‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 154 sur 361 · M. DU LUDE · texte numérisé non relu

M. DU LUDE

Monsieur du Lude » estoit compaignon et contemporain de tous ces bons capitaines, et se trouva bien en ceste charge de la Bastide , et des plus advant, où il acquist grande réputation.

Il estoit gouverneur de Bresse, et le roy Louys XII les avoit tous mandés des garnisons, d'aller secourir Ferrare, soubs M. de Nemours, contre le pape Julles ; qui fut cause que les Vénitiens , soubs ce grand capitaine André Grity, voyant la ville de Bresse fort peu pourveue de gens, et aussy par l'intelligence d'un gentilhomme des grands de la ville, firent entreprise dessus de six mille hommes de dehors et de plusieurs de la ville que ce gentilhomme avoit gaignés; parquoy, ainsy que les Vénitiens donnèrent l'alarme par une porte, entrèrent trois mille par une grille par où sortoienl toutes les immondices de la ville, i quoy leur teooit la main ce gentilhomme , avecques force factionnaires des siens qu'il avoit gaignés; si que M. du Lude, combattant à cesle porte, se vit par le derrière assailly fort rudement; mais luy, ne s'estonnant point, encor que les Vénitiens fussent six contre un, combattit avecques ses gens si vaillamment et longuement, que n'en pouvant plus à cause du grand affoullement et rafraîchissement des gens des ennemys qui luy venoient

• Jacquet de Haillon, «énechal d'Anjou, capitaine de cinquante hommes d'arme».

sur les bras , fit sonner la retraietc ; et , tous- recueil et 1res bonne chere, et delà s'aller rafjours en bien combattant et faisant leste, se re- fraischir en sa maison, mil en sa place le capitira au chasteau , non sans perte et meurtre de laine Franget , qui avoit esté lieutenant de

ses gens et des ennemys aussy , mais pourtant plus des nostres, sur lesquels les Vénitiens s'acharnerent par trop, et ne pardonnèrent à aucun de ceux qui tumberent entre leurs mains : mais ils le payèrent bien tost après.

Le chasteau fui aussy tost assiégé, barricadé et retranché fortement du coslé de la ville, et rationné si furieusement qu'on y fit une grande bresche, qui fut pourtant si bien gardée et soublenue l'espace de dix jours, que M. de Nemours eut loysir de les secourir : encor de secours de guerre ne s'en fussent-ils point souciés, si non pour celuy de la faim; car là dedans s'estoient jettés tant de gens, que le magasin n'y pouvoit plus fournir.

Cetexploict, avecques plusieurs autres, donna grand resputation de vaillance et conduicte à M. du Lude; si que, quelque temps après, le roy François renvoya dans Fontarabie son lieutenant gênerai, que l'Espaignol vint assiéger : où il fit très bien ; car il y endura le siège l'espace de treize mois, combattant et soubtenant tous les assauts plus que vaillant homme ne seau roi l faire, n'estant pas seulement assailly ne combattu de la guerre, mais de la famine, jusque-là qu'il leur convint manger les chats et les rats, jusques aux cuyrs et parchemins bouillis et grillés, ainsy que je l'ay ony raconter à madame la scncschallc de Poictou sa sœur et ma grand'mcre , qui m'en conloit des choses estranges des extresmes nécessités qu'ils endurèrent là : mesmes n'a pas long temps que dans le trésor et papiers de nostre maison j'y trouvay une lettre dudict seigneur du l>ude et de trois ou quatre gentilshommes des siens qui estoient leans, qui , lors qu'ils furent désassiégés , escrirent à madicte dame sa sœur les grands combats, assauts, misères et famine qu'ils pâlirent dedans, et la grande extrémité à laquelle ils furent reduicts; qui est certes admirable et incredible ,

M. le mareschal de Chaslillon , qu'on vint assiéger au bout de quelque temps; lequel, au lieu de s'y deffendre de la resolution de son prédécesseur, la rendit subitement et dans huict jours, et fort mal -à-propos : ce qui donna davantage de gloire à M. du Lude et à sa valeur; nyplus ny moins qu'on voit un excellent peintre qui, après avoir faict le portraict d'une fort belle et agréable dame, luy appose auprès d'elle, ou quelque vieille, ou quelque esclave more , ou quelque nain très-laid , afin que leur laideur et noirceur donne plus de lustre et de candeur à ceste grand beauté et blancheur. Ainsy la faute du capitaine Franget donna encor plus de soleil et de jour à la valeur de M du Lude qu'il n'avoit. Le capitaine Franget pourtant, si avoit-il eslé en son temps en resputation d'un des hardys et vaillans hommes de guerre ; mais ce fut là un grand malheur pour luy d'avoir ainsy perdu son çœur.

Il en arrive de pareils ainsy , ordinairement , à plusieurs vaillans, dont ils se doivent bien recommander à Dieu de ne leur oster leur cœur et entendement ; et , pour cela , j'ay ouy dire à de grands capitainrs qu'il n'y a gens qui se doivent plus recommander à Dieu que les gens de guerre.

1* roy François en fut si despit, qu'il luy en voulut faire trenscher la teste à Lyon : et rien, disoient-il, ne lui devoit faire son procès, sinon la deffense et résolution de M. du Lude, qu'il fist et monstra là. Toustesfois le roy, luy faisant grâce de la vie, le ftst desgrader des armes: punition, certes, qui estoit cent fois pire que la vie, n'estant si chère de beaucoup que l'honneur, et mesmes à qui en faict profession , en quoy est une fort belle question , que je fais en autre endroit.

Or, pour retourner encor à M. du Lode, qu'on nommoit messire Jacques de Dallion , et de son temps le rempart de Fontarabie, a ac-

encor que cesle place ne fust si forte comme I quis telle réputation et aux guerres d'Italie, de

je l'ay veue despuis; car ils n'en pou voient plus : , Lombardie et de Ferrare , et de France, qu'on

dont bien servit le secours ot le levement de ■ l'a tenu un très bon capitaine et vaillant; carde

siège que donna et fit M. de La Palliée. cesle race ils le sont tous.

lequel M. du Lude, ayant congé d'aller trou- Il estoit fils de feu M. du Lude , qui gouver-

ver le roy. qui luy fil un 1res grand honneur et noit le roy Louys XL II falloit bien qu'il fust

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