‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 166 sur 361 · M. DE L · texte numérisé non relu

M. DE L

petit tumbcau , et envers leurs enfans, Femmes et parens, qu'ils ne voudraient secourir d'un seul sol en leurs nécessités.

On ne sçauroil faire accroire que tels gens fussent aimés de Dieu : encor qu'on die que le bien d'église esi dédié pour les pauvres, les parens estans pauvres, et lesenfans et femmes, en ont autant de besoing que les pauvres qui mandient aux portes.

Or je ne parleray plus des valeurs de ce grand capitaine , sinon que les Kspaignols et Italiens l'ont en telle réputation, qu'ils luy donnèrent le nom de Demetrius et d'un second expugnateur de villes, comme de vray il en a pris aucunes, et bravement, qui luy ont donné ceste réputation , et surtout Pavie, que le roy son maistre tenoit assiégée plus de trois mois , et ne l'avoit sceu prendre : dont j'ay ouy dire que, lors que le roy en sceut la prise , en fut fasché à demy, et en porta quasi envie et jalousie sourde , pour s'en sentir autant abaissé ; que luy , un si grand roy, ne l'avoir sceu prendre , et luy, son vassal faicl de sa main , l'avoit prise en peu de jours.

Aussy n'y avoit-il dedans un Anthoine de Levé pour la si bien deffendre , ce qui devoit contenter Sa Majesté; car il y a hommes et hommes. Et eust voulu le roy pour beaucoup que cela ne fust arrivé, et qu'il ne l'eust jamais assiégée , ou bien faillie, encor que ce fust son dommage.

Que c'est que d'un cœur ambitieux, qui pour son grand bien et advantage, et qu'il y aille du sien , ne veut qu'un autre aie plus d'honneur que luy, ainsy que j'en ay cogneu force de cest humeur !

Les Kspaigools de ce temps qui voulurent louer mondit sieur de Laulreq, dirent de luy : « Le capitaine Lautreq avoit en soy beaucoup de « vertus très claires , voire esgales à celles des capitaines antiques. Il esloit nay aux derniers «confins de la France et de la Gascongne, près «des monls Pyrenoées, d'un lieu très illustre et o noble; et pour ce, il tempérait ceste allaigre vi- «gueur et promptitude franchise avec la gravité «espaignollc, dont il esloit voisin : et estoit si «superbe et glorieux, fust de son naturel, ou «pour sa grande pratique de guerre, que en « las cosas de guerra era tenido en tal opi- •nion, que menos preciados los consejos de

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« los otros , anles queria errar por si que ser *ensenadodeotros;* c'est-à-dire : «En choses «de la guerre, il esloit tenu en telle opinion, «que, mesprisant tous les conseils des autres, «il aymoil mieux faillir de par soy que d'estre « enseigné des autres. »

Voylà une grande imperfection de capitaine. Ainsy l'ay-je ouy deschiffrer tel à plusieurs , et qu'il luy prenoit bien envie quelquefois de conférer et de demander avis a ses capitaines ; mais quand ils eussent dict d'or il ne l'eust pas tenu, tant présomptueux, orgueilleux et superbe de soy estoit-il ; aussy, mal luy en a pris De plus grands capitaines que luy n'ont pas faict ainsy.

Lucullus avoil ce vice, parmy toutes les perfections et grandes vertus de capitaine grand qu'il avoit, cest qu'il ne faisoit cas, que fort peu , de ses capitaines et autres grands qui estaient en son armée , qui estaient csgaux à luy, et les tenoit tous à mespris ; ce qui fut cause df sa décadence, que Glodius, meschant garnement , ayda fort à pourchasser, luy amulinant tous ses soldats, et les rendant tous malconlens contre luy.

J'ay veu son portraict 1 qui monstroit bien une mine fort arrogante et formidable , comme j'ay ouy dire aussy, tant de soy que des grandes playes et ballaffres qu'il avoit au visage reçues à la bataille de Ravenne ( marques d'honneur pourtant fort estimables) avec son cousin M. de Nemours qu'il deffendit le plus qu'il put, tant de son espée que de sa voix et parole , en criant tousjours : «Ah! messieurs, ne le tuer « pas ! c'est nostre gênerai et frère à vostre «reyne, qui vous donnera bonne rançon.»

Mais , pour cela, ne laissèrent à le parachever, et à donner tant de coups audit M. de Laulreq qu'ils le laissèrent sur le champ comme mort.

Mais après , nos gens , en visitant les morls, le trouvèrent au nombre et l'emmenèrent à Ferrare, où le duc et la duchesse (l'honnesieté alors du monde) le traicterent si bien, et le firent si curieusement panser, qu'il a survescu long-temps après ; dont oneques puis n'aymail la nation cspaignolle , ains en fust ennemy mortel , comme j'ay ouy dire aux vieux de ce temps-là, et peu enclins à leur faire bonne

> De La<Jtreq.

guerre , et plus à leur oster la vie qu'a prendre rançon.

M- LE DUC DE f fcRRARE.

Àussy ne fut-il ingrat à M. le duc de Fcrrarc, le grand Alphonse d'Est, prince d'honneur et de toute valeur, ainsy qu'il le monstra à la bataille de Ravenne, où il combattit très vaillamment : et encore qu'il aimast fort nostre nation, et luy fust fort obligé, si fit-il le plus qu'il peut force courtoisies aux Espagnols ( aussi sa femme esloit espaignolle, fille du pape Alexandre : Guichardin en parle prou, et en mots briefs) et ceux de sa nation qui tombèrent entre nos mains prisonniers, sans faire pourtant aucun tort à son honneur ni à l'obligation qu'il avoit à la France; et ne varia point comme les autres de

Il porta un grand secours et advis à ceste battaille de Ravenne : car , les Espaignols estant resserrés dans leurs retranchements , et fort endommagés de quelques petites légères pièces que don Pedro de Navarre avoit faict mettre sur des charriots , qui nuisoient fort à nos gens et en tuoient , ledict duc fit venir et advancer prestement ses grosses pièces d'artillerie (car c'estoit luy qui les prestoil) , et les faict battre en flanc contre les ennemis , qu'en un rien il les vist bientost esclaircis , et testes et corps voiler en l'air, et chevaux et tout : qui les fit sortir de leur retranchement ; et Fabricio 1 fut le premier qui vint à nous ; ce que nous ne demandions pas mieux , car bientost nous en eusmes raison. Voylà le bon service que rît là ce brave duc. 11 fut pere de ce grand duc de Ferrare, Hercules, mary de madame Renée de France, et grand pere de celuy qui est aujourd'huy, tous deux très braves et très vaillans princes, et très bons partisans fraoçois, et qui n'ont jamais failli aux obligations qu'ils avoient à nos roys, ny ce grand cardinal de Ferrare , ny ce magnifique cardinal d'Est non plus; si bien que je puis direque j'ay veu ces grands personnages meilleurs françois cent fois plus que plusieurs delà nation mesmes,ct lousjours ont admonesté

messieurs de Guyse, leurs nepveux, d'est re serviteurs de leurs roys. Rref , ils ont esté vrays petits-fils du roy Louys XII.

Le duc de Ferrare d'aujourd'huy se comporte avec ses subjects aussy doucement que prince de la chrestienté,les vexant le moins, et ne tirant d'eux , sinon ce qui luy est deub et accoustumé de donner. Aussy est-il aymé de son peuple comme le roy Louys son grand pere; et anssy son bien luy profite à veue d'oeil, car il se peut dire le plus pecunieux prince de la chreslienté. Ç a esté un très beau prince, comme je l'ay veu en sa jeunesse, et de fort bonne grâce ; et m'aon dict qu'à ceste heure il est un très beau vieillard. Il a esté très adroict en tous honnestes exercices , et surtout aux armes et au jeu de la paulme.

Tant qu'il a esté en France avec le feu roy Henry son cousin, il l'a très bien servi en toutes ses guerres, et de sa personne et de sa compaignie de cent hommes d'armes, qu'il avoit tousjours très belle; et puis aux guerres d'Hongrie, il a toujours aussy très bien secouru la chrestienté et l'empereur son beau frère , y conduisant toujours de belles trouppes. 11 alla au devanf de nostre roy à Venise , tournant de Pouloigne ; le mena en ses terres, le recueillit , le festina, non pour en tirer, comme d'autres ains pour luy offrir sa puissance et ses terres.

C'est dommage qu'il n'ait des enfans, car la race en est très bonne. M. le cardinal son frère a esté un fort homme de bien aussy , et «fort honneste , autant splandide , magnifique , libéral , prélat et prince qu'on eust sceu voir. Il estoit protecteur des affaires de France i Rome : vrayment ouy, il l'estoit; car jamais prélat ne les embrassa de telle affection que luy , tant H aymoit la couronne de France. Aussy nos feus roys Charles et Henry III l'aymoient uniquement, et surtout le roy Charles; . car il n'eust faict nuls exercices, auxquels il estoit fort adonné , s'il tfeust eu M. le cardinal

son oncle. .

Estant à la cour il paroissoit fort , et si despendoit très extrêmement , et table ouverte à tous les gentilshommes qui y vouloient aller ; I et c'estoit tout son plus grand plaisir. A

t U duc de Savoie, par exemple, qu' « fit donner i i Pteaerot.eiic.

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