‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 135 sur 361 · LE MARESCHAI. DE GIÉ · texte numérisé non relu

LE MARESCHAI. DE GIÉ

Entre les premiers , et qui cul le plus grand crédit , ce fut le mareschal de Gié 1 , qui eut l'honneur (bien que le comte de Narbonne et le sieur de Guyse la contestèrent ) de mener l avant garde à la ballaille de Fornovo , où il fit fort bien selon aucuns, et selon autres non, d'autant que , cependant que tous les autres faisoicttt les grands efforts et ruoicnl les coups, et le roy sur tous , le mareschal s'amusa tousjours à faire son alte et à tenir son ost coy, faisant ainsy la mine bonne; mais s'il eust seulement marché cent pas, comme dict M. Philippe deCommines, tout l'ost des ennemis se fust rais en fuite. Les uns disent, dict encor Philippe deCommines, qu'il le devoit faire, d'autres disent que non : enquoy je m'estonne de ce dernier mot dudict M. Commines; car , puis qu'il en debvoit sortir un si grand proffil de s'avancer, comme il dict, il devoit donc branler.

Surquoy j'ay ouy dire à feu M. de Guyse le Graud , en discourant de ce subjel une fois avecquev le bon homme M.de La Brosse et autres capitaines, que, qui veut faire deces tours il faut que ce soit un très vaillant et prévoyant capitaine , et nullement hypocrite de guerre ; car, en faisant ces booms mines , s'il arrivoit et bastoil mal aux vaillans combaltans d'autre part, au lieu de les soubslenir, et secourir ceste belle reserve , fuiraient à bon escient , en s'excusant que , voyant tout en roule et dcsfaicic , il falloit sauver le reste et ne le mettre à la boucherie et à l'abandon ; comme de vray, s'il eust mal basté au roy , ne faut doubter que les eonemys victorieux, et aiant doublé leurarur, qu'ils n'eussent eu bon marché et composition de madame l'advantgarde par après. Pour le moins devoit-il , ce brave mareschal , desbaoder quelques légères troupes pour renforcer les pauvres combaltans et donner autant de frayeur à l'ennemy. Voylà ce qu'en disoit ce grand M. de Guyse : aussy desaprouvoit-il fort cedict secours de reserve , et n'en usa jamais, non plus que ce grand M. l'Admirai , en tant de battailles qu'il a donné. Mostre grand roy

' Pitre de Renan.

d'aujourd'huy en usa à la battaille d'Yvry ; mais oé fut par l'advis de M. le mareschal de Biron, ni le conduisit luy mesmes.

Les Espaignols firent telles reserves à la battaille de Pavye et à la battaille de Cerizolies , mme j'en parle ailleurs. Aucuns disent que a sert , aucuns disent que non ; comme il ar iva à ces deux baltailles de l'Espaignol : esuni l'opinion dudict M. de Guyse qu'il faut que tout le monde combatte ce jour solemnel de battaille , et que nul ne le chôme, sans avoir les mains liées.

LE MARESCHAL DE RIEOX

On dict cl lit que M. le mareschal de Rieux, très bon et vaillant capitaine , et de noble et belle race , sceut bien reprocher ceste faute audict mareschal deGyé;et en eurent de grandes picques de parolles, jusque» quasy de venir aux mains; mais le roy accorda tout. Et quand tout est dict, il fasche fort aux vaillans cl hardys faire toute la farce d'un combat , è la veue des autres qui en ont tout l'esbat et leur plaisir à leur belle aise , comme gens gagés pour cela. 11 s'en feroitde fort beaux discours sur ce subjet , que je remeis aux grands capitaines, ainsy que je .vis faire à ce grand capitaine M. de Guyse, comme j'ay dict : je m'enraporte à eux.

Line fauie grande fit aussy ledict mareschal quand il s'advança si fort en la conduicie de ceste advanigarde, cl lirant tousjours avant à grandes journées , sans regarder qui me suit ; si qu'il se trouva à trente milles loing du roy , le pressant pourtant tousjours de se haster (cela estoit bon à dire) : de sorte que le roy mit trois jours à le joindre.

Voylà ce qu'en dict messire Philippe de Commines : mais le retardement provint i cause de son artillerie , où il eut grand peine à la passer, qui fut conseillé de la faire rompre; mais le roy pour beaucoup n'y voulut consentir (ce dict cest auteur); enquoy il monslra bien, certes, son noble el généreux courage , de ne se vouloir faire ce tort , comme un homme timide, de dissiper et gaster son beau attirail ; car tel qu'il avoil amené il le vouloit ramener. Si ce mares-

WDS CAPITAINES FRANÇOIS.

I chai eust faict ceste grande traicle de chemin que j'ay dict , il l'eust faict en intention que faisoit ce grand empereur Gbarlemagne, que plusieurs ont tenu , et creu jadis qu'il faisoit tousjours combattre son advanigarde un jour advant la battaille; celafust esté bon, et la personne du roy ne fust esté tant hasardée; mais Dieu ne le voulut pas, pour le couronner d'une gloire immortelle.

Enfin tout alla bien; et pour tout cela ledict mareschal ne laissa d'emporter le renom d'avoir esté un bon capitaine el pour la guerre et pour la paix , ainsy qu'il le fit bien paroislre en cela, et ce coup mesmes où il desassiegea et désengagea M. d'Orléans de Novarre, et autres grandes affaires d'estat où il a esté employé des roys Charles et Louys XII , ses bons maistres , dont il s'est très bien acquitté , et se sont fort bien trouvés de son conseil. J'en parle encor ailleurs.

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