DOM PHILIPPE II
il y a deux ans contre l' Angleterre, qui a esté j la plus belle que Ton aye veu de long temps en ceste grand mer Oceane de deçà ; et ce, pour tirer de captivité ceste pauvre reyne d'Escosse, | de laquelle ce roy par pieté se voulut rendre j prolecteur et libérateur , s'il eust peu ; mais ce barbare élément se banda contre luy, et ce coup j là trop injustement. Il a eu de grandes guerres à desmesler avec ses subjects de Flandres
Et certes j'ay ouy dire à aucuns très grands et point passionnés que ces révoltés en ont eu quelques raisons, tant pour secouer le joug des Espaignols, qui est certes insupportable, que pour se garder de l'inquisition, comme d'une malle beste, disoient-ils , et fort dangereuse. D'autres les blasmoient d'avoir repris les armes après que don Jouan d'Austrie , arrivé en j Flandres pour les contenter, en chassa tous les Espaignols, et les renvoya tous en Italie après le sac d'Anvers , et leur avoir accordé la paix et beaucoup de libertés de vivre. Ils vindrent après rompu tout, et aux armes plusque devant, ce qui faseba fort au roy ; car , pour avoir sa revanche d'eux, il ne la peut avoir sur les Turcs, qui luy avoient pris sa Golelte, place fort importante pour la chrcstienlé. J'ai ouy dire que, lorsqu'il en sceut la nouvelle de la perte, il la porta si fort impatiemment qu'il en devint malade, non tant pour sa perte, disoit-il, mais porque los perros triunfan de los pobres cristianos « parce que les chiens triumphent des pauvres chrestiens. » Car il luy estoil à grief de voir tant de chrestiens encadenés et menés esclaves, et traictés misérablement pour jamais. Ce ne Fut point sa faute; car il y avoit fort bien « diligemment pour veu, y ayant envoyé une fort grosse armée; mais il y fut fort mal servy.
Il y en a plusieurs qui s'eslonnent pourquoy, en l'aage qu'il est et maladif, il ne se distraict point de tant d'occupations d'affaires (car il les veut tous sçavoir, et en dire son ad vis et donner commandement), et ne fasse la retraicte de
menées de la France et d'Angleterre , encor que ceste guerre luy ait espuisé ses tbresors plus que toutes les pierre» qu'il a faictes contre les inndelles et autres. »
' An lieu de cette phrase, on lit dans le manuscrit : • Or là dt-sius qu'on m'aille dire que le roy d'Rspaigne ne •oit tout plein de boulé, de pieté, de valeur, et retnply de uiocie religion et divin zrle ; car il s'en fusi bien passé »ril eust voulu , et eust faict il y a long temps une Irefve »vee le Turc , comme il a faict despuis pour ceste guerre de Flandre». .
ROY DESPA1GNE. 12!
l'empereur son pere. Ceux là voudraient bien qu'il la fist et ne s'en mcslast point; car ils s'en trouveraient mieux , et y perdraient un très dangereux ennemy. D'autres le louent et l'en estiment d'advanlagc pour continuer tousjours son ambition tant plus qu'il vieillit. Aussy dicton que l'avarice et l'ambition ont quelque sympatie ensemble et ressemblance, un peu dissemblable, d'autant que tous les vices s'affoiblissent et s'abbattent par le temps, l'aageet la vieillesse, car les personnes vieilles n'ont plus la force ny la vigueur de les eiercer, fors l'avarice : car quiconque en est tasché , tant plus il vieillit , tant plus il augmente. De mesmes aucuns ambitieux qui ont esté une fois atlaincts bien au vif de l'ambition , à grand peine s'en peuventils desfaire aisément, mais la couvent tousjours en leur ame jusqu'au tombeau. Que s'il y a aucuns qui s'en despouillent du tout et disent n'en avoir, c'est qu'ils en font des bons hypocrites, et qu'ils nous font accroire qu'ils n'en ont un seul brin , ou qu'ils n'en peuvent plus pour la maintenir, ou bien pour autres raisons qu'ils cachent et pallient; ou du tout, s'ils s'en desfont à bon escient, c'est un très grand miracle , comme du roy de Naples , Jacques de Bourbon , d'un duc de Guyenne, d'un duc de Savoye, qui se rendirent religieux, et de l'empereur Charles. Encor pensé-je qu'ils s'en repentoient quelquefois et en couvoient tousjours, quoy qu'il fust, un peu dans leur ame, et la cachoienl sourdement, ny plus ny moins qu'un grand brasier de fœu soubs une cendre qui semble morte.
Je croy que si l'on eust esleu l'empereur pape comme il le désirait, qu'il ne l'eust pas refusé, non plus que ce duc de Savoye; et fust mort pape; et n'eust faict en cela comme le dict duc de Savoye, qui quicta le papat et reprit son hermitage de Ripaille. Aussy dict-on que les ambitions sont aussy bien parmy les monastères , les cloistres et religions que ailleurs. Telles repentances et conversions sont bonnes pour nous autres gentilshommes, qui, estans vieux et cassés, ne devons estre ambitieux; car nous ne servons en une armée ou en une cour que d'importunité ou empeschement. Mais il faict toujours beau voir un roy vieillard ; et aussy les royaumes se portent mieux régis par un roy aagé que jeune.
VIES DES GRANDS CAPITAINES
Certainement ce roy d'Espaigoe, ayant abandonné le monde et faict comme son pere, en acquerroit bien le renom d'un très bon religieux, mais puisqu'il est né roy et grand, pourquoy ne veut on qu'il vive et meure en roy, puis qu'il peut faire son salut aussy bien ainsy que religieux , et ne cognoisse aussy des affaires de son royaume, et mcsmes qu'il n'a pas en luy un successeur formé, comme il estoit lors que l'empereur son pere se desftt de ses estais entre ses mains. Encor l'empereur par ceste conversion fil-il tort à sa réputation et à ses terres , et à ses serviteurs, qui demeurèrent ainsy veufs d'un si brave maislre; mesmes que ses soldats Espaignols en furent très mal contens, et l'en brocardèrent jusque* à ne l'appel- 1er plus par ce beau nom de jadis d'empereur , mais par mocquerie et desdain aucuns l'appelloient Fray Carlo de Santo Hieronimo *. C'esloient les soldats indiscrets et nouveaux ; mais les vieux, et qui a voient recogneu ses armes et ses valeurs, defferoient toujours a son beau nom et vénérable mémoire, le pleurant, et regrettant sans cesse dequoy il les avoil laisses: et, pour l'amour de luy, servirent tousjours son fils et Taymerenl fort; aussy les aymoit-il fort.
Il me souvient qu'après la prise de Bclys et son Pignon il y eut environ quelques trois ou quatre cens soldats qui, de tous ces terecs d'Italie , se desbaucherent et se desembarquerent à Maliegua, et se desb.indcrcnl , mal conlens et demy mutinés; et, soubs ombre de voir leurs parens, disoient-ils , vindrent a la cour à Madrid; et, sans faire le petit semblant, apperteinmt commenceront à crier qu'ils vouloient leurs payes qu'on leur devoîi : et se pourme-
clerigo , como va la puta 1 ? et autres petits mots pareils, scandaleux pour gens d'église. Tout cela fut ra porté au roy, de leurs menaces et de leurs insolences, et pour ce les falloit chastier. Le roy d'Espaigne ne le voulut poiot, mais dict seulement: «Ce sont eux qui me font «régner; je serais bien marry dune de les faire «mourir.» Parquoy il commanda au ducd'Albe (j'y estois) d'aller parler à eu«, de les appaiser et faire retirer et rembarquer aux gallercs , et que pour le seur ils ne seraient pas plustost en Italie, qu'ils trouveraient là tout l'argent de leurs montres, lequel estoit desjà passé, et qu'ils n'en perdraient une seule. Cela les contenta fort; et par ainsy se retirèrent, non sans louer fort leur roy.
Aussi les paye-il bien tousjours ; et s'ils demeurent long temps sans faire monstre , et qu'on leur en doive jusqu'à douze, quinze ou vingt, ils n'en perdent jamais pas une; et sont tousjours très bien payés, et mieux que de l'empereur, d'autant que le roy a plus de biens que son pere , et les Indes luy produisent plus, tant dEspaigne que du Portugal, que l'empereur n'avoit pas. Aussi que cestuy-ci ne faict pas de si grandes despenses et démesurées deçà et dclî, comme faisoit son pere, mais est un peu plus escarce; et espargne fort pour employer tout a la guerre et au maintien de sa grandeur et estât, fors le superbe bastimenl de l'Escurial , où il a despendu vingt millions d'or, qu'aucuns ont tenu pour fort vaine despense. Tous les ans il y employoit un million , et y a mis vingt ans pour le mettre en perfection : œuvre de nature certes miraculeux. Ces derniers mutinés qui sont avecques les estais de Flandres , s'ils fussent esté du
nans quadrilles par quadrilles par les rues, ! temps du roy Philippe, ils fussent este bien brave* et en poinct comme princes, portans î tost conlens, et n'eussent pris le pari y couleurs espées liantes, les moustaches relevées, î traire. Je parle ailleurs de plusieurs mutinel< s bras aux coûtés , bravoieut et menaçoient j mens de ses gens.
huit le monde, ne craignans ny justice ny i Ainsyapasséceprincesesvieuxansparmylcs
inquisition; pour la justice, qu'elle n'avoit ; armes, comme il a passé ses jeunes de mesmes.
esgard sur eux , qui estoient gens de guerre ; Il lésa très bien ayméesen sa jeunesse. Lors que
pour l'inquisition, il n'y avoil ny moines ny l'empereur le mit en possession des Pays Bas,
prestres que, les rencontrant par les rues, ils : et qu'il l'envoya quérir en Espaigne, il vouloit
ne dissent leur colibel ; à l'un : Seàorfrayie , fort prendre la charge des armées de son pere;
at fonde esta la puta2? à l'autre : SeAor | mai* jamais l'empereur ne voulut , craignant
I le perdre, n'ayant que cetuy là : dequoy le fils
.Krma,^ eu désespérait ; car il estoit bien né pour les
» Naucicur le pré ire , où est votre p ? I ' Mouweur le mouie , comment va votre p.... ?