient h mon affaire une protection décidée; si j'avais eu la faiblessse de supposer qu'elles m'avaient donné par écrit la permission d'honorer publiquement ma personne et mon procès , d'une aussi auguste protection, ne seraiton pas tenté de m'excuscr quand on saurait que le comte de la Blache , mon ennemi , par une iiûposture plus odieuse encore, cherchait à me nuire chez tous nos juges, on leur disant que Mesdames qui m'avaient autrefois accordé leur protection , ayant reconnu que je m'en étais rendu indigne par mille traits déshonorants , di- Swâent ouvertement qu'elles m'avaient chassé de leur présence ?

Sans prétendre excuser. ici, sur l'importance de l'occasion , la faiblesse qui m'est reprochée d'avoir abusé du nom dos princesses, sans rap-

m MÉMOIRES,

peler comtiien il était dangereux pour moi que le« propoi du comte de la Blacbe u'obtiiuieiit créance «ur Teiprit de noi )ugei ; qu'auraia^e &it autre choiie en cette occasion que battre mon ennemi de «a propre arme^ et payer ion horrible menion^e par un menaonge beaucoup moina cou* pable? Véi vouê qui ne rapportez cette nota et ce dé»iiYen de» princcMei que pour détourner , par une récrimination indti^crète et peu rcipectucuie/ Tattention du public un moment de de««ui youi; la iionte dont you« cherchez fc me couvrir ^ voui lavera-t-'elle de celle qui voufi e«t $1 justement reprocliée dana une ad'aire k laquelle cette note et ce déiareu iont absolument étrangers ?

Mais si je nWais pas supposé de fausses lettres pour appuyer un mensonge I si )c ne m^éuii pas rendu coupable d'imposture , en publiant que les prificesses honoraicfit ma personne et mon procès d^nie protection parti<*iiliere t si YavA* mérité seulement le reproche d'avoir donné trop de publicité h une grAce accordée? pour en £iirc u^age auprès de mes juges! le comte de la Blache, qui n'aurait pu l'ignorer et qui vous fait parler à présent, ne serai t^il pas , ainsi que vous, doublement odieux, d'employer un si honteux moyeu pour me déshonorer I sous l'cMpoir que mon profond respect pour les princesse» , dont il vous fait imprimer le désaveu , retiendra ma plume au"

jourd^hui , comme il m'a fermé la bouche depuis deux ans?

Mais si rien de tout cela n'existait ; si , loin d'avoir supposé de fausses lettres de protection pour parvenir à gagner mon procès , je n'avais pas même commis l'indiscrétion de me vanter d'aucune protection de Mesdames accordée à cette afiaire ; si , loin de compromettre des noms sacrés à l'appui de mon intérêt et de mes n)ues iniques f je n'avais même jamais songé à solliciter les princesses 'au sujet de ce procès , et si je n'avais jamais publié verbalement y ni par écrit y ni par aucune note imprimée , que Mesdames accordaient leur protection à mon procès j de quelle indignation les honnêtes gens ne seraient* ils pas saisis^ de voir le comte de la Blache y et M. et madame Goëzman me traiter publiquement d'audacieux y de téméraire ^ d'imposteur , et tenter de verser sur moi la honte qui appartient toute entière au comte de la Blache y dans un événement où je n'ai montré que respect ^ dis-» crétion y modération et patience*

Mon profond respect pour des personnes sa-* crées y la frayeur d'être accusé de les compromettre en me justifiant ^ m'a fermé la bouche depuis deux ans y que le comte de la Blache a renouvelé sous toutes les faces y l'accusation calonmieuse à laquelle il donne aujourd'hui sous

voirc plume le dernier degré d'indécence et de pnt>licité. Mais ces respectables princesses^ dont le cœur est toujours ouvert aux malheureux par esprit de reli^^ion, et par une honié d'âme dont ceux qui n'ont jamais en le bonheur de les appro* cher j ne peuvent se former ancuDC idée ; cei généreuses princesses , dont le revenu se consume à soulager les pauvres^ et dont la vie entière est un cercle de bienfaisance aussi constante que cachée y ne s'offenseront pas qu'un homme qui les a toujours servies avec zèle et désintéressement» qui n'a jamais déméritéanprés cf elles, re[)Ouései par le plus modeste exposé de la vérité , i'aflreuse et nouvelle injure qui lui est farte eu leur noni^ à laiface de toute la -nariou*

Lorsqu'un pny.*îan fut blessé par mi cerf, on vit loiitc cette auguste iijmiilo oublier l'horreur d'un tel spectacie> et ne sentir cpie l'intérêt qu'il inspirait; oii les vit voler à lui, l'en ton rer, fondre en larmes , et retourner Ja bourse de tout le monde , en verser l'or dan.s le Uibiior de sa femme éplorée, prodij^uer des soin.s paternels 'a cet heureux infortuné , lui envoyrr dos secours afx)ndatJts, confiolor S2i famille; enfin, lui assurer un sort. Si le mal pàssngcr r|iie (ît \\\\ cerf à un inconnu U'f juva <:es priiiC(\ss('s aussi sensibles , la raf;e d'un troupeau de tii;i es acharnés sur un de leurs plus zélés-, de leurs plus malheureux ser-

MÉMOIRES. :î7t

TÎteurs , n'en obtiendra pas moins de compassion ; elles ne regarderont point comme un manque de respect , qu'un homme d'honneur lâchement accusé d'imposture et de iaux , brùIe de secouer la honte d'avoir abusé de leur nom sacré , pour sentir son intérêt et ses vues iniques ; et si le hasard fait tombjor ce mémoire entre leurs mains^ loin de blâimer la fermeté de mes défenses et l'ardeur de ma justification , elles sentiront qu'au péril de ma vie, je ne pouvais rester le chef courbé sous un tel déshonneur ; et malgré les efforts que l'on fera pour empoisonner cette action auprès d'elles, elles distingueront aisément d'tme Tahitè indiscrète , la fierté noble et courageuse avec laquelle j'ose publier un témoignage qui honore également leur justice et ma probité. Voici le fait :

Pendant que le comte de la Blache me fesaît injurier avec autant d'indécence que d'éclat aux audiences des requêtes de l'h^itel , par un avocat à qui la nature avait donné assez de talent, pour qu'il eût pu se passer d'adopter le plus aisé , mais le moins honora;|^le des genres de plaidoiries ; mon adversaire , sentant bien que le fond du procès ne présentait aucune ressource à son avidité, employait celle de jeter de la défaveur sur ma personne, pour tâcher d'en verser sur ma cause. En conséquence, il allait chez tous

les maîtres des requêtes ^ nos communs jugea ^ leur dire que j^étais un malhonnête homme ; il leur doimait en preuves que Mesdames p qui m'avaient au9*efois honoré de leurs bontés, ayant reconnu depuis que j'étais un sujet exécrable ^ m'avaient fait chasser de leur présence ^ et rendaient ce témoignage de moL Ces propos^ qni frappaient tout le monde et mettaient des nuages dans toutes les têtes ^ me furent rendus par quelqu'un qui me. dit : il est de la plus grande impor? tance pour vous de \qs détruire ; ils vous font un tort affreux dans Tesprit de vos; juges ; il n'y aurait même pas de mal y ajoutait-on ^ que vouf vous fissiez étayer auprès d eux d'une aussi puissante protection que celle des princesses ^ contre un adversaire avide ^ adroit et peu délicat y k qui tout est bon y pourvu qu'il vous ruine et vous déshonore.

Je ne solliciterai , répondis - je , aucune pr(h tection pour un procès qui n'en a pas besoin : Mesdames auraient lieu d'être très -offensées, que j'allasse me rappeler à leur souvenir aujourd'hui y pour obtenir un appui dans une affaire où elles ignorent si j'ai tort ou raison. Mais ce dont elles ne peuvent pas s'offenser , c'est que je les prie de m'accordcr un témoignage public , que je me suis toujours comporté avec hounei|r tant que j'ai eu l'avantage de les approcher. On a

MÉMOIRES. iàyi

llndécence de leur prêter des discours qti^élles ci'ont jamais tenus; ces discours peuvent entï*ainer ma ruine , en indisposant, en égarant mes juges. Un serviteur soupçonné montre avec joie les certificats de tous ses maîtres. Un militaire attaqué BUT sa bravoure , atteste les généraux sous lesquels il a eu Fhonneur de servir : de tout inférieur à son supérieur , le certificat mérité qu'il sollicite est de droit rigoureux. J'oserai donc , non implorer la protection des princesses, mais invoquA* leur justice ; et je m'expliquerai si clairement dans ma demande , qu'elles ne puissent pas me supposer Tintentioû de faire un criminel abus de leurs anciennes bontés, ni de les solliciter en &yeur d'une cause qu'elles ne connaissent peutêtre que par le compte insidieux et faux , que mon adversaire en a fait rendre autour d'elles , et j'écrivis sur-le-champ la lettre suivante à madame la comtesse de P..» , leur dame d'honneur.

Du 9 février 177a.

Madame la comtesse,

c( Dans une affaire d'argent qui se plaide^ à » Paris , et sur laquelle mon adversaire n'a M fourni que des défenses malhonnêtes ^ il a osé » sourdement avancer chez nos juges , que Mes-

Mémoires. /. 18

)) (hmcs <|ni tri^ivairnt lionotc âo. h plud grande » |>rou;( tiot) iiuivcïols , ont rlrpuii» recontm que }) je fn'rii riais rendu indij^nc par inillc trait! » (Ir^honoranUtyCt m'onl à jamais banni de ktiî n présrncc. Un fncn.songe an.s»i ontra^cant» qnoi^ » qno portant snr nn ohj(!t étranger 2i mon iAhirCf )) ponrrait me fair(! le pins grand tort dans l*esprit » de mes jnges. J'ai rraifii cjnc qnel(jne omicint » (aché n'eût elirrdié Ix me nuire auprès de >j|g IVle^dame.s. J'ai pas.sé quatre ans k mériter leur » bienveillanre , |>ar les s<;ins les |)lns assidus et » les pins désintéressés sur divers objets de leurs }) amusements, (las amusements ayant ceêiié de » plaire aux princesses , je ne me suis pas rendu » importun auprè<t d'elles, h solliciter <lesgràcef » sur lesquelles je sais qu elles sont toujours trop » tourmenté(!S. Aujour<rhui je demande , pour py toute réeompetise d'iui zèle ard(;nt ^ qui ne » finira point, non cpie ni;i<lame Victoire aceorde » aucune [)ro(ection h mon procès, mais cpj'elle » daigne attester par voln; plume, rpie, rant que >i j'ai été! etufilo^é pour hon service, elle w^a » reconnu p<;ur homme d^iionn(!in' et incapable » de rien i'aire qui |)ùt m'atiinr une disgiâce » aussi flétrissante que c:elle dont on veut mc )9 tacher. J'ai assuré mcn juges que toutes Ici » noirceurs de mon adversaire ne m%'m[iecliC' » raient pas d obtenir ce ténjoignage de Ja justice

» de Mesdames. Je suis k leurs pieds et aux » vôtres, pénétré d'avance de la reconnaissance Jt> la plus respectueuse avec laquelle je suis. »

Madame la comtesse^ etc.

Signé , Caron de Beaumarchais.

Y a-t-il dlans tout ce qu'on vient de lire , un êeul mot qui tende k demander protection et faveur pour mon procès ? Y solliciié-je autre chose qu'un témoignage de bonne conduite et d'honneur, pendant que j'avais approché des princesses? Voici la réponse que je reçus de la dame d'honneur.

Versailles , ce 12 février 1772.

ce J'ai fait part, Monsieur , de votre lettre a » madame Victoire , qui m'a assuré qu^fllf^ n^ aidait à) jamais dit un mot à personne qui pût nuire >y à ^otre réputation , ne sachant rien de ojous » {fui pût la mettre dans ce cus^là. Elle m'a » autorisée à vous le mander. La princesse même » a ajouté qu'elle savait bien que vous aviez » un procès ; mais que ses discours sur votre » compte, ne pourraient jamais vous faire aucun » tort dans aucun cas , et particulièrement dans

ajô MÉMOIRES.

» un procès , et que tous pouvez être tranquille » à cet égard ».

Je suis charmée que cette occasion ^ etc*

Signée , T. comtesse de P«

II n'est donc pas yrai^ M. le comte de la Blache ^ que je sois Thomme malhonnête et couvert d'opprobre 9 que Mesdames^ selon toos^ ont dit avoir chassé de leur présence ^ à cause de mille traits déshonorants ^ dont il s'était rendn coupable ?

Voyons maintenant si j'ai abusé de ce témoin gnage ; voyons si j'ai voulu m'en servir pour me rendre mes juges favorables ^ en leur allant dire ou en écrivant , que Mesdames m'avaient permis de m'appuyer de leur protection auprès d'eux, 1 et qu'elles prenaient un vif intérêt à mon affiiire.

Je ne vis aucun de mes juges ^ et je me coq- - tentai d'insérer dans un mémoire que je fis imprimer , la note dont le commencement se rapporte à la conduite de mon adversaire connu de tout le monde ^ et la fin que je vais transcrire ici, se rapporte à la lettre que j'avais reçue de la dame d'honneur des princesses.

(( Heureusement pour ce dernier (moi)^ il en a a été assez tôt instruit ( des propos du comte » de la Blache) 9 pour pouvoir réclamer la justice

MÉMOIRES. :i77

» de madame Victoire avant le jugement du » procès. Cette généreuse princesse veut bien » l'autoriser à publier que tous les discours qu'on I) lui fait tenir dans TafFaire présente sont abso- » lupaentfauXy et qu'elle n'a jamais rien connu » qui fût capable de nuii'C à sa réputation, penn dant tout le temps qu'il a eu l'honneur d'être à » son service »•

£h hien^ M. le comte! Eh bien^ M. Goëzman ! £h bien , Madame ! où est l'audace , la témérité , l'imposture dont vous m'accusez publiquement? L'homme qui ose compromettre les noms les plus sacrés à l'appui de son intérêt et de ses vues iniques i où est-il? La fin de mon récit va le montrer à toute la France.

A l'instant où cette note parait, le comte de la Blache, instruit par ma note que j'avais éventé sa mine , court à Versailles ; il y prévient l'arrivée de mon mémoire. 11 m'y présente comme ayant fait un usage pernicieux pour lui, de la protection que madame Victoire avait daigné^ disait-il^ m'accorder; il suppose que l'intérêt que Mesdames sont annoncées par moi prendre il mon affaire , est seul capable d'entraiuer tous les esprits, et de lui faire perdre son procès. Mesdames qui ne se persuadent pas qu'on puisse leur en imposer à ce point, justement iudignées de l'insolent abus que je suis accusé d'avoir fait

7jS M lî: M O I R K S.

cltuTi simple i('inoif;naf];(»; aocoklé seulement pour m'omprrhcr ûo pcînJre llionneur, et non pour me l'aire c;a£;iirr nii procès d'argent, croient faire jiisiicc en remettant a mon :i(lversaire un clrsaTeu de mon audacieuse conduite , en ces termes :

« INous déclarons ne prendre aucun intérêt à » M. Caron de Beaumarchais et k son aflaire, et » ne lui avons pas permis d'insérer dans un mé- » moire imprime* et public des assurances de M notre protection »•

Versailles , le i5 février 177a.

{Signées) Marik-Adelaide.

VrCTOIRK-LoUlSK.

Sophie Phiuppine-Elisabetii-Jcjstine.

Mais avais-jo dit que Mesdames prenaient intérêt ù mon al'i'aire ? Avais-je imprimé que les princesses m'avaient donné des assurances de leur protection à ce sujet?

Ne m'étais-je pas contenté de dire ^ parlant de mad.ime Victoire : CfUte généreuse princesse "veut bien m^uutoriser à publier que tous les discours qu^on lui fait tenir dans l^ affaire pré^ sente , sont absolument faux , et qu^elle n^a ja* mais rien connu qui fut capabU* de nuire a ma réputation pendant tout le temps que fai eu V honneur dédire à son sen'icc ?

Avais-je pu me renfermer plus littéralement, plus respectueusement, clans le témoignage que contient la lettre de la Dame d'honneur? (c J'ai » fait part , Monsieur , de votre lettre à madame » Victoire , qui m'a assuré qn^elle n^ aidait jamais » dit un mot a personne qui pût nuire à "votre » réputation y ne sachant rien de vous qui pût }} la mettre dans ce cas-là. Elle m'a autorisée » i vous le mander ».

A l'occasion d'un procès d'argent, on avait voulu me donner pour un homme perdu d'honneur; ce que les princesses (ajoutait-on) disaient hautement. J'avais sollicité auprès d'elles la plus simple attestation démon honnêteté. L'instant où je la demandais, la circonstance de mon procès, avait rendu ce témoignage austère de la part de la princesse. Pas un mot dont je pusse abuser pour m'en faire un titre auprès de mes juges. De ma part, scrupuleux transcripteur de ce témoignage ausière, je ne m'étais pas permis d'y rien ajouter qui pût annoncer le plus léger abus de la justice rigoureuse qui m'était rendue ; et j'étais si convaifïcu de mon exactitude à cet égard , que , pour m'en faire \\n mérite auprès de Mesdames, penda»n que mon adversaire allait renverser mon édifice à Versailles , par un faux exposé , j'y envoyais de Paiis a madame la couiicsse de P le mémoire et la note impri-

:i8o MÉMOIRES.

mes, et )C lui écrivais la lettre suiTante enactioii

de grâce»

Du i4 février 1779,

Madame la comtesse,

« Je n'avais nu) titre à vos bontés; cette coiifp }) sidéraiion augmente infiniment le prix du seiw » vice que vous m'avez rendu , et celui du pio* » cédé obligeant qui laccompagne*

« J'ai riionncur de vous faire passer un de » mes Mémoires 9 dans lequel j'ai fait Tutage » respectueux que madame Victoire a permis , » de la justice qu'elle daigne me rendre et de U M lettre dont vous m'avez honpré. Il me reste k )) vous prier de mettre le comble k vos bienfaits, » eu assurant la princesse que je suis vivement » touché de Thonorable témoignage qu'elle n'u » piis refusé a un serviteur zélé, mais devenu » inutile. 11 est des moments où la plus simple n justice devient une grâce éclatante ; c'est lors- » qu'elle arrive au secours de l'honneur outragé* » Aussitôt que le jugement de ce procès m'aura )) permis de respirer , mon premier devoir sera » de vous aller assurer de la respectueuse recoo- » naissance avec laquelle je suis, madame la » comtesse , etc. »

Toutes les pièces justificatives du j>rocès sont oiauiteoant connues. En voici les suites.

Mon adversaire croisant mon envoie revient de Versailles aussi vite qu^il en était parti , fait tirer trente copies du billet des princesses , et les porte ou les envoie le soir même à tous les juges. Je rapprends : je cours chez M. Dufour notre rapporteur ^ qui me fait les plus vifs reproches de ma mauvaise foi. Mon adversaire avait dit partout que j'en imposais par de fausses . lettres de protection; que c'était ainsi que j'en usais toujours: et il en fesait tirer des conséquences à perte de vue^ relativement à l'acte qui était l'objet de notre querelle. Pour toute réponse f je montre à M. Dufour les lettres originales dont j'étais porteur. Il reste stupéfait. Dans son étonnement y il va jusqu'à douter de ce qu^il voit. 11 confronte y il examine les écritures , et me dit enfin : expliquez-moi donc , Monsieur , ce que veut dire le billet de Mesdames que M. de la Blache montre partout? Je lui fais, en tremblant d'indignation , le détail qu'on vient de lire.

En rentrant chez moi , je trouve une lettre de JVI. de Sartine. J'y vole : mêmes reproches ; même justification. Je suis pourtant chargé , me dit-il 9 de demander au procureur-général des requêtes de l'hôtel ^ qu'il fasse supprimer la note du Méiiioire j je ne puis pas ne le pas faire. Et

aSa MEMOIRE S.

pour vous 2 je vous conseille d'aller prompte* ment vous eu expliquer avec madame la comtesse de P

Pendant que les explications se fesâient à Versailles» raifaire se jugeait à Paris , on y supprimait ma note. £t moi , pur rrspoct , je gardai lo silence sur ce bizarre événement, qui eût pu me faire le plus grand tort, si mes jugés n'avaient pas senti que tout cela n'était qu'un jeu ténébreux de rintrigue de mon adversaire.

On conçoit bien qu'il ne s'en tint pas là. Tout Paris fut trompé. Tout Paris crut que j'avais supposé de fausses lettres de Mesdames : au point que mes plus zélés défenseurs ^ [>liant 1 épaule ^ se bornaient k dire , que cet incident n'avait aucun rapport au fond de notre procès.

Et moi, déchiré, déshonoré publiquement par le plus perfide ennemi ; mais retenu par mon respect pour Mesdames, et par la circonspection qu'impose un procès entamé, je dévorais me» ressentiments ; je m'en pénétrais en silence ; chaque jour je les comptais par mes doigts; j'en repassais les titres ; et je le fais encore aujourd'hui, dans l'espérance que tout ceci ne sera pas éternel.

Mon adversaire une fois connu, je laisse à penser de quelle manière il usa depuis au Parlement contre moi de ce prétendu désaveu des

MÉMOIRES. :a85

princesses. J'étais alors en prison par ordre du roi, à Toccasion d^une querelle, sur laquelle l'autorité m^a depuis imposé le plus profond silence.

. Le comte de la Blache , défigurant tout , me

donnait pour un homme absolument perdu d'hon-

- peur et au dessous du moindre égard : il citait en

preuve mon emprisonnement; il citait la note

liupprimée par les requêtes de Tliôtel; il mon-

: \rjàit à tous les conseillers du Parlement le billet

des princesses ; il allait jusqu'à citer les causes

prétendues de mon renvoi honteux de Versailles.

Plus les imputations étaient absurdes , moins il

'*■ m'était permis de m'en justifier. Ce point de

.. discussion était vraiment pour moi l'arche du

Seigneur : je n'osais y toucher.

Pendant ce temps , on fesait circuler les infa-

[' mies dans toute TEurope, par le moyen de ces

^ judicieuses gazettes dont madame Goëzman rap-

'^. porte un si doux fragment : il n^y en avait pas

^ une où je ne fusse immolé , diffamé. Dans le

X public j'étais un monstre , un serpent venimeux

4 qui s'était joué de tous les principes : j avais

^ tout empoisonné , tout moissonné autour de moi ;

j'étais un enrngé qu^il fallait enchaîner à sou

grabat, où plutôt étouffer entre deux matelas;

ce que la justice allait ordonner, disait -on,

avaut peu.

:i84 MÉMOIRES.

Cependant on plaidait au Palais , et le portevoix du comte de la Blache^ pour serrir la haine de mon ennemi^ chargeait ses plaidoyers dei plus grossières injures , les ornait de miaérablei allusions sur ma captivité. Le sieur de Beaur marchais (disait-il) qui suivait les audiences des requêtes de Vhôteiy n^ est pas ici. Messieurs* L'avocat fut hué y son client méprisé ; . mais je n'en perdis pas moins mon procès. Malgré les lois qui n'admettent point de nullités de droit, au grand étonnement de tous les jurisconsulte! et négociants du monde ^ un arrêté de compte fait double entre majeurs y contre lequel oa n'avait jamais osé s'inscrire en faux ; sur Pavif de M. Goëzman le conseiller^ en quatre jours de temps y est annulé sans qu^il soit besoin , dit-oai de lettres de rescision ; comme si celui qui ne tient son ministère que de la loi^ pouvait s'éleva au-dessus d'elle, et s'érigeant en législatear^ annuler^ casser d'autorité un engagement civil et sacré.

Ce jugement n'est pas plutôt prononcé qu'on saisit mes meubles > à la ville et à la campagne; huissiers y gardiens y recors y fusiliers , s'ernpai jnt de mes maisons , pillent mes celliers : mes immeubles sont saisis réellement; le feu se met dans toutes mes possessions ; et pour payer trente mille livres exigibles aux termes de ce

MÉMOIRES. i85

Êital arrét^ qui m'en fit perdre cent cinquante mille y par un misérable jeu d'huissiers , nommé > poursuites combinées y revenus ^ meubles^ immeubles^ tout est arrêté ; Ton met sous la terrible main de justice^ pour plus de cent mille écus de mes biens ; on me fait en trois semaines 'pour trois y quatre ^ cinq cents livres de frais ftbusifs y par jour ; il semble que le bonheur de me ruiner soit le seul attrait qui anime mon ^ adversaire; il le pousse même si loin, qu'on lui b fiiit craindre que son acharnement ne devienne enfin aussi nuisible à ses intérêts qu'aux miens : ' on le voyait chaque jour au palais , suivant par- ^ tout les huissiers , comme un piqueur est à la '- qneue des chiens , les gourmandant pour les ■^ exciter au pillage; ses amis même disaient de

* lui^ qu'il s'était fait avocat, procureur et re- '!; cors , exprès pour me tourmenter.

h Outragé dans ma personne y privé de ma li- "' berté y ayant perdu cinquante mille écus , empri-

* sonné, calomnié, ruiné, sans revenus libres, sans argent, sans crédit, ma famille dé.: Jée ,

. ma fortune au pillage, et n'ayant pour soutien ' dans ma prison que ma douleur et ma misère , .en deux mois de temps , du plus agréable état , dont pût jouir un particulier, j'étais tombé dans l'abjection et le malheur ; je me fesais honte et pitié à moi-même.

Ces murs dépouilles ^ ces triples barreaux , ces clameurs y ces chants , cette ivresse de l'espèce humaine dégradée y dont toutes les prisoni retentissent, et qui font frémir rhonnéte-homme', me frappant sans cesse, augmentaient Phorreur de ce séjour infect ; mes amis venaient pleurer en prison auprès de moi la perte de ma fi)rtune et de ma liberté. La piété , la résignation même de mon vénérable père , aggi'avaient encore met peines : en me disant avec onction de recourir à Dieu , seul dispensateur des biens et des maux, il me fesait sentir plus vivement le peu de justice et de secom^s que je devais désormais espéfer des hommes.

J'avais tout perdu ; mais mon courage me restait. J'essuyais les larmes de tout le monde, ci disant : mes amis, càchez-moi votre dotjleur ; ne détendez pas mon âme, dont l'indignation sotH tient encore le ressort. Si je perds la mâle fierté V qui lutte en moi contre l'humiliation; si le dé- r^ couragement me saisit une fois ; si je pleure avec vous, c'est alors que je suis perdu. Eh quoî^ Se mes amis! si le degré de lumière qui devait éclairer mes droits , a manqué à mes juges ; si l'adresse de mes ennemis a surpassé mes forces, rougirez-vous de moi , parce qu'on m'a calomnié? Dois-je périr en prison, parce qu'on s'est trompé au palais? Triste jouet de la cupidité;

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le Torgueil ou de Terreur d'autrui , mon înforune ou mon bonheur seront-ils enchaînés à des îvénemenls étrangers? Je n'aurais donc quune 3xîstence relative! Ah! qu'ils comblent mon infortune ; mais qu'ils rie se vantent pas d'avoir troublé ma sérénité ! J'ai beaucoup perdu pour [es autres, et peu de choses pour moi; mais juand ils m'auront bien accablé, la pitié succédant à la fureur, peut-^être ils diront un jour : Ce a'était pas une âme méprisable que celle qui sut, en tout temps , se modérer , dédaigner Touirage, ai&onter le péril , et soutenir le malheur.

Mes amis se taisaient, mes soeurs pleuraient, mon père priait , et moi les dents serrées, les yeux fixés stir le plancher de mou horrible prison, j'en parcourais rapidement le court espace, en recueillant mes forces et me préparant à de nouvelles disgrâces : elles sont arrivées et ne ^m'ont point étonné. Je sais les supporter : d autres viendront après celles-ci; je les supporterai encore , assuré que rien ne m'appartient véritablettxent au monde que la pensée, que je foi-me et le tOoment où j'en jouis.

Le plus incroyable procès criminel a couronné tant d'infortunes : et.parce.que M. Çoëz- KHaa est un homme peu délicat, je me suis vu ci énoncé par lui comme corrupteur et calom- Càiateur ; et parce que c'est un homme peu relié-

:i88 MÉMOIRES.

chiy il n'a pas prévu les conséquences d^tt&e fausse déclaration^, et d'une dénoi\ciation calomnieuse.

Vous m'avez encore dénoncé depuia , Monflieur, comme un faussaire ^ par le compte inil* dieux que vous rendez k la nation dans votre Mémoire , des motifs de votre rapport au Parlement. Vous m'avez dénoncé devant la natiooi comme un faussaire et un imposteur^ dans ce même Mémoire , en disant que j'avais supposé de fausses lettres de protection dé Mesdames f etc* Tous ces faits étaient étrangers à vos défenses: mais emporté par la haine qui vous aveuglei vous n'avez pas réfléchi que, si poussant votre adversaire à bout, vous lui donniez l'exempk de sortir du fond de l'affaire, pour examiner votre conduite , il vous écraserait à la premièie I parole. Eh bicnl cette parole que je retensifL depuis long-temps , et que vous avez provoqués à grands cris par tant d'horreurs , elle est enfio sortie de ma bouche.

Vous m'avez dénoncé comme faussaire; je viens de me justifier. Moi, je vous dénonce i mon tour comme faussaire aux chambres assem* blées, avec cette différence que vous n'avies nullement besoin de m'accuser faussement potf vous justifier; et qu'il m'imp^fte k moi, de |,. prouver les faux que vous avez faits dans la dé-

claration de le-Jay, tant par le positif de ces déclarations^ que par Tanalogie de votre peu de délicatesse en d'autres circousiances.

Le défaut d'intérêt et la clandestinité sont les ;; seuls vices qui rendent uu dénonciateur odieux. ^ Mon honneur offensé par vous sur tous les chefs , - me garantit du premier reproche; et la publi- ^ cité que je doune à mon attaque ^ va me mettre > à couvert du second.

^ Dénonciation que Pierre^ Augustin Caron de s* Beauimiakchàis a faite par écrit à M. le P/t)iÇ cureur-Général y contre M. Goezman , le ^j mercredi i5 décembre 1773.

Je suis poursuivi criminellement, pardevanc Ëosseigneurs du Parlement , les chambres assemildées , sur une dénonciation que M. Goëzman a fiiite contre moi en corruption de ji^ige. J'ai donné ihes défenses , et les preuves les plus fartes de '«mou innocence existent dans Tinstructiou . du nH*ocès qui s'en est suivi : la cour décidera si ^wl. Goëzman est aussi fondé qu'il le présume. %3LTionneur est aujourd'hui pour moi le principal "Ifà^bjet de ce procès. Dans les défenses de mes ^IKlversaires, je suis qualifié des plus infijimes 1res; on y emjn^oie contre moi les épilhétes le« lus abominables. Mon honneur grièvement Mémoires. I. 19

^jo MÉMOIRES.

bleiféy m^antorue donc à employer tout mojcn$ pour repousser Foutrage par une défeme legilime; et je doû à mes juges de les éclairer sur te compte de mon dénonciateur. Il me combat arec des mots, je Tais y opposer des £dii, et m0» jugM décideront de la Taleur de nos défenses*

Antoine ' Pierre Dubillon^ et Marie* Magde* leine Janson ^ sa femme ^ ont imploré les bontés de M* r Arcbev<;que de Paris , par le Mémoire ci'joint (signé d'eux, et les &its j contenas attestés au bas par madame Duiour, maftresie sagC'femme^ qui a accouché ladite fèimne Dubillon), dans lequel ils le supplient de subreBir .^ aux frais de cinq mois de nourriture qu'ils doivent i h la nourrice de Marie-Sophie leur fille, disant 1. qu'ils n'ont recours a la charité de ce prélat, qa6 L parce que M. Goczman , parrain de leur fiBe, L n'a eu aucun égard a leur situation , malgré la L promesse formelle qu^il leur avait £aiite de poiu^L voir à l'entretien de cette enfant.

J'ai voulu savoir s'il était vrai que ce magistnit qui reibsait ses secours à ces infortunés, eût une raison aussi forte pour devoir leur être utUe; j'ai été k la paroisse de Saint-Jacques de la Boucherie, j'y ai levé l'extrait baptisiaire ci-jointi On sera sans doute aussi étonnl? que je l'ai crf moi-mémo^ d'y^oir Louis Dugraç^ier, bourgeaA

MÉMOIRES. agi

de Paris > y demearant rue dûs Lyohs , paraisse Saint'Pauly parrain de Marie^Sophie. Serait-il possible que M. Guëzman, qui se pare de tant de vertu , se fût joué du temple de Dieu , de la religion 9 et de 1 acte le plus sérieux^ sur lequel esc appuyé l'état du citoyen , en signant Vjouîs Dugrui^ier, au lieu de Lotds Goëzman, et y ajoutant nu faux domicile à un faux noui«

le joins ici les pièces (i) justificatives^ et je tû^étends point mes réflexions, pour qu'on nie Uiîce pas de haînle et de vengeance, une dénonciation qui est pour moi un point essentiel de *idéfense. J'ai été moi-même injustement dénoncé , -accablé d'injures les plus grossières , et de reproches aussi mal fondés qu^étrangers au fait pour lequel on m'a dénoncé. J'use de toud meis moyens pour me défendre. Je découvre un fait qu^il importe a mes juges et au public de savoir. ïe le dénonce à M. le procureur-général, pour me servir en tant que de besoin dans le procès intenté contre moi , pardevant les chambres aslemblées : il en tera l'usage que sa prudence et

(i) L'extrait baptistaire de Marie-Sophie et le placet le Pierre Dubillon et sa femme , père et mère de Marieiophie , atteste {ffiV la dame Dufour , maîtresse sage- Semme y dont le double a été présente à M. l'archevêque.

a^ MEMOIRES.

son exactitude connues lui dicteront. A Paris ^ ce i5 décembre 1773.

c< Je supplie mes juges de me pardonner si » î'ai été obligé de leur envoyer a tous ma rfr }) quête d'atténuation, sans qu'elle fût signée » d'un avocat titulaire. A Theure que je distribue » ces Mémoires, je n'ai pas encore de signature, » malgré mes prières y mes efforts, et les ordta » signés et réitérés de M. le premier présideot* » J'aime mieux commettre une légère irrégubn rite , que de courir le risque d'être jugé saitl yt que tous mes juges ayent lu ma requête d'aitér }) Quation. n

es

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