M. DE LESCUN
M. de Lescun », frère de M. de Uutreq, fut un bon capitaine , mais pourtant plus hardy et vaillant que sage et de conduite. Il avoit esté j destiné à la robe longue, et estudia long temps j à Pavie , du temps du grand maistre de Chaumont, que nous tenions restât de Milan paisible, et l'appelloit-on le prothenotaire de Foix : mais je pense que c'esloit . comme dit l'Espaignol, un tetrado que no ténia muchas tétras t c'est-à-dire, un lettré qui n'a voit pas beaucoup de lettres , comme estoit la coustume de ce temps là des prolhenotaires , et mesmes de ceux de bonne maison , de n'estre guiercs sçavans, mais de se donner du bon temps, d'aller à la chasse, déjouer, de se pourmener, faire l'amour, et la plupart faire cocus les pauvres gentilshommes qui estoient à la guerre. Aussy de ce temps se chanloil une chanson d'une dame :
Paierez tou* loutjour» par cy , (Mi).
Prolbeootaire mi» wticy ?
Telle ephitete leur donnoit-on.
Les Gots, quand ils prindrent Athènes, trou* verent une bibliotecque pleine de la plus grande quantité de livres qu'on eust sceu voir, et les voulurent tous brûler, sans qu'ils furent dissuadés par un qui dit que ces livres et les lettres rendoient les Grecs efféminés, comme d'aucuns l'ont creu.
1 Thomas de Fois , puîné d'OdeL II fut tué à la bataille de Parie , en 1525 ; too nom étoit Thomas de Foix , sel- Sueur de Letcun. 1
NDS CAPITAINES FRANÇOIS.
M. de Lescun, pouvant avoir ceste opinion , ne se enargea aussy trop de sçavoir ny lettre. Voylà pourquoy il n'estoit efféminé, mais vaillant , bien fort , et pourtant en brutalités barbanques plus qu'en gentillesses.
Les gentilshommes de ces temps abhorraient les lettres bien fort pour ceste occasion, et le roy Louys XI les deffendit à son fils, le roy Charles VIII , pour l'amour de ce sujet , et ne voulut qu'il sceust autre latin sinon que celuy que j'ay dict cy-devant. Mais c'esloient des resveries qui s'estoient mises parmy la noblesse de ce temps là ; car je voudrais bien scavoh si les lettres tirent si grand mal à César, à « grand Alphonce roy de Ma pics , de nos lemjh à M. de Laogey de Salvoizon , à feu M. l'Admirai , et à tant d'autres que je dirais eo nombre infini?
Si M. de Lescun eust eu force lettres , il eust bien songé à ne faire beaucoup de fautes qu'il fit en l estât de Milan ; car il fut cause qu'il se perdit pour le roy, M. de Lautrcq estant allé en France, et luy là délaissé pour eslre sou lieutenant ; où il se mit à faire des justices trop rigoureuses, et exercer des avarices par trop grandes , sans espargner ceux qui avoient esté les plus zellés au party du roy, comme aux Pallavicins et Trivulses et plusieurs autres; et tout, pour avoir leurs biens et leurs possessions. On dict que M. de Lautreq en estoit de consentement , voire capo di parte Ah ! quel détriment porte un lieutenant du roy en sa province qu'il a en garde , quand il se mrt sur ceste avarice; car n'y a mal qui ne se fasse pour se la rassasier.
J'ay ouy dire à un grand homme de justice, voire des plus grands de la France, que je ne nommeray point de peur qu'on ne le maudisse, qui disoit : qu'il ne sçavoit ny lieutenant de roy, ny gouverneur de province ou ville grande, qu'ayant demeuré deux ou trois ans en ceste charge , qu'il n'y trou va si dequoy luy faire son procès et luy faire trancher la teste : tant ces deniers du roy, ces concutions, contributions, exactions sont agréables, et apportent aui doigts un doux prurix et douce démangeaison!
L'exemple d'une dame, femme du mareschai de Cossé , très sotte pourtant , que j'ay cogneue, en faict foy , femme d'un grand sei
1 Partie principale.