‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 134 sur 361 · LOUYS XI, ROY DE FRANCE · texte numérisé non relu

LOUYS XI, ROY DE FRANCE

de La Rochefoucauld, c'est bien raison que M. de Maillé l'aye, puisqu'il l'aespousée, car mal sur mal n'est pas santé. Rt vous mercie tant que je puis de la bonne diligence que vous faictes en la commission que vous ay donnée, et de* deffences qu'avez faict faire qu'on ne touchast point aux Bretons ; et vous prie de recbef qu'on les face bien traicter et qu'on ne leur demande rien.

M. de Bressuire, mon amy, j'envoie mon fih M. de Beaujeu par delà, pour pourvoir à tout qui sera nécessaire en Guyenne. Je vous prie, ne l'abandonnez point, et m'y servez comme en vous j'ay fiance.

«Escrit à Bray sur Somme, ce 10e jour de may.

Signé, Locvs.

Signé , Lodys.

Et plus bas, Johier.

Il monstre par ceste-cy qu'il ne se fioil en son propre gendre , puis qu'il mande audit sieur de Bressuire de ne le perdre de veue.

M. de Bressuire, mon amy, j'ay receu vos le tires : et au regard de la confiscation de madame

» Atec

Bt plus bas , Jesme.

M. de Bressuire, j'ay appoincté avecques madame de Belleville de 1?. place de Mootagu ; et y va Blanchefort pour en prendre la possession pour moy; et pour ce que, comme vous savez, il est besoing d'y mettre des gens dedaus jusques à ce que j'y aye pourveu , qui sera bien brief , je vous prie qu'incontinanl ces lettres veurs, en toute diligence vous luy envoyez audict lieu de Montagu trente ou quarante gentilshommes bien surs, et qu'ils y soient sabmedy prochain, bien habillés cl en poinct, et que chascun d'eux aye une bonne arbaleste ; mais qu'ils ne fa cent point de bruict,et quand ils approcheront dudict Mon* tagu, qu'ils envoient dedans ledict Blauchefort pour leur faire sçavoir leur venue.

M. de Bressuire, mon amy, vous sçavez que cecy me louche fort; je vous prie qu'y faictes si bonne diligence qu'il n'y ait point faute qu'ils n'y soient audict jour; et que ce soient gens de qui vous tenez seureté, et qui ne soient point seigneurs de quoy on ne se puisse bien ayder.

Escrit à Sablé, ce 3* jour d'aousl.

Signé, Loirs.

Et plus bas, TïlhArL

Geste lettre monstre le bel équipage auquel il vouloit ses gentilshommes entrer en la place, et surtout avecques leurs bonnes arbalestes et bien habillés ; aussy qu'il ne veut point de seigneurs qui ne sçachcnt bien servir pour faire trop des grands ; il veut des gentilshommes moyens , et

desquels on s'assure plus , et qui sont plus de fatigue que ces grands.

Sans aller plus avant , et sans parler davantage de ce roy, il faut dire et advouer que ce fut un grand roy , tant pour grands affaires d estât, ainsy que Philippe de Commiues le figure très bien, que pour la vaillance et la guerre, ainsy qu'il le rit bien paroislrc à la batlaille de Monllhery, qu'il donna bravement, <ans s'estonner de ceux des plus grands quasy de son royaume, qui s'estoient contre luy eslevés et bandés , pour le bien public.

J'ay ouy dire à une dame notable que le roy François le louait exlresmeincnt, fors qu'il esloit un peu trop cruel et sanguinaire; et que c'estoit celuy qui avoit jellé les roys de France hors de page : «car advant luy, disoit-il, les «roys n'esloient que my-roys, et n'avoicnl «gaigné encor l'autorité et la prééminence «sur leur royaume comme despuis; mesmes «que les estais et cours des parlemens se mes- « loient fort de contre-roller et censurer leurs «actions, volontés et ordonnances : au lieu que, «cestuy-cy, assemblant ses estais et cours, ne «disoient et ne Êaisoient rien si non ce qu'il «vouloil; jugeoit, ordonnoit, condamnoit, « pardonnoit, absolvoit , le tout à son bon plai- « sir. •

Et disoit le roy François qu ainsy il falloit reigner ; qu'il sembloit un juge de Monlravel en Périgord, qui estoit de son temps, et avoit porté longuement les armes de là les monts, et bon compagnon , qui faisoit et jettoit ses sentences comme il luy plaisoil. Et si par cas on appelloit, il avoit toujours près de sa chaire une grande espée à deux mains qu'il porloil souvent; il la desgais no it souvent soudain, et, a vecques son crtf> de Diou, l'approchoit du col du pauvre appellant, et luy faisoit si belle peur, le menasçantde le luy couper tout à net s'il ne desisloit de l'appel , si qu'il estoit contrainct de subir à la sentence, telle qu'elle, qu'il eust prononcée. Le conte en est plaisant, et le proverbe en court encor aujourd'huy au pays : // ressemble le juge de Monlravel, qui veut estre bien creu et craincl en son dire et sentence, comme il luy plaist.

Or, d'autant que ces lettres de ce grand roy que j'ay produictes et d'autres points , aussy j'ay apperecu et considéré son signet très beau

*NDS CAPITAINES FRANÇOIS.

i certes, et faict de bonne main, mais un peu bizarre , j'ay advisé à le contrefaire ici et le monstrer, bien que jesçache qu'il s'en trouvera assez, voire quasi à revendre, dans les chambres de parlement et des comptes, possible pareils et semblables aux miens , sans rien changer aux précédentes. Le signet est donc tel : •

J'en laisse à juger aux gens .d'esprit la forme delà lettre; si que possible un bon escrivain n'y scauroit que mordre ny censurer en son art d'oriographie, et mesmes en sa dernière lettre de S. pour achever Louys.

Pour couronner la fin de nos petits contes de ce nostre grand roy, il faut que je face cestuycy , et puis plus, car il le vaut, que j'ay leu dans la Chronique de Savoy e.

Le pape Eugène ayant envoyé une fois vers luy un grand , suffisant et docte personnage du pays de Grèce et archevesque de Nicée, nommé Bessarion , pour son légat, à moyenner la paix entre luy elle duc de Bourgoigne Charles, ce bon docteur, n'estant si bon courtisan comme philosophe, et ne scachant discerner la grandeur de l'un à l'autre, et du seigneur au vassal , il s'en va luy premièrement vers le duc ; duquel ayant eu sa despesche ; s'en alla a près fort nesciemment trou ver le roy , qu i t rou va fort estrange la façon de ce pauvre philosophe, d'avoir abordé premier le vassal que le seigneur, cuidantque ce fust par quelque mespris. Nonobstant, il l'ouyst en son harangue philosophale tellement quellement : et après , d'un visage moitié courroucé , moitié ridicule et de mespris, et luy ayant mis* doucement la main sur la barbe reverentialc, à mode que fit le bon -homme Homenas quand il ftloit les moustaches de la sienne, parlant des miracles des decrelales dans le bon rompu de Rabelais , il luy dict : «Monsieur le révérend,

«Barbara graeea genu* rctinent quod baberc tolrhaitf.»

Et sans luy faire responce antre , le planta U tout esbahi ; et quand , luy fit dire par quelque autre qu'il eust à retirer, et qu'il nauroit autre

LE MARESCHAL DE GIE

responce ny despesche; de laquelle ledict pauvre iwerendissime eut tel despit ei desplaisir, quere tourné à Rome, il en mourut. Où diable ce roy avoit-il appris ce vers , pour le dire et practiquer si bien à propos 1 ?

Il ne redoutoit gueres ce pape, ni d'autres de son temps : oultre plus, quel humeur luy prit - il là dessus de poinctiller sur ce poinct d'honneur et de presseance , qui devoit pourtant excuser ce bon prélat , car il y alloit à la bonne fôy, et en prenoit le patron sur les cerimonies de l'église : Quia qui canif magnam missam, vadit uttimusin processione, et est major *.

Sur quoy je laisse à discourir à de plus grands personnages que moy, si ce bonhomme de prélat faillit là, et à qui l'on doibt plustost adresser sa parolle et son ambassade , au grand ou au petit.

Je n'allègue pour moy que cet exemple judicieux , arrivé de nostre temps , du bon pape Pie V, qui envoya au roy d'Espaigne dom Philippe plustost son nepveu le cardinal Alexandrin,qu'à nostre grand roy Charles IX, quand il le vint trouver à Bloys, comme je vis, en poste, estant allé en Espaigne premier par mer. A ce compte, le roy Charles se debvoit estomacquer; mais point : car advant luy le pape Paul III Farneze a voit envoyé son nepveu Alexandre Farneze au roy François premier qu'à l'empereur. Aucuns disoient que c'estoit en son chemin faisant à passer par la Frauce, et plus commode pour aller trouver l'empereur en Flandres , où il estoit pour lors. Je m'eu rapporte du tout au dire de plus grands personnages que moy.

Pour retourner encor un peu à nostre petit roy, veux-je dire très grand, Charles VIII, j'ailegueray et meltray icy aucuns de ses bons et grands capitaines qui l'accompaignercnt en ce voyage et conqueste de Naples.

• Brantôme envoie ce cardinal pour lér,at par Eugène IV, mort longtemps avant que Loui» Fat roy , et que Oui le» fût duc de Bourgogne. Mai» Braulôme n'inquiète peu de chronologie ni de géographie , pourvu qu'il ronie. Si cède histoire a quelque réalité , elle a dû arriver, non sou* Eugène IV, nui» sou* Sixte IV ; et ce sera apparemment le nombre IV qui lui aura fait illusion.

' Celui qui chaule la graud'meue va le dernier a la procession et rs! le plus grand

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