‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 164 sur 361 · M. LE BARON DE BEARQ · texte numérisé non relu

M. LE BARON DE BEARQ

Il avoit son lieutenant de sa compagnie de cent hommes d'armes , M. le baron de Bearq , qui estoit un brave et vaillant capitaine, et qui secondoit bien son capitaine. On luy donnoit la réputation qu'il estoit fort graod entrepreneur et tousjours à cheval , et fort importunant l'ennemy, fust foible ou fort.

Le jour avant la battaille de Ravenne il fut recognoistre l'ennemy avec sa seule compagnie, jusques dedans son camp, qu'il mit en si grosse al larme que toute la cavallerie monte à cheval contre luy, qui fut à se retirer, non sans perle d'aucuns braves gendarmes des siens; et sans M. de Bayard, qui survint à propos , il estoit fort engagé : mais tous enfin se retirèrent sans en venir à plus grand choc , remettant la partie au lendemain. Après la battaille perdue, où le baron de Bearq (d'autres l'appelloienl le prince de Bearq ) combattit très vaillamment avec sa bande, et que les François se retirèrent vers Milan, il fut mis à garder ta forteresse de Trezzo, qui est sur le fleuve de Ladezila, où il fit très bien, et résolument et bravement endura la batterie et l'assaut : et puis , n'en pouvant plus, se rendit, par honneste composition, an marquis de La Padulle ', qu'il tint très bien , et luy fil fort bonne et honneste chère de guerre; car il le cognoissoit fort par réputation, et les Espaignols aussy, qui disoient de luy : El principe de Bearq, Gascon bravo, por fuerças y ingenio, iugar tenienie de la vanda del capitan don Gaston 1 ; et l'avoient en fort belle estime, et d'autant qu'il estoit leur voisin, encor plus.

* C'eet-à4ire le prince de Bétrcq , bme Gmcoo , dirigeant bien tel force» , lieutenant de la compagnie de *ob GutoR.

M. OE LAUTREQ.

M. de Lautreq 1 , cousin de M. de Nemours (que venons dire) de nom et d'armes, la première charge honorable qu'il eut, fut lors qu'il eut la conduicte des cardinaux, preslats et evesques qui allèrent au concile de Pise par terre , n'osant s'hasarder par mer, craignant une embûche. Le pape appelloit par desrision ce concile, conciUabulum.

M. de Lautreq donc les conduisit jusques dans Pise , avec trois cens lances et quelques gens de pied. Aucuns estimoient ceste charge bien vile pour un homme de telle maison , servant d'escorte et de garde-corps à ces ecclésiastiques et presbtres; et les partisans du pape s'en mocquoient et s'en mocquerent longtemps encores après qu'il fut gouverneur de Milan , et les Espaignols et tous. Que c'est d'une première impression mauvaise !

Le marquis Albert de Brandebourg, graud persécuteur d'evesques et gens ecclésiastiques, appelloit , par mocquerie et desdain , les capitaines et soldats partisans et à la suitte et solde des gens d'église, pefafe qttene 2, qui est autant à dire valets de prebstres. On en eust peu dire de mesmes de M. de Lautreq pour lors ; mais depuis il porta bien autre nom , car il a esté un grand capitaine, et de plusieurs estimé pour tel, ainsy qu'il l'a monstre entre plusieurs enci roicts , à aucuns oui , et à d'autres non.

Il perdit fort mal à propos l estât de Milan, qu'on luy avoit laissé très clair et net, après que M. de Bourbon en eut quicté le gouvernement. Aucuns ont trouvé son acuse mauvaise qu'il fit au roy, qu'il n'avoit point d'argent pour payer ses Suysses , et qu'ils le contraignirent de donner la battaille de La Bicoque, autrement ils s'en iroient. Il les devoit très bien et beau laisser aller, et les recommander a tous les diables , et mettre tout le reste de ses forces dans Milan et autres places , et laisser cependant le campderennemy se pourmeneretattaquer quelque place qui les eust ruynés possible, comme Pavie ruina celuy du roy ; ainsy que sceut bien

* Odet de Foix , connu d'abord «ou» le nom de Barba un , pui« tous celui du rtoomtc de Lautrec. Il mourut au »iéCe de Napl», « 1527. - • P'at Knechl,.

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