LETTRES A M. DE BRESSUIRE
Monsieur de Bressuire, j'ay receu vos lettres et les 2,000 francs que m'avez envoyé par le porteur; dont je vous remercie. Des nouvelles de par deçà , nous avons pris Hesdin , Bouloigne , Fiennes et le cbasteau à le Montoire, que le roy d'Angleterre, qui fut plus de six sepmaines devant, ne peut prendre; et fut pris de bel assault, et tous ceux qui cstoienl dedans, qui e*toieul bien trois cens , tous tués.
Les garnisons de Lisle, de Douay, d'Orchies et de Valenciennes s'eslans assemblées pour eux venir mettre dedans Arras, et estant bien cinq cens hommes à cheval et mil hommes a pied', le gouverneur de Dauphiné qui esloit en la cité en fut adverly etalla au devant ; et n'estoient point de nos gens plus haut de six vingts lances qui donnèrent dedans : en effect, ils les vous fi stierent si bieu,quïlendemeuraplusdcsixcciissurlechamp, etde prisonniers ils en amenèrent bien six cens à la cité; ont esté tous les uns pendus et les testes coupées; et le demeurant le gaignerent à fuir. Ceux dudict Arras s estoient assemblés, bien vingt-deux ou vingt- trois, pour alleren ambassade de vers ma- : damoisclle de Bourgoigne ; ils ont esté pris , et les instructions qu'ils portoient, et ont eu les testes tranchées, car ils m'avoient faict une fois le ser- | ment. Il y en avoit un entre les autres, maistre Oudart de Bussy , à qui j'avois donné une seigneurie en parlement '. Et a6n qu'on cogneust ; bien sa teste, je l'ay faicte atourner d'un beau j chaperon fourré, et est sur le marché de Hesdein, 11 où il préside. Incontinent que nous aurons autres nouvelles, je h s vous feray sçavoir. Je vous prie que vous pourvoyez bien lousjours à tout de par delà, et de ce qui surviendra m'en adverlissiez souvent ; et adieu.
Escrit à Verdun , ce 26e jour d'apvril.
Ainsy signé, Louts Et plus bas , Jesme.
Quelle natreté, notiez, de faire ainsy enca- '
1 Une place au parlement. Cet Oudard, ou Odo de Buci, éloit en 1465, avocat au Cbàtelet de Paris, et avoit embrassé le parti des prince* dans la 6uerre du B.eu Public. Pour legaenir, Louis XI lui avoil donné un office de conseiller, et rocoie l'avoit Tait son procureur Général à Arras en 1477. Il fut pris, lui dii-buiiierae allant de Ilédiu en députation vers inadunoisclle dé Bourgogne, de la part de ceux de la ville, qui la regardaient encore comme leur dame ; et il fn décapité.
GRANDS CAPITAINES FRANÇOIS
puebonner ce pauvre diable d'un chapperon fourré, a la mode de président qui préside!
«Monsieur de Bressuire, mon amy, j'ai eiu adverty que M. de Rohan traicte son appoincteraent avec le duc, cl qu'il s'en veut aller en Bretagne, et à ceste cause s est retiré en une abbaye prés de Nantes. Je serois bien marry, veu le temps qui court, qu'il s'en allast; et pour ce je vous prie quincoiilinaut vous en a b z la où il est ( que vous pouvez aller seuremeut et sans danger) , et que vous trouvez façon de le faire venir devers moy : et prenez trois ou quatre de ces gens qui mènent ce train de le faire aller en Bretaignc, et parlez à ceux qui sont de noslre bande , afin de le faire venir devers moy ; et leur promettez beaucoup de biens, et aussy que je traicteray bien M. de Koban. Quoy qu'il en soit, gardez bien qu'il ne s'en voise point , en quelque façon qu'il le veuille prendre, mais si par douceur le pouvez avoir, je l'aymerois mieux qu'autrement. Il y a un jeune garçon qui est du Dauphiné qui le gouverne ; parlez à luy et à tous les autres que vous verrez , de qui vous pourrez ayder en ceste matière.
Escrit à La Victoire, le 8e de septembre.
Ainsy signé e Lour& Et plus bas, Petit.
Quelle finesse! Surtout il vouloit retirer à soy M. de Rohan , qui estoit lors un grand seigneur comme aujourd'huy.
Monsieur de Bressuire , je vous prie que vous sachez de Merichou s'il voudrait point vendre son bostel de La Uochelle, car je le voudrois bien avoir pour moy ou aucuns des miens, pour estre plip * près d'eux et leur voisin , et les faire tenir du pieiÊ Je no veux point de ses terres ny autres choses, mais seulement ledict bostel ; et y besoignez si se* crettement qu'il ne s'en apperçoive point qu'il vienne de moy, ne que le veuille avoir. Adieu. Au Plessis du Parc le 20' jour de may.
* Château appelé Le Montil-lcs-Tùurs jusqu'environ l'année 1472 auquel temps il changea de nom.
LOUIS XI, RC
M. de Bressuire, de ce que je vous escris , je vous prie qu'il soit si secrettement qu'il n'en soit nulles nouvelles.
Ainsy signé, Locrs.
Et plus bas , Scerbisey.
Bonne finesse !
Monsieur de Bressuire, vous sçavez comme j'ay à coeur la matière pour laquelle vous ay envoyé Jevers mon bel oncle du May ne; et pour ce je vous prie que vous y besoignez le mieux que vous pour* rez, et tellement que advant votre parlement la chose soit conclue. Et , en quelque estât que la chose soit, escrivez, advant iceluy vostre parlement, à mon frère le conucstable, que la chose e*t faicte, et y envoyez homme propre ; et vous prie bien qu'il n'y ait faute.
Donne* au Pont de Sé , le 26« jour de juillet.
Ainsy signé, Loiiys.
El plus bas, de Chensard.
Autre finesse pour tromper ce conoestable.
Monsieur de Bressuire, j'ay esté adverty de Normandie et d'ailleurs, que l'armée des Anglois est rompue pour ceste année; et pour ce que je vois que vous n'avez que faire au cartier où vous este» pour ceste heure, je m'en retourne prendre et tuer des sangliers , afin que je n'en perde point la saison, en attendant l'autre pour prendre et tuer dis Anglois. f aictes moy sçavoir tousjours de vos nouvelles et ce qui vous surviendra : toutefois, ne vous bougez de là (entre vous) , et , si vous avez besning , mandez le moy , et je m'en yray â vous ; mais que vous me le fassiez sçavoir. Adieu.
Escrit d'Argenton, ce 4 novembre.
Ainsy signé, Louys.
Et plus bas, deDoyaf.
■ Peut-être Jean de Doyac ,qu», à l'entrée do règne de Charles VUl, fut flétri pour ses malversation» sous Louis XI.
C'est parié en brave et vaillant roy, et qui ne vouloit perdre la saison de tuer des sangliers , non plus que des Anglois en la leur, et vouloir aller secourir ses gens au besoing s'il en arrivoit.
Monsieur de Bressuire, je suis esté adverty que les forces qu'a mon beau frère de Guyenne » s'apprestent pour entrer en nos pays, que Dieu ne veuille! Mais, quand ainsy seroit, je vous prie que en toute diligence faictes la résistance possible, en attendant de vos nouvelles pour y donner la provision , si je ne vays à vous.
Douué à Vandosme, ce 1 1* jour d'octobre
a Signé, Lotnrs.
Et plus bas , Desmoulins.
Il ne s'esionnoit pas et parloit bravement, ceroy-là!
Monsiecr de Bressuire , j'ay receu les lettres de M. de Calabre, etveu la créance qu'il m'a envoyée par escrit ; je ne m'y flray que bienâ poinct. J'escrts audict de Calabre , et â mon cousin le Bastard Je vous prie, monsieur de Bressuire, mon amy, que vous preniez bien garde S tout , et que nul inconvénient n'advienne pendant mon voyage, ainsy qu'en vous en ay ma fiance.
Escrit â Chantelle, le 4 de mars.
Ainsy signé, Loiiys.
Et plus bas, Jesme.
' Aujourd'hui les mots de beau ou de belle , mis devant relui qui désigo la parenté, marquent que cette parenté n'est que d'alliance. En ce temps-là c'éloient des ternies affectueux , qui s'accordoienl avec la qualité de frère et de saur germains. Louis XI étoit frère germain de ce duc de Guyenne, qu'il traitoit de beaufrère.
• Le fameuï comte de Dunois.
m HOMMES ILLUSTRES ET GRANDS CAPITAINES FRANÇOIS.
Monsieur de Bressuire, j'ay veu ce que m'avez escrit , et M. le maistre , touchant les dames de Ponlhievre. Je luy fais responce qu'il laisse le tout ainsy qu'il l'a trouvé, car M. de Ponthievre est par deçà , et ay faict prendre le serment de luy.
Escrit a Amboise , ce 24 deseplembre.
Signé, Loinrs.
Et plus bas, Parent.
Il cd escrit de mesmes à ce maislre d'hostel, et la subscription de la lettre est : «A nostre «aîné et féal conseiller et maistre d'hostel Jean «Gucrin. » Quelle seigneurie! pensez que c'estoit quelque bon garnement de bas lieu. De tels il s'en servoit souvent plutost que d'autres , mais qu'ils le servissent fidèlement.
Monsieur de Bressuire, mon amy, je crois que vous sçavez assez que puis naguierts le pape, a ma requeste , a pour veu M. d'Evreux 1 de l'abbaye de Bourgueil. Et, parce que j'ay entendu que vous estes curateur du feu evesque de Malezay », qui tenoit ladicte abbaye, et que à cause d celle il a eu plusieurs biens qui deûement appartiennent à mondict sieur d'Evreux, qui est son successeur, je vous prie tenir la main que le tout soit rendu : car il est bon diable d'evesque pour à ceste heure; je ne sçay qu'il sera pour ('advenir : il est continuellement o cupé à mon service. Je vous en prie encor, monsieur de Bressuire, mon amy, qu'il n'y ayl faute.
Escrit à Compiegne , le 8e jour d'aoust
Signé, Loirs.
Et plus bas, Merlin.
Je pense, vea cela , que messieurs les chanoines de son temps ne faisoient grandes eslections de leurs evesques , et qu'il cousoit , tailloit et faisoit tout. Notiez aussy comme il appelle cest evesque bon diable. Je pense que ce Fut ce cardinal Balue faict après : il luy rendit bien la pareille despuis.
1 Jean Balue, depuis cardinal.
• Maillezais, autrefois éveché , trauféré a La Rochelle ta 1648.
Monsieur de Bressuire, j'ay esté adverty que M. de Sainct-Lou est allé devers vous pour se conseiller a vous de ce qu'il avoit à faire; et tn'esbahis bien que ne l'avez pris , veu la grande trahison et mauvaistié qu'il a faict a rencontre de moy. Et pour ce, si vous voulez que jamais j'aye fiance en vous , et s'il est en lieu où vous le puissiez recouvrer, faictes le prendre inconlinant ; car ce m'est fort chose à croire que ne m'ayez adverty de son allée. Je vous prie que m'en faictes sçavoirce qui eo est.
Escrit au Plessis du Parc , ce 16* jour de janvier.
Signé, Loovs.
Et plus bas , de Cbaumonl.
Je pense bien que ledict M. de Bressuire fut en grand accessoire , après ceste lettre reccue , pour attrapper ledict M. de Sainct-Lou ; car, s'il y manqua, ne faut point doubler qu'il n'entrast en mesfiance de luy , comme il T'en menaça. Il falloit bien dire que ce M. de Sainct-Lou fust grand, puisqu'il l'appelle monsieur: j'en ay cogneu de ses descendais qui sonl aujourd'buy , entre autres un que j'ay veu lieutenant de l'une des couronnelles de M. de Strozze, qui fut tué à la Roche la Belle , brave et vaillant gentilhomme.
Monsieur de Bressuire, jai esté adverty que puis naguieres les Anglois out arresté le navire de M. des Bordes; et pour ce , se faut donner garde d'eux, et en advertir partout où verrez eslre affaire, tant par la mer que par la terre, me»mement à La Rochelle, a Sainct Jeau d'Angely , A Sainctes, et ailleurs où besoing sera , uns entreprendre sur eux de leur faire guerre. Et aussy que l'on se dounc garde que les marchands d'Angleterre ne manient quelque praclique sous ombre de leur marchandise ; et s'ils prennent rien , qu'où prenne autant sur eux, mais qu'on ne connnanec pas. Et adieu.
Escrit au Plessis du Parc, ce 22e jour de janvier.
Signé Lmys.
Et plus bas , Ain ici.
M. de Bressuire , j'ay receu vos lettres qoe m'escnvez , qui font mention d'an nommé Huisson , que vous dictes qu'a faict plusieurs maux a ' une commission qu'il dict avoir eu de moy, rt pour ce je veux sçavoir qui est ce Huisson , et les abus qu'il a faict touchant ceste commission. Je vous prie que , incootinant ces lettres veucs , vous le m'eovoyez si bien lié et garrotté , et si seurementaccompaigné, qu'il n'esebappe point, ensemble les informations qui ont esté faictes à rencontre de luy ; et qu'il n'y ait point de Faute. Et me faictes soudain sçavoir de vos nouvelles . pour faire les préparatifs des nopees du galiant avec une potence.
Kscrit à la baste, du Plessis du Parc, le 30» jour de juin.
Signé, Louys.
Et plus bas, Jesmc.
Il n'y a personne qui , voyant cesle lettre , ne die que le pauvre diable aussy tost arrivé aussy lost despesebé; car il escrivoit de colère et a la hasle.
M. de Bressuire, mon amy , j'envoye présentement mon fils de Beaujeu en Guyenne. Je vous prie , sur tout le plaisir et service que me sçauriez jamais faire, que vous l'accompaignez et lui obéissiez comme à moy-mesmes ; et au surplus, donnez bonne provision partout , et ne le perdez point de veue, ainsy que plus au long j'ay chargé vous dire M. d'Achon; si vous prie que le veuillez croire de ce qu'il vous dira de par moy.
Escrit A Roye ce 7« jour de may.