‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 100 sur 361 · PHILIPPE II, H · texte numérisé non relu

PHILIPPE II, H

limes, et luy seoienl bien. Aucuns disoient qu'une belle jalousie l'en empescha , s'il eust h\ci quelque plus beau rxploict que luy.

J'ayouy raconter j plusieurs gentilshommes et dames qui estoient pour lors à la cour de l'empereur , que ce roy son fils fil de très beaux tournois el combats à cbeval et à pied en toutes les villes et pays où il prit possession el fit ses entrées , sur tout à Baings, chez la rayne d'Ongric , où il ne se fit jamais partie , fust à pied , fust à cheval , que ledict roy n'en fust et ne fist la sienne, où il acquit tousjours la réputation des mieux faisans et combattans , et de force et d'adresse, monslrant tousjours les armes si belles en la main qu'il emportoit tousjours le pris. J'en ay veu un livre en espaignol , qui «Intitule El Viage del principe , qui descrit la pluspart des combats qui y furent faicts , et comme le roy d'Espaigne y faisoit tousjours des mieux : aussi esloit-il de fort bonne grâce, beau et agréable, blond, et qui s'habilloit fort bien, comme j'ay veu; aussi le monslra-il bien après qu'jl rut hors de la discipline de l'empcmir son pere, et qu'il fut en pleine liberté ; car il nous fit la guerre à bon escient , ainsy que j'ay dict cy devant.

Voylà ce que pour à ceste heure je puis dire do la vie de ce grand roy, duquel despuis la mort est ensuivie, de laquelle en passant j'en diray ce que j'en ay appris. C'est qu'en ceste année 1598, le roy dom Philippe, III du nom, le prince estant allé en la place de Madrid , aux frètes et esbnts qui s'y faisoient le jour de la cvlebration de la feslc sainct Jehan Bapiislc, le roi son pere 1 n'y fut pas, parce que lors il estoit malade de la goutte, qui l'avoit saisy aux deux mains Son Altesse, revenant de ces jeux rt esbats, faisoit rapport à son pere de ce qu'il y a\oit veu. Sa Majesté luy respondit : « Je suis

bien aise de ce que tu y as pris plaisir, parce •que ta ne verras plus en ma vie aucune alle- «Ueo.ee de ceste maladie. » Et commanda ledict deffunct roy que chascun se prcparasl pour aller a l'Escurial. Surquoy le docteur Mercado , médecin de la chambre , luy dirt qu'il ne falloit pas changer d'air, de crainte de faire augmenter l'accident de son mal. A cela le roy respondit qu'il falloit bien qu'on l'y portast en vie , ouiss qu'aussi bien luy fatloit-il porter après sa

1 Le manuscrit ajoute : • Que Dieu absolve. »

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