‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de BeaumarchaisChapitre 22 sur 25 · ASSEMBLÉES · texte numérisé non relu

ASSEMBLÉES

J^OPPLiE hamblement Pierre-Adodstin Caroi"» DE Beaumarchais , disant :

Pendant la longue et funeste dbsence de la Cour 9 la ]>lus lâche accusation dirigçe contre moi, m'a livré à toutes les horreurs d'un pro* ces criminel , réglé à l'extraordinaire et suivi d'un juî^einent portant condamnation au blâme et me rayaiii à jamais de la société des hommes»

J^allais me pourvoir contre cet énorme abui des lois , lorsque le service et des ordres pani culiers de Sa Majesté ^ me portant hors di royamne , m'ont Ùlïi user« en voyageant ^ 1< temps accordé par la loi pour attaquer tout ju gement dont un infortuné se croit blessé.

De retour en France , j'ai travaillé deux an et £siit l'impossible pouk* porter mon affaire er ctîtle Cour. Mais le choix des moyens n'étani pas en mon pouvoir, il m'a fallu céder à la fa' talité qui me prescrivait luilquement la voie de révision pour me relever de ce jugemeol itioui.

Je me tairai sur un jugement plus étonoani encore , et qui , fondant sur moi comlne tic ouragan , m^a montré qu'en moins de troii jours on pouvait lever au greffe , instruire *ei rejeter une requête en révision , où il allait d( rhouncur du suppliant , sans que l'iniquité reconnue du fond et la foule de nullités ^ dontl procédure est grevée , frappât les )uges et retint l'anathème.

Tout semblait dit pour moi : mais malheur 1 l'homme, dont le courage est abattu parle re* doublement d'un outrage. Celui-là seul mérili qu'on en dise , après l'avoir écrasé : Dieumerci, a)oilà donc une affaire finie , et un hommt dont nous n'^ entendrons plus parler.

Ce ne fut pas moi-. La douleur animant mes forces , et ma- fierté né pouvant soutenir Tidée Jde lettres d'abolition qui supposent toujours un [.coupable ) aprèfe les atoir refusées du feu roi , .^e crus qu'il fallait plutôt mourir à la peitie d'un nouveau jugement ^ que d'en accepter des bontés •de notre jeune monarque. C'est le seul cas peutêtre où les grâces du prince auront éprouvé le refus d'un homme d'honneur , sans qu'il puisse ^tre taxé de manquer à la reconnaissance ni au profond respect.

Je suppliai donc de nouveau Sa Majesté de xn'accorder, pour toute faveur, celle d'être en^ •voyé devant mes juges naturels , le Parlement de X^aris. Alors la bonté dli roi sollicitant sa justice ^ ^es lettres-patentes, émanées du soitvet*aîn lulsnême , ont anéanti tout le temps que j'avais ^erdu à demander vainement justice ailleurs, et <& combattre un nouveau désastre.

Adressées à la Cour et par elle enregistrées , fces lettres ont porté devant le Parlement ma rc- <[uête civile et la consultation des avocats qTÛ 3'appuyait. Enfin , le 6 septembre , la Gour , ^rand'Chambre et Tournelle assemblées , ayant l)ieu voulu , dans une audience extraordinaire, :^ccorder son attention k Téloquont plaidoyer de ^3^î* Target pour son ami présent , a rendu , sur ~ics conclusions de M. l'avocat £éa?ral Séguier ,

réquitâble arrêt qui entérine ma requête civile; annule le jugement du 26 février 1774 ^ ^t ^^ remet au même et semblable état où j^étais ayaoi ce jugement. La joie de ce nouvel arrêta si bien éteint en moi le chagrin des précédents , et lef a tellement confondus dans mon esprit ^ que je n'ai plus le pouvoir ni la yokmté de les distioguer pour m'en plaindre*

Citoyens malheureux , qui vous lassez trop t^ de souffrir , voyez à quoi tenait rexistence d'an homme d'honneur ! A la demande réitérée d'in tribunal équitable , et au courage de déyorer tous les dégoûts qui m'y ont à la fin conduit.

Mais à l'époque de cet arrêt je devais prononcer devant la Cour un exorde historique aa plaidoyer de M* Target ; la crainte d'abuser des moments précieux qu'elle dérobait à d'autres citoyens pour moi dans ses dernières séances, me fit faire le sacrifice entier de l'e^ressiondc ma gratitude. Je garderais le même silence au* jourd^ui si mes ennemis ne publiaient pas que mon discours ^ plein d'un triomphe insolent, d'une gaîté indécente , a été supprimé comnie peu respectueux pour la Cour même ^ à qui je l'adressais.

Il est tellement important pour moi^ que cette fausse opinion n'obtienne aucun crédit sur les magistrats , quç je prendrai la liberté de sou-

kïieitre ici ce discours à leur jugement , sans y changer un seul mot. Ne peut-il pas contribuer a m^obtenir la conversion d'un décret et le renvoi ilans mes fonctions , puisqu'il fut destiné à faire annuler le jugement qui m'en avait privé pour toujours ? Le voici tel qu'il dut être prononcé devant le Parlement.

lyiscours pour être prononcé devant V Assemblée des deux Chambres du Parlement.

Page 1